‹ Les hébreux dans l'Isthme de SuezChapitre 40 sur 55 · DE SUEZ AU CAIRE · texte numérisé non relu

DE SUEZ AU CAIRE

Nous quittâmes Suez, le 24 novembre au matin, n'y ayant séjourné que vingt-quatre heures. C'était bien assez pour l'intérêt qu'offre la ville par elle-même, et beaucoup trop pour les sentiments qu'inspire sa population, en grande partie formée de tous les coupe-jarrets du globe ; je n'ai vu de ma vie figures plus patibulaires. En revanche, ce fut avec un véritable serrement de cœur que nous nous séparâmes du Thabor. Comment en eût-il été autrement? Nous venions d'y passer quinze jours au milieu d'une société choisie entre toutes par son esprit, ses manières et sa parfaite urbanité. Aussi ai-je conservé de ces relations improvisées le plus charmant souvenir.

Le chemin de fer qui relie Suez au Caire langeait autrefois la route des caravanes, en contournant les montagnes de l'Attaka. Aujourd'hui il remonte d'abord vers le nord, parallèlement au canal, pour rejoindre Ismaïlia, d'où il se dirige vers la capitale de l'Egypte.

Au sortir d' Ismaïlia, on se trouve? en plein désert. Mais* depuis la station de Tell-el-Kébir, on entre dans cette partie de la terre de Gessen appelée « l'Ouadjr. » On voit alors peu à peu la fertilité renaître. Bientôt même la végétation devient tellement splendide qu'on éprouve quelque chose d'analogue à ce que les Hébreux durent ressentir en apercevant la Terre Promise. On est au cœur du c jardin de l'Egypte. »

Là se trouve la station de Zagazig, l'ancienne Bubaste. Cette

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ville a eu de tout temps une certaine importance, qu'elle a due à la branche du Nil qui baigne ses murs. C'est de cette branche que partait, le canal des Pharaons, dont la création remontait à 1500 ans avant l'ère chrétienne, lequel faisait communiquer la Méditerranée avec la mer Rouge par l'intermédiaire du fleuve *, comme c'est de cette branche que part le canal d'eau douce, œuvre de M. de Les seps, qui alimente Ismaïlia, Port-Saïd et Suez.

En quittant la station de Zagazig, nous traversâmes une campagne admirablement cultivée, puis enfin, nous fîmes notre entrée, à sept heures du soir, dans la gare du Caire.

LE GAIRE.

C'était le soir même de notre arrivée que le Khédive donnait dans son palais le grand bal qui devait clore les fêtes de l'inauguration. Aussi n'eûmes -nous que le temps de nous rendre à l'hôtel et d'y faire nos préparatifs de toilette.

À dix heures, nous étions au bal. Ce fameux bal dont on avait raconté d'avance tant de merveilles, nous intéressa beaucoup moins que celui d'Ismaïlia. D'abord, il avait le tort d'arriver en second j puis tout y était beaucoup plus encore à l'européenne : costumes, danses, musique, cérémonial. Il se termina, de même, par un souper plantureux.

Bien que nous nous fussions relires fort tard, tous étions, le lendemain matin , sur pied de très-bonne heure, tant nous étions impatients de faire connaissance avec la capitale de l'Egypte. L'hôlel où nous étions descendus s'appelle l'hôtel Âbbat. Sa situation est des plus heureuses. Il occupe le centre du quartier franc et donne sur une sorte de boulevard, en même temps qu'il a vue sur l'Esbékyèh, la place la plus importante du Caire. Nous pûmes donc, de nos fenêtres, avoir un avant-goût des surprises qui nous étaient ménagées. Malheureusement, la première fut une déception. Ainsi cette place si

J. C'est par ce canal que la reine de Saba, partie des bords de la mer Rouge, gagna sur sa trirème la Méditerranée pour se rendre à Jérusalem où l'attendait Salomon. C'est par ce canal également que Géopâtre, après la bataille d'Actiura, se proposait de conduire les débris de 6a flotte de la Méditerranée dans la mer Rouge, pour la soustraire, ainsi qu'elle-même, au vainqueur, lorsqu'elle en fut empêchée par les eaux basses du Nil qui, à ce moment, n'était plus navigable. Il fut détruit vers la fin du huitième siècle par le kalife A.hou-Giaffar-t'1-Mausour, et depuis lors ne fut jamais rétabli.

vantée de l'Esbékyèh qui jadis, par ses constructions mauresques, ses boutiques en plein vent et les exercices de ses baladins formait, dit-on, un spectacle si curieux et si étrange, a été transformée en une espèce de square sans goût et sans style. On a même poussé le vandalisme jusqu'à faire disparaître la fameuse galerie où se promenait Kléber, quand il fut poignardé par le jeune Arabe dont le squelette figure aujourd'hui dans le muséum de Paris Cette galerie résumait en quelque sorte l'histoire de l'Egypte à cause des mouvements populaires et des révolutions dont elle avait été le théâtre. Il est vrai qu'on l'a remplacée par un quinconce tiré au cordeau !

Mais nous ne sommes pas venus au Caire pour faire nos remafques du haut d'un observatoire. Pénétrons donc au cœur même de la cité.

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