‹ Les hébreux dans l'Isthme de SuezChapitre 35 sur 55 · DE L'ENDROIT OU EUT LIEU LE PASSAGE DE LA MER ROUGE · texte numérisé non relu

DE L'ENDROIT OU EUT LIEU LE PASSAGE DE LA MER ROUGE

M. de Lesseps et avec lui toutes les personnes compétentes qui onl étudié, sur place, cette grave question, en utilisant les données nouvelles fournies par le percement de l'isthme, sont unanimes à reconnaître que le passage de la mer Rouge s'effectua dans les Lacs Amers. Quant au lieu précis du passage, bien que les opinions offrent quelques divergences, il me paraît cependant assez facile à fixer.

La Bible dit que les Hébreux traversèrent la mer Rouge dans l'endroit qui regardait l'emplacement de leur camp. Cet emplacement nous est connu ; c'était la plaine de Phihahiroth. Nous savons également que cette plaine correspondait à la partie moyenne des Lacs Amers. D'où je conclus, avec M. Lecointre, que ce fut par le milieu de ces lacs que s'opéra le passage de la mer. Rouge.

Ce qui le prouve encore, c'est que les Lacs Amers n'ont dans ce point qu'une largeur d'une douzaine de kilomètres. Or, quelque lente que puisse être la marche d'une multitude où se trouvent des enfants, des vieillards, des infirmes, et que retarde un nombreux bétail, elle peut cependant très-bien faire trois lieues en une nuit, temps indiqué par Moïse comme ayant été celui du passage.

La profondeur des lacs en cet endroit concorde parfaitement aussi avec la description de la Bible. Elle est, en moyenne, d'une cinquantaine de pieds. Les eaux, en s'entr'ouvrant, devaient donc parfaitement figurer les deux murailles qui bordaient le chemin suivi par les Hébreux et qui s'écroulèrent ensuite sur les Egyptiens.

Enfin il n'est pas jusqu'à la vase dont les bourrelets entourent aujourd'hui encore les Lacs Amers comme d'une ceinture, qui ne rappelle que ce fut là que périt l'armée de Pharaon. Cette vase occupait alors le fond "des lacs et le Seigneur l'avait solidifiée en la desséchant (vertit in siccum) pour le passage des Hébreux ; mais, quand vinrent les Égyptiens, elle reprit sa liquidité et, en même temps, dit l'Exode, « les roues furent renversées et les chars entraînés au fond des abîmes, comme une pierre. [Et subvertit rotas curruum, ferebanturque in profundum, sicut lapis). Cette dernière image donne parfaitement l'idée d'un sol qui s'effondre. Maintenant comment expliquer que cette vase se trouve actuellement au pourtour

des lacs ? C'est qu'à mesure que se forma l'immense cube de sel que nous avons dit avoir pris graduellement la place des eaux évaporées, la pression exercée par ce cube la refoula vers les côtes, où elle s'ammonrela en bourrelets.

Ln solution que je propose, relativement au point où eut lieu le passage de la mer Rouge, est donc parfaitement d'accord avec les localités et avec les textes. Comme on avait toujours cru, jusqu'au percement de F isthme, que cette mer se terminait à Suez, il était impossible qu'on arrivât jamais à aucune interprétation satisfaisante.

Ainsi dom Calmet, dans son système, oblige les Hébreux à faire des marches de quinze à vingt lieues par jour dans des pays déserts., montagneux et .sans eau. Le P. Sicard, dans le sien, fait de Ramessès un lieu de campement et le place en dehors de la terre de Gessen, ce qui est en opposition directe avec les paroles mêmes de la Bible. Enfin, tous les deux, et c'est là le vice capital de leurs systèmes, font passer la mer . Rouge aux Hébreux à l'extrémité actuelle de cette mer, c'està-dire là où sa largeur et sa profondeur constituent des obstacles insurmontables. Or, nous venons de démontrer que le passage eut lieu à travers les Lacs Amers.

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