‹ Les hébreux dans l'Isthme de SuezChapitre 7 sur 55 · SANGSUE FIXÉE DANS LA GORGE · texte numérisé non relu

SANGSUE FIXÉE DANS LA GORGE

Il y eut un moment où. nous eûmes une assez vive alerte, par l'incident' que voici :

On vint nous dire qu'un des Arabes qui s'était embarqué avec nous sur le Thabor et que nous avions déjà remarqué à sa pâleur extrême et à sa bouche constamment ensanglantée, était au moment de périr» d 'hémorrhagie. On ajoutait que cette hémorrhagie ne dépendait pas, comme on l'avait cru, des progrès de la phthisie dont on le supposait atteint, mais bien de la morsure d'une sangsue qui s'était fixée dans sa gorge pendant qu'il se désaltérait dans une mare en Algérie. L'événement datait de huit jours.

Je me rendis de suite près de lui avec le chirurgien de bord, et nous vîmes effectivement l'extrémité d'une sangsue pendre au fond de son gosier, juste en arrière de la luette. Nous pûmes facilement alors la saisir et l'enlever avec une pince à pansement ; elle était de grosseur moyenne et paraissait très -vivante. A dater de ce moment, l' hémorrhagie s'arrêta d'elle-même, pour ne plus se reproduire. Quant à l'Arabe il se rassit tranquillement, sans manifester ni joie, ni émotion, et redevint aussi impassible qu'auparavant.

Cet accident qui, parait-il, est assez fréquent eh Algérie,' me surprit d'autant plus que je n'aurais pas cru possible qu'une sangsue pût ainsi s'arrêter en chemin, au lieu d'être entraînée par la boisson jusque dans l'intérieur de l'estomac.

Quant au fait en lui-même, on sera peut-être étonné que

nous en ayons été informés si tard puisque, depuis notre départ de Marseille, il se passait en quelque sorte sous nos yeux. C'est que les Arabes que nous avions à bord étaient si sales et si déguenillés qu'il avait fallu, dès le début, les parquer sur le pont, dans la partie réservée aux animaux, absolument comme des parias. Ils n'avaient donc de communication avec personne. Par contre les deux officiers de spahis qui les accompagnaient et que recommandait leur parfaite distinction, vivaient avec nous sur le p'ed de la plus complète égalité. Comme ils parlaient très-bien le français et qu'ils avaient déjà fait le pèlerinage de la Mecque et de Médine, no'us les accablions de questions pour obtenir d'eux quelques renseignements sur les deux villes saintes interdites aux giaôurs (chrétiens). Ils résistèrent d'abord, puis ils finirent par nous les donner. J'en prenais note à mesure, de telle sorte que les détails dans lesquels je vais maintenant entrer ont été, je puis le dire, écrits sous leur dictée.

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