CHAPITRE V
Ce qui a été exposé jusqu'ici démontre que les êtres de chacun des règnes de la nature sont en harmonie et avec eux-mêmes et avec les êtres des autres règnes.
Dès à présent on peut tirer de là une très-importante conséquence. C'est que, pour mettre en harmonie les pièces innombrables de l'immense machine du monde, il faut une intelligence. Sans intelligence, un horloger ne saurait ni concevoir, ni fabriquer, ni agencer les rouages d'une montre. Vous en convenez. Ce n'est ni à une pierre, ni à un arbre, ni à un bœuf, ni à un idiot que vous demandez de faire une montre. Soyez donc conséquent et n'allez pas dire que le magnilique univers est l'œuvre des gaz, des métaux, des choses enfin chez lesquelles vous ne découvrez pas l'intelligence de l'horloger même le moins habile.
De plus, vous reconnaissez que l'horloger est supérieur à la montre qu'il fabrique. Reconnaissez de même que l'ouvrier de l'univers est nécessairement supérieur à son œuvre. 11 s'ensuit de là qu'il a un pouvoir de
IM LES IIARHOBIER PROTIDENTIErXES.
concevoir, Je connaître, de créer, d'organiser qui est immense, plus immense, si l'on peut ainsi parler, que toutes les puissances de l'univers réunies ensemble.
C'est ce que l'étude de l'homme va prouver encore mieux. L'homme est, lui aussi, en harmonie avec luimême et avec l'univers. Et s'il dépend de lui de développer, d'accroître, de multiplier certaines harmonies, on s'assurera qu'il n'en crée véritablement aucune. Son existence, ses facultés, son organisation, les rapports qui relient entre elles cette organisation et ces facultés et qui les rattachent aux autres êtres, exigent donc l'action d'une intelligence capable d'embrasser à la fois et l'homme et l'univers.
Mais l'étude de l'homme réclamerait desTolumes.Les proj^ès de la science rendent plus vaste chaque jour la connaissance qu'on doit acquérir pour avoir une idée suffisamment exacte de ce que nous sommes. L'objetde ce travail ne nous impose nullement l'obligation de reproduire tout ce qui est désormais acquis à l'égard de l'homme physique el moral. Ce sera assez de présenter, dans ce chapitre comme dans les précédents, les faits où éclatent les plus belles et les plus saisissantes harmonies. L'essentiel est d'apprendre au lecteur à lire et J comprendre les caractères inscrits en quelque sorte sur notre organisation et qui signifient, pour quiconque esl attentif, intelligence sans bornes, puissance escellenle, prévoyante sagesse, bonté paternelle. Quand on saura épeler quelques-unes des plus belles pages de ce livre, non-seulement on pourra mais on voudra continuer soi-nifme cette bienfaisante lecture, soit en interrogeant directement la nature, soit en méditant les ouvrages des savants.
L'âme est radicalemient distincte du corps. Cependant je ne diviserai pas rigoureusement l'homme en matière et en esprit, en âme et en corps. Tout en considérant d'abord certaines fonctions purement physiologiques, chaque fois que je rencontrerai l'âme, je constaterai sa présence et son action, et les rapports harmonieux qui la rattachent à Thomme physique.
Pour que l'homme vive, il est nécessaire qu'il se nourrisse et respire. Étudions, en premier lieu, les organes principaux, le mécanisme et les harmonies de ces deux fonctions.
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La nutrition et la respiration chez Tboinme.
Manger est un acte essentiellement animal. C'est une propriété commune à tous les animaux de se conserver au moyen de substances prises au dehors et assimilées aux tissus vivants par un mécanisme spécial. On rencontre cette propriété à tous les degrés de l'échelle zoologique, depuis ces êtres qui n'ont qu'un sac pour estomac avec une ouverture unique par où ils avalent leur subsistance et en expulsent le résidu ; jusqu'aux mam* mifères les plus semblables à nous et à l'homme luimême.
Voilà qui est triste, pensera-t-on, et quelque peu humiliant. Oui et non. Oui, si vous vous réduisez exclusivement, quand vous mangez, aux opérations animales ; non, si vous accomplissez ces fonctions en essayant d'en comprendre la merveille.
(31 LES UiRIO:(IES PROnDB^nCLUS.
Ainsi, je suis à table : j'ai deTjmt moi un •wtage fumanl, de savoureux iégumes, des lûndes succulentes. J'engloutis ces aliments sans penser à rien. Je ressemble alors â la béte. Mais je sois capable de réBéchir. et ?oici ce que je puis me dire. Ces substances bien direrses vont être élaborées par une série d'organes tous en relation les uns avec les autres. Elles deviendront chyme, cliyle, sang, puis muscles, nerfs, os, membres, œil, oreilles, ongles, cheveux. Chaque parcelle de cette matière ira où il faut renouveler, fortiGer chacun des éléments de mon corps. Le travail concerté de l'estomac, du cœur, du poumon produira ce prodige de trangformatio:] et de construction plastique. Je réOéchis à cette élaboration, et j'admire. Puis, je m'assure que le corps humain cstun mécanisme qu'aucun homme ne saurait fabriquer, quelle que fut l'adresse de ses mains, quelque parfaits que fussent ses outils. Il me parait évident que ce mécanisme dénote un art supérieur, une intelligence prévoyante et toute bonne. Alors, je ne suis plus un simple animal. Je suis moimême, quoique lié â ce corps, une intelligence qui connaît l'oeuvre divine et qui en comprend un peu la beauté.
Ainsi il y a non-seulement harmonie entre les différents organes de mon corps, mais aussi entre mon corps qui est connu et mon intelligence qui le connaît. Et enfin il y a harmonie entre mon intelligence <:l l'artiste invisible qui a sculpté mon corps, puisqu'il m'est donné de comprendre un peu l'un des cl lefs-d' couvre de cet artiste. L'animal ne va pas jusque-
le suis donc très-supérieur à la béte, mais à une conon, c'est que je me servirai du surplus d'inteiti-
gence que la bête n'a pas et que je rappliquerai à me connaître moi-même et à comprendre selon mes forces Tauteur de tous les êtres.
Mais, notons-le soigneusement; cette harmonie qui existe entre mon esprit et mon corps, et celte autre harmonie plus belle qui existe entre ma raison et l'auteur des êtres, ce n'est pas moi qui les ai créées. Elles sont et je m'en sers. Ainsi déjà, rien qu'en partant du spectacle bien vulgaire de mon dîner tout servi, me voilà arrivé à affirmer et d'admirables harmonies et une cause souveraine qui les a fondées.
Vous êtes trop fier, diront certaines gens dont les regards n'aperçoivent que nos misères. L'acte démanger dévoile notre infirmité native et rien de plus. L'aigle a un bec pour déchirer sa proie, des serres pour l'enlever et pour la contenir. Le lion a dans la tête et dans le cou une force extraordinaire et des dents en rapport avec cette force. Le cheval, le bœuf, avec leurs tranchantes incisives, broutent directement l'herbe des prés. L'homme n'a pas ces instruments si nécessaires ou ne les a que beaucoup moins puissants. Il est de tous les animaux le plus désarmé et le plus faible.
Il est vrai : le bec et la serre du condor, la mâchoire du lion, la griffe terrible du tigre, les dents du taureau, les pattes et les ongles du singe manquent à l'homme. Pourtant il dompte ou détruit ces animaux. Quand leur naturel le permet, il les apprivoise; bien plus, il en tait des instruments dociles et des serviteurs obéissants. 11 exécute des travaux sans nombre absolument interdits à Tanimal. Lui seul, il forge l'outil et l'emploie. Aucun animal n'a l'outil : l'homme l'a parce qu'il a la main. Mais la main, quelque flexible qu'elle soit, n'est elle-même qu'un instrument qui serait sans
134 LES HARMONIES PROYIDE^ITIEUES.
habileté si elle n'était conduite par rint^Uigence de rhommc. Cet instrument acquiert une adresse et une puissance surprenantes parce que l'intelligence le goaverne et parce qu'il y a entre cet instrument et le génie de l'homme une merveilleuse harmonie préétablie. La main, Tintelligence et Tharmonie qui les unit, sont un immense bienfait. Ce bienfait, Thomme en jouit ; il en profite; il le féconde ; mais il n'en est pas la source; il ne l'a que reçu.
Avec la main l'homme recueille ses aliments et les préparc. Puis il les porte à la bouche. C'est là le premier acte de la nutrition.
Dans la bouche, les aliments sont coupés, mâchés, broyés, divisés par les dents. Une harmonie remarquable existe entre la mâchoire de l'animal et son genre d'alimentation. Rien qu'à voir les dents, on sait si l'animal est Carnivore, insectivore, herbivore ou omnivore. L'homme est omnivore : il a des dents incisives pour couper, des canines pour déchirer, des molaires grandes et petites pour broyer les aliments.
Mais voyez quelle attentive sagesse a pourvu à la solidité particulière de chaque espèce de dents ! Les incisives qui appuient sur la nourriture afin de la couper, tendent à s'enfoncer dans leur alvéole : aussi n'ontolles qu'une racine courte et peu pénétrante. Les canines, destinées à tirer fortement ont besoin de bien résister, elles se prolongent donc plus profondément dans la mâchoire que les incisives. Les molaires, dont la fonction est de serrer et de presser, ont trois racines écartées qui les consolident et aussi les empêchent de s'en- *V)ncer trop avant dans leur alvéole sous l'effort de
pression. Tout est minutieusement prévu et mesuré, a mastication serait trop longue et trop difficile si
elle se faisait à sec. Voyez le scieur de long : afin que son outil entame aisémeiit la pierre dure, il verse de temps en temps de l'eau dans la fente que le fer a ouverte. De même, à mesure que je mâche, les glandes salivaires sécrètent un liquide particulier qui mouille la nourriture. Ce liquide, différent dans les glandes qui sont de trois espèces, humecte, dissout et même transforme la substance de l'aliment.
La petite masse pétrie delà sorte par les dents, par la isalive et par la langue qui l'a tournée et retournée, cette petite masse se nomme le bol alimentaire.
Dès qu'il est prêt et rendu glissant par l'humidité du suc salivaire, on avale, ordinairement sans y penser. On peut cependant, quand on le veut, retarder la déglutition et même Tempêcher. Mais dès qu'elle a lieu, c'est par un mécanisme qui n'est pas notre œuvre et qui révèle un mécanicien tout autrement habile que nous.
En effet : la bouche aboutit à deux tuyaux : Tun, le pharynx, est pour l'aliment; l'autre, le larynx est pour le passage de l'air aspiré et expiré. Le bol alimentaire doit suivre sa route, et non celle de l'air. C'est prévu. Dès que j'ai fait TeHort d'avaler, le voile du palais s'élève et ferme les fosses nasales d'un côté; d'un autre côté, la porte du larynx nommée la glotte se resserre; enfin une petite soupape nommée épiglotte achève de clore la glotte en s'y appliquant. Un seul passage reste donc libre, celui de l'estomac. Le bol alimentaire y glisse et les mouvements dès muscles du pharynx le poussent dans un tube nommé œsophage. Celui-ci exerce à son tour des poussées, au moyen de certaines contractions et la pâte nutritive arrive jusque dans l'estomac par l'ouverture cardiaque.
136 LES BARMOMES PR0V[DEKT1ELL£S.
Dents, langue, glandes salifaires, pharynx, larynx, œsophage, tout travaille d'accord, quoiqie successivemont. Celte harmonie par voie d'enchaînement se continne, revient sur ello-méme, et forme un cercle sans interruption d'une richesse et d'une complexité où l'unilé est toujours visible. Marchons avec elle quelque temps encore, afin d'en saisir le magique développemenL
L'estomac est une poche en forme de cornemuse, large à gauche, étroite à droite. On s'étonne de ce que les gourmands y peuvent engloutir ; c'est que ce sac est très-élastique. Vide, il s'aplatit ; plein, il se. distend. Cette élasticité n'est pas la seule propriété dont il soit ]>ourvu. La bouche a son liquide dissolvant; l'estomac a aussi le sien. Sa peau, ou membrane intérieure, est creusée d'une multitude de petites cavités ; ce sont les follicules qui sécrètent les sucs gastriques. Ce liquide iniportan* n'abonde qu'au moment voulu, â l'arrivée de l'ahment qui stimule les follicules gastriques, et les excite à la sécrétion. En se répandant sur la pâte nutritive, le suc gastrique en augmente la liquéfaction déjà commencée dans la bouche ; il la soumet à des actions plus énergiques, et en forme une sorte de bouillie appelée chyme. En même temps, des précautions ont été prises pour que la nourriture ne remonte pas vei'sla bouche et ne descende pas trop tût dans l'intestin. En haut, l'ouverture de l'estomac se contracte ; en bas, la porte de l'intestin, le pylore, reste fermée.
Pendant le séjour de l'aliment dans l'estomac, il n'j
a pas de temps perdu. L'eau, l'alcool faible, d'autres li-
auides sont immédiatement absorbés par les parois
•pieuses de l'organe et pénètrent dans le sang ; mais
dL'S substances qui restent pour subir plus Ion-
guement Taclion du suc gastrique, cause priacipale de la chymification.
Or remarquez bien ceci : à mesure que ce travail s'accomplit, les parois de l'estomac se contractent circulairement, d'abord de droite à gauche. Après quelque temps, les contractions répétées se font de gauche à droite, poussant peu à peu le chyme vers le pylore. Celui-ci s'ouvre enfin, mais seulement à bonnes enseignes, et quand la pâte qui se présenle à la porte est jugée en état de franchir le pas.
L'une des merveilles de notre organisation, ou plutôt de toutes lès organisations naturelles non troublées, c'est l'a- propos : ni trop tôt, ni trop tard. Les moments sont marqués, les étapes mesurées d'avance. Or agir à propos, n'est ce pas, aux yeux de tous, l'un des Caractères essentiels d'une intelligence parfaite ?
Cette intelligence va se manifester encore, dans le phénomène suivant, celui de la digestion intestinale.
C'est dans l'intestin que la digestion s'achève. Il est impossible d'étudier la structure et le jeu de cet organe sans être émerveillé. Considéré en gros, ce n'est qu'un tube long et étroit. Analysé de près au microscope, il présente un ensemble admirable d'organes divers, qui agissent de concert, à l'aide d'autres organes qui l'avoisinent et qui combinent leur action avec la sienne.
La partie supérieure de l'intestin, ou intestin grcle, ou duodénum, est celle qui achève le travail de liquéfaction et d'absorption commencé par l'estomac ; c'est aussi la plus curieuse. Son enveloppe extérieure est lisse ; sa membrane intérieure offre trois sortes de petits organes : ce sont de petites glandes tubulaires, des follicules et des villositcs. 11 est garni de plis transversaux, susceptibles de se contracter, et nommés valvules conniventes,
1» us BAU031ES PVOnDETTIELLES. I
c'est-à-dire pelitca portes qai peuvent se joindre eL se fermer. Les follicules produisent sans cesse une humeur Tisqueuse très-abondante. Les Tillosités sont de petites pompes aspirantes dont je reparlerai. Les valvules exécutent des mouvements pareils à ceux d'un ver de terre, et poussent en avjnt ce qui descend du pylore ; celui-ci, en se contractant, empêche le retour de la pâte vers l'estomac.
Les organes aniiliaires de l'intestin sont le foie qui sécrète la bile et en empUt la vésicule biliaire, d'où elle se déverse, au moment voulu, dans le duodénum, et la glande pancréas qui produit le suc pancréatique et le fait afHuer dans le même organe.
Toute la partie du chyme que l'estomac n'a pas absorbée et que le suc gastrique n'a pas assez dissoute, entre par le pylore dans le duodénum, et y avance pas à pas. Chemin faisant, elle est inondée de bile et de suc pancréatique. Or la bile est un dissolvant qui a certaines propriétés du savon. Le suc pancréatique est plus actif encore ; il a la vertu essentielle de diviser, ou, comme on dit, d'émulstonner les graisses avec rapidité. Lorsque, dans l'industrie, on veut promptement émulsiormcr les graisses, on est obligé de recourir à des agents et n dos températures qui désorganiseraient l'appiiroil digestif, si celui-ci en subissait la violence. Fallait-il donc ou condamner l'inlesttn à une digestion in- (liiimcnt trop lente, ou employer des moyens destructniirN de l'organisme? L'ouvrier du corps humain a Iroiivô un troisième procédé : il a créé le suc pancréalii^iin. (Inliii-ci émiiJKJnnne rapidement les graisses; il
l'ti'i^ vito ci ne détruit rien.
Hiflt pluH touchant témoignage d'intelligente etpré- '••' bonto?
Maintenant, que deviennent les substances grasses, divisées et liquéGées par la bile et surtout par le suc pancréatique? Ce ne sont pas des veines qui les absorbent ; elles prennent un autre chemin : elles sont pompées par les surfaces des villosités, dont nous avons déjà parlé, et dont Tintérieur de Finlestin grêle est tout hérissé. De là,[elles passent dans les vaisseaux[chylifères ou lactés ; elles constituent ce qu'on appelle le chyle. Ce liquide est transporté par les vaissaux chilifères dans le canal thoracique, et de là, dans la veine sous-clavière gauche, où il se confond avec le sang.
Ainsi, toutes les substances digérées aboutissent à ce grand ruisseau, qui est le sang, et coulent avec lui ; les unes, après avoir pénétré dans les petites veines de Testomac ; les autres, après être venues se jeter dans la veine sous-clavière gauche, à travers les vaisseaux lactés et le canal thoracique.
La fonction de l^appareil digestif a été principalement de liquéfier la nourriture afin d'en rendre l'absorption possible. Une fois porté dans le sang, il faut que ce liquide marche, coure, se divise, se distribue en mille endroits divers. C'est le sang lui-même qui sera le véhicule chargé d'opérer cette translation. C'est le sang qui apportera à chaque organe, à chaque tissu la matière qui le fortifie et qui le répare, à mesure qu'il s'use. Le sang doit donc être doué d'un mouvement rapide, puissant, ininterrompu. Quelle en sera la force motrice ? Le cœur, assurément, qui l'attire et le refoule comme une pompe ; mais ce sera aussi, avec le cœur, la chaleur vitale. D'où viendra cette chaleur? De la respiration. Et vous allez trouver la respiration en parfaite harmonie avec la circulation du sang et avec la nutrition.
Il y a une loi de la physique qu'il n'est plus permis
110 LtS UiimOSIES PUOT10E>TILII,ES.
à uersoniie d'ignorer. Cette loi, c'est que la chaleur se Iransfornie ea mouvement, et réciproquement le mouvcmeot en clialcur. Vous avez froid, vous batte/, la semelle, ce mouvement vous rt^chaulTe. Une fois réchauffé, si vous vous arrêtez, la chaleur que vous avez acquisr se transforme en mouvement du sang. Vous avez chaud aun pieds et à tout le corps pour un certain temps.
De même dans une machine à vapeur. Lachalcuriir la vapeur d'eau se transforme en mouvement du piston et de la machine tout entière. Les rouages en se mouvaiil s'échauffent, et si les roues de la locomotive étaient de bois, elles prendraient feu.
La marche du sang est, elle aussi, en grande partie. de la chaleur transformée en mouvement. Ni les mou vcmenls du cœur, ni ceux de notre corps ne suflisenE i'i donner au sang toute son activité ; une certaine température lui est nécessaire. Par conséquent un foyer lui est indispensable. Dans ce foyer, il doit y avoir du mnbustible et quelque chose qui brûle ce combustible. (.^ combustible, ce sont les aliments, ou du moins certains aliments ; l'agent comburant ou brûleur, c'f^*t l'osygène introduit dans le corps par la respiration.
Vous voyez déjà connnent la respiration se lie à in nutrition et quelle intelligence a dû posséder celui iiui a fait concorder des opérations si diverses. Mais insistons davantage,
11 y a deux sortes d'aliments : les aliments azotés ou
plastiques, et les aliiucnts respiratoires. Les premiers
sont indispensables à la nutrition, mais ils peuvent
^si, en partie, servir à la combustion. Ce sont l'albu-
le, la fibrine, la caséine végétale, le sang et la cliair
animaux. Ces substances sont les vrais Tnalériaui
-%r nos chairs ne sont en quelque sorte
que de l'albumine et de la fibrine solidifiées. Le sang qui les contient à l'état liquide, les porte partout. Mais tandis qu'une partie de ces substances forme les tissus, une autre est brûlée pour produire la chaleur, laquelle à son tour accroît le mouyement du sang. Quantaux aliments respiratoires, savoir : les alcools, les matières amylacées et surtout les graisses, ils sont impropres à former de la chair : ce n'est que du combustible.
Absorbées par les veines, toutes ces matières combustibles, qu'elles viennent de l'aliment plastique ou de l'aliment respiratoire, sont portées à travers le poumon. Là elles se trouvent presque en contact avec l'oxygène de l'air respiré. Elles absorbent de cet oxygène ime quantité considérable, en se combinant avec lui. Le sang chargé d'oxygène continue sa course. Ce sont surtout les globules rouges qui s'approprient le grand agent brûleur. Pendant que le sang va des veines au cœur et du cœur qui le refoule puissamment, dans les artères qui le portent à toutes les extrémités, la combustion se fait. L'oxygène dont le sang est chargé se combine avec les substances absorbées, et en se combinant avec elles, il les brûle. Il brûle les graisses, il brûle le sucre, il brûle tous les éléments avec lesquels il peut se mombiner. A chaque réaction, de la chaleur se dégage. Et cette chaleur^ non-seulement active la course du sang, mais elle est encore un auxiliaire indispensable des ïïiouvements des nerfs et des muscles. La calorification semble être la première des nécessités vitales. Or la respiration a la plus grande part dans la calorification animale et en est le principe régulateur. Tel est le langage de la science. la plus récente.
Comme cette nécessité de la chaleur était capitale, une prévoyance qui mesure infailliblement les moyens
143 LES HAMfOSies PROnoERIIELLES.
à la fîn, a pourvu à l'entretien de la température ani- '
maie.
En efTel : le sucre et la graisse sont absolument inutiles pour la formation des tissus; mais ce sont par excellence des combustibles, du charbon à chaufTer la cbeminée où se fait notre chaleur. Aussi, — M. Claode Bernard l'a découvert et démontre, — notre foie fabrique du sucre par lui-même, que nous mangions ou non des matières sucrées. C'est une mine à charbon, en quelque sorte. De même pour la graisse : M. Boussîngault a reconnu que nos organes ont la propriété d'en produire, en dehors de l'alimentation. Autre mine à combustible. — Si quelqu'un Tient nous dire que ces admirables prévoyances sont l'effet du hasard et que ce qui est le comble de l'intelligence s'accomplit sans intelligence, que faire?Rire ou s'indigner? Non, instruire et encore instruire. La lumière de la science est irrésistible. Les aveugles eui-mëmes finissent par la voir.
Sur ce merveilleux sujet de la nutrition, il est impossible de tout dire. Cependant voici un point qu'il estdiffïcile d'omettre.
La nutrition et la respiration, — avec la circulation leur agent intermédiaire, — forment ensemble une triple puissance d'absorption. Mais le corps n'absorbe pas tout.
La nutrition aaes résidus; la combustion et ta circulation ont les leurs, tl y a des parties de nos organes qui s'usent, qui vieillissent. Elles sont remplacées par du neuf; mais le vieux ne peut rester là. Plusieurs fonctions en débiim^sont l'organisme. L'excrétion est la plus connue. L'exhalation est encore plus puissante. Ce qu'n" nnmnie la transpiration insensible décharge le
HARMOlNIIilS HUMAINES. 145
corps d'une énorme quantité d'éléments inutiles. L'exhalation intérieure des surfaces respiratoires est aussi active que l'absorption est rapide. C^est par là que s'en va surtout l'acide carbonique, résidu de la respiration, dont notre corps n'a que faire et dont les plantes s'emparent avidement. Mais où se rendent les vieilleries? Lesang qui apporte les éléments neufs, charrie et remporte les matériaux hors de service. Il nous en débarrasse principalement par les urines. Ces résidus des tissus usés sont chose pernicieuse : c'est du poison. M. Dumas l'a prouvé : coupez le rein à un animal ; l'urine se formera tout de même ; mais elle restera dans lesang et empoisonnera l'animal. Le rein ne forme donc pas Turine ; non, mais il la sépare du sang et, par d'autres organes, la jette au dehors. Voilà donc un organe purificateur par excellence. Il prend le mauvais et ne prend que cela. Notez enfin ce détail : le rein est un réservoir. Pourquoi? Parce que l'expulsion continue de l'urine serait insupportablement gênante. Grâce à cet organe, elle n'a lieu que de temps en temps. La prévision seraitelle jamais plus manifeste et pourrait-elle aller plus loin?
Le corps de l'homme est donc un laboratoire dans lequel nas organes, ouvriers infatigables et harmonieusement unis, préparent, épurent, distribuent et emploient la matière plastique dont est pétrie notre organisation physique. Mais ce laboratoire en suppose d'autres ; ces harmonies sont précédées, elles sont rendues possibles par d'autres harmonies. Indiquons rapidement celles-ci.
Entre l'atmosphère et notre appareil respiratoire la relation est manifeste. Aspiré par le poumon, l'air entre jusqu'au plus profond de nos organes, mais en se dé-
H% LLS SlftSOMilS n^crrociTKLLis.
*'omptp*iênL II coolient de b vxpear^eHu pois 21 eentiérrietf d^oxy^t*ne, 79 oentièmes 4rja04e aôssi que des trai'i'n» d acide cariK^nîqoe.Xosoi^ii i retiennent l'oTy- ^ima; il» tf'xhaleot l^acîde cwiMNiîqne^ mm-sfnlcmeDt i'Àtlm <]ui provient de Fair, mais enoore, mais surtout vA'lîÈi (]iji résulte de la combustion înlêrieDore des aliumtin, L*atmosphêre qui nous entoare se cfaai^oe donc incifKKanriment d*acide carbonique. Elle deviendrait par làinortelle a Thomme, si cette accumulation n'était pas iM>ntre-halanc4*e. Elle Test par la respiration des plantes. ()i*lli*f('ci absorbent Tacide carbonique, fixent le carbone lUmu Uiuvn tinsus et répandent sans cesse de Fosygène dunM Tiiir. Défaite par Tanimal, Fatmosphère dont Fanifnul a bcHoin est continuelletnent refaite, recomposée ptir la plante. En sorte que Fair d*une part, le règne vé- K<Hal (le l^autrc, sont deux laboratoires extérieurs qui fonctionnent en harmonie ayec le laboratoire intérieur (In la rcMpiration humaine.
(!(! ii^cHt pas tout. Le corps de Fhomme admet trèsptMi (Fiilimonts purement minéraux ou inorganiques. Il lui Inut HUrtout des principes déjà organisés. Ces prin- (!i|H<M lui Nont fournis tout préparés, par le règne végétal nt pur In rngno animal. Il est des végétaux, deslégumes, (Inn fruiU que Fcstomac de Fhomme et son intestin digiNn^nt pur oux-mémes. Mais il en est d'autres dont la (li^nMlion snrait directement impossible ou nuisible. Par nxnrnpio Thorbe des prairies réclame une organisation Np(V*iuln pour âtre digérée. Uhomme ne possède pas ce MyNlnnin digestif, Mais il mange la chair du mouton et du buHif ; il boit le lait do la vache. Ces animaux sont de WantH laboratoires où Falimen test travaillé, élaboré et
richi h notre proGt. Ce sont des officines extérieures '^»^nt d'avance en parfait accord avec Fofficine de
notre système digestif. Ces estomacs forment avec le nôtre, une véritable chaîne. Il faut évidemment qu'une certaine et très-vaste intelligence ait forgé ces chaînons et les ait façonnés de telle sorte qu'à un moment donné, ils se nouent entre eux.
Mais l'homme a le pouvoir, refusé à Tanimal, de multiplier, d'agrandir, de perfectionner même les harmonies naturelles qui existent entre ses organes digestifs et les corps aptes à lui servir de nourriture. L'animal ne fait subir à ses aliments aucune véritable préparation extérieure. Casser une noisette, éplucher un fruit, déchirer une proie, faire du miel, accumuler des provisions de graines ou de foin, rien de tout cela ne ressemble à la plus grossière cuisine. Et cependant qu'est-ce que la cuisson des aliments au moyen du feu, en comparaison des modifications savantes que l'homme impose aux plantes et aux animaux en vue d'enrichir et de varier son régime ? Tantôt il rend mangeables des racines sauvages et insipides ; tantôt il en accroît singulièrement la richesse sucrée par une habile culture et d'ingénieux semis ; tantôt d'un fruit âpre et sec il arrive à faire une poire fondante et savoureuse. Il constitue des espèces de bœufs qui sont presque tout viande ; il obtient des vaches d'intarissables sources de lait ; il force les moutons, les porcs, les oiseaux de basse-cour à décupler leur poids de graisse. La nature est vivante, il la rend iëconde ; elle est riche, il la rend opulente.
C'est que l'homme a une intelligence que Tanimal n'a pas. C'est que cette intelligence soutient avec la nature des rapports harmonieux que Thomme connaît et comprend mieux à mesure qu'il étudie davantage. Ces rapports, il les étend, il les déplace à son profit. Il accom. plit par là des progrès dont aucune autre espèce ani-
LES IIARMOPilES PROVIDESTIELLES.
malc n'est capable. Mais il ne crée par ces harmonie» inépuisables; la nature ne les crée pas non plus : elles sont l'œuvre <l'un génie supérieur mille fois el aux pui^isances de la nature et à l' intelligence dr l'tiotnine.
L'homme est un être sensible, il est né capable d'éprouver plaisir et peine, joie et douleur. 11 jouît dc^ douceurs de la famille, de l'amitié, de la société; il goûte le plaisir d'être aimé, estime, loué, admiré, récompensé ijuand il a bien Tait. Il souffre de la perle àe ses parents, de ses amis, du blâme qu'on lui inllige, du mépris dont il est l'objet, des châtiments dont on le frappe, ta faculté d'éprouver ces peines et ces plaisirs se nomme sensibilité morale.
Il a une autre sensibilité ; celle-ci consiste à sentir la présence des corps ou leur voisinage plus ou moins prochain. Des corps, Ihomme sent la chaleur ou le froid, la mollesse ou la dureté, la forme plate, ronde, pointue. Il en sent l'odeur ou la saveur; il sent aussi la lumière que les corps envoient directement ou qu'ils réfléchissent; enfin il est sensible à certaines vibrations de l'air, produites par les mouvements des corps sonores. Ce u il éprouve dans ces derniers cas, ce sont, non plus
s sentiments, mais des sensations. Quelquefois ces -niions lui sont agréables ou désagréables; d'autres
IIÂRMOÎSIES HUMAINES. 147
fois il les reçoit, il les connaît seulement sans en jouir ni en souffrir; on dit alors qu'il les perçoit. La faculté qu'il possède, soit de percevoir simplement les sensa^ lions, soit de les sentir agréables ou désagréables en les percevant, se nomme sensibilité physique. C'est de celle-ci que nous allons, dans ce paragraphe, étudier les harmonies.
La sensibilité physique a son point de départ dans notre corps. Les extrémités de nos nerfs sont affectées par les propriétés de la matière extérieure : elles subissent rimpression de ces propriétés. Les nerfs portent l'impression au cerveau; dans le cerveau, Tàme la reçoit, la sent; là elle devient sensation. Assurons-nous qu'il en est bien ainsi. Mais, d'abord, un mot sur les nerfs et sur le ceiveau.
Les nerfs sont formés par des faisceaux de petits tuyaux appelés fibres. L'intérieur des fibres nerveuses est une substance molle entourée d'un liquide visqueux. L'extérieur consiste en une gaîne ou membrane fort délicate.
Tous les nerfs aboutissent au cerveau, soit directement, soit après avoir cheminé à travers la colonne vertébrale. Le cerveau comprend deux parties, le cerveau proprement dit et le cervelet. L'un et l'autre se prolongent derrière la tête en un gros cordon nerveux logé dans la colonne vertébrale et appelé moelle épinière.
Les nerfs se ramifient, c'est-à-dire se divisent en petites branches qui se répandent dans les différentes parties du corps: là où ces ramifications sont très-nombreuses, par là nous sommes extrêmement sensibles. Voilà une première preuve que ce sont les extrémités nerveuses qui reçoivent les impressions des corps exté-
148 LES HARMOMES PaOYIDENTIËLLES.
rieurs, et que ce sont les nerfs qui nous les apportent jusqu'à Tendroit où elles deviennent des sensations.
L'expérience physiologique en fournit une seconde preuve : quand on fait une incision à la patte d'un animal, et que Ton met à nu le nerf qui s'y rend, pour peu que l'on pince ou que l'on pique ce nerf, Tanimal donne* les signes d'une vive souffrance.
Mais les nerfs sont-ils à eux seuls les organes delà sensibilité, et est-ce par eux seulement que Tàme éprouve des sensations?
On s'est assuré expérimentalement du contraire : par exemple, on a coupé le nerf qui se termine à la patte postérieure d'une grenouille ; on a ensuite pincé et piqué l'extrémité nerveuse ainsi isolée ; on a vu qu'alors cette extrémité ne provoque aucun signe de sensibilité, tandis que la partie du nerf située au-dessus de la section, soumise aux mêmes épreuves, fait souffrir l'animal. Les parties du membre où se ramifient les branches du nerf coupé sont, elles aussi, paralysées.
Les physiologistes ont constaté que les choses se passent pour l'homme de la même façon. De ces observations on doit conclure que les nerfs servent à transmettre quelque part les impressions qu'ils ont reçues, mais qu'ils ne sont pas l'organe même par lequel, en définitive, l'âme les perçoit sous forme de sensation.
Quel est donc cet organe plus voisin de Tâme ? sera-ce
la moelle épinière? pas davantage. La moelle épinière,
où se rendent beaucoup de nerfs, reçoit très-vivemenl
les impressions et sert, en dernière analyse, à susciter
MU grand nombre de sensations ; mais quand on y pra-
ue les mêmes expériences que sur les nerfs, on arrive
mêmes résultats. Les parties de ce gros cordon que
sépare du cerveau perdent la propriété de trans-
lettre les impressions, et par conséquent de produire es sensations; mais celles qu'on laisse en communicaion avec le centre cérébral, font souffrir Tanimal dès lU'on les irrite ou qu'on les blesse. Ainsi la moelle épiiière ii*est un véritable instrument de sensations, qu'à a condition expresse de rester en rapport avec lé îerveau.
C'est sur ce dernier organe qu'il faut enfin porter l'expérimentation pour compléter notre rapide étude.
11 y a une expérience qui semble, au premier abord, de nature à déconcerter l'observateur. Le cerveau, où se portent toutes les impressions, est, en lui-même dépourvu de sensibilité propre. On découvre le cerveau d'un pigeon ; on le pique avec une pointe aiguë, on le coupe avec une lame bien affilée, l'animal ne sent rien. Eu conclurons-nous que le cerveau n*est nullement Torgane central des sensations ? Nous aurions tort : tout impuissant qu'il est à faire éprouver par lui seul une sensation quelconque, le cerveau est indispensable à la production de ce phénomène. Ainsi, M. Flourens a enlevé à des pigeons les deux hémisphères cérébraux. Ces animaux ne mouraient pas, mais ils devenaient absolument insensibles, et leurs sens n'agissaient plus.
Que prouvent ces deux expériences? C'est d'une part que le cerveau n'a point par lui-même * la faculté de sentir, que tant d'ignorants lui attribuent sans hésiter; c'est d'autre part que, sans le cerveau, l'animal est incapable de sentir. Pour qu'il y ait sensation, il est nécessaire que le cerveau reçoive les impressions produites sur les nerfs. 11 est bien le centre et le siège exclusif de la sensation, mais à la condition de conserver ses relations avec les nerfs et de demeurer en harmonie avec eux.
liO [.ES IIARMOMES mOïlDENTIELLES.
Ainsi, Ips ortîaiies divers qui composent Papparoil Bensitif, sont en admirable harmonie les uns avec les autres, et avec le centre. ])és que cette harmonie est troublée, l'unimal perd l'une de ses essentielles facultés.
Dans ce chœur liarmonicux, tous les instruments, on l'a vu, ne jouent pas la même partie. Le travail est sagement divisé, puis, comme on dit aujourd'hui, centralisé. Qui n'a pas connu cette mervedicuse distribution d'apliludes et de besogne, ne saurait ni parler de la sensntion avec ijuelquc justesse, ni comprendre quelle puissance de génie surhumain il a fallu pour organiser celle machine. Chaque espèce de nerfs est apte à recevoir lelle impression, non Icitc autre, à susciter telle sensation, non telle autre. Il y a les nerfs du mouvenujit volontaire ; il y a ceux de la sensation ; et ils sont distincts à ce point qu'on paralyse les uns sans que les autres cessent d'agir. Parmi les nerfs de la sensation, ceux de l'odorat ne recueillent ni les sons, ni la lumière. Ceux de l'ouïe ne sauraient faire percevoir ni les saveurs, ni les odeurs, ni les couleurs. On verra plus bas que les apliludes sont encore distinctes dans les fibres particulières d'un même faisceau de nerfs. Sa tâehe est assignée à chaque petit organe. De là la perfection du travail particulier, et l'harmonie éclatante de l'œuvre générale. Ici l'ouvrier est un maître, — le maître des maîtres, — et le modèle dont le génie humain peut se rapprocher un peu quelquefois, mais duquel il reste, quoi qu'il fasse, séparé par des abîmes.
Avantd'arriver au cerveau, chaque espèce d'impres- •n passe par un appareil qui lui est propre. Ces appa- Is divers sont les organes des sens ; considérons- les ■ ■ 'luclques importants côtés. Les harmonies
fjuî .y brillent sont plus belles encore que les précédentes, et attestent plus éloquemment encore la puissance du chef d'orchestre.
Le ipoftt.
Le goût n'est point le sens de la gourmandise ; quand riiommc recherche passionnément les plaisirs de la table, il détourne de son but un organe dont la destination a une excellence relative, puisqu'il assure la conservation de notre corps. Aie bien comprendre, sa fonction essentielle est de diriger l'homme dans le choix de ses alinaents.
Il est parfaitement approprié à cet office; la langue, siège du goût, est conformée de manière à nous faire sentir et juger les saveurs qui avertissent de la qualité de la nourriture. Elle est en outre construite de façon à se mouvoir en plusieurs directions, à se porter au-devant des saveurs, à humecter la nourriture et à la pousser vers le pharynx.
Des instruments spéciaux travaillent à chacun de ces actes. L'impression des saveurs se fait sur de petites éminences appelées papilles, dont le dos de la langue est parsemé. Ces papilles reçoivent les filets du nerf lingual qui transmet l'impression au cerveau. Quand on coupe ce nerf sur un animal vivant, la langue continue à se mouvoir; mais l'animal cesse de sentir les saveurs. Plus d'ouvrier, plus de tâche accomplie. 11 y a donc un nerf préposé à la saveur. Cen'est pas l'homme qui a fabriqué ce nerf; ce n'est pas lui non plus qui l'a approprié à sa destination.
Inversement,' si l'on coupe les nerfs hypoglosses, —
ISS LES HARUOMBS PHOVIDENTIELLES.
OU nerfs de la oazième paire, — qui vont aussi de h langue au cerveau, l'animal aura la sensation de saveur, mais il sera dans l'impuissance de mouvoir la langue. Il y a donc des nerfs moteurs impropres à la sensation et des nerfs gustatiïs impropres au mouvement. Ce qui ne les empêche pas, quand ils sont intacts, d'opérer ensemble. Il y a à la fois spécialité et action concordante.
Le goût n'est pas seulement en harmonie avec luimême : il l'est aussi avec l'odorat. Celui-ci est une sentinelle avancée. Il signale les aliments d'après l'odeur qu'ils exhalent. Tantôt il crie au goût : prenez garde! voici l'ennemi ! par exemple, quand il a flairé de la chair corrompue . Tantôt il annonce l'ami et lui fait ouvrir les portes.
Voici comment. Les odeurs sont de petites parcelles de substances assez subtiles pour flotter dans l'air. En respirant par les narines, — ce que nous faisons sans cesse, — nous attirons l'air ambiant, et avec lui les odeurs dont il est chargé. Ces odeurs, en passant avec l'air, se mouillent du mucus que sécrète l'intérieur des narines, et affectent la surface de la membrane pituitaire.
Dans celle-ci viennent se terminer les branches extrêmes du nerf olfactif qui recueille les impressions d'odeur elles porteaucerveau, où elles deviennent des sensations. ')ans ce mécanisme, comme dans celui du goût, toutes pièces sont reliées les unes aux autres et produisent ilcment une action unique.
) y 9 Afs animaux dont l'odorat est beaucoup plus fin
que celui de l'homme. Mais l'homme, au moyen de son intelligence, multiplie à son gré les jouissances de son odorat. S'il en abuse, son châtiment est d'avoir le cerveau malade. S'il y a harmonie entre l'usage modéré et le profit, qui tourne à l'avantage du goût, il y a aussi harmonie entre ]'abus et la souffrance qui le punit.
L'ouïe.
Le sens de l'ouïe est plus compliqué que les précédents et encore plus admirable. C'est qu'il a des fins plus étendues, plus élevées, plus nobles. Assurément, il coopère pour sa part à notre conservation matérielle; il nous avertit du danger : il nous annonce souvent le secours qui nous aide et nous préserve. Mais il a l'éminent avantage de mettre en communication les âmes humaines, et il donne les pures et suaves jouissances de l'art musical. Il est proprement le sens de l'harmonie. On doit donc s'attendre à ce que l'harmonie physiologique en caractérise la structure.
Il est impossible de comprendre la beauté de cet organe sans une courte description, et, à la description, il serait bon, presque nécessaire de joindre l'étude attentive d'une image de l'oreille.
A bien compter, il y a trois oreilles : l'externe, la moyenne et l'interne. Elles sont entre elles dans un rapport parfait, et aussi avec le cerveau et avec l'air extérieur. L'air est ébranlé par les vibrations des corps sonores. Cet ébranlement engendre des ondes, comparables aux ondes liquides qui se forment sur l'eau tranquille par la chute d'un caillou. Ce sont c^*
Iji LES IUBUOMES I'nOV!0E^T[^:LLES.
ondes sonores qui font impression sur l'organe auditif.
L'oreille extcruc ou iiavillon est cette partie de l'organe qui st! voit (le chai|iici^ôtc delà tête. Le pavillon reçoit Icsoml'ïssouorcset les porte au tympan, peau fine et élastique tendue ;iu fond du tuyau de l'oreille et vilirante comme la peau d'iiu tambour. Point de trou dans cette peau : le fond de rureillc externe est un culde-sac.
I.' oreille moyenne, ou ta caiëse, est creusée dans un ostrés-dur appelé l'os du rocher.ElIe est pleine d'air. Cel airlui vient par un tuyau qui va de la caisse à l'arrièreboucbc ou pbaryns, et qui se nomme la trompe d'Eustaclie. Il Tniten eiïet que cet air se renouvelle, sans quoi il .serait absorbe peu à peu par les parois de l'organe el le tambour ne résonnerait pas.
Itans l'oreille moyenne est une chaîne de petits osse- Ifts : le marteau, l'ciiclume et l'étrier. Cette chaîne s'attache d'un côté au tympan, par le manche du marteau; de l'autre elle s'appuie, par la base de l'étrier, contre la fenêtre ovale. Celle-ci est une ouverture de l'oreille interne, que ferme esaclement une membrane tendue. Cette chaîne de petits osselets est mue par des muscles spéciaux. Elle a pour but de tendre ou de distendre à propoij le tympan et la membrane de la fenêb% ovale, aiin d'empêcher ces peaux si délicates de vibrer trop fortement et de se rompre sous l'inlluence des sons intenses. — N'est-ce pas bien combiné?
L'oreille interne, la plus aïancée vers le cerveau,
comprend le vestibule, le limafon et les canaux senii-
circulaires. Elle est remplie d'un liquide aqueux, dans
■«"■ici baignent de petiLi sacs membraneux. Ces pclib
^Ult eux-mêmes pleins d'une liqueur oîi plongent
les filets terminaux du nerf acoustique, qui se rend au cerveau.
Les ondes sonores, concentrées par les contours du pavillon, vont frapper le tympan. L'ébranlement est transmis à Toreillc interne par l'air de la caisse et par la chaîne des osselets. C'est surtout là fenêtre ovale qui reçoit l'ébranlement communiqué sur la membrane qui la ferme. Cette membrane vibre : en vibrant elle agite le liquide aqueux de l'oreille interne. A son tour, ce liquide agite les petits sacs qu'il renferme, puis la liqueur contenue dans ces petits sacs, et enfin les filets terminaux du nerf acoustique qui se ramifient dans ces poches. Recueillie par tous ces filets, l'impression passe au nerf acoustique, et celui-ci la porte au cerveau.
Mais, direz-vous peut-être, pourquoi donc tant de complications? Est-ce qu'il ne suffisait pas de mettre le nerf acoustique immédiatement en contact] avec la membrane du tympan? C'eût été bien simple. — Je vous répondrai comme la Fontaine :
C'est dommage, Garo, que tu n'es point entré Au conseil de celui que prêche ton curé.
Vous avez beaucoup d'esprit ; mais il y a un grand quelqu'un qui en a plus que vous. Un organe tel que l'oreille est trop précieux pour courir le risque d'être brisé au premier accident. Avec votre plan si merveilleusement simple, le tympan étant déchiré, adieu Touïe; l'on serait sourd du coup. Mais point. D'abord, le pavillon fût-il enlevé, rien ne serait compromis. En outre, le tympan fût-il déchiré, on entendrait encore. Il y a plus, la perte du marteau et de l'enclume n'entraîne
«36 LSS RlBlOniES PBOïIDE>TIELLES.
pas la surdité. Quant au vestibule, pas moyen de s'en passer parce <iu'il est le siège des impressions du nerf auditif. .Mais, même dans loreilfe interne, M. Flourens semWe avoir prouvé par l'expérience que la destruction descanaux semi-circulaires n'anéantit pas l'ouïe, maïs la rend seulement confuse et douloureuse. Ainsi, nos organes sont faibles sans doute ; cependant on n'en'connaîtpas assez les ressources, la résistance, la solidité. On ne sait pas assez quel ensemble de précautions les entoure. Ce qu'on vient de lire montre que notre oreille en particulier a été prémunie contre la désorganisation avec une bonté et une prévoyance profondément louchantes.
Il importe d'insister sur cet autre point que les parties dont l'oblitération peut avoir lieu presque impunément, sont cependant très-utiles. Outre qu'elles protègent l'élément essenfrel, les savants disent et reconnaîtront de plus en plus qu'elles perfectionnent l'audition. En quoi? Les unes en recueillant comme il convient les vibrations sonores; d'autres, par exemple la chaîne des osselets, en mesurant exactement la tension des membranes élastiques à l'intensité des sons recueillis, de façon à lournir des impressions distinctes etnettes. Ce sont des modérateurs, des régulateurs des compensateurs. Aussi ces pièces délicates sont-elles sui^ tout données à l'homme et aux animaux qui lui ressemblent le plus. Les animaux inférieurs les ont en moins grand nombre, ou ne les ont pas.
LcH récentes découvertes de la science omrent, sur la
^ialité des organes de l'ouïe un jour nouveau. Cène
t encore que des probabilités, mais déjà très-grandes
li frappent l'observateur d'admiration.
I Mit que ie nerf acoustique ne rend l'homme sen-
ssible qu'aux sons seulement. N'y aurait-il pas dans cette ^spécialité générale, d'autres spécialités plus particulières et d'une rare finesse? Un expérimentateur de génie, M. H. Helmholtz ose le présumer.
D'après le physiologiste Max Schultze, il y a dans les îàacs ou ampoules de l'oreille interne, des crins élastiques, raides, tout à fait particuliers. M. Helmholtz attribue à ces crins une puissance de vibrer spéciale. Il croit qu'il doit y avoir dans l'organe auditif différentes parties aptes à vibrer sous Tinfluence des sons de hauteurs diverses. En d'autres termes, d'après lui, certaines cordes de notre oreille percevraient tels sons déterminés et rien que ceux-là. Les petits crins en question ne seraient-ils pas des organes d'une délicatesse extrême chargés de recevoir exclusivement et de nous faire entendre chaque degré, chaque nuance de son? S'il en était ainsi, Toreille aurait des appropriations plus merveilleuses encore qu'on ne l'avait jusqu'ici pensé.
Une expérience de M. V. Hensenest venue confirmer cette induction. Les crabes ont le sens de l'ouïe et, dans leur appareil auditif, de petits crins. Ils ont aussi des crins sur le corps, tout pareils aux crins de leur ouïe. Or on s'est assuré qu'ils entendent par les crins répandus sur leur corps.
Parlant de là, M. V. Hensen a placé un crabe, d'une espèce appelée Mysis, dans un appareil reproduisant la disposition du tympan et des osselets ; ensuite il a dirigé sur l'animal les sons d'un cor à piston, et a ob- «ervé, au microscope, les vibrations des crins extérieurs de la queue. Chose admirable ! il a constaté qu'un de ces crins répondait fortement au ré dièze, un crin répondait vivement au la dièze et aux sons voisins. Il est plus que probable que les crins de Toreil''^ *--
LES lIARlIOSiES PROVIDENTIELLES.
mairie interne ont pareillement des aptitudes vibratoires exclusives et spéciales, et, on peut le présumer, plus iiitancées que celles des crabes. Mais alors, quel uuvra^'c, quel mécat^isme, quel appareil que notre ort'illi; !
I.G» liypothèses de M. Helmholtz cessent presque d'être des conjectures en présence des eipériences conGrniiitivcs de M. V. Hensen. Mais, à prendre l'oreille telle qu'on la connaissait avant eux, c'était un chef-d' œuvre. Il fjut du génie pour bien analyser, pour bien comprendre cette merveille, et il n'en faudrait pas pour la produire I Soyons conséquents.
La bienfaits de la vue sont immenses. Depuis que riioinnie réfléchit sur ses facultés et sur son organisation, il n'a jamais cessé de célébrer les services que Tœîl lui ri'iid. Précieux comme la prunelle des yeux, » dtt-il, lorsqu'il veut marquer le prix inestimable d'un objet.
Grûce à la vue, de la place quelconque où il se trouve, il embrasse tout ce qui l'entoure. S'il est en présence d'un burizon libre, il atteint du regard de vastes lointains sur la terre ; du côté du ciel, il plonge à des profondcui's indéfinies. A une distance, qu'il sait de bonne heurp, déterminer, il aperçoit non-seulement- les [couleurs, mais aussi la forme des corps, et calcule les intervalles qui l'en séparent.
De IJ, dans ses actes, nnc précision étonnante. L'œil
'e avec justesse la main de l'ouvrière appliquées
s ouvrages ; celle de l'artisan dans tous les mé-
tiers ; le tir de Tartilleur ou du fusiller, et le saut du chasseur qui bondit d'un pied sûr, d'une roche à Tautre, par-dessus l'abîme.
C'est à la science qu'il appartient de décrire Tappareil visuel et de donner une idée vraie des harmonies par lesquelles l'œil, sous la direction de l'intelligence, centuple nos puissances et corrige ses propres défauts. C'est à la science de dire comment l'homme, au moyen de l'œil, se crée des instruments d'optique qui étendent prodigieusement la portée de la vue, soit dans le sens de l'infini des espaces célestes, soit par rapport à l'infiniment petit.
En peu de mots, l'œil est un instrument qui concentre, au fond de sa cavité, les rayons de l'objet lumineux, et y forme une image de cet objet; cette image est l'impression visuelle. Le nerf optique la recueille et la porte au cerveau, où elle devient sensation dès qu'elle est perçue par l'âme.
Pour concentrer les rayons de lumière partis de l'objet visible, l'œil les brise. Ce brisement est appelé réfraction par les savants ; il est opéré par certains corps, les uns liquides, les autres solides, plus épais que l'air, mais qui se laissent traverser par la lumière ; ce sont les corps réfringents de l'œil. Sur un dessin de l'appareil visuel, il est aisé de suivre la marche des rayons lumineux et leurs réfractions successives.
Le globe de l'œil est une sphère creuse, renflée en avant, et remplie d'humeurs plus ou moins fluides.
Ce globe est entouré d'une membrane blanche, opaque, libreuse, que vous appelez le blanc de Tœil, et que la science nomme la sclérotique ; elle est percée, en avant, d'une ouverture ronde qui répond à la partie colorée de l'œil, à ce qui en est le bleu, le noir, le châtain
Sur Touverlure de la sclérotique est etichâssée, comme un verre de montre, une membrane transparente appelée la cornée ; c'est à travers cette sorte de vitre que vous apercevez la couleur de Tceil de chacun.
Derrière la cornée est une cloison membraneuse, tendue verticalement, et qui est de couleur différente, selon les personnes ; c'est l'iris. Quand vous dites que quelqu'un a, par exemple, les yeux bleus, ces mots ne s'appliquent qu'à l'iris.
L'iris est percé d'un trou rond qui s'élargit à l'ombre et se rétrécit à la lumière ; ce trou est la pupille. Presque immédiatement après l'iris, vient le cristallin, qui est une lentille convexe des deux côtés, et semblable au verre d'une loupe. Le cristallin est transparent ; il est logé dans un sac membraneux : la capsule du cristallin.
Le fond de Tœil, jusqu'au rebord du cristallin, est tapissé d'une membrane molle et blanchâtre, appelée la rétine ; entre la rétine et le sclérotique est la choroïde. Cette dernière membrane est imprégnée d'une teinture noire qui donne à l'œil cette couleur foncée que l'on aperçoit par le trou de la pupille, et que l'on nomme, en conversation, le noir de l'œil.
La rétine est couverte, comme un pavé de mosaïque, de papilles microscopiques. Ces papilles sont les bouts de petits bâtonnets et de petits cônes, qui sont les extrémités singulièrement nombreuses du nerf optique; c'est par ces extrémités que la rétine reçoit l'impression transmise aussitôt au nerf optique, duquel la rétine semble n'être que l'épanouissement.
Voilà en quelque sorte les cloisons de l'œil. Maintenant en voici les chambres.
Entre la cornée, ce verre de montre du devant de
ni, et l'iris, il y a un espace; c'est la chambre anté-
MAUMjMES humaines. 461
rieure de l'oeil. Elle est remplie par Thumeur aqueuse, liquide, transparente.
Derrière le cristallin, entre cette lentille et la rétine, est une autre chambre, la chambre postérieure de l'œil ; elle est occupée par l'humeur vitrée, et celle-ci est contenue dans une membrane fort mince, appelée hyaloïde.
Les rayons de lumière entrent par la cornée, traversent l'humeur aqueuse, pénètrent par la pupille; passent par le cristallin, puis par l'humeur vitrée, et vont dessiner sur la rétine l'image de l'objet. Dans ce trajet, les rayons subissent des brisements divers, dont le résultat final est la formation de l'image, qui est renversée ; nous la voyons droite cependant. La science n'a pas encore apporté d'explication satisfaisante de ce phénomène. Il est très-probable que l'image peinte sur la rétine sert seulement à produire l'impression et qu'elle n'est nullement vue par nous.
Remarquez les avantages de la puissance de réfraction de l'œil. Grâce à cette faculté, cet organe, si petit, réduit les images, et proportionne les impressions à sa capacité limitée. De la sorte, le spectateur embrasse de vastes spectacles, et la petitesse de l'image ne nous empêche pas de voir les objets avec leur grandeur propre, sans doute, encore une fois, parce que les images rétiniennes ne sont pss vues et n'ont d'autre effet que d'agir sur les extrémités nerveuses.
Il est un autre point bien digne de nous intéresser. L'œil a été justement comparé à l'appareil photographique , mais coinbien il est supérieur à cet instrument ! En effet, sans l'aide de vis, de plaques mobiles, sans l'intervention de la main, l'œil mesure lui-même la quantité de lumière qu'il a besoin de recevoir, et règle, selon le cas, sa propre force de réfraction.
162 LES JIARHOMES PROVIDENTIELLES.
Et d'abord, s*il lui faut de la lumière, pas trop ne lui en faut. La cornée transparente, placée tout en avant, admet un certain nombre de rayons lumineux ; mais polie et brillante comme elle l*est, elle en réfléchit, en élimine, en congédie certains autres qui sont de surcroît. Premier triage.
Les rayons entrés par la cornée et qui ont traversé l'humeur aqueuse, tombent en partie sur Tiris; celui-ci absorbe ceux qu'il reçoit. Il n'arrive au cristallin que les rayons qui pénètrent par la pupille ; et encore celte ouverture se resserre-t-elle en présence d'une lumière trop vive. Inversement, elle s'élargit lorsque la lumière est faible et que la vision exige qu'il en pénètre davantage dans l'œil ; cette pupille est un portier intelligent qui, tantôt entre-bâille la porte et tantôt l'ouvre toute grande, selon le besoin. Les chats et les animaux qui chassent la nuit ont la pupille très-dilatable. C'est que, dans l'obscurité où ils se meuvent, obscurité qui n'est jamais complète, tous les rayons de lumière qui restent leur sont utiles, et leur pupille so fait grande pour les laisser passer tous. Ainsi, l'iris et la pupille, chacun à sa façon, opèrent un second triage lumineux.
Ce n'est pas tout. Les rayons qui parviennent à la rétine, s'ils étaient réfléchis en tous sens par une surface blanche, produiraient des jeux de lumière préjudiciables à la vision. Mais la choroïde, placée sous la rétine, est teinte d'un pigment noir, je l'ai dit, et ce pigment éteint un nombre suflisant de rayons. Troisième tmge.
Enfin î et c'est là le comble de la merveille, l'œil est pourvu d'un appareil au moyen duquel l'homme, pres-
" toujours sans s'en douter, accommode sa vivante ^.e aux diverses distances. Vous n'en savez
HARMONIES ilUMAÏiNES. 165
rien, n'est-ce pas? Eh bien, apprençz-le, et admirez.
Oui, le cristallin, la lentille de l'œil par excellence, est muni de petits muscles appelés muscles ciliaires. Dès que ces petites cordes tirent sur le cristallin, celuici se recourbe sur lui-même, comme le bois d'un arc que Ton tend ; sa convexité augmente ainsi, et Ton peut voir de plus près. Que les muscles ciliaires se relâchent, le cristallin redevient moins convexe, et Ton voit de plus loin. Donc, à l'état de santé visuelle, on devient à volonté ou instinctivement, un peu myope ou un peu presbyte.
Tâchez, si vous osez, d'attribuer cette disposition si ravissante à l'imbécile hasard, dort la vertu dominante est de ne rien prévoir, et d'agir à tort et à travers.
Mais il y a autre chose encore. Le globe de l'œil est soigneusement protégé de tous côtés par l'arcade ciliaire, les paupières, les cils ; il repose sur un doux lit de graisse où des muscles spéciaux le meuvent en tous sens : en haut, en bas, à droite, à gauche ; il y glisse sans frottements dangereu;^ ; ces mouvements, outre leur utilité, communément appréciée, en ont une autre qui est capitale et dont il va bientôt être parlé. Ajoutons que les sourcils arrêtent la sueur qui coule du front et qui gênerait la vision; que les paupières, en se rapprochant, tempèrent l'excès de la lumière, et que les cils sont un excellent filet qui empêche d'arriver sur le globe de l'œil les poussières fatigantes dont l'air est plus ou moins chargé. Est-ce ou non de la prévoyance?
L'œil était donc considéré, jusqu'à ces derniers temps, comme un organe d'une perfection à défier toute critique, et en parfaite harmonie avec la lumière, les couleurs, les formes, les distances ; miis voilà que récem-
ICI us H&KaOMCS PROTI[>E!mELlES.
méat on luîj chercbé noîsc. On l'a étudié de plus près ci on l'a trotiTè Irès-défectiieai.
Ne vous époavuitez pas cependant et n'allez pas maudire ces sa vanUdontlacurîo^ té eflrénéencconnaitpasde barrières. Ilsonl eu raison d'analyser plus attentivement l'oigne de la vision. Leur analyse en cflet a prouvé que les imperfections, d'ailleurs incontestables, de notre œil, étaient amplement compensées et que le remède placé à càté du mal le neutralise et rétablit la belle etbien faisante harmonie.
Les esprits di^îciles ne m'en croiraient peut-être pas. Je donnerai donc des preuves et ce sont les maîtres de la science qui me les fourniroat.
Qu'on ne m'en veuille pas si je cite encore le maitre allemand dont j'ai déjà parlé. La vérité est vraie, d'où qu'elle provienne. D'ailleurs, notre sagesse désormais (^gcsse hélas! autrefois trop rare), doit ébv de prendre à nos ennemis ce qu'ils ont d'excellent, — quitte à leur laisser leurs défauts, — et à nous corriger des nôtres.
M. Heimhoitz, joignant les observations de plusieurs autresgrands observateurs à ses propres travaux, a exposé sans détour les imperfections physiquesde notre sensde i la ïue. Je ne puis reproduire ici son long réquisitoire : il sufGra de choisir l'essentiel. I
Premièrement : les images qui se forment au fond de l'œil ne sont pas toutes nettes et vivement éclairées. Ily I a sur la rétine, pas exactement au centre, mais un peu vers la tempe, un espace appelé la tadie jaune. Celte partie de l'œil est extrêmement sensible ; mais elle est '^s- restreinte. Les images qui s'y dessinent ont une nde netteté; celles qui sontformées aux environssont luiiisrn moinsclairesetdistinclesàmesure qu'elles
UARMOISIES HU&IAINES. 1G5
s'éloignent de la tache jaune. Aussi, presque toujours, rimage reçue dans l'œil est-elle comparable à un dessin dont la partie centrale serait très-finement achevée, tandis que le reste ne serait que grossièrement esquissé.
Voilà un des défauts de rœil. Il paraît grave puisqu'il semble condamner l'homme à n'apercevoir clairement qu'une fraction des objets.
Que répond la science? Ceci : le peu de précision de l'image et le nombre restreint des points très^sensibles de la rétine sont largement compensés par la mobilité del'œil. Cette mobilité permet d'amener successivement et très-rapidement chacune des parties de l'objet sur la tache jaune. Ainsi l'œil, tel qu'il est construit, nous rend les mêmes services que si la netteté du champ était partout la même. Par une habitude de tous les instants, notre attention est comme rivée au point du regard et le mouvement del'œil est devenu inséparable de celui de Tattention.
On le voit : l'harmonie se fait sans cesse entre l'œil et l'objet, et le défaut se trouve déjà corrigé dès les premières années de la vie. Cet accord est l'œuvre de l'attention. Or l'attention est une faculté que possède l'âme d'agir sur la perception et sur les organes qui en sont les instruments. Je signale ce rôle de l'être invisible qui se nomme lui-même jd ou moi. Le moi se sert de l'œil, il le gouverne, il l'ajuste aux objets ; et le savant M. Helmholtz reconnaît que la sûreté et la netteté de notre vue dépend surtout de la manière dont nous nous en servons.
Autre défaut. L'homme a deux yeux. Chacun de ces organes reçoit une image ; et les deux images semblent se fondre en une seule, puisque nous n'avons qu'une
i66 LES HARMONIES PROVIDENTIELLES.
image de chaque objet. Notre vision, quoique binoculaire, ne pa. ait donner, en dernier résultat, qu'une perception.
Longtemps on a attribué ce résultat unique d^une double vision à la constitution même de l'appareil optique. On croyait, et quelques savants croient encore, que Tunité des deux images a pour cause la fusion des nerfs différents en un seul nerf central. Ce n'était pas exact.
En fait, nous voyons deux images et elles sont différentes. Placez votre index droit entre les deux yeux, près du nez : Tœil gauche apercevra le dedans du doigt; l'œil droit en apercevra le dos, si vous fermez lour à tour l'œil droit et l'œil gauche. Si vous les gardez ouverts l'un et l'autre, chacun verra pareillement un côté distinct du doigt.
Cette différence est nécessaire à la perception de la rondeur du doigt. Elle est le principe sur lequel est fondée la construction du stéréoscope. Cet instrument fait voir en relief des images plates, parce que les deux épreuves photographiques mises au fond de l'instrument ne sont pas exactement pareilles. Elles imitent un peu la différence qui existe entre les deux images du doigt tenu verticalemeut près du nez.
Des expériences concluantes établissent que, dans l'appareil visuel, les deux images du même objet ne se fondent pas, ne se fusiorment pas matériellement. En réalité donc il y a deux images pour un seul objet. Donc notre appareil visuel est infidèle et imparfait, malgré sa réputation de perfection irréprochable.
La science résout cette objection qu'elle a elle-
ême soulevée. Elle répond que la fusion des deux ■'est pas opérée sans doute par une harmo-
HARMONIES HUMAJNES. i(
monie mécanique préétablie, mais qu'elle se fait ceper dant. Comment se fait-elle?— « Par une acte de coe science. »
Pour la seconde fois, on avoue que l'imperfection d
Tœil est compensée, et que celte compensation es
l'œuvre d'un acte de l'âme. Quant à nous, peu nous iiu
porte de quelle façon l'harmonie a lieu. Elle s'établit
tel est le point capital. Et puisque cette harmonie eî
l'ouvrage de l'âme, il est évident qu'il y a entre lesac
lions de l'âme et l'œil une harmonie native. L'homm
se sert de cette relation pour la compléter, pour crée
l'harmonie entre l'œil et Tobjet. Mais il n'a créé ni so
âme, ni ses yeux, ni les rapports naturels qui les lien
ni les possibilités d'harmonie dont il tire parti. Tous ce
éléments d'harmonie, tous ces moyens d'accord on
été mis en lui par quelqu'un qui est plus puissant qui
lui.
Examinons encore une difficulté. Le rôle le plus im portant de la vue est de donner la perception des dis tances. L'exactitude de cette perception est la conditioi nécessaire de la précision de nos actes et de nos mou vements. Si ma main passe à côté de l'objet que je veu: saisir ; si, en franchissant un fossé, je tomba au milieu faute d'en avoir mesuré d'avance la largeur à l'aide d la vue, mon œil est un guide impuissant ou un éclaireu perfide.
Et effectivement, quand il y a désaccord entre l'œi et la' main ou la jambe, je me trompe. Prenons u: exemple. Qu'un bâton soit à moitié plongé dans l'eau et que la partie qui est dans l'air me soit cachée : e essayant de saisir brusquement la partie immergée, j la manquerai et passerai à côté. Mais que j'avance 1 înain lentement de manière à voir d'abord ma maindar
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» — mais
U&[lUO?;iES HUHAIKES.
Ile fois plus pour l'ingénieur inconiparable dont la issanceaussi grande que paternelle a donné à l'homme merteilleus sens de la vue.
Ié« lael al la loachar.
Le tact vérifie à chaque instant les perceptions de ni : il est l'auxiliaire de la vue. Quelles harmonies et lels -Avantages naissent delà, on vient de levoir.Toufois le tact n'est pas réduit à un rôle secondaire .- il a s fonctions à lui . Il est instrument de perception et in- O'ument d'action. Itfait percevoir pour mieusagir, mais ft vertu propre est l'action. En ses parties les plus «rfaites, it est l'outil par excellence, l'outil qui antôt se suffit à lui-même et tantôt façonne, sous les irdres de l'intelligence et de la volonté, les outils artificiels par lesquels il prolonge et multiplie son aeliïité.
Même sans le concours de l'œil, le tact lait connaître plus ou moins exactement, — par exemple aux aveugles, et aux voyants qui sont dans les ténèbres, — les dimensions, la forme, la température, le poli ouïes aspérités, la résistance, le mouvement descorps.
Si nous allons des extrémités au centre, du dehors au dedans, le premier élément du tact est la ppau, cette enveloppequi couvre extérieurementlecorps humain.
La peau se compose de deux couches principales : le derme et l'épiderme.
Le derme est la couche la plus profonde de la peau. C est une membrane blanchâtre, souple, élastique, trèslésistante malgré sa souplesse. Elle est traversée pardes
I7U LES HAIIHOMES l'ROVIDEMIEl.l Eïi.
fibrea musculaires qui la meuvent, la tendent, la plissent. Elle est parsemée d'une multitude innombrable de petites saillies, nommées papilles de la peau, qui sont extrêmement sensibles et qui abondent en certains endroils, surtout dans la paume de la main et au bout des doigts. Les papilles sont les extrémités ces nerfs du tact et les organes les plus délicats de ce
Les nerfs du tact naissent ou de la moelle cpinièreau de la base du cerveau par deux racines. C'est leur racine postérieure quitransmet les sensations.
Sur le derme s'étend l'épiderme, couche extérieure de !a peau. C'est une espèce de vernis à moitié transparent qui se moule sur toute la surface du derme. L'épiderme est percé de petits trous nommés pores, par où s'exhale la sueur. On y voit aussi d'autres ouvertures qui donnent passage aux poils, aux cheveux et aux ongles.
L'épiderme n'est pas sensible; l'impression se fait sur le derme, à travers l'épiderme, mais non par lui. L'expérience montre que l'épiderme protège le derme et qu'il tempère les impressions dont la délicatesse du derme ne supporterait pas la trop grande vivacité : c'est un modérateur. Aussi, partout où la peau est exposée à de fortes pressions ou à des frottements nuisibles, l'épiderme s'épaissit. Le talon qui porte le poids du corps a l'épiderme épais et dur. Quand la main exécute des travaux rudes, l'épiderme y devient calleux; les impressions s'émoussent sur ce cuir et ne produisent que des sensations obtuses. Le forgeron sent peu la dureté ''I fer et l'ardeur de la fournaise. L'harmonie s'établit
'ement entre ses mains et son travail. Chez les perles adonnées à de fms ouvrages, l'épiderme reste « et les sensations «ont très-subliles.
Le derme et ses papilles, elles nerfs du tact, ne constituent que le tact passif, c'est-à-dire le tact recevant les impressions qui lui arrivent. Quand le tact va audevant des impressions, quand il les cherche, les multiplie, les diversifie, sous l'impulsion de la volonté et sous la direction de Tintelligence, il devient actif et prend le nom de toucher.
Les instruments du toucher sont le bras, Pavantbras et la main.
Pour n'être pas trop long, je n'insisterai que sur les harmonies de la main, qui est un chef-d'œuvre. On y distingue le poignet ou carpe, le métacarpe et les doigts.
Se tourner en tous sens, prendre les objets, les palper, se mouler sur les corps, ce sont autant de mouvements qui exigent une rare flexibilité : le toucher la possède. Il s'y trouve une quantité de gonds, de charnières, de petites cordes qui font tourner les os sur les charnières et sur les gonds.
Déjà assez mobile, le poignet a huit petits os, dont les jointures permettent de tourner la main, et passez moi le terme, de faire avec elle le moulinet presque sans remuer le bras.
Le métacarpe, c'esl-à-dire la partie qui est entre le poignet et les doigts, est une rangée de petits os longs, en nombre égal à celui des doigts avec lesquels ils sont joints, articulés. Quatre de ces os, unis parleurs deux bouts, sont peu mobiles ; mais le cinquième os, support du pouce, est détaché du métacarpe par en haut, et se meut librement sur le carpe.
Le pouce n'a que deux os, les autres doigts en ont trois, appelés phalanges. Réunis bout à bout dans chaque doigt, ces os sont munis Je muscles fléchisseu**»
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Ht LES HARUOSIES PROVIDENTIELLES.
et eitenseurs, qui les ploieDt ou les déploient, et qui composent la plus fraude partie de la chair de l'avant-bras. Le pouce peut rejoindre aisément le bout des doigts et fermer ainsi la main en forme de cercle. Cette remarquable harmonie vous met à même de serrer, de prendre, de pincer. La main est à votre gré un étau, une tenaille, une pince, un crochet. Le poing fermé est un marteau ; la main ouverte est un support ou un battoir; un peu recourbée, elle s'arrange en manière de petite corbeille, et au besoin, elle se creuse comme une coupe et porte à vos lèvres l'eau de lasource. Chaque doigt sert au musicien de soupape à fermer les trous de la flûte, de petit marteau à frapper les touches du piano, de presse à serrer les cordes du violon.
Vous avez là, au bout de votre bras, cet instrument sans pareil, roi, maître, producteur de tous les instruments ; et vous ne vous demanderiez pas à qui vous le devez? Vous vous extasiez à la vue des merveilles qu'il accomplit, ou plutôt que l'homme accomplit avec cet oulil; mais vous êtes bien convaincu que l'homme est incapable do se donner ou de se redonner à lui-même un bras et une main vivants. L'ouvrier de cet outil de chair et d'os est donc infiniment plus habile et plus puissant que l'homme.
Remarquons maintenant combien les pièces nombreuses de cette macliine sont dociles, promptes à obéir, unies et concordantes dans l'obéissance. Dès qu'il est donné, l'ordre de l'âme est aussitôt compris et exécuté; l'habileté et l'obéissance de la main croissent avec l'habitude. On dit d'un homme adroit : Il fait de ses mains tout ce qu'il veut. — Et, chose admirable, il le fait sans saToir comment, sans connaître, même grossièrel'anatomio de ses membres. Une harmonie
innée est établie entre sa volonté et ses mains. II profite de cette harmonie, il la rend de plus en plus étendue et féconde en œuvres diverses ; mais il Ta trouvée toute prête dans sa propre organisation. Avouez donc que cette harmonie est quelque chose de merveilleux, ou plutôt de vraiment divin.
Le pied, la station, la marche.
Sans offenser mon lecteur, j'oserais affirmer qu'il n'a jamais réfléchi à l'harmonie qui existe entre la main et le pied. C'est là cependant un autre sujet d^admiration et de reconnaissance envers le fabricateur souverain, comme le nomme notre la Fontaine.
Et d'abord, entre les mains et les pieds, il y a une , étroite harmonie de ressemblances anatomiques. La cuisse, la jambe, le pied, répondent trait pour trait, os pour os, au bras, à Tavant-bras, à la main. De simples modifications partielles de forme et de dimen&ion ont fait sortir du même type, du même dessin, un organe de préhension et de toucher, d'une part, et de l'autre un organe d'équilibre, de station, de marche. Encore un exemple de cette économie de moyens qui atteste, dans l'ouvrier, Tintelligence et la sagesse; encore un exemple de ces ressemblances qui décèlent une pensée constamment d'accord avec elle-même.
Mais l'harmonie entre les membres supérieurs et les inférieurs réside encore dans la remarquable concordance de leur action respective.
174 LES irAltHONItS PRO VI DENT [El US.
L'bomme exécute une multitude d'actions et de travaux en se tenant debout, sans autre base, sans autre appui que ses deux pieds. Comment le peut-il? Pour plusieurs raisons dont la première est que, debout, il garde l'équilibre.
L'équilibre d'un corps pesant s'établit lorsque ce corps s'appuie sur un objet résistant, par toute l'étendue de sa surface la plus large. Ainsi ma lampe est en équilibre sur ma table par son pied, qui est sa plus large surface. Mais l'équilibre d'un corps pesant a lieu d'une aulre façon : par exemple, lorsqu'il est placé de telle sorte qu'une partie de sa masse s'abaissant vers la terre, la partie opposée également pesante s'élève d'autant. Dans ce cas, le poids d'une des deux parties contre-balance le poids de l'autre. On appelle centre de gravité, le point autour duquel ces parties se conlre-pèsent réciproquement. Il suffit de soutenir le centre dé gravité pour soutenir toute la masse.
Mais pour soutenir le centre de gravité, c'est assez que la base de sustentation soit placée verticalement audessous du centre. Or on appelle base de sustentation l'espace occupe par les points qui servent d'appui à la masse sur l'objet résistant, ou l'espace compris entre ces points. La base de sustentation de ma lampe est l'espace que couvre son pied rond. C'est parce que cette base est placée verticalement sous le centre de gravité de ma lampe, que celle-ci ne tombe pas.
Maintenant, si le corps d'un animal est en équilibre sur ses pieds, c'est que la ligne verticale passant par le centre de gravité de l'animal, tombe dans l'espace délimité ou couvert par ses pieds. Évidemment plus cet •espace est large, plus facileri;ent l'animal prendra l*équi-
re. C'est ce qui a lieu pour les quadrupèdes, dont
HARMONIES HUMAISES. 175
les quatre pieds marquent les angles d'un carré long, en dehors duquel la ligne d'équilibre ne va pas tomber ordinairement, de sorte que leur centre de gravité, quoiqu*en se déplaçant plus ou moins, reste toujours verticalement au-dessus de la base de sustentation.
Or l'homme n'a que deux pieds, et il s'y tient parfaitement en équilibre; c'est que ses pieds longs et larges, plus longs et plus larges que ceux de beaucoup d'animaux, lui font une base de sustentation étendue. Son centre de gravité peut subir certains déplacements sans que la verticale abaissée du centre tombe en dehors de cette base. Les Chinoises, auxquelles on comprime et on rapetisse mécaniquement les pieds, se tiennent difficilement debout et gardent mal l'équilibre.
D'autres conditions sont nécessaires à l'équilibre de l'homme : elles ont été remplies. Pour soutenir le poids du corps, les membres inférieurs doivent rester fermes ; s'ils fléchissaient, comme le font les jambes des hommes ivres, la chute du corps s'ensuivrait. Aussi avons-nous des muscles extenseurs qui tiennent nos jambes et nos cuisses contractées et tendues, pendant que nous conservons la station verticale. Cette contraction a sa fatigue. C'est pour cela que l'on voit les personnes obligées de se tenir debout, se pencher tantôt un peu sur une jambe, tantôt un peu sur l'autre.
Le tronc et la tête ont pareillement besoin d'être maintenus en équilibre au-dessus des membres inférieurs. Il ne faut pas que la colonne vertébrale plie sous le poids des bras et des organes contenus dans la poitrine, qui tendent à la courber en avant. Aussi les muscles du cou agissent-ils c^ arrière et tiennent-ils la tête d'aplomb sur la colonne dorsale, tandis que les
ne r.Es hariidnies providentielles.
muscles (le colIc-ci résistent aux parties pesantes qui
pourraient la fuire ployer.
Par cet cnscnibtc de ressorts, l'homme, solidement établi duns hi stiilion droite, a la libre et complétedispositioii de si>s mains. Celles-ci, dispensées de pourvoir à l'équilibre du corps, n'ont qu'à suivre les commandements de la volonté et à servir les conceptions de l'intelligence.
Et elles le font même pendant la marche. Tout en cheminant le soldat oliarf^ son arme, vise, tire, recharge ; le laboureur sème son grain ; le savant obsene le caillou ou le végétal qu'il a recueilli ; le curélitsoD bréviaire, et cependant la marche est une chute continuelle en av.mt; oui, main c'est une chute sans cesse conjurée, pendant laquelle le centre de gravité se dé- 1 place et se replace à chaque pas, et crée un équilibre progressif. Le bassin, les cuisses, les jambes, les pieds, I exécutent avec accord les mouvements nécessaires; If tronc et la tète prennent instinctivement la position variable qui peut y aider. Us sont, à propos, des balanciers, des contre-poids. Si vous gravissez une pente, votre corps se porte en avant; si vous la descendez, iiss roidit, il se cambre en arrière. Il ; a harmonie danstos mouvemcnis, parce qu'il y a harmonie enire toutes b pièces de votre mai;hinr. Or cette harmonie est si parfaite, qu'on peut vous défier d'en imaginer une à ia fois plus simple, plus .savante et plus efficace.
HARMONIES HUHAINES. 177
La voix.
Les sens étendent prodigieusement les puissances diverses de rhomme ; ils le mettent en communication avec la nature terrestre et avec les mondes astronomiques, avec les animaux, avec ses semblables. Un autre moyen Itii a été départi de rayonner autour de lui- Tiême, d'accroître sa vie physique et morale en y ajouint une portion de la vie physique et morale d' autrui ;
\un mot d'associer son âme aux âmes qui ressemblent à la sienne. Ce moyen, c'est la voix.
La voix a trois formes distinctes : le cri ou son inarticulé, le son articulé ou la parole, et le chant. Sous ce triple aspect, la voix est soumise à l'empire de la volonté. Celle-ci agit sur les organes vocaux et en varie à son gré les effets, en les appréciant à l'aide de l'oreille. La voix, l'ouïe, la volonté et l'intelligence qui éclaire la volonté, composent ensemble une harmonie de la plus merveilleuse beauté.
L'instrument vocal, c'est le larynx qui fait partie du canal de la respiration. Produire le son n'est autre chose que pousser d'une certaine manière, à travers le larynx et la bouche, l'air contenu dans le poumon. Lorsque vous respirez simplement, il n'y a ni cri, ^i son, ni parole. Donc celui qui crie, parle ou chante, modifie d'une certaine façon l'air qu'il envoie au dehors.
ns LKS IIAnMOStES PROVIDENTKUES.
Celle modificalioii s'exerce au moyon du larynx, qui est place à l'entrée du canal aérien, sous la base de la langue. C'est une petite boile formée de cartilages et suspendue â tm ccrUùn os, appelé os hyoïde, lequel porte la laii^nc Trois sortes de cartilages constituent les parois di? cellti caisse résistante r le thyroïde est en avant ; le cricoîdc par côté ; les deux cartilages aryténoides soultennunt, dans le pharynx, les oriSces de la glotte.
L? glotte est l'ouvorturedu larynx, il importedebien comprendre le rûle et le jeu de cette ouverture. Le larynx communique par en haut avec rarrière-bouche ou pharynx; [inr en bas, avec la trachée-artère. La communication a lieu par la glotte. Si celle-ci était toujours égalemenL ouverte, l'air qui vient au poumon y passerait silencieusement. Mais la largeur de l'ouverture peut variera une infiniléde degrés. Tout estlà. Comment varie-1-ellc? La glotte est une'fente pratiquée (l'avant en arrière dans le tube du larynx. Cette Fente a des lèvres qui tantôt se rapprochent et tantôt s'écartent. Elles sont formées par deux grands replis membraneux, disposés à peu près comme les bordsd'une boutonnière. On appelle ces replis les ligaments inférieurs de la glotte ouïes cordes vocales. Un petit muscle les rapprociie ou les écarte, selon qu'il se contracte ou se relâche. C'est donc ce muscle qui, en agrandissant ou rétrécissant la fente de la glotte, tend ou détend les cordes de la voi\.
Que se passe-L il alors? Une chose qui vous est si familière que vous n'y prenez pas garde. Quand vous oulez siffler avec vos lèvres, que faites-vous ? Vous les ^prochez ot vous y lancez l'air de vos poumons. Pour "r une note aigué, vous serrez les lèvres ; pour
donner une note basse, vous les desserrez un peu* Autant en faites-vous avec la glotte, dans le larynx. Les lèvres de la glotte, comme celles de la bouche, ouvrent à Tair une issue tantôt plus large, tantôt plus étroite. Mais ce n'est pas tout : elles vibrent au passage de l'air, et d'autant plus vite et plus souvent qu'elles sont plus tendues. Ce sont ces vibrations répétées qui, de Pair expiré, se transmettent à Tair ambiant et engendrent le son.
Et, en effet : on sait, en musique, que plus une corde est tendue, plus elle vibre rapidement et plus sont aigus les sons qu'elle rend. Inversement, moins elle est tendue, plus lentes sont les vibrations et plus basses les notes. Aussi pour élever la voix, chacun, qu'il loit ou non musicien, serre la glotte ou, si vous voulez, en tend les cordes ; pour chanter ou seulement pour parler plus bas, il élargit la glotte, ce qui revient à détendre les cordes de la voix. Cependant, à vrai dire, le larynx ressemble plutôt à un hautbois, à un instrument à anche, qu'à un violon ou à tout autre instrument à cordes. Mais au^fond, la languette métallique du hautbois ou anche, produit les sons de la même manière que la corde du violon, c'est-à-dire en vibrant et en communiquant ses vibrations à Tair.
Tel est le mécanisme de la voix. J'omets à dessein quel, ques détails qui seraient superflus, et je vous prie de réfléchir un peu sur cette petite caisse musicale que vous portez dans votre gosier, et qui a son complément dans la bouche, les dents et les lèvres. Car il est à peine besoin de faire observer que le palais, les dents, les lèvres contribuent par leurs mouvements et leurs positions à modiiier de mille façons les émissions de voix.
L'enrant à sa naissance ne sait que crier. Peu à peu, il apprend à parler. C'est une éducation cpii dure assez longtemps; mais enfin elle commence, se poursuit et s'achève. Un certain jour, il arrive à prononcer ces deux syllabes : papa. Et les parents de se réjouir, parce que ces deux syllabes annoncent l'aurore des harmonies de Tàme. Maintenant, comptez les actes que contient la prononciation de ce petit mot si court.
D'abord il a fallu que !e bambin entendît quelqu'un articuler devant lui cette parole. Il a donc ouï et retenu : ce sont deux actes d'intelligence. C'est par son oreille qu'il a entendu : il y a donc eu pour lui sensation avant la perception. Ensuite, il a imité les personnes qu'il avait entendues ; et cette imitation, après des tâtonnements nombreux, a consisté à donner à la glotte une certaineouverture;ày chasserFair du poumon; à serrer les lèvres, puis à les desserrer deux fois tout en respirant comme il convenait. Sa volonté a donc commandé des mouvements précis au poumon, au larynx, à la langue, aux lèvres. Je pense qu'il est impossible de contester ces faits.
Mais voici ce qui en résulte : rien que pour dire : papa, l'enfant a fait travailler de concert, a mis en harmonie active son intelligence, sa volonté, son poumon, son larynx et sa bouche. L'aurait-il pu, je le demande, si une harmonie organique et intellectuelle n'avait pas relié d'avance les unes aux autres toutes les puissances, toutes les pièces anatomiques, toutes les fibres, tous les muscles dont il s'est servi? Est-ce que, quand il est né, son larynx n'était pas rattaché à son poumon; sa glotte à Ml larynx, sa bouche à son larynx et à sa glotte ; sa gue, son palais et ses lèvres au reste de sa bouche? •ce que ses dents, qui ont poussé plus tard, ne se
sont pas mises, en poussant, en hannonie, en juste; arrangement avec ce qui les avait précédées dans la constitution de l'organe vocal?
Cette harmonie, quel en est l'auteur? L'éducation? Mais l'éducation, l'expérience lui ont appris qu'il possédait ces organes et qu'il pouvait s'en servir : elles ne les lui ont pas donnés, pas plus qu'elles n'ont créé ces choses, ni les rapports qui les unissent. Quant à ses parents, ils savent de reste qu'en lui transmettant la vie, ils n'étaient que des intermédiaires dominés par des lois qu'ils n'avaient pas établies et auxquelles ils sont impuissants à rien changer. Ils n'ignorent pas davantage que si leur enfant était né incapable de parler, il ne serait pas en leur pouvoir de le doter de la parole.
L'harmonie exquise en vertu de laquelle Tenfant parle, harmonie où tout concourt au but et où tout est combiné pour l'atteindre, avant même que le petit être s'essaye à parler, a évidemment une cause intelligente et une, qui a constitué avec une intelligence admirable et une puissanteunité l'organisation de l'enfant. Cettecause n'est pas l'homme; vous sentez qu'elle surpasse l'homme mille et mille fois parle génie qui conçoit et parle pouvoir qui crée. A plus forte raison cette cause n'est-elle pas quelque être inférieur àlhommehii-même, quelque animal, quelque substance chimique, quelque misérable petit tas de molécules matérielles.
J'ai choisi un exemple très-simple afin de rendre facile et claire l'étude des harmonies de la voix et de la parole. D'autres exemples plus compliqués seraient plus intéressants encore, mais n'ajouteraient rien à la solidité des conclusions. Je laisse au lecteur le soin de s'observer lui-même quand il chante, quand il tient un discours
1S2 1,F.S lUrtHONIES PBOVIDEKTIELLES.
suivi. [[ constatpra avec quelle promptitude, quelle flexibilitâ, quelle unanimité les différentes pièces de l'orgaiie vocal cKecutcnl ses ordres; avec quelle précision Il voix suit les indiculioiis de l'oreille; avec quelle aisance il arrive à gouverner les instruments si nombreux de ta parole et du chant. 11 dira sans doute, et très -jus te ment, que l'éducation, l'expérience, l'habitude, en inuHiplicnL et en agrandissent les effets. Mais il serahien obligé de confesser que ces instruments, si bien construits les uns pour les autres, et pour son intelligence, et pour son àme, et pour associer son àmc à celles de SCS seniblaltlcs, sont une œuvre infiniment plus qu'humaine.