X. Route de l'exode
L'endroit convient aussi à la manière dont s'accomplit le miracle : Jahvé refoula la mer par un vent impétueux d'Orient qui souffia toute la nuit et mit la mer à sec (Ex. 14, 21). Cela suppose que la mer n'était pas profonde. Une partie des eaux fut poussée dans les Lacs Amers, l'autre partie fut re jetée vers le Sud, et une voie assez large s'ouvrit entre les deux bords (')•
3. Environs de Suez. C'est l'opinion patronée par Vigouroux (^). Elle suppose (]ue la mer s'arrêtait au golfe actuel et que les Lacs Amers étaient déjà complètement isolés. Dans ce cas, si le fait était prouvé, elle devrait naturellement rallier tous les suflrages. Elle pourrait même bénéficier du migdol de 7ei/ Abou Hasa, en interprétant ainsi l'indication biblique; « qu'ils viennent camper entre Migdol (au Nord) et la mer (au Sud et au Sud-Est) ». Il faut remarquer, en effet, que le golfe s'avance au Nord de Suez et qu'aux temps lointains de l'exode l'enfoncement était encore plus prononcé. L'hypothèse diftère ainsi assez peu de la précédente, c'est une question de quelques kilomètres, et si l'on choisit un endroit étroit où la mer n'était pas profonde, au Suez actuel, ou au Nord, nous retrouvons ici les mêmes facilités d'interprétation (').
Ce que le bon sens demande, c'est de ne pas accumuler les invraisemblances en reculant sans raison le passage vers le Sud.
Il ne faut évidemment pas nous attendre à trouver quelque document égyptien concernant l'événement. Les panég\-ristes de Pharaon n'avaient pas coutume d'immortaliser les humiliations de leur maitre. En outre, comme on l'a remarqué depuis longtemps, si le départ d'Egvpte est un fait capital dans l'histoire du peuple hébreu, il se réduisait à un petit incident de frontière par rapport à l'empire pharaonique.
Quelle fut l'étendue du désastre de l'armée roxale ? Il est bien difficile d'en juger, et la question est de peu d'importance. Le passage miraculeux étant mis hors de doute, nous nous garderons de le discréditer par des exagérations déplacées. Aussi bien, Vigoroux lui-même en convient, le texte sacré ne dit pas expressément que Pharaon en personne périt sous les eaux. (3n peut donc nous montrer dans les musées égyptiens les momies de tous les iiharaons du Nou\'el Empire, il n'en résultera rien contre la Bible (*).
(') Je ne prétends pas m'attacher ici à toutes les circonstances du miracle, ce serait entrer dans le domaine de l'exégèse et de la critique interne. Je fais seulement remarquer que pour l'e.\plication de toutes ces circonstances, le seuil de Chalouf offre les conditions les plus favorables.
En faveur de cette hypothèse; Clédat, Notes sur l'isthme dans le Bulletin de l'Iiist. fr. 16, p. 216 220; Barnabe Mëistermann, Guide du Nil au Jourdain 1909, p. 31.
(2) La Bible et les déc. mod. II, liv. 4, chap. 17, p. 411.
(3) Cette opinion est très ancienne. Déjà dans la peregrinatio Silviae (385), on montre le Passage au Sud de Clysma. Mais Clysnia était au Nord de Suez, à l'endroit appelé Kom el-Qolzonin. L'ancien nom s'est conservé, semble-t-il, dans Bir Gismel et dans Tell Giwiet, toponynies de la région.
Ayant l'ouverture du canal maritime, il y avait deux gués pour franchir le golfe sans le contourner, l'un au Nord de Suez, l'autre au Sud (Vigouroi'X, toc. cit. p. 431).
{^} On voit, en particulier, au musée du Caire la momie de Ménephtah. Mais quel e.\égète a Jamais dit que l'hypothèse Ménephtah-Exode est une certitude historique?
/. Durée du séjour