‹ Les hauts faits de M. de PonthauChapitre 39 sur 48 · LE SOLDAT · texte numérisé non relu

LE SOLDAT

J'ensuis.

JONATHAS

Ouais! Encore quelques concurrents, et je ne suffirai plus.

JEAN POT, se frottant l'épaule droite.

J'ai un bras démis.

LE GEOLIER

Mon dos est une marmelade.

LE SOLDAT, ria7it.

Je me tiens coi.

JONATHAS, à Jean Pot et au geôlier.

Je suis satisfait; mon secret va vous être dévoilé. Ouvrez vos longues oreilleâ : l'argenterie en question est enfouie derrière la ferme de la la Parpaillotte, au fond au fond.... delà rivière. [Il éclate d''un rire inouï,)

JEAN POT

Ah ! gueux, tu nous as trompés.

LE GEOLIER

Ahl tu m'as frappé par plaisir, attends ! JONATH.\"s, prenant des mesures défensives.

(A Jean Pot.) Chut! musaraigne. (A w ^e^^/^'^r.) A bas les pattes, Cloporte! Ne joignez pas à la sottise une brutalité insignifiante.

LE SOLDAT, à JoHClthaS.

Bien joué! Tami, je te prends sous ma protection.

LE GEOLIER

La potence nous vengera.

JEAN POT

La corde te fera rire d'une autre façon.

LE SOLDAT, à Jonathas.

Je t'escorte jusqu'à ton cachot, afin que ces deux gaillards ne puissent te nuire.

JONATHAS

Je suis de force à les cogner vigoureusement l'un contre l'autre, mais ton intention n'en mérite pas moins un remercîment. Ta main ! Jonathas, je t'estime.

{Exeunt.)

Le même cachot que précédemment. Le baron de Ghistelles, Hélène, Suzanne, Jonathas et la Parpaillotte sont debout auprès de la lucarne.

Je m'étais dévoué, corps et ume, au service d'une religion. J'avais pris pour modèles Socrate et Jésus-Christ. Mon passage sur la terre fut une abomination, parce que ma main droite a brandi un glaive au service d'une cause épouvantable.

LA PARPAILLOTTE.

Vous déshonorez votre vie.

Nonl femme, j'avoue mes errem^s. — Vous qui représentez ici tout ce que j'aime, je vous adjure de publier que j'ai regretté ce passé durant-lequel j'ai offert à une divinité sanguinaire un holocauste d'innocentes victimes.

LA PARPÀILLOTTE.

J'en ai trop entendu! [Exit la Parpaillotté). DE PONTHAU;, S* agenouillant.

Je demande pardon à tous de ma conduite inconcevable. Quand je pense que ma vie laborieuse fut employée à une œuvre de fange, ma chair se crispe et ma poitrine s'emplit de remords 1 On ne doit pas écraser les sentiments et les exigences sociales, on doit les améliorer charitablement^ en vue de la concorde et de l'amour universels. La vie future est une chimère capable d'engendrer le découragement et les ouragans populaires. Dieu, tel que vous le concevez, se dresse comme un monstre digne d'être attaché au pilori par l'humanité. Soyez humbles, soyez bons, soyez aimants, et ne plongez plus vos regards dans les choses incompréhensibles, l'avenir est à ce prix. Le fanatisme, c'est Dieu ! la hùtise, c'est Dieu ! le fantastique, c'est Dieu I Craignez les trois gouffres qui débordent continuellement au milieu de la foule. — J'ai tué ; pardon ! J'ai menti; pardon ! Une volonté savante ne présida jamais à ces crimes. Et cependant, je suis coupable, car je les ai commis. Je trouve ma mort juste comme re-

LES HAUTS FAITS Dl-: M. Di: PONTIIAU XM

présaille, puisque je ne crois pas en Dieu. Bientôt peut-être, quelqu'un se présentera devant vous avec des paroles turbulentes et des frissons mystiques ; méfiez-vous de lui. On peut être infâme et ne pas s'en douter. J'en suis une preuve encore vivante. — Qn^T-nt à moi, je meurs avec la consolation d'avoir inspiré un amour sans bornes et un dévouement à toute épreuve; le sort m'a donc bien partagé, car je ne méritais pas une pareille faveur. Le Christ a dit : Aimez-vous les uns les autres ; c'est le plus beau précepte de sa doctrine. Tâchez d'en profiter. (A de Ghis telles.) Encore une fois, pardon ! je vous ai entraîné sur une route mauvaise. (A Hélène). Pardonnez-moi de vous avoir torturé, en faveur de la passion douloureuse que vous m'avez inspirée. (A Jonathas). Ami, pardonne-moi ta mort. — Suzanne, pardonne-moi les larmes que tu as versées et les tourments de ton amour, longtemps incompris. Vous, mes frères , vous qui respirez ei qui traînez votre marche pénible sous la voûte du ciel, vous que j'ai souffletés, vous dont les bras inertes reposent dans la terre, vous que j'ai méconnus, vous pour qui je ressens une mansuétude infinie, pardon ! [Les assistants pleurent. De Ponthau se relève.)

DK ghistp:llks.

0 mon ami, nous vous pardonnons du plus profond de nos cœurs et nous vous plaignons des

338 LES HAUTS FAITS DE M. DE PONTIIAlî

tourments que vous ressentez^ et aussi... de l'erreur dans laquelle vous êtes plongé.

Oui^ je saiS; mon rôle est de n'être pas cru.

SUZANNE

Oh ! moi, je vous crois.

DE HELLY, entrant.

Hélas I monsieur, le roi m'a refusé votre grâce.

J'en suis heureux, monsieur, et je vous remercie.

JONATHAS

Vive la mort !

M. le baron de Ghistelles, voulez-vous m'accorder une dernière faveur ?

DE GHISTELLES

Parlez, mon ami.

DE PONTHAU, très pâle et après un violent effort . (A part). Alerte, ma volonté! (^«w/.) Faites le bonheur de ces enftmts.

HÉLÈNE

Oh ! monsieur, comme vous êtes bon !

DE HELLY.

Comme vous êtes grand !

{Des voix et des bruits de pas se font entendre.)

On vient ! (A de Ghistelles) Accordez-moi ma , demande.

LliS HAUTS FAITS DK M. Di: PONTIIAr ;W<)

UE GHiSTELLEs, ù'cs sonibrc.

Oui .' [La porte s'ouvre et deux juges vêtus de noir se présentent. Le bourreau^ ses deux aides parmi lesquels on remarque Barrabas, une troupe de moines blancs et noirs et dès soldats les accompagnent.

Page 1