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CHAPITRE YI

La famille existe naturellement. L'homme et la femme, par Taccord de leurs ressemblances et de leurs dissemblances, composent le couple humain. La famille, le couple humain assure la conservation de Tespèce. Entre la continuation du genre humain et la constitution naturelle de la famille au moyen du couple humain, il y a une harmonie préétablie tellement évidente qu'il est impossible de la nier; tellement belle et profondément conçue qu'elle proclame Faction toutepuissante d'une intelligence parfaite.

A ne parler que des facultés de l'âme, l'éducaon, les relations sociales, l'organisation personnelle même, modifient souvent le caractère distinctif soit de l'homme, soit de la femme. Ces causes renversent quelquefois les différences el les ressemblances. 11 y a des unions où c'est la femme qui se trouve prendre et remplir le rôle du mari. Cependant la distinction des caractères subsiste dans la plupart des cas. En quoi consistet-elle?

Il^n'est pas nécessaire d'être un grand observateur pour reconnaître que la femme est douée d'une puissance exquise de sentir et de s'attacher. Elle éprouve vivement les émotions agréables ou pénibles qui l'atteignent. Ses souffrances sont profondes et la jettent dans le trouble ; ses joies la ravissent et la font rayonner. <Mais si elle ressent à ce point ce qui la touche, elle est émue jusqu'au fond du cœur des douleurs dont elle est témoin. Les souffrances, les chagrins, les malheurs des autres retentissent en elle et deviennent comme siens. Elle excelle à compatir et à consoler. Et ses sympathies ne restent pas stériles : elle va d'instinct au devant de l'infortune; elle se complaît à soigner, à soulager, à guérir. Elle aime, il est vrai, elle recherche même les plaisirs brillants, les satisfactions délicates. Toutefois ce penchant à goûter les choses fines et à sentir les nuances, bien dirigé par l'éducation, est une sauvegarde pour elle et peut lui, servir à élever, à contenir, à améliorer ceux qu'elle entoure de son affection.

Mais elle a besoin par-dessus tout de vivre pour d'autres. Faible, elle appelle, ou du moins elle désire un protecteur. Ne croyez pas pourtant que ce désir soit en lui-même égoïste ; non. C'est à se dévouer qu'elle aspire. Mais elle préfère se dévouer pour un être digne, noble, capable de lui apporter un surcroît d'existence honorable et intelligente. Si elle rencontre un tel être, ou si elle croit l'avoir rencontré, rien n'égale son courage, sa patience, son élan à se sacrifier.

Se dévouer, se sacrifier, c'est agir énergiquement

ns le sens de ses attachements et de ses sympathies.

3 \i\x\ lift dise pas que ce double penchant à l'affecement n'est que le fruit de l'éducation.

Certes, le devoir et le mérite d'une bonne éducation est de cultiver ces tendances et de les éclairer afin qu'elles ne s'égarent pas. Mais l'éducation ne les produit nullement : toute sa vertu se borne à les gouverner. Dès son enfance, la jeune fille s'attache et soigne. En attendant mieux, elle aime passionnément des joujoux ou des animaux. Elle se réveille la nuit pour envelopper chaudement d'ouate et de soie son petit chien ou même sa poupée. Ne souriez pas : le philosophe constate ces fails et les interprète. Qu'il y entre une part d'imitation, j'en conviens. Mais les affections vives et sincères ne sont point pures singeries. On ne pleure pas uniquement pour faire comme les autres ; on ne souffre pas simplement pour le plaisir de souffrir à l'exemple d'autrui. Il y a dans ces naïves explosions d'un cœur d'enfant des preuves évidentes d'une organisation spéciale. La femme est ainsi faite par nature ; elle naît avec ces penchants, qui sont d'avance en harmonie avec une vie entière. Celui qui les lui a donnés, comme une première dot, a la vue plus haute, plus longue et plus étendue que nous.

Un autre penchant caractérise essentiellement l'âme féminine : c'est la curiosité, et une certaine curiosité qui diffère de celle des jeunes garçons. On a grand tort de n'y voir qu'un défaut. C'est le penchant d'une inlelligence qui a besoin de connaître et de s'instruire. On ne blâme pas la jeune enfant d'éprouver la faim du corps ; pourquoi la blâmer de ressentir la faim de l'esprit? Si cette faim se trompe et se jette sur des aliments malsains, détrompez-la et éclairez-la. Cette faim est dévorante, tant mieux. Bien satisfaite, elle fortifiera Tàme ; elle établira entre celle qui l'éprouve et l'honnête homme qui saura l'apaiser par d'utiles enseigne-

-=rï?-

1«6 LES lUBlOMES PHOTIDETCTIELIES.

meots une harmonie singuUèremenl noble : rharmonie do savoir et des pensées. Elle donnera à la femme une claifToyanoe, une perspicacité, dans la conduite de la vie, que l*homme possède rarement au même point Cette curiosité qui, mal cultiTÔe, s'épuise en jperquisitions mesquines et en misérables commérages, peut devenir une des lumières de la famille, quand elle s'applique à observer sérieusement les caractères, les personnages suspects, les dangers possibles. Encore un penchant, excellent en lui-même, qui engendre de véritables harmonies, qui existe de naissance et qui est l'œuvre d'une puissante et sage prévoyance.

La femme a les mêmes penchants que l'homme, sans cela ils ne pourraient jamais former l'unité morale qui e^t leur destinée. Mais ces qualités, l'homme les a autrement. Il naît sensible à la douleur ; toutefois, quand il y cède, on dit qu*il est faible et qu'il ressemble à une femme. Peu porté à la résignation muette et douce, il se retourne et s'arme contre la cause de ses douleurs. Dans la jeunesse, il ne dédaigne pas de plaire par le charme personnel ; ce désir cependant dure peu : il lui faut d'autres succès, d'autres triomphes. II les cherche dans Faction par le travail, et par la lutte dans l'exercice plus large de l'intelligence, par l'étude difficile et par la recherche méthodique.

Son penchant à l'action militante se trahit dès les

premières années. II s'essaye aux exercices où brille la

force physique, et aux jeux enfantins de la guerre, où

il goûte tantôt la jore de commander à une brigade de

bambins, tantôt la satisfaction d'une victoire imagi-

^ire. Le champ de ses efforts s'étend promptement au

des limites de la maison. On sent qu'il cherche un

— i-. *Héâtre. Sa vigueur corporelle, supérieure à

celle de la femme, Fexcite à s'aventurer hardiment, entraîne son courage et annonce les traits particuliers de sa Yocation virile.

A ces penchants répond la nature de son intelligence. Très-curieux lui aussi, il Test dans un autre sens. Questionneur infatigable, il veut réponse à tout; mais il interroge sur les choses qui ont rapport à l'activité extérieure, à la nature, à la guerre. Le ressort des machines, la portée et la fonte des canons, la cause du tonnerre, voilà les problèmes qui l'attirent. La petite fille sépare d'une montre; lui, il la démonte pour en connaître le mécanisme. Il brise ses jouets, quelquefois par caprice ou par exubérance d'activité, plus souvent afin de voir le dessous, le dedans. Savoir ne lui suffit pas : il veut en savoir plus long que les autres, et que l'on s'en aperçoive. Ce désir le soutient et l'enflamme : il travaille, il étudie. Plus il apprend, plus s'accroît son appétit de science. Son esprit s'élargit : il pousse en avant jusqu'aux idées générales. Son aptitude à les comprendre, à les embrasser est, de l'aveu de tous, plus grande et plus naturelle que chez la femme. En revanche, il possède, bien moins que celle-ci, la vue des détails, la finesse des aperçus, l'instinct et comme la divination des caractères et des nuances.

Ainsi l'homme et la femme ne sont point pareils. Il n'est pas vrai non plus de dire que l'un est en tout supérieur ou inférieur à l'autre. Ce qui exact, c'est que l'un a ce qui manque à l'autre; c'est qu^ils se complètent en vertu de leurs différences mêmes. Chacun d'entre eux, obéissant à une impulsion bienfaisante, cherche dans l'autre ce qu'il n'a pas, parce que ce quelque chose qui lui est refusé lui est nécessaire. Isolés, ils sont incomplets; réunis, quand ils comprennent leur

ti!

I8ii LES iiinaoNrES raoïioESTiELLES.

iinturc et leur râle, ils composent la plus belle harmonie Yivanlc. Cette harnionie, qui l'a fondée? Eux, sans doute, en se choisissant; mais ils se sont choisis tels qu'ils étaient; et ils él.iient nés homme et femme, c' estil-dire organisés l'un pour l'autre par la puissance d'une sagesse divine.

C'est a eux d'acliovcr l'œuvre divine en réalisant librement tout l'accord dont les éléments sont en eus. Pour peu qu'ils s'y prêtent et qu'ils y travaillent, l'harmonie providenlielle s'accomplit de jour en jour entre leurs caractères, leurs pensées, leurs conduites, leurs discours. Ils se corrigent, ils se redressent, ils se consultent. Sans être l'éclio l'un de l'autre, on reconnaît qu'ils puisent aux nuinics sources leur savoir et leurs lumières, et que leur foi repose sur les mêmes principes. Mais il ne faut pas qu'au début ils aient ététrop différents, au moins de ces diiTérences qui deviennent promptement des contradictions inconciliables. Au point de départ, certaines ressemblances sont nécessaires, la diffîculté est de les reconnaître et d'en tirer parti. C'est la part que l'ouvrier souverain nous a laissée pour nous associer à son œuvre et nous laisser le bonheur de h continuer.

Si parfaite qu'elle soit, l'harmonie entre les deux époux ne comble pas leurs vœux. Ils aspirent à une harmonie nouvelle. Étendre son être en le communiquant, c'est une loi commune à la nature animale. Le couple humain non-seulement l'accepte, mais il ; cherche le bonheur domestique. S'il est une tendance

vtdentielle, c'est celle-là'.

ifBz la jeune femme qui n'est pas mère encore,

n elle désire le devenir! Elle regarde d'un oail

- à qui cette joie est déjà donnée. Vainement

on lui décrit les souffrances, les craintes, les tourments qui sont le prix de la maternité : elle n'entend pas, ou si elle entend, son cœur a d'avance réduit à rien vos tristes raisonnements. Cette confiance inébranlable dans Texcellence de la maternité, qui . donc la lui a donnée ?

Continuons. Dès que son espoir d'être bientôt mère est assuré, elle rayonne. Aussitôt, quand aucune corruption n'a gâté son âme, la voilà qui prépare avec amour la couchette, les langes, les moelleuses et chaudes enveloppes. Les uns lui souhaitent un garçon, d'autres une fille. Elle a peut-être une préférence : cependant ce qu'elle demande, c'est un enfant. Comment le nommera-t-elle ? Quel nom sera assez beau pour lui? Toutes ses facultés s'absorbent dans son attente et s'y concentrent.

Dès que l'enfant parait au jour, dès qu'elle entend son cri, le premier mouvement de la mère est de prier qu'on le lui donne pour le presser sur son sein et le couvrir de caresses. Le second mouvement, profondément spontané, est de vouloir l'allaiter. A-t-elle tort? Non, si aucune raison médicale ne s'y oppose. Elle devine son devoir ; et ce devoir repose sur une harmonie physiologique admirable. C'est d'abord un fait saisissant que cette mystérieuse montée du lait au moment où e lait est nécessaire. Cette coïncidence est, pour qui sait réfléchir, un spectacle des plus émouvants. Mais il y a plus. Comme l'enfant lui-même, le lait a des âges différents. Il se fortifie, s'enrichit, se complète à mesure que les organes du nourrisson prennent de l'accroisseïûent. Le premier jour, le lait est approprié avec une précision infaillible à l'état du corps naissant qu'il doit alimenter. Écoutons, sur cette harmonie si peu étudiée.

no LES IIAItHOMES PROVIDENTIELLES.

si pull remarquée, les paroles de la science ta plus allpnlive :

n L'cnrant naissant, dit M. Boucbut *, ne tire d'abord de la mamelle qu'un liquide jaunâtre peu abondant, connu sous le nom de colostfum, et qui, par sa nature, est très-propre à lubrifier la surface interne du conduit intestinal, à solliciter doucement ses contractions, à délayer le mcconium, et jiar cela même à en faciliter l'cipulsion. Ce liquide acquiert peu à peu l'apparence et les qualités du lait, et devient de plus es plus ^blindant. Si l'on dilTérait de mettre l'enfant à la mainclli', outre qu'il perdrait les avantages qu'il doit tirer du colostnmi, la •;rande distension des mamelles, qui a lieu à l'époque de la fièvre de lait, s'opposerait à ce qu'il put teter. «

Ainsi son instinct ne trompe pas la jeune mère. Iles! cil piu'laile harmonie avec les besoins et la situation pliysiolugique de l'enfant. Il y alàdcs concordances, des sinmitanéités qui révèlent les calculs d'une prévoyance incomparable. Des gens d'esprit prétendent que ces harmonies se produisent ou toutes seules ou par les organes. Qu'elles se produisent toutes seules, cela n'a aucun sens. Si ce sont les organes qui créent ces harmonies, j'insiste et je demande : Quelle est la cause qui a créé les organes avec une sagesse et une intelli^îence aussi consommées?

Plus délicate que l'homme, la femme, quand elle est bien portante, a toute la force qui lut est nécessaire pour élever son enfant. Elle le porte, l'allaite, l'haliille, le soigne avec une adresse naturelle, sans le froisser, sans le blesser. Debout et son cher fardeau sur les bras,

T de la première enfance, p. 166.

elle compose un groupe harmonieusement ravissant. On dirait un seul être en deux personnes.

S'il tombe malade, son inquiétude est extrême. Vous trouvez qu'elle se tourmente à Tcxcès ? Ne voyez-vous pas que cette sollicitude si vive est la sauvegarde de la faible créature qui Texcite? D'ailleurs, la jeune mère ne se borne pas à trembler et à gémir. Son dévouement égale sa crainte. Elle ne dort plus; elle oublie ses plaisirs, le soin de sa propre santé. Une force singulière l'anime, la soutient, la porte. Elle a des clairvoyances profondes; elle éclaire le médecin; elle applique les remèdes mieux que personne. Toutes ses énergies se tendent vers le même but. Cette harmonie de ses facultés appliquées au salut de Tenfant produit quelquefois le miracle impossible à Tart médical.

Elle admire son enfant : elle le trouve beau. On raille ce penchant des mères : il a son danger en effet; mais comprenez-le dans son excellence. Il est l'inspiration même du cœur maternel : il décuple son amour, et c'est l'amour qui crée et qui sauve. Celui qui a mis ce ressort dans l'âme maternelle savait ce qu'il faisait. C'est à l'éducation à en prévenir le mauvais emploi.

Et, au surplus, considérez cet autre prodige d'harmonie. Que l'enfant naisse débile, contrefait, décidément disgracié, une mère vulgaire ou misérablement vaniteuse le prendra peut-être en aversion. Mais «ne mère dont les penchants sont restés purs, une mère selon la nature, s'attachera d'autant plus tendrement a l'infortunée créature. Dût-elle être seule à l'aimer, ^lle le chérira avec passion. Sa pitié innée rétablira l'équilibre. Oui, mais d'où lui vient cette pitié? Mais voici l'épreuve suprême : la maladie a été la

192 L£S UARUOMIE^ PROVIDENTIELLES.

plus forte ; l'enfant n'est plus. L*animal abandonne son petit qui vient de mourir. La mère de l'homme continue à aimer l'être qui lui a été ravi. Son affection trompée s'exalte jusqu'au transport. « Elle ne veut pas être consolée, » dit la Bible. Mot profond et vrai. Ne parlez pas à sa raison ; sa raison ne comprend rien à vos paroles ; elle ne les entend pas. Taisez-vous et pleurez avec elle. L'harmonie divine se maintient en elle par la douleur ; mêlez-vous à cette douloureuse harmonie. Une loi souveraine avait voulu que la mère aimât trop pour aimer assez. Ses larmes sont le rafraîchissement de sa pauvre âme. Elle croit qu'elle en mourra ; elle le dit. Mais non : Celui qui lui a envoyé et imposé cette torture lui avait d'avance donné des forces pour la supporter. Nous avons été créés en harmonie avec nos épreuves. Le premier accident brise nos machines artificielles ; l'organisation humaine résiste aux plus violentes secousses, du moins quand nos excès ne l'ont pas usée. Cette harmonie est une des plus émouvantes et des moins remarquées.

Il est temps de parler des influences qui créent l'harmonie entre le père et l'enfant, — entre le père et la mère par l'enfant.

Bossuet a dit quelque part : « Le plus grand changement que Dieu fasse dans les hommes, c'est quand il leur donne des enfants. » Cette parole est-elle vraie?

Lorsque le vice n'a pas tari dans le cœur d'un homme les sources de l'affection, il désire voir l'union domestique recevoir son complément naturel ; il souhaite la venue d'un être qui soit à la fois son image et

^'î de la compagne qu'il s'est choisie. Jusque-là ^ue chose d'essentiel manque au groupe dômes-

LA famille: 193

tique. La maison est comme une ruche sans abeilles, selon le mot d'un poëte.

Dès Jjue Tespoir est certain, l'homme en ressent une vive joie, qui diffère un peu de celle de la femme, mais qui pourtant est de même nature. La femme prépare un berceau, Thomme arrange toute une destinée. Aussitôt naît et grandit en lui la conscience de devoirs nouveaux. Il devient actif, tempérant, économe ; il travaille plus et mieux qu'auparavant; il voudrait être riche, puissant, considéré pour que son enfant fût assuré de trouver sur le seuil de la vie des forces toutes prêtes.

Ce n'est point assez : s'il laisse agir sur lui les influences bienfaisantes qui s'élèvent des berceaux et qui rayonnent du front des jeunes enfants, voici ce qui se passera en. lui. Il voudra être meilleur par respect pour son fils ou pour sa fille. Plus ou moins confusément, il sentira qu'il doit devenir un modèle. Ce sentiment, très-faible au début, reçoit d'une volonté ferme de grands développements. Un père, tant soit peu conseillé par son instinct ou par quelque éducation, se garde de donner à ses enfants un dangereux exemple. Beaucoup s'oublient ; mais, à moins d'être descendus à l'abrutissement, ils s'en repentent, ils en rougissent. On les blâme d'ailleurs, et on leur inflige sans hésiter le nom de mauvais pères. Un fait incontesté, c'est qu'en général la présence des enfants a la vertu de contenir les parents. Qu'ils obéissent plus ou moins à cette puis- ^nce, ils en répondent. Ceux chez lesquels le sentiment de cette responsabilité est impérieux ne se bornent pas à s'abstenir du mal ou à se cacher pour le commettre : ils tâchent d'être bons, honnêtes, irréprochables. C'est là le fruit d'une harmonie dont le principe est en eux :

lOi LES HARMONIES PftOTlDENnELLES.

eX ce piiiicipc n'est pas l'ouvrage de l'homnie, dont la

puissuiice 110 consiste qu'à le féconder.

Ce jHïnclianl, inné chez le père et aussi chez la mère, le travail do la raison le transforme en devoir sacré. Quand les iiarents violent ce devoir, le châliment les attend. Ils ont désobéi à la nature et à l'ordre moral : une terrible harmonie nait aussitôt. Les enfants se mettent avec eux d'accord en cela qu'à leur tour ils désobéissent ù l'autorité paternelle et maternelle. La première punition des parents est de n'être point obéis.

Voici la .seconde : les enfants, comme des miroirs vivunts, leur renvoient le reflet de leur inconduite, de leurs défauls, de leurs vices. Le père et la mère ont beau faire : cette image vengeresse les obsède. L'harmonie du désordre et du mal s'est faite entre eux et ceux que leur exemple a pervertis. Ils accusent leurs enfants ; qu'ils s'accusent eux-mêmes. Quelqu'un de plus puissant qu'eux a attaché, comme dit Platon, par des liens de fer et de diamant, la récompense à ce qui est bien, ta peine à ce qui est mal. Nier cette harmonie est impossible. Il est non moins impossible de n'en voir la cause que dans l'homme. L'homme a pu troubler celte harmonie ou la consolider : il ne peut ni la créer tout entière, ni la détruire.

Plus encore que les parents l'enfant aspire à vivre. Cette tendance se manifeste dès la première minute de son existence, et à chaque instant l'énergie s'en accroît.

Il tend d'abord à vivre d'une vie surtout physique. Il cberclic le sein de sa nourrice : il y boit le lait avidement. La soiitTrance, cet obstacle à la vie, lui est insup- »««»Me. Par ses cris il demande impérativement qu'on

le soulage, qu'on le délivre, du mal. Par ses mouvements il s'exerce à Taction. 11 s'attache à ceux qui l'aident à être et qui lui épargnent la douleur. Première harmonie, purement animale si Ton veut, mais pleine de force et qui est la conséquence de son organisation même.

Bientôt commencent à poindre ses tendances morales. Il sourit à ceux qui lui sourient; il se détourne à Taspect d'un visage sévère. Un échange d'expressions muettes s'établit entre lui et ses parents. Peu à peu il apprend à articuler quelques mots : c'est un travail auquel sa nature l'excite et ses organes se prêtent. Son intelligence s'entr'ouvre ; l'aiguillon de la curiosité la stimule. Il cherche, il tâte, il examine ; il est lui-même son premier maître. Il écoute avec attention ce qu'on lui dit ; il essaye de le répéter. 11 imite la voix, les gestes, les mouvements de ceux qui l'entourent. On se sert de cette disposition pour l'instruire : on ne la lui donne pas. Elle est en lui de par Celui qui a constitué son être.

L'affection des enfants pour leurs parents est intéressée. Longtemps ils reçoivent tout sans songer à donner en retour autre chose que des caresses. Ce qu'ils aiment dans leur père, dans leur mère, ce sont les protecteurs de leur existence, ce sont les êtres plus puissants qu'eux d'où leur vient la satisfaction de leurs besoins. Cependant deux germes dorment dans l'àme de l'enfant : le penchant à la reconnaissance et le sentiment du devoir. Quand on laisse ces germes sans culture, ils restent stériles ; on se hâte trop d'en conclure qu'ils n'existent pas. Voyez les jeunes âmes qu'un souffle affectueux réchauffe : comme elles cèdent à des soins intelligents ! La gratitude éclôt et croit en elles : elle

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1^ connais

E* donne 1

int LF.S lIAtlSOMES PBOVIDEKTIELLES.

prend peu ù peu la forme ravissante de la piété filiale.

L'éducation achève de féconder la semence précieuse : la

raison conçoit la loi sacrée du devoir envers les parents,

la volonté l'accomplit, la tendresse en fait une heureuse

habitude.

L'enfant a tellement reçu d'en haut )e sentiment du bien cl du juste, qu'avec un peu d'instruction il en vient à comprendre non-seulement son devoir, mais aussi le devoir de ses parents. Sans doute il consent à être gdté ; cela lui plait, et son égoïsme en profite. Mais il accepte les reproches mérités et les châtiments justes. On le remarque chaque jour : les enfants élevés avec fermeté, — je ne dis pas avec une dureté cruelle, — aiment mieux leurs parents et s'y attachent davantage. Ils comprennent qu'un père sévère et juste leur est meilleur qu'un père faible : voilà pourquoi ils le respectent ; ils sentent qu'une mère sans molle complaisance les aime plus eificacement : voilà pourquoi ils la chérissent. Rien ne démontre plus clairement l'intime harmonie qui rattache les âmes à la notion du devoir et qui, par cette notion, les rattache entre elles. Ona vu des fils impitoyables, après s'être perdus par la paresse et l'inconduite , reprocher amèrement à leurs parents de les avoir gâtés. Manifestation vengeresse d'une justice infaillible qui n'entend pas qu'on la méconnaisse et qu'on brise les divines harmonies dont elle donne libéralement les principes, et dont elle veut que étende les bienfaits.

it facile d'obfierver d'exquises harmonies dans les lia des enfants entre eux. Qu'ils aient les uns les autres une affection naturelle et susceptible de a'accroitre, c'est évident. Tout petits ils se donnent nt des marques de tendresse. Ils se cher-

LA FAMILLE. i97

chent; ils sont heureux d'être réunis, de s'amuser aux mêmes jeux. L'enfant unique, qui n'a que la société de ses parents, risque de tomber dans l'égoïsme et de vieillir trop vite. Les enfants d'une famille nombreuse apprennent à souffrir du mal des autres, à jouir de leurs joies, à mieux goûter les plaisirs de leur âge et à rester plus longtemps naïfs et jeunes.

Mais ce n'est pas tout : ils se développent entre eux sans se surexciter. L'aîné est pour le plus jeune un maître utile. De bonne heure il acquiert le sentiment d'une certaine responsabilité. Donner à son cadet le bon exemple lui paraît bientôt un devoir, et il y met volontiers un heureux orgueil. Il imite les vertus des parents ; il en transmet à son frère une image comme réduite et plus aisément imitable. C'est là un penchant précieux que Ton peut faire tourner à l'avantage des grands et des petits .

Regardez aussi les frères et les sœurs : entre eux combien d'harmonieuses relations! Dans les familles honnêtes et unies, où les aptitudes natives sont cultivées et gouvernées au lieu d'être contrariées, ou livrées au hasard, ou faussées, les différences produisent l'accord. Quel est le frère qui ne comprenne que son caractère d'homme et sa force lui confèrent le rôle de protecteur ? Quel est celui qui ne se montre pas inquiet des dangers qui menacent la vie ou la dignité de sa sœur, prêt à la défendre, prompt à la venger? Mais voici qui est plus touchant encore et plus délicat : on a vu, on voit tous les jours tel frère dont la tenue et les discours sont loin d'être sans reproches: Dès que sa sœur paraît, son attitude se corrige, ses lèvres se purifient. La mystérieuse atmosphère d'innocence et de pudeur dont la jeune fille marche comme entourée en-

198 lis ll.vnSIOMES PROÏEDEMIELLES.

vc)»)i|)e fon frcrc et le Iransforme au moins momcntamnieiit. A l'aspect tic cette pure enrant, il se contient, il se iiiaiirbc. Et si au lieu de prendre en dégoût le foyer domestique, il l'aime et s'y complaît, cette douce iiilliiencc de la sœur, fréquemment exercée et jointe à celle (le la uiêrc, fera de lui un être bon, noble et charmant. Qui donc a donné à la jeune fille cette puissance adorable de fascination, sinon Celui qui a doué le petit enfant du pouvoir inconscient d'améliorer quelquefois son père?

Ce pouvoir inné n'acquiert pas toujours chez la sœur sa complète vertu; mais, puisqu'il peut se déployer, c'est qu'il existe antérieurement à toute éducation. Il y a là un don de nature. Les sœurs sont souvent angéliqucs : le mot n'a rien d'cicessif. L'ange du foyer intercède pour le frère coupable ; elle obtient l'adoucissement de la peine qu'il a encourue ; elle sait conquérir en sa faveur le pardon paternel. Fièrc de ses succès, jalouse de son honneur, elle ne soulTre pas que l'on rabaisse ses mérites. Ne touchez pas à son frère : c'est un être sacré.

Il y en a qui renoncent aus joies du mariage pour sacrifier leur vie à la famille que le frère s'est créée. Leurs neveux ont alors deux mères. On ne sait pas assez ce qu'un tel dévouement impose d'efforts, de tact, de prudente réserve. Et pourtant les exemples n'en sont pas rares. Le zèle y est parfois indiscret, la bonne volonté maladroite; mais regardez au cœur : l'intention s'y dévoile dans sa pureté, et le penchant fraternel y révèle sa force innée.

D'autres adoptent pour iils, pour frères, les men-

rits, les malades, les blessés. On les nomme les

"oiit court, c'est-à-dire les sœurs par excellence.

11 y a des gens capables qui enflent la voix pour blâmer cet héroïque célibat : ils feraient mieux de réfléchir un peu et de comprendre que les pauvres et les orphelins ont eux aussi besoin de mères et de sœurs, et que les saintes filles qui leur en tiennent lieu obéissent à l'inspiration d'un merveilleux fondateur d'harmonies.

Il ne vous a pas échappé, je pense, qu'ordinairement l'affection des mères penche un peu plus du côté des fils, celle des pères du côté des filles. De même, quand il y a plusieurs frères et plusieurs sœurs, une amitié plus marquée va d'une sœur à un frère, d'un frère à une sœur. C'est presque toujours entre des caractères sensiblement opposés que se produisent ces attractions frappantes. Si l'on disait qu'elles sont le fruit du hasard ou du caprice, on aurait bien mal observé. Une loi y préside : les qualités s'échangent ainsi, les jeunes âmes se complètent, les défauts s'atténuent, les dissemblances se font équilibre, les contrastes composent d'harmonieuses sympathies où s'essayent et se préparent les affections plus profondes et les vertus difficiles de V avenir,

La vieillesse est le soir de la vie. L'homme qui l'a atteinte sent approcher l'heure du dernier sommeiL Ses forces déclinent, son corps usé offre à la maladie des prises nombreuses ; sa mémoire s'affaiblit, ses autres facultés s'émoussent, son ouïe s'endurcit, sa vue se trouble, ses mains s'énervent, ses jambes se raidissent : il assiste à la destruction lente de luimême.

Hais la vieillesse ne frappe pas tous les hommes avec une égale rigueur. Bien souvent, telle vie, telle vieillesse. Ceux qui ont vécu dans le travail régulier, la

3» US ^IXMOJIES ftOUMSnïUIS,

I^T- >^«:-Kv, ;i fiti^j* de5 Tertas, gardent longtemps P.'vrf '.r<>?-*^, i'ur ir:lfî:îfeiice, leur activité. C'est le CA-T-iraîre j».»ar l'-f j»r ^Jîjiw* qui ont dilapidé leur exîs* \//r"e. CfTii-lî. \H:/.i>î-ent avant l'heure et traînent ^ur> 3t!T/it-r* j:.ur> ^cais le poids des infirmités. Entre U quj'.tr de 11 vie et la manière dont elle va s*ache- %ir.U i' y a uDe hinnoiiie qui dépend beaucoup de notre f !•! »n!r, miis «^ui n*en dépend pas uniquement et dont U '.••! n-us est >u;iêrieurc.

D'âilit-urs les înfîuonces heureuses de la famille s^étendt-nt à la \iiil!es>e. L'homme auquel nul devoir im- ;ériîux n'a iiii[»o>é le célibat, et qui, reculant devant les oMi^'jtious de la famille, s*est soustrait aux soucis qu'elle apj»orte et aux épreuves qui raccompagnent, en porte presque toujours la peine. D'abord il devient attentif outre mesure à ses douleurs personnelles, vraies ou imaginaires, parce qu'il n'en est pas distrait par les salutaires préoccupations de la tâche paternelle. Seul, livré à des soins mercenaires et intéressés, il est rempli de craintes, rongé de méfiances; sa maison est vide d'aiïcctions ; quand il veut la fuir, la maladie lui en fait une prison où il languit et s*éteint dans le délaissement. 11 n'a pas voulu ou pas su se dévouer assez : le dévouement s'éloigne de lui .

Mais changez ce tableau : placez le vieillard au sein d'un groupe d'enfants et de pelits-enfants dont il est le centre ; dans un sanctuaire domestique dont il est le patriarche vénéré et chéri. Quelle différence ! Sans doute sa mort est prochaine ; mais la vie palpite autour de lui, et il renaît à chaque instant dans ces êtres en pleine fleur qui lui renvoient son image rafraîchie. Plus vivement peut-être que le père, il se réjouit à la vue d'un nouveau-né. Il n'agit plus guères, mais d'autres,

2(X) LIvS HARMONIES PROYIDENTIEUES.

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qui sont à lui et de lui, agissent sous ses yeux, et c'est pour le Yieillard un spectacle délectable. Est-il demeuré un peu vif, un peu alerte, c'est lui qui veille sur les plus jeunes, qui leur donne quelques simples leçons, qui les gourmande doucement. Il se sent encore utile ; il songe moins à compter ses infirmités. Une similitude de faiblesse crée Fharmonie entre lui et les petits. Il retourne quelque peu à Tenfance; qu'importe? Voilà des enfants qui le cherchent, qui grimpent sur ses genoux, qui l'entourent de leurs bras, qui lui sourient et Tégayent. Finir peu à peu au milieu de ce dernier printemps que lui font ses petits-fils, ce n'est plus une destruction sinistre, c'est un bercement avant un sommeil. Que le vieillard soit pieux, il se dira que s'il doit quitter ces vivantes harmonies, bientôt il en retrouvera d'autres qui lui avaient été ravies, et qu'une justice paternelle et divine les lui rendra toutes avec le temps dans une existence nouvelle.

Puisque ces harmonies résultent primitivement de la constitution physique et morale de l'homme et de la femme, et puisque cette constitution admirablement intelligente ne peut être l'œuvre que d'une cause parfaitement bonne et prévoyante, concluez.

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