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OUVERTURE DU CONCILE

Le 8 décembre, jour de l'ouverture du Concile, restera une date à jamais mémorable pour quiconque a eu, comme moi, l'hetirettx privilège d'assister â cette solennité d'un caractère si auguste et d'un aspect si grandiose , J)ès le matin, tout

Rome, on peut le dire, était sur pied. Le cardinal nous quitta de très-bonne heure ; comme il devait être fun des assistants de Sa Sainteté, il fallait qu'il fût arrivé Pun des premiers. Je partis peu de temps après son Eminence; mais déjà les rues étaient tellement encombrées, qu'on avait beaucoup de peine à circuler au voisinage du pont Saint-Ange. Ce qui ajoutait encore aux embarras, c'est que le temps était affreux et que, par suite, on avait rois en réquisition toutes les voitures de Rome, lesquelles se trouvèrent ainsi converger à un même moment vers le même point. Quand j'arrivai sur la place Saint-Pierre, l'atrium et les bas côtés étaient déjà envahis par la multitude. Enfin les portes s'ouvrirent et le flot s'engouffra dans l'immense basilique. J'y pénétrai en même temps et , grâce au patronage du cardinal, je pus me placer tout à fait sur le passage même du cortège.

Neuf heures sonnaient quand l'auguste assemblée sortit delà chapelle Sixtine, et déboucha sous le portail pour entrer dans le temple. Nous vîmes ainsi défiler processionnellement tous les plus hauts dignitaires de l'Eglise, évêques, archevêques, cardinaux, primats, etc. , venus des confins de l'Orient et de l'Occident, de l'extrême Nord et de l'extrême Midi, en un mot de tous les points habités du globe. Ils marchaient deux par deux, entre une double haie formée par les zouaves pontificaux, dont nous admirions le maintien à la fois respectueux et digne. Arrivés à la salle du Concile, laquelle se trouvait à la droite du baldaquin de giint-Pierre, ils allaient prendre place sur les gradins qui leur étaient réservés.

Le défilé dura ainsi près de deux heures. Quand il fut terminé, parut le Saint-Père„ porté sur la Sedia gestatoria. Il était entièrement vêtu de blanc et la tête découverte. Sa belle figure avait son calme et sa sérénité ordinaires. Sur un signe qu'il fit aux porteurs, ceux-ci s'arrêtèrent, puis, fiéchissani le genou, se baissèrent assez pour qu'il pût facilement descendre. Il se couvrit alors de la tiare et, prenant le même chemin qu'avait suivi le cortège, s'avança 4'un pas lent mais ferme, distribuant sa bénédiction à l'assistance qui ne pouvait que difficilement s'agenouiller pour la recevoir, tant les rangs étaient pressés. Enfin, après diverses cérémonies, toutes empreintes d'une majesté singulière, le pape entra dans la salle du Concile, dont les portes se 'refermèrent sur lui, l'accès en étant interdit au public. A partir de ce moment, la foule commença à s'écouler, et je me retirai avec elle, profondément ému de fout ce que je venais de voir.

Ainsi donc il m'avait été donné, à trois semaines d'intervalle, et à huit cents lieues de distance, d'être témoin des deux plus grands événements du siècle, l'inauguration du canal de Suez et l'ouverture du Concile.

Hélas ! que de changements se sont opérés depuis lors dans cette même ville de Rome où le catholicisme s'était donné rendez-vous pour affirmer ses dogmes et retremper son unité !

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