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42 Li:s HARMONIES EUCHARISTIQUES.
Je ne m'attacherai pas ici à développer celte analogie qui est courante, ni à montrer l'importance du phénomène de la nutrition dans
l'économie de la vie. Tous les ouvrages qui traitent de l'Eucharistie se sont attardés avec raison sur ce point, et l'ont pleinement mis en lumière. Ils ont fort bien montré que le point de départ de l'idée sacramentelle est celui-ci : régir la vie surnaturelle d'après les lois générales de la vie, figurées pour nous par celle donl nous avons ia plus claire expérience : la vie physique. Or, pour la vie physique, la nutrition, à laquelle correspond l'Eucharistie, n'est pas seulement une fonction importante, c'est la fonction essentielle, d'aucuns physiologistes ajoutent la fonction unique, si tout dans la vie, son développement, son fonctionnement, et la naissance même, s'y ramène.
On pourrait donc facilement, de ce seul point de vue analogique, démontrer que le Sacrement de l'Eucharistie est le Sacrement essentiel, qu'il est de nécessité de salut, dit saint Thomas, en ce sens du moins que les autres Sacrements l'impliquent et lui sont cr-
donnés ; bref, qu'il est le Sacrement des Sacrements.
Mais je voudrais pénétrer plus avant, s'il est possible, dans les raisons intimes qui ont poussé le Christ, non pas même à instituer un Sacrement qui produisit dans nos âmes une grâce de nutrition, mais à se faire Lui-même, en se tenant présent réellement sous les espèces eucharistiques, la nourritui v de nos âmes, pour y produire cette grâce.
Car, en définitive, cette gràct de nutrition qui est l'effet propre du Sacrement de l'Eucharistie, le Christ pouvait en doter nos âmes, même d'une façon sacramentelle, sans se faire Lui-même notre nourriture ; sans être présent réellement, et personnellemenl, sous l'hostie ; sans nous donner sa chair à manger et sou sang à boire.
Lui qui a dit à ses apôtres : Baptisez toutes les nations au nom du Père, du Fils, et du Saint-Esprit ; ou encore : Les péchés seront remis à ceux à qui vous les remettrez, et retenus à ceux à qui vous les retiendrez ; Lui. en un mot, qui a institué tous les autres Sacre-
monts, et déterminé au moins formellement leur symbolisme, en vue des grâces spéciales à réaliser, qui l'empêchait d'ajouter: Chaque fois que vous prendrez du pain et du vin en souvenir de moi, et en prononçant les paroles appropriées que je vais vous indiquer, vous recevrez une grâce de nourriture ; votre vie surnaturelle sera refaite, et augmentée?
Au lieu de cela qui eût élé trè^ simple, et conforme au plan général des Sacrements, il attend d'être à la veille de mourir : il réunit ses apôtres pour la dernière Cène; leur annonce sa mert qui est proche : son dépari pour le Ciel, et, en guise de Testament, avec une solennité et une profondeur d'accent dont lécho devait retentir jusqu'aux extrémités du monde, il prend du pain et dit : Ceci est mon corps ; du vin, et prononce : Ceci est mon sang ; puis ajoute : Faites ceci en mémoire de moi.
Pourquoi ce grand mystère linal après tant d'autres? Pourquoi ce luxe sacramentel?
Pourquoi cette présence réelle, cet le nourriture divine en vue d'une grâce spéciale à
réaliser dans les âmes qui voudrowt augmenter en elles la vie divine?
C'est à cette question précise et délicate que je voudrais essayer de répondre, avant de montrer comment la notion de Transsubslantidtion s'harmonise d'une façon absolue avec I»' but du Sacrement de l'Eucharistie, tel qu'il a plu au Christ de l'instituer, et à Dieu de le réaliser.
Si j'ai paru m'attarder à des détails préliminaire^ sur la causalité physique des Sacrements, j'espère que la suite de cette étude fera voir à cjuel point il était nécessaire de les met- Ire en lumière.
Le but de l'Eucharistie, comme celui de tous les Sacrements, c'est, sans aucun doute, de causer effectivement et instrumentalement dans nos âmes la grâce de nutrition que ses éléments symboliques signifient, et, par l'augmentation de la vie surnaturelle que cette grâce implique, de nous unir plus étroitement à Dieu, la eauce principale et adéquate de toute grâce.
Si donc !»• Christ, au lieu d'instituer, à fins-
tar des autres, un Sacrement qui contînt virtuellement Ja grâce, en qualité d'instrument de la divinité, a voulu s'interposer en personne, par sa présence réelle sous les espèces eucharistiques, enire Dieu qui ^eul, en définitive* peut produire la grâce, et nos âmes qui la reçoivent en recevant les Sacrements, ça n'a pas été pour détourner ce Sacrement de son but qui est d'infuser en nous une grâce de nutrition, et de nous unir plus intimement à Dieu. Au contraire, c'est qu'il a vu là, dans le fait de se constituer Lui-même notre nourriture, un moyen plus efficace d'engraisser nos âmes de vie surnaturelle, de les rapprocher de Dieu, par le don d'une grâce plus abondante.
Pour le comprendre, il est nécessaire de nous rappeler quels sont précisément les rapports que soutient l'humanité du Christ avec la grâce.
C'est dans le Traité de V Incarnation, que saint Thomas a étudié cette question avec une précision et une ampleur vraiment exlraordinaires. Le Christ, dit-il, doit être envisagé sous deux aspects, qu'en réalité son humanité synthétise, mais que la raison oppose et nous
I JE SACREMENT DE l'eUCHARISTÏI . 47
impose, à savoir comme être individuel, et comme être universel l.
Individuellement, le Christ est un homme à part, isolé dans la création, en ce qu'il est seul un Homme-Dieu, uni hypostaliquement à la divinité, ne formant avec le Fils de Dieu qu'une seule personne en deux natures. Or, à ce titre (1 homme exceptionnel, la plénitude de la grâce a été réalisée par Dieu dans le Christ. La raison qu'en donne saint Thomas est splendide. La voici en raccourci. Plus un fleuve est proche de sa source, plus il s'y alimente. Or, personne n'est plus proche de la source divine de la grâce que le Christ, car il est impossible d'imaginer une union plus étroite de l'homme avec Dieu qu'une union personnelle et substantielle, telle que l'union hypo-tatique. Donc, |e Chrisl a dû recevoir, de ce chef, la plénitude de la grâce3.
I S. I iio.MAS, Summa theo!., IIIa P., q. \ II. l>c oralia (liristi secundum quod est singularis homo, q. VIII : de aratia ( liristi accundum qi:od est caput l'cclc^iar.