‹ Les hauts faits de M. de PonthauChapitre 25 sur 48 · DES VOISINS · texte numérisé non relu

DES VOISINS

Chut ! — Plus bas ! — Ne criez pas si fort. Dv. PONTHAU, en lui-même.

Anathème ! A qui m'adresserais-je pour faire chasser cette femme? — Çà, Ponthau, quelle mouche te pique ?ïu dois être joyeux, au contraire, puisque de pareilles infamies se passent dans la maison de tes ennemis. Tu le vois, rien ne s'est ému. Les vitraux continuent à saigner leurs couleurs sur l'autel et l'harmonie des orgues à escalader les sculptures. Foin do la curiosité qui m'a entrahié ici. J'aurais cent fois mieux agi

LES IIArT^i FAITS DE M. DE PONTIIAU iTo

en eoutiiiiuuit mon l'iiemiii. Au mcDÎus une Uu'pitiule ne m'aurait pas scandalisé. J'ai les nerfs horriblement tendus. Une sueur chaude me ])aigne le corps; autour de moi les physionomies ont des pâleurs de cadavre. L'encens me parfume, me grise et m'endort. — N'est-ce pas Hélène que j'aperçois là-bas?... Non! impossible! Cependant... Non, la femme que je regarde ne quitte pas son livre des yeux et semble implorer avec ferveur. C'est une catholique!... Elle est belle et sa tournure m'a ébloui au point de me rappeler une autre personne. Chair palpitante gonflée de désirs ! triste cœur ivre d'amour ! quand pourrezvous donc vous satisfaire sans remords? Mais chassons ces pensées, elles obscurcissent mon horizon et me chargent la tête de vapeurs malsaines.

UN JEUNE HOMME, d de Ponthau.

Monsieur, qui prêchera aujourd'hui, s'il vous plaît?

Je n'en sais rien, monsieur.

LE JEUNE HOMME

Pardon !

DU P(jNriLvu, en lui-même.

Cette cérémonie serait suffisante pour un roi ; mais elle ne l'est pas pour un Dieu. Nul ne peut en disconvenir. Les simagrées de tous ces saltimbanques sont ridicules. Il n'est pas étonnant que certains esprits fail)les se laissent toucher par

leurs fallacieuses glorioles. Pourquoi^ diable ! le Christ^ ayant été pauvre^ ces gens-là se couvrentils d'or et ont-ils besoin de la pourpre de Satan? Veulent-ils donc infliger une leçon à leur maître ! Les hypocrites ! Ils savent bien que leur culte ne s'accorde pas avec les livres saints. 0 mon roi^ comment as-tu pu abandonner notre religion si calme^ si sévère et si grande par sa simplicité afin d'en embrasser une autre qui se sert d'un luxe effréné pour descendre jusqu'au vulgaire et pour l'attirer.

LE JEUNE HOMME

Monsieur^ on va bientôt prêcher, je puis vous faire une petite place, à côté de moi, sur ce banc. Voulez-vous l'accepter ?

Mille grâces^ monsieur, je préfère rester debout. (A part» ) Si je suis venu ici^ ce n'est pas conduit par la fatalité. Non ! je veux racheter ma faute ; je veux qu'un martyre profitable me lave à tout jamais des souillures de la chair. Je veux que le temple s'écroule, mais en écrasant les ennemis de Dieu. Henriette d'Entraygues, femme perdue et sauvée, je souhaite que la renommée t'apprenne la manière dont je me suis puni de tes ])aisers. Esprit céleste, descends en moi ou répands devant mes yeux une poignée de ta lumière.

LES HAUTS FAITS DIO M. DU l'ONTIIAU 175

LE .lELNE HOMME.

Monsieur, on vient de mo renseigner : c'est monseigneur de Soissons qui prêchera.

DE PONTUAl'.

Merci. (A parL) Cette l'ois, j'ai compris. (// se diriije vers la chaire et monte. A peine jj est- H installé qu il met son chapeau. Plusieurs personnes r aperçoivent et un cri de surprise parcourt les fidèles réunis.) DE PONTHAi;, formidable.

Allons ! silence les orgues ! silence la foule ! ou je rugis plus haut que vous. Écoutez la parole du vrai Dieu. 11 va s'exprimer par ma bouche.

Un silence effrayant se fait dans la cathédrale, — Les prêtres consternés se retournent. De Ponthau continue :

L'hérésie vous souille. Vos frères ont poursuivi, traqué, massacré comme des hêtes fauves mes frères les huguenots. Souvenez*vous de la Saint- Barthélémy ! Rien n'a échappé à votre fureur. Femmes, enfants, vieillards sont tombés sous vos coups. La Seine a roulé des flots ensanglantés. Des milliers de cadavres ont descendu piteusement le courant avec des chocs atroces. La miséricorde divine est lasse. Uepentez-vous.

VOIX DANS LA FOULE

Assez! — D'où sort ce fou? — Qu'on le chasse! — Sacrilège! — C'est un excommunié!

DE PONTUAU.

Étant do In même religion, vous êtes responsa-

Lies. Songez que c'est au nom d'un Dieu de concorde que vous avez frappé. Comparez l'énormité de vos crimes au temps qu'il vous reste à vivre et, si le pardon vous est accordé, tâchez de comprendre que la clémence du Seigneur est infinie.

VOIX

A bas le parpaillot! — C'est un ivrogne! — Chassons-le ! Chassons-le ! [On se précipite vers la chaire et on C envahit.)

DE PONTHAu, tirant son épée.

Arrière! arrière! vous dis-je, ou les estafilades pleuvront. Me prenez-vous pour un enfant? (// laisse tomber son épée sur rindividu le plus rapproché de lui. — On entend un cri déchirant.)

l'individu.

Misérable! j'ai la main coupée. Place ! place ! il va me tuer... Place! [La foule dégringole r escalier de la chaire en hurlant de frayeur. Des femmes se trouvent mal.)

Le premier qui ose mettre la main sur moi est un homme mort. — Écoutez jusqu'au bout ce que j'ai à vous dire : rentrez dans vos maisons; couvrez-vous de poussière; jeûnez; ceux que vous avez martyrisé ont faim de repentir. [Une seconde foule, plus menaçante j envahit de nouveau la chaire.)

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