ARRÊT A ISMAÏLIA
Ismaïlia, doit son nom à Ismaïl-Pacha, le Khédive actuel. Cette ville, par ses rues tirées au cordeau, l'élégance de ses boutiques et le cachet de ses monuments, donne l'idée d'une cité européenne transportée en Orient. Il y a même jusqu'à un établissement de bains de mer. Mais, d'un autre côté, les matériaux employés à sa construction reportent les souvenirs vers l'antiquité les plus reculée. Qui n'a entendu parler des fameuses briques que les hébreux fabriquaient à Ramessès ? Celles dont on s'est servi pour bâtir la nouvelle ville provenaient des mêmes carrières, Ramessès, sur lequel nous aurons bientôt l'occasion de revenir, n'étant qu'à une petite distance de là, et les fouilles exécutées sur son emplacement ayant mis à découvert les anciens bancs d'argile dt s Hébreux.
Ismaïlia, bien que situé en plein désert, possède des prome-
32 SOUVEMHS DE SUEZ.
nades ombragées, des jardins bien plantés et jusqu'à des squares. D'où lui vient cette magnificence de végétation? Il la doit au canal d'eau douce. Disons un mot de ce canal car sans lui, il n'y eût pas eu de percement d'isthme possible. Mais d'abord indiquons comment on s'approvisionnait d'eau avant qu'il fût construit.
Au début de l'entreprise, alors qu'il s'agissait de désaltérer lesvingtmille fellahs fournis parle vice-roi, on était obligé d'aller chercher l'eau, à une soixantaine de kilomètres, jusqu'à Damiette et, en fait de moyens de transport, les ressources du pays n'offraient que des chameaux. On mettait un jour pour aller et un pour venir, par conséquent deux jours par voyage. Chaque chameau portait dans deux barils plats environ 425 litres d'eau, c'est-à-dire de quoi fournir à vingt cinq hommes une ration quotidienne de cinq litres par tête. C'était donc, pour un chantier de vingt mille travailleurs, un double courant de 800 chameaux se croisant sans cesse sur le même chemin. Il y eut même un moment où la compagnie fut obligée d'élever le nombre de ces animaux jusqu'à deux mille!
Évidemment un pareil état de choses, si peu en harmonie avec les besoins et la grandeur de l'entreprise, ne pouvait durer. C'est alors que fut exécuté le canal qui, partant de Zagazig, devait amener l'eau du Mil, à travers le désert, jusqu'au cœur même de l'isthme, à l'endroit où s'éleva plus tard Ismaïlia. Ce canal une fois achevé, M. Ch. Lasseron, l'habile ingénieur, organisa tout un système de conduites qui firent arriver l'eau à Port-Saïd et remplacèrent ainsi le mode d'approvisionnement par bêles de somme. Puis on prolongea le canal d'Ismaïlia à Suez, non plus par des conduites, mais par une voie navigable sur la totalité de son parcours. Grâce à ce canal, l'isthme tout entier est abondamment pourvu aujourd'hui d'une eau excellente.
C'est à Ismaïlia, qu'en sa qualité de capitale de l'isthme, furent données lés fêtes dont il nous reste maintenant à parler.