‹ Les harmonies eucharistiquesChapitre 8 sur 36 · S. Thomas, Summa iheol., III* P., q. VII, a. 9, Utrum · texte numérisé non relu

S. Thomas, Summa iheol., III* P., q. VII, a. 9, Utrum

{l'.crit in Christo nratiac plénitude ? l'ictum <--t enint quod qwanto aliquod receplivum propinquius est c,*u?ae influenti, .-ibundanliu:- recipit. Et ioVo anima Christi, qia^ propinquius conjungitur Deo inter oirmes créatures, re-

Mais si le Christ est un homme exceptionnel lorsqu'on 1 envisage dans ses rapports avec Dieu, il est un homme universel dès qu'on le compare aux autres hommes. Il est, dit saint Thomas, dans le corps mystique de l'Eglise, la tète dont nous sommes les membres. Or, à ce titre encore, la plénitude de grâce lui était due. Car, en qualité de chef, de premier parmi tous ceux que Dieu appelle à la vie de la grâce, il joue le rôle d'un principe universel qui doit posséder en soi une somme de grâce telle que loi des les âmes qui ont été ou qui seront, puissent, en toutes circonstances, et sous tous ses aspects, et à tous degrés, la recevoir de Dieu comme Lui Ta reçue ; mais en passant par Lui \

cipit, Maximam influentiam ejus. — Secundo, ex coittparatione ejiis ad effectum. Sic enim recipiebat anima Christi gratiam ut ex ea quodammodo transfundrretur in alio3. Et ideo oportiiit quod habcret maximam i^ratiam. sicut icmis qui est causa calons in omnibus calidia, est maxime calido. — Similiter etiam quantum ad virtulem gratiae, plene habuit gratiam : quia habuit cam ad omnes opérations vel effcctus gratiae. Et hoc ideo quia conferebatur ei gratia tanquam cuidam universali principio in génère habcntium gralia-;.

1. S. Thomas, q, 8, art. 1. Ad llim. dicenduin quod dare gratiam aut Spiritum sanetum convenit Christo secundum quod Deus, auctoritative ; >ed instrumentaliter o\ conve-

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Cette plénitude de grâce est donc propre au Christ en sa double qualité d'Homme-Dieu et de tête de l'Église, d'homme individuel et d'homme universel.

Voilà pourquoi Dieu lui a communiqué en substance la somme la plus grande de grâce qu'une créature puisse recevoir, et pourquoi aussi il l'a possédée toute avec une intensité incroyable.

Mais cette grâce que le Christ a reçue en plénitude, peut-Il, bien qu'il l'ait reçue, en être regardé comme la cause 1 ?

nit secundum quod est homo, inquantum scilicet ejus humanitas fuit instrumentum divinitatis ejus. Et ita actiones ipsius ex virtute divinitatis fuerunt nobis salutiferae, utpote gratiam nobis causantes et per meritum et per eflicientiam quamdam.

1. S. Thomas, Summa theol., HIa P., q. 48, a. 1. Utrum Passio Christi (uerit operata nostram salutem per modum eflicientiae? Dicendum quod duplex est efficiens : principale et instrumentale. Efficiens quidem principale humanae salutis est Deus. Quia vero humanitas Christi est divinitatis instrumentum, ex consequenti omnes actiones et passiones Christi instrumentaliter operantur, in virtute divinitatis, ad salutem humanam. Et secundum hoc, passio Christi eflicienter causât salutem humanam. — Ad tertium dicendum quod passio Christi, secundum quod comparatur ad divinitatem ejus, agit per modum eflicientiae ; inquantum vero comparatur ad voluntatem animae Christi, agit per modum meriti.

Oui, affirme encore saint Thomas. Le Christ en est d'abord la cause morale, si l'on veut bien se souvenir que c'est Lui, par les mérites infinis de sa passion et donc par sa volonté libre de Rédempteur, qui en a ouvert les cataractes sur le monde corrompu, mais racheté, et réconcilié par lui avec Dieu. S'il y a un seul cas où il soit permis de parler sans équivoque de causalité morale, c'est celui-là. Dans cet Océan de grâce, où baigne le monde des âmes depuis toujours, il n'y en a pas une goutte qui ne soit comme colorée du sang du Christ Rédempteur, puisque c'est en vue de ses mérites infinis qu'avant et après sa Passion, Dieu a répandu des flots de grâce dans l'humanité.

Cependant, ajoute saint Thomas, si le Christ, par sa volonté rédemptrice, doit être considéré comme la cause morale de toute grâce, Il en est aussi la cause efficiente, en qualité d'instrument de la divinité : iiislrumentum divinitalis. Cela, saint Thomas le répète presque à chaque page du Traité de la Rédemption. Et voici comment il l'explique. Je cite ses propres paroles : Quia vero humanitas

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Christi est divinitatis instrumentum, ex conséquent omnes actiones et passiones Christi instrumentaliter operantur, in virtute divinitatis, ad salutem humanam. Et secundum hoc, passio Christi efïicienter causât salutem humanam.

Il suffît d'avoir présente à la mémoire la façon extrêmement réaliste dont saint Thomas entend la causalité instrumentale dans ses rapports avec la cause principale qui est Dieu, pour se faire une idée de l'intervention efficace du Christ dans la production de la grâce, par quoi nous vient le salut.

Commentant ces admirables paroles, Jean de Saint-Thomas s'exprime à son tour en ces termes : « Nous disons que la Passion du )• Christ et sa Résurrection, même actuelle- » ment (etiam modo), concourent en fait phy- » siquement à la justification des âmes et con- ), courront aussi physiquement à la résurrec- ). tion des corps à la fin du monde, parce que m bien que la passion du Christ ne soit plus » actuelle, ni sa résurrection, elle demeure m cependant virtuellement dans son humanité,

» avec laquelle elle s'identifie, et qui a été dé- » terminée à cet effet1 ».

C'est aussi l'opinion de Cajétan. De telle sorte que nous devons considérer l'humanité du Christ, tête de l'Église, comme l'Instrument de la divinité, uni à elle hypostatiquement, par où passent, ont passé, et passeront, pour être reçues dans les âmes de tous les hommes, depuis la Passion jusqu'à la fin du monde, les grâces que cette Passion nous a méritées à tous de la part de Dieu. Il n'y en a pas une qui. de ce chef, ne porte l'effigie du Christ, et ne soit frappée au coin de son humanité rédemptrice.

On voit ce qui s'ensuit. Si le Christ a reçu la plénitude de grâce du fait de son union personnelle et substantielle à la divinité, est-ce que nous, les membres du corps de l'Église dont II est la tête, nous ne recevrons pas des grâces d'autant plus abondantes que nous serons incorporés personnellement à son humanité? Mais cette incorporation, qui la réalisera? Oui permettra au Christ Rédempteur,

1. S. Jean de Saint-Thomas, III* P., q. XIII. disp. XV, a. 2, § 38 ; — O. 61, disp. XXIII, a. 3.

actuellement au Ciel, assis à la droite de son Père, d'où II viendra juger les vivants et les morts, de nous associer physiquement à son humanité rédemptrice? On l'a déjà deviné, c'est Y Eucharistie. Par elle, en effet, le Christ se donne Lui-même en nourriture à nos âmes; Il est présent réellement en nous et parmi nous, aussi réellement qu'il est au Ciel, quoique d'autre manière, aussi personnellement, aussi substantiellement.

Or, la nourriture, c'est le phénomène par excellence de l'incorporation. Il y a seulement cette différence entre la nourriture matérielle et la nourriture eucharistique, c'est que nous nous incorporons la première, tandis que la seconde nous incorpore au Christ Lui-même. Nous nous incorporons la nourriture matérielle, parce que le principe de vie qui est en nous est le plus fort, et ne désassimile les éléments qu'en se les assimilant. Au contraire, In nourriture Eucharistique nous incorpore au Christ, parce que le principe de vie qui est dans le Christ est le plus fort, et ne désassimile en nous que le péché pour nous assimiler au Christ.

Oï LES HARMONIES EUCHARISTIQUES.

Lo but de l'Eucharistie, comme celui de tous les Sacrements, reste donc bien de nous donner la grâce qui nous unit à Dieu, en nous faisant participer à sa vie. Mais, pour que cette grâce nous vienne en abondance, pour que nous la buvions à même, si j'ose dire, le Christ se fait notre nourriture ; il nous incorpore à son humanité, elle-même unie hyposiatiquement à Dieu, la source de toute grâce.

En sorte que si l'Incarnation est le mystère du Fils de Dieu fait homme, l'Eucharistie, pour ceux qui la reçoivent, est le mystère de l'homme fait Christ, par quoi il devient plus intimement, en vertu de l'incorporation eucharistique et des grâces spéciales qui y sont attachées, un Fils de Dieu.

Il suit de là, sans doute, que la communion garde son caractère d'acte individuel, par où la vie surnaturelle pénètre au plus profond de l'âme qui reçoit la grâce de nutrition eucharistique ; mais elle devient au surplus Yacie social par excellence, s'il est vrai que chaque fidèle, en s'incorporant réellement au Christ par la communion, resserre, autant qu'il lui est possible, les liens vitaux qui doivent ratta-

cher la lêtc de l'Église à ses membres, et fait bénéficier le corps mystique tout enlier de la plus-value de grâce qui lui vient directement de son incorporation à l'Hommc-Dieu, en qui Dieu a concentré toute grâce.

En communiant fréquemment et collectivement, nous mettons le Christ à même de réaliser sa mission de Chef de l'Église. Nous le faisons habiter en personne parmi nous comme il convient à un chef. Nous entrons en relation personnelle, vivante avec Lui, comme il convient à des membres d'un même corps qui reçoit tout, les inspirations et la vie, de son chef.

Alors, le mystère qui entoure de gravité et de solennité l'institution de l'Eucharistie s'éclaire tout d'un coup d'une lumière très vive. C'est avant de mourir que le Christ se donne à nous en nourriture, pour bien montrer qu'il ne s'en va qu'en apparence, qu'il reste à la tête de l'Eglise, et que tous ceux qui voudront vivre de Dieu devront s'incorporer à Lui, l'IIomme- Dieu. Ce Sacrement est par excellence le Sacrement de l'Amour, puisque c'est le même amour qui va clouer le Christ sur la Croix, qui le fait <e cacher sous les espèces eucharisti-

ques, afin d'attirer tout à Lui, de réunir autour de la tète de l'Église, tous ses membres, et de les faire s'aimer entre eux comme Lui-même, le Christ, les a aimés. Aussi bien, le discours de la Cène ne respire-t-il que des paroles d'amour. « Restez en moi, dit le Christ, et moi [je resterai] en vous. De même que le sar-

> ment ne peut pas porter de fruit par lui-

> même, s'il ne demeure sur le cep, ainsi, vous

> autres si vous ne demeurez en moi. Je suis

> le cep, vous êtes les rameaux. Celui qui de-

> meure en moi, tandis que je demeure en lui,

> porte beaucoup de fruit, car, sans moi, vous

> ne pouvez rien faire. Si quelqu'un ne de-

> meure pas en moi, il est jeté dehors, comme

> le sarment qui se dessèche, puis on le ra-

> masse, on le jette au feu et il est brûlé. Si

> vous demeurez en moi, et que mes paroles

> demeurent en vous, vous demanderez ce que ) vous voudrez et cela vous sera accordé1 ».

]. S. Jean. 14 : 4-8.

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