SUR LA ROUTE DK PARIS, ENTRE DEUX RAVINS
De Ponthau, de Ghistelles, Hélène, en costume de voyage, sont à cheval. — Quatre valets armés, y compris Jonathas, chevauchent à vingt pas derrière leurs maîtres.
Quel plaisir j'éprouve à voyager en compagnie d'un ami tel que vous^, monsieur le baron, et d'une femme charmante comme vous, mademoiselle! On respire à pleins poumons; toutes les sèves sont en ébullition : la nature verdoie autour de nous et nos chevaux sont pleins d'ardeur. Mort du pape ! Il semblerait que Dieu s'engage à nous donner le succès.
DE GHISTELLES
Gare aux impertinents qui auront la prétention de nous barrer le passage L'espoir me procure une nouvelle jeunesse.— Allons I Hélène, mon enfant, déride-toi; la gravité sied mal à tes dix-huit ans, même quand l'avenir s'annonce avec des tempêtes .
HÉLÈNE
Je ne sais pourquoi , mais j'ai des sanglots dans la poitrine.
DE GHISTELLES, à part.
Pauvre Hélène !
DE PONTIIAU.
Un petit temps de galop, s'il vous phiîL.
Li:^ HAL'Ts l'Airs m: m. di: tontuau i-2")
HÈLKNK, cravachant son chvcal.
Vol(Mi tiers!
(Ils parlent au (jidop,)
JOXATIIAS.
t .l'ai faim.
CHARLOT
IMoi aussi.
.TONATHAS.
Frusquin,toiqui es notre garde-mangei% passemoi le lard et coupe une tranche de pain.
ANTOINE
Refuse, Frusquin^ il prendrait la plus grosse part .
JONATHAS
Xe suis-je pas le plus grand et le plus fort?
GHARLOT.
Mais, monsieur Jonatlias...
JONATHAS
Silence ! Est-ce que Dieu partage également ses bienfaits? Est-ce qu'il n'existe pas sur toute la surface de la terre des riches et des pauvres, des forts et des faibles, des puissants et des misérables?
ANTOINE
Évidemment si, monsieur Jonathas; mais quoique de petite taille et de force moyenne, je possède un grand appétit.
.lONATHAS.
Dieu m'a-t-il créé le x^lus fort, oui ou non? — Oui, n'est-ce pas? N*essaye-donc jamais déraisonner avec moi, si toutefois tu tiens à conserver
tes bras et tes jambes. Dixi ! Frusquin, passemoi le lard.
FRUSQUIN
Hé ! monsieur Jonathas, voici les maîtres qui prennent le mors aux dents. Suivons-les.
(Ils galopent ,)
Autre endroit de la route en rase campagne.
BARRÀBAS^ apercevant la petite troupe.
Bonté divine! J'aperçois mon déjeuner au fond de la bourse de ces cavaliers. Sachons les intéresser à ma personne .
(// se met à danser et à chanter.)
Tin^ tin, tin, Chaque chose dans la vie A son matin, ïin, tin.
La mort ne me fait pas envie. *
Mon ardeur est inassouvie.
Ainsi chantait une catin.
Bon, bon, bon, Vive la graisse des [)oulardes !
Kt le vin bon 4
LKS HAUTS FAITS DK M. Di: PONTIIAU 1:^1
Vivent les mines papelardes Et le sein rose des paillardes!
Ainsi chantait un vagabond.
(Les cavaliers passent sans lui faire l aumône.)
JONATHAS
J'ai déjà vu ce museau-là quelque part.
I3ARRABAS.
Décidément, le métier de brigand est plus productif. En route! je mangerai à Paris.