‹ Les hébreux dans l'Isthme de SuezChapitre 16 sur 55 · NOTRE NAVIGATION DANS LE CANAL · texte numérisé non relu

NOTRE NAVIGATION DANS LE CANAL

La date du 17 novembre 1869 occupera noblement sa place dans les annales de l'Egypte, car c'est ce jour-là que fut réellement inaugurée, par l'entrée de la flotte, la jonction de deux mers qui jamais jusqu'alors n'avaient confondu leurs eaux. Seulement à quoi tiennent parfois les événements !

Nous apprîmes, la veille même de l'inauguration, qu'un des principaux navires de la marine égyptienne, le Latif* qui était parti en éclaireur pour s'assurer que la \oie était libre, l'avait au contraire obslruée en s'ensablant à moitié chemin. Comme il barrait le canal en travers, tout passage était rendu impossible. Que faire? M. de Lesseps fut de suite en porter la nouvelle au vice-roi qui se trouvait, en ce moment, au bal donné par l'amiral anglais à bord de son bâtiment. Son Altesse réfléchit un instant, puis répondit avec ce flegme particulier aux Orientaux : « Qu'on le fasse sauter. « Je veux passer demain à tout prix. » Tout prix était bien le mot, le Latif ayant coûté quelque chose comme six à sept millions. Heureusement on parvint à le rejeter le long de la berge, et à dégager le canal pour le lendemain.

Le lendemain donc, à dix heures précises du matin, une salve d'artillerie donna le signal du départ. Ai-je besoin d'ajouter que nos cœurs battirent à l'unisson !

L'entrée du canal est large et spacieuse, sans offrir toute- ' fois rien de monumental. Il y a bien deux obélisques qui se dressent fièrement de chaque côté; mais on reconnaît à certaines lézardes qu'ils sont en bois peint.

V Aigle se mit le premier en marche se dirigeant vers le canal où il pénétra avec une majestueuse lenteur. 11 fut suivi d'un second bâtiment, puis sucessivement des autres, au nombre d'environ cinquante, et bientôt tous s'avancèrent dans l'ordre qui leur avait été assigné. On avait ménagé entre chaque un intervalle de quatre à cinq cents mètres pour éviter les accidents et favoriser les manœuvres. Notre Thabor occupait le centre de cette longue file dont la tête se. trouvait déjà

engagée fort loin dans le canal que la queue ne Pavait pas encore atteint. Vus à cette distance, V Aigle et les navires qui le suivaient produisaient le plus singulier effet. Comme on n'apercevait autour d'eux que le désert et pas d'eau, le canal se trouvant masqiré par les berges, ils semblaient glisser sur le sable, puis aller se perdre en fuyant à l'horizon.

— Racontons maintenant les principales étapes 1 de notre navigation jusqu'à Ismaïlia, où nous ferons un temps d'arrêt, et d'Ismaïlia à Suez, où finit le canal.

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