DE BRINDISI A ROME
La nuit que je passai en wagon fut comme pluie, comme vent et comme froid, le digne pendant de celles que je venais de passer sur le Principe Tomaso; je n'eus en moins que la crainte de sombrer. Où était-il donc ce ciel azuré que Ton cite toujours comme type, ce printemps perpétuel dont on dote si gratuitement la péninsule ? Les toits, les arbres, le sol, tout était recouvert d'une épaisse couche de neige qui tombait à flocons et à travers laquelle nous avions bien de la peine à nous frayer une voie. Tant il est vrai que le climat beaucoup trop vanjé de l'Italie a également ses vicissitudes et ses rigueurs! J'y étais d'autant moins préparé qu'il y avait tout au plus six jours que j'avai* quitté le Caire où nous jouissioi.u au contraire de toutes les splendeurs de l'été.
Il était onze Heures du matin quand j'arrivai à Naples. Comme je connaissais déjà cette ville pour y avoir séjourné avec Magendie, pendant le voyage scientifique où je fis, sous sa direction, mes premières recherches sur les eaux, je n'y restai que le temps nécessaire pour jeter un nouveau coup d'œil sur le Musée et sur Pompeï, ces deux merveilles qu'on ne saurait se lasser d'admirer.
Pompeï surtout appela très-vivement mon attention, à cause des procédés qu'on emploie aujourd'hui pour reproduire les épisodes les plus émouvants de la cité expirante. On sait qu'elle fut ensevelie sous les cendres vomies par le Vésuve. Celles-ci, en se durcissant, ont formé autour des victimes de véritables moules qui conservent leurs formes, leurs attitudes et jusqu'aux traits de leurs visages, alors que les corps eux-mêmes ont fini par tomber en poussière. Il a donc suffi de couler du plâtre dans ces moules pour obtenir des groupes d'une fidélité effrayante. Il en est un surtout qui fait mal à voir. C'est celui d'une jeune fille étendue près de sa mère qu'elle serre dans une suprême étreinte, en même temps que sa bouche est collée sur le sol, comme pour aspirer l'air qui lui échappe. La mère, repliée sur elle-même, paraît se tordre dans les angoisses du
désespoir. Ici l'illusion est telle qu'on croit assister aux convulsions de leur dernière agonie.
Je quittai Naples le 4 décembre, au soir, par le chemin de fer et, le lendemain dans la matinée, par un temps toujours aussi mauvais, j'arrivais à Rome.