‹ Les hébreux dans l'Isthme de SuezChapitre 46 sur 55 · D'ALEXANDRIE A BRINDISI · texte numérisé non relu

D'ALEXANDRIE A BRINDISI

Nous nous empressâmes, à notre arrivée, d'aller visiter le nouveau bâtiment qui devait nous ramener en France. C'était le Principe Tomaso, l'un des paquebots italiens qui font le service entre Alexandrie et Brindisi et, assuràit-on, le meilleur marcheur. En prenant la voie de firindisi, notre traversée ne devait durer que trois jours au lieu de six que nous avioris

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mis par la ligne dé Marseille. Or, trois jours, d'économisés en mer, c'est énorme s nous y trouvions de plus l'avantage de ne pas revenir par le même chemin.

Ce fut le 28 novembre, à midi, que nous quittâmes la rade d'Alexandrie* Mais à peine avions-nous gagné la haute mer que nous apprîmes — chose qu'on nous avait soigneusement cachée jusqu'alors — que l'hélice de notre bâtiment avait eu deux de ses dents brisées sur les bas- fonds du Sera peu m, lors de l'inauguration du canal, et que, par suite, sa marche en serait singulièrement ralentie. Qu'on juge de notre décep* * tion. Puis, pour comble de disgrâce, la mer devint houleuse, de gros ni âges s'amoncelèrent à l'horizon, et le capitaine nous avertit que nous étions menacés d'un grain. Effectivement la nuit fut tellement mauvaise que tout le monde à peu près fat malade.

Le lendemain ne valut pas beaucoup mieux. Au vent s'était Joint une pluie torrentielle, mêlée de rafales qui lançaient des lames jusque sur le pont du bâtiment. Aussi n'y avait-il plus moyen de s'y tenir sous peine d'être inondé.

Le surlendemain, ver* les midi, la mer redoubla de furie. An plus fort de la bourrasque, nous aperçûmes à notre droite l'île de Candie, la première terre que nous vissions depuis notre départ. Telle était notre détresse que nous demandâmes s'il n'y aurait pas moyen d'y faire côte, mais il nous fut répondu que c'était chose impossible. Nous dûmes donc nous résigner et continuer notre route.

Le jour suivant s'annonça un peu meilleur; il y eut même par Moments quelques rayons de soleil. Comme nous longions d'assez près le littoral de la Grèce, nous en profitâmes pour nous faire désigner les endroits témoins de que 1 que grand événement. D'abord c'est Navarin, célèbre par la victoire remportée en 1825 sur la flotte turco- égyptienne, par les escadres combinées de France et d'Angleterre; plus loin, Arkadia, l'ancien port de Messène; plus loin encore, Zaflte, dont h côte hérissée de rochers vit périr, en 1S64, le grand anatomiste Vésale; enfin c'est Lépante, ou se livra le combat naval qui sauva l'Europe de l'invasion musulmane.

Ces localités franchies, notre bâtiment ne tarda pas à s'engager dans l'étroit couloir qui sépare Céphalonie d'Ithaque. Ithaque! dont le nom vaut à lui seul tout un poème. Nous cheminâmes ainsi entre les deux remparts de montagnes qui bordent ces deux îles sur un plan parallèle. On nous montra, au loin, sur une hauteur, <ks pans de muraille que l'on nous

dit avoir fait partie de l'ancien palais d'Ulysse. Il est de fait que leur situation concorde assez bien avec la description que donne Homère de ce palais.

Le jour était à son déclin lorsque nous parvînmes à l'entrée du golfe d'Actium, où fut livré le fameux combat qui valut à Octave l'empire du monde. Mais alors" nous étions beaucoup trop préoccupés de notre propre situation pour songer soit à Octave soit à sa victoire. C'est qu'en effet le temps était devenu pire que jamais. Aussi n'essayerai-je pas de dire quelle tenible nuit nous passâmes.

F?nfhi, le jour parut et nous permit de nous orienter. Nous venions de dfpas er Corfou, et, gouvernant vers la gauche, nous traversions l'Adriatique pour nous rapprocher de Ja côte d'Italie et de là gagner Bnndi i. Par malhe» r notre situation était toujours aussi crilique. Je me rappelai alors qu'Ovide avait été a-sailli, comme nous p ar "ne épouvantable tempête dans < es mêmes parages et qu'il en avait donné la description dans ses Tristes. Je fu«» curieux de comparer ?es infortunes aux nôtres, espérant y trouver, comme nous dirions en médecine, un utile « dérivatif » à nos misères. J'ouvris donc le volume, lequel faisait partie de ma bibliothèque de voyage, et j'y lus ce qui va suivre.

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