‹ Les hébreux dans l'Isthme de SuezChapitre 3 sur 55 · ULYSSE DANS LA .MÉDITERRANÉE · texte numérisé non relu

ULYSSE DANS LA .MÉDITERRANÉE

Stromboli, que nous laissons en arrière et que distingue encore aujourd'hui son volcan en activité, est l'île embrasée où se trouvaient les forges de Vulcain. Cette autre île que nous avons devant nous et qui fait partie également des lies Eoliennes, est l'île de Lipari. Là régnait Eole, ce roi des vents, qui lit présent à Ulysse de Foutre où ils étaient renfermés, mais que 1 imprudente curiosité de ses compagnons déchaîna pour sa perte et la leur.

Sur notre droite, est la côte occidentale de la Sicile où se trouvait le pays des Cyclopes. L'antre de Polyphème, d'après la description qu'en donne Homère, devait être tout près du rivage, sur le territoire de Marsala, renommé de tous temps pour ses vignobles, et qu'on appelait alors Lilybée. Nous nous représentions Ulysse grisant le monstre, puis profitant de son sommeil pour, lui crever l'œil unique qu'il portait au front. La scène dans laquelle il l'enivre rappelle assez celle dite « du chambertin, » dans le Nouveau Seigneur. Ainsi il lui avait déjà versé plusieurs fois à boire, lorsque Polyphème lui dit ; c Donne, ô mon ami, donne encore, et apprends-moi ton nom. Je veux t'açcorder un présent qui répandra la joie dans ton âme. » Puis, après une pose dont il profite pour vider de nouveau la coupe , il reprend d'un ton ému : « La terre des Cyclopes produit, elle aussi, un vin délicieux, qui ruisselle de

grosses et longues grappes que gonflent les pluies de Jupiter, mais il n'approche aucunement de cette divine liqueur, digne de figurer, sur. la table des Immortels. » Et il continue de boire, entremêlant ainsi chaque rasade de petites réflexions sentimentales ou bachiques, jusqu'à ce qu'en6n, vaincu par l'ivresse, il s'endorme profondément.

Homère ne nomme pas le vin qu'Ulysse servit ainsi à Poly- # phème. Il se contente de dire que « c'était un présent du fils# d'Evanthes, Maron, sacrificateur d'Apollon, et roi d'Ismare, » ce qui n'en apprend pas bien davantage. Ce deva.it, en tout cas, être un vin très-capiteux, puisque Polyphème se trouva grisé presqu'aussitôt après en avoir bu, lui qui était accoutumé au vin de son pays, que nous savons maintenant être le via de Marsala, lequel vin ne laisse pas non plus que de porter assez facilement au cerveau.

Une simple réflexion. Combien de personnes boivent aujourd'hui du vin de Marsala, sans ?e douter que c'est ce même vin qui faisait, il y a trois mille ans, les délices de Polyphème!

Mais laissons Polyphème et continuons de promener ainsi nos souvenirs autour de nous»

Sur notre gauche, s'étend le littoral de la Calabre, dont chaque étape rappelle de même quelque aventure d'Ulysse. Ainsi voilà, vis-à-vis de Formies, le pays des Lestrigons, peuple anthropophage comme les Cyclopes, qui dévora plusieurs de ses compagnons ; plus à l'ouest, à côté d'un promontoire, l'île de l'enchanteresse Circé, qui changea les autres en animaux immondes ; plus à l'ouest encore, tout près de Pouzzoles, l'antre où il s'engagea pour pénétrer aux Enfers, et que j'ai visité à mon tour, il y a quelques années, mais sans y rencontrer les mêmes apparitions qu'Ulysse.

Suivons-le également, par la pensée lorsque, revenant sur ses pas, il longe l'île des Syrènes qui regarde Pœstum, puis franchit le détroit de Charybde et Scylla , pour aborder l'île d'Ogygie, aujourd'hui Malte, où régnait Calypso , et où il se reposa de ses fatigues pendant sept ans.

Sept ans 1 C'est beaucoup pour un homme aussi impatient qu'il disait l'être de regagner sa chère Ithaque, surtout quand on est l'hôte d'une déesse comme Calypso. Je sais bien que le nom de Pénélope était à tout instant sur ses lèvres, comme une sorte de correctif et de talisman. Mais alors pourquoi, lorsque Calypso lui dit : « Je crois n'être inférieure à Pénélope « ni par les agréments du visage, ni par les dons de l'esprit, » avoir répliqué si vite : « Je conviens, que la beauté de la sage

* Pénélope s'évanouit devant vos charmes et votre port ma- « jestueux? » Sans doute, le compliment était obligé, mais Ulysse aurait pu y mettre certains adoucissements dans la forme. Je ne m'étonne plus maintenant que lorsque, plus tard, il racontait ses aventures à la plus vertueuse des épouses, il passât un peu rapidement sur son séjour chez Calypso.

Mais nous voici arrivés en face du fameux détroit qui sépare la Sicile de l'Italie. Ne quittons Ulysse qu'après l'avoir fran-* chi avec lui, afin de pouvoir comparer ce qu'était ce détroit de son temps avec ce qu'il est actuellement.

Page 1