DU PASSAGE DE LA MER ROUGE PAR LES HÉBREUX
Nous en avons fini avec l'inauguration du canal et, comme Suez en était le terme, nous devrions peut-être songer au retour. Toutefois, nous ne saurions quitter la mer Rouge sans parler du passage de cette mer par les Hébreux. Ce fut là sans contredit le fait le plus important dont jamais l'isthme ait été le théâtre; or celui dont nous venons d'être les témoins en est, à tous égards, le digne pendant. Je dirai plus, il y a entre ces deux faits une singulière analogie ou plutôt un étrange contraste. Dans le premier, toute une mer s'ouvre devant un peuple qui la traverse à ph?d sec ; dans le second, tout un désert s'ouvre devant une flotte qui y navigue à p'eines voiles. Quels événements! Et comment ne pas les rap-
J. Il se consommait à Suez pour plus de 4 200 000 francs d'eau par an. Maintenant que l'eau ne coûte rien, la ville bénéficie de cette somme.
procher l'un de l'autre, alors surtout qu'ils se sont accomplis sur les mêmes lieux, à la même place et dans des circonstances également retentissantes !
D'ailleurs si, à propos de la* Méditerranée, j'ai pu faire allusion aux pérégrinations d'Ulysse, c'est bien le moins qu'à propos de la mer Rouge, j'aie un souvenir pour celles du peuple hébreu. Je prendrai la Bible pour guide , comme j'avais pris TOdyssée. Il y aura toutefois cette différence entre les deux livres que, dans le premier, tout est fiction, tandis que, dans le second, tout est réalité.
Oui, tout est réalité. Je ne nie pis que jusqu'ici l'incrédulité n'ait eu beau jeu pour s'attaquer aux récits de Moïse, par la difficulté extrême qu'il y avait à faire concorder ces récits avec la disposition des localités. C'est qu'on raisonnait toujours d'après cette hypothèse que la mer Rouge est actuellement ce qu'elle était autrefois. Nous venons d'établir au contraire, sur des preuves irréfragables, que de très-grands changements se sont opérés dans son bassin. Ainsi, au lieu de finir à Suez comme aujourd'hui , elle se prolongeait jusqu'aux Lacs Amers, qui en faisaient partie sous le nom de golfe Héroopolife, et elle avait pour limite extrême le Sérapéum. Nous allons voir qu'avec ces nouvelles données tout s'enchaîne, tout s'explique , tout se comprend *.
Mais, je m'empresse de le déclarer, je me suis aidé, pour tout ce qui va suivre, des savantes recherches de M. de Lesseps. J'ai fait surtout de très-nombreux emprunts aux t Etudes » si consciencieuses de M. Lecointre, l'un des ingénieurs les plus distingués du canal de Suez.