Etat ancien 15S
kilomètres de large, rejoignait les Lacs Amers. Par induction, il est facile de voir ce qu'il en était aux temps anciens. Et le fait n'est pas inconciliable avec l'existence certaine du canal de Darius. Au temps du grand roi, les eaux de la Mer Rouge pénétraient dans les lacs, au moins aux marées hautes. Elles n'étaient pas assez constantes ni assez profondes pour la navigation. Il fallut donc creuser le canal. La stèle de Xerxès, placée sur sa base, émergeait des eaux ; renversée, elle s'est trouvée dans le marais et c'est jiour cela (]u'elle est en si mauvais état de conservation.
-Si nous remontons plus haut, jusqu'au XI V° ou XV° siècle avant Jésus- Christ, il est tout naturel d'admettre qu'il y avait alors jonction permanente entre les lacs et la Mer Rouge, autrement dit que le golfe ne s'arrêtait pas à Suez mais au fond des Lacs Amers.
Un indice sérieux en ce sens est fourni par les monuments ég\ptiens retrouvés dans la région de Chalouf Ce sont deux stèles au nom de Ramsès II et un petit temple antérieur à ce roi. Qu'on prenne une carte de l'isthme et qu'on tire une ligne droite d'Ismailia à Suez, cette ligne, au -Sud des bassins, passe entre le gehel Geiiêfeh à l'Ouest et le petit pic de Chalouf à l'Est. Elle coïncide avec une ancienne route romaine qui se dirigeait vers .Suez. Les monuments égyptiens sont sur cette ligne, le temple et une stèle en face de la pointe Sud du petit bassin, à 8 kilomètres à l'Ouest, l'autre stèle à 8 kilomètres plus au Sud et à 6 kilomètres du canal maritime.
Quelle était la destination de ces stèles.' Rien ne l'indique clairement. .Sur celle du .Sud, Clédat a reconnu un tableau représentant Ramsès II faisant une offrande à Sopd^ seignetir de l'Orient, ([ui lui dit en retour: Je te do7tne le pays d'Orient. Dans l'inscription on lit encore les noms des divinités asiatiques 'Anta et Baal. La stèle du Nord est plus effritée, elle devait avoir une représentation analogue. On y a déchiffré le nom de Sopd, de Soutekh, grand en jiaillance, de 'Anta, souveraine dn ciel. Il est probable que nous avons là des stèles frontières (jui jalonnaient les limites de l'Egx'pte en face du pavs d'Orient (').
Ces stèles étaient en contre-haut de la dépression isthmiciue et à une distance telle que les plus hautes marées ne les atteignaient pas. Les ligyptiens, qui s'y entendaient, les mirent au point le plus favorable à leur conservation. Leur position laisse donc supposer que la dépression était alors sous les eaux de la mer.
Le petit temple est à côté de la stèle Nord, sur une élévation appelée Al)ou Hasa par les indigènes. C'est à Clédat que revient le mérite de la découverte. C'était un édifice rectangulaire qui servait à la fois de temple et de fortin, une sorte de mtgdol (fig. 45). Il tomba en ruine ou fut démoli
(') Clédat, Soles sur l'istliiiif de Suez, p. 207. 208. Les fragments retrouvés de ces stèles ont été transportés à Ismaïlia au petit musée de la Compagnie du Canal. .Sopd est le même que celui que nous avons rencontré à Pi-Sopd (Sa/i el-Henneh); il était là sur le chemin du Sinaï sa patrie. C'est une éclatante confirmation de ce que nous avons dit à son sujet.