FONTAINE DE MOÏSE
« Les enfants d'Israël, dit l'Ecriture, vinrent ensuite à Elim où il y avait douze fontaines et soixante-dix palmiers. Et ils campèrent auprès des eaux. »
Maintenant encore, sur la rive asiatique de la mer Rouge et à quelques heures de Suez, existe une sorte d'oasis où se trouvent les douze sources et les tronçons des soixante -dix palmiers. C'est l'oasis que nous avons désignée déjà sous le nom de « Fontaine de Moïse ». L'aspect des lieux est resté tellement le même qu'on se croirait presque au lendemain du jour où les Hébreux y installèrent leur camp. Et, pour que l'illusion soit plus complète , on aperçoit dans le lointain se dessiner la chaîne du Sinaï. La qualité de l'eau a seule subi de notables changements, probablement par suite de quelque mouvement du sol ayant produit l'infiltration des eaux de la mer Rouge à travers les sables.
Ainsi, il résulte du récit de Moïse que, de son temps, l'eau de ces sources était très-potable. Aujourd'hui elle Test à peine et c'était seulement, par suite de leur pénurie absolue d'eau, que les habitants de Suez étaient réduits à en faire usage. Mais, maintenant qu'ils ont le canal d'eau douce, elle ne sert plus qu'à l'arrosage des jardins légumiers qui, sur une étendue de quatre à cinq hectares, environnent les sources.
La Fontaine de Moïse est l'excursion obligée de tout étranger qui visite Suez 1 , Seulement son nom de « Fontaine de Moïse » prête facilement à l'erreur. Ainsi, les guides, soit par ignorance, soit pour exciter votre curiosité, vous affir-
\. C'est en Tenant de visiter ces fameuses Fontaines, que Bonaparte, surpris par la marée, faillit être englouti dans la mer Rouge; événement qu'on s'est plu bien à tort à rapprocher de celui qui causa la perte de Pharaon, puisqu'il ne se passa ni aux mêmes endroits, ni par les mêmes causes.
ment que c'est la même eau que Moïse fit jaillir du rocher en le frappant de sa verge. Or il n'en est rien. Moïse, nous venons de le voir, dit positivement: au contraire qu'en arrivant à Eli m, les enfants d'Israël y trouvèrent douze fontaines. Dans quel but donc en eût-il créé une nouvelle? D'ailleurs, d'après le récit même de la Bible, le miracle eut lieu bien plus près du Sinaï. Voici en effet ce qu'on y lit :
9 Toute la multitude des enfants d'Israël étant partie du désert de Sin (aujourd'hui désert de Suez) campa à Raphidim où il ne se trouva pas d'eau à boire pour le peuple.
« Et ils murmurèrent contre Moïse , en disant : « Pourquoi « nous avez-vous fait sortir de l'Egypte, pour nous faire mourir « de soif, nous et nos enfants et nos troupeaux !.. . » Moïse cria alors au Seigneur, et le Seigneur lui dit : h Marchez devant le « peuple : menez avec vous des anciens d'Israël; prenez en « votre main la verge dont vous avez frappé la mer, et allez « jusqu'à la pierre d'Horeb. Je me trouverai là moi-même « présent devant vous. Vous frapperez la pierre et il en sor- « tira de l'eau afin que le peuple ait à boire. »
« Moïse fit devant les anciens d'Israël ce que le Seigneur lui avait ordonné et l'eau jaillit. »
Ce n'est donc pas à l'oasis d'Elim mais au mont Iîoreb que se trouve la fontaine miraculeuse de Moïse*. Un monastère .s'élève aujourd'hui sur son emplacement.
— Le jaillissement de l'eau du rocher n'est pasle seul miracle qui se soit opéré dans cette plaine dont nous ne pouvions détacher nos regards et qui s'étend de Suez au Sinaï. C'est là également que se manifesta pour la première fois le prodige connu sous le nom de « Pluie de la manne » . Je n'en aurais peut-être pas parlé sijin chimiste éminent, M. Berthelot, n'en avait fait dernièrement l'objet d'un travail tout spécial qui, malgré les erreurs dont il fourmille, attend encore sa réfutation. On m'excusera donc d'en dire quelques mots.
\ . Beaucoup de personnes croient aussi que ce fut en frappant la pierre d'Horeb que Moïse éprouva cette hésitation et Ce doute qui lui valurent de ne pas entrer dans la Terre Promise. C'est encore là une erreur, le mirar.îe dont il s'agit ayant eu lieu beaucoup plus tard et loin du Sinaï. « Ainsi, dit la Bible, Moïse ayant reçu du Seigneur, comme pour la pierre cTHoreb, l'ordre de frapper un rocher aride, s'écria devant le peuple : « Pouvons-nous faire sortir « de l'eau de cette pierre? » Et il frappa le rocher deux fois avec sa verge. L'eau jaillit aussitôt en abondance. Alors le Seigneur lui dit : « Puisque vous ne a m'avez pas cru et que vous ne m'avez pas sanctifié devant les enfants d'Israël, « vous n'entrerez point avec ces peuples dans la terre que je leur donnerai. »