‹ Les hébreux dans l'Isthme de SuezChapitre 52 sur 55 · DE ROME A MARSEILLE · texte numérisé non relu

DE ROME A MARSEILLE

Je pris congé du cardinal le lendemain de l'ouverture du Concile, et gagnai Gênes nu je m'embarquai pour Nice. Notre bâtiment s'appelait le Général Garibaldi : singulier nom, on en conviendra, pour des gens qui viennent d'assister à l'ouverture du Concile,

Je retrouvai à Nice le climat de l'Egypte. Un ciel bleu et sans nuages, un air tiède, plutôt sec qu'humide, une végétation luxuriante. Quel contraste avec les affreux temps que nous venions de traverser en Italie ! C'est même chose sin gulière qu'à une si petite distance et sous des latitudes à peu près égales, il puis*e exister entre deux localités tant de différences dans les conditions atmosphériques.

Le dimanche, 12 décembre, je pris à neuf heures du matin l'express pour Paris. A la station de Cannes, il y eut un arrêt de quelques minutes. Apercevant devant moi la villa du duc de Vallombrose, je me rappelai la promesse que j'avais faite au duc d'aller le voir à mon retour d'Egypte, et demandai au chef de gare si je ne pourrai» pas descendre, puis reprendre un autre train dans l'après-midi. H me l'accorda,' non sans hésitation, comme étant chose contraire aux règlements. Que ne les fit-il exécuter 1 J'arrivais sans accident à Paris 1 .

Je passai donc la matinée chez le duc. A une heure et demie je remontai en chemin de fer avec lui, et il m'accompagna jusqu'à Marseille où nous arrivâmes le sot à neuf heures. Me voyant très-fatigué, il me dit en me quittant : « Recomm»n- « dez-vous de moi près du chef de gare. Je le connais perce sonnellement. Peut-être pourra-t-il vons procurer pour la « nuit un compartiment où vous serez seul. » Tels furent ses adieux qui, nous le verrons dans un instant, équivalurent presque pour moi à un arrêt de mort.

4. J'extrais les détails qui vont suivre de ma déposition devant la cour d'assises d'Ai*.

JNCIflCNTS A LA GAUE DE NAftSEILlE.

Mon premier &oin fat d'aller trouver le chef de gare. A. peine lui eus*Je exposé ma requête qu'il me promit de mettre à ma disposition le compartiment dit « des familles, » dans le cas où il serait libre. « Seulement, ajouta-t-ii, je ne pourrai savoir « s il Te t, qu'au moment du départ. Avez-vous un coin dans « le wagon où vous êies venu? — Oui. — Eh bien 1 Gardez-le « pour plus de sûreté, et tenez-vous en dehors près de la por- » tièreau moment du départ. De cette manière je pourrai *ous « avertir à temps, » Cet i convenu, nous ï»ou* séparâmes,

II parait que, tandis que je m'entretenais ainsi avec le chef de gare, un jeune homme assez mal yêtu et de fort mauvaise mine, se tenait derrière nous, ne perdant pas un mot de notre nmvàrwùon. Il me suivit lorsque je passai dans la salle à manger, Rassit à&n'ière moi, et prit une tas>e de café pendant que je wmpais. De même, tl p«t remarquer que, pour solder ma dépense, je payais avec de i or et que mon porte-wonnaie paraissuitbjengarni.il me vit, également, regarder l'heure à ma montre qui tenait à une chaîne d'or. Enfin, quand je me dirigeai vers mon wagon, il prit les devants et s'y installa tandis que je restais en dehors, ajnti que j'en étais eooyenu avec le chef de g*re. Il fallait que ses allures eussent quelque chose de bien suspect, puisque beaucoup de voyageurs en avaient eu* frappés. D'un autre côté, il a y ait manoeuvre si habilement que, no»~seuJement je ne m'étais aperçu de rien, mais que plus tard, quand j'appris toutes ces particularités, je se me rappelai même pas l'avoir vu.

Cependant le chef de gare vint me prévenir que, le couapartimeot des familles étant libre, il le mettait à ma disposition. Je m'y rendis de suite* emportant mon sac de nuit et, une fois monté, j'en refermai la portière sur moi, heureux de me trouver seul* Or, à ce moment, une scène qui avait sa signiiteaiion, 'se passait près de moi et à mon insu.

^'individu que nous avons dit s'être attaché à mes pas depuis mou arrivée dans la gare, m'avait suivi jusqu'au wagon où je venais de monter, et il voulait y monter à son tour. Vainement Iç» employés s'y opposaient, lui objectait que c'était un compartiment réservé, ainsi du reste que l'indiquait la plaque réglementaire ; il insistait disant qu il y avait autënt de droits que moi, et qu'il ne devait y avoir de privi-

tég*s pour personne. Enfin, sur Ja menace qo'oa partirait $iW lai, il regagna en maugréant son waeon.

C'est alors que le signal du départ se fit entendra et que le train quitta la gare se dirigeant ver» Paris.

OC (MUSCILIC k MIRAliaf.

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