MARCHE DES HEBREUX VERS LA TERRE PROMISE; ILS REBROUSSENT CHEMIN
« Après avoir quitté Ramessès, continue l'Ecriture , ils vinrent à Socoth. »
La position de Socoth est beaucoup plus difficile à indiquer que celle de Ramessès, car on n'y a trouvé aucune espèce de ruines. Mais ici la raison étymologique peut très-bien suppléer aux témoignages matériels. Socoth, en hébreu, signifie « ville des tentes ; » d'où il est permis de conclure que c'était moins une cité véritable qu'un lieu de campement. Or, à cinq kilomètres de Ramessès, entre cette ville et le lac Timsah, se trouve une petite plaine appelée par les Arabes Oum-Riam, c'est-à-dire « mère des tentes. » Qui ne serait frappé de cette concordance de noms? On est donc parfaitement autorisé à regarder cette plaine comme l'ancien emplacement de Socoth, d'autant plus que le lieu qu'elle occupe concorde à merveille avec le chemin suivi par les Hébreux.
48 SOUVENIRS DE SÇEZ.
« Etant sortis de Socoth, dîf encore le texte sacré, ils campèrent à Etham, à l'extrémité de la solitude. »
La position d'Etham est indiquée, comme celle de Socoth, par les dénominations arabes modernes. Ainsi, tout au nord des Lacs Amers, se trouvent des pâturages fréquentés par une tribu qui doit descendre des anciens pasteurs d'Etham, car elle porte encore le nom de « tribu des Ethamis. » De plus, le désert de Suez, qui est la « solitude » dont parle l'Exode, s'appelle aujourd'hui également « désert d'Etham. » Ces circonstances fixent très-nettement la position d'Etham au Serapéum, à l'extrémité nord des Lacs Amers.
Maintenant que vont devenir les Hébreux ? Sans doute ils continueront leur route vers la Terre Promise dont ils ne sont séparés que par une douzaine de jours de marche. Mais le Seigneur en ordonna autrement, « car, dit la Bible, il ne voulait pas engager son peuple, au sortir de l'esclavage, dans des guerres difficiles avec les Philistins, et de plus il entrait dans ses projets de châtier Pharaon de sa trop longue tyrannie. » Moïse leur fit donc rebrousser chemin et ils revinrent camper sur la côte égyptienne de la mer Rouge.
Ce changement de front dut nécessairement les frapper. Comment ! La Terre Promise est au nord et on les ramène vers le midi ! Mais chaque pas qu'ils font dans ce sens les en éloigne davantage, et de plus leur barre le chemin p*r l'interposition de la mer. Et cependant ils ne firent entendre aucune plainte, eux qui généralement en étaient si peu sobres. C'est qu'ils savaient qu'il existait un peu plus loin un gué ', lequel, une fois franchi, leur ouvrirait de nouveau et avec plus de sécurité la route de la Palestine.
Nous n'avons qu'un médiocre intérêt à connaître le lieu précis où se trouvait ce gué, puisque l'arrivée subite des Egyptiens empêcha les Hébreux de l'atteindre. Disons toutefois qu'il devait correspondre au « Seuil de Chalouf », ainsi que cela ressort des détails dans lesquels nous sommes entrés à propos des travaux que nécessita son percement.
4 . L'existence d'an gué est surtout démontrée par ce fait que l'immense dépôt de sel renfermé dans les Lacs Amers, était infiniment supérieur à celui que produirait l'évaporation d'une quantité d'eau égale à lu contenance de ces lac*. Ainsi j'ai calculé, d'après la minéralisation de la mer Rouge, que, pour qu'un- pareil résidu se fut formé, il avait fallu que les lacs se vidassent et se remplissent au moins quatorze à quinze fois. Or, comment expliquer ces évaporations successives autrement que par la présence d'un gué qui, tantôt laissait an i ver les eaux et tantôt les arrêtait, suivant la force des marées?
Quoi qu'il en soit, les Hébreux revinrent sur leurs pas pour gagner les bords de la mer Rouge.