Les hypothèses
Après ce que nous avons dit au sujet de Pi-Ramessé. la grande et belle capitale de Ramsès II, il est incontestable <^ue l'opinion qui fait de ce roi le principal persécuteur et de son successeur, Ménephtah, le pharaon de l'Exode, se trouve singulièrement fortifiée. Le migdol de Séti I, au seuil de Chalouf, lui est aussi un appoint sérieux. Il serait pourtant, croyons-nous, peu prudent et prématuré de rejeter la première opinion qui place le départ cent à deux cents ans plus tôt, dans le cours de la XVIIP d3'nastie, sous Aménophis II ou Aménophis III.
La chronologie soit biblique soit égyptienne est manifestement favorable à l'hypothèse Aménophis-Exode. Prenons pour point de départ l'établissement de la royauté en Israël. Tous les auteurs sont d'accord à placer le règne de Saiil et une partie au moins du règne de David entre 1100 et 1000. Quelle fut la longueur de la période qui sépare Saiil de l'exode? La Bible donne le chiffre de 480 ans de la sortie au temple de Salomon (1 Reg- 6, 1). Admettons que le calcul ne soit qu'approximatif et qu'il puisse être réduit. Les ég^'ptologues modernes qui ont fait les recherches les plus minutieuses sur la chronologie ég\-ptienne fixent à Ménephtah les dates suivantes: 1234-1214 (Pétrie), 1226-1206 (Breasted, 1244- 1224 (Meyer). Ajoutons les 40 ans de pérégrination au désert, nous descendons jusque vers 1190 pour l'arrivée en Palestine. Est-il possible d'intercaler entre 1050 et 1190 toute la période des J7iges?
On invoque en sens contraire la chronologie des rois édomites (Gen. 36, 31 ; 1 Chron. 1, 43) ('). Huit rois se succédèrent sur Edom avant l'institution de la royauté en Israël. Le premier est Beld î?^D, fils de Be'oi\ et on veut ciu'il soit identique à Bileam oy'pa contemporain de Moïse, également fils de Beor. Ces huit règnes peuvent couvrir 200 ans, intervalle approximatif entre Saiil et Ménephtah. Mais c'est là un château de cartes. L'identification de Beld, fils de Be'or, avec Bil'am, fils de Be'or, n'est i]u'une hypothèse. La ressemblance des noms ne peut prévaloir contre les différences marquées que la Bible met entre ces deux personnages. La durée des règnes nous est également inconnue, et qui peut assurer «[u'elle ne dépassa pas de beaucoup 200 ans.-^
Les anciens .égyptologues, Champollion-P'igeac, Lepsius, Brugsch, Mariette. Maspero, qui étaient partisans de l'hj'pothèse de l'exode sous Méne|)tah, plaçaient ce pharaon beaucoup plus haut dans l'histoire. Ils évitaient ainsi l'inconvénient d'étouffer la période des Juges.
Avec les nouvelles dates, le chiffre de 480 ans fourni par la Bible (1
(') Lehmann-H.wi't, /s><(c/ ««rf seine Entwicklim^ iiii Kahmen der Wettgeschichte. 1911, îl sqq.
/. Durée du séjour
Reg. 6, 1) nous reporte au XV' ou au début du XIV' siècle, c'est-à-dire à la XVIIP dynastie (').
La stèle de Alënephtah, trop négligée par quelques auteurs, est un élément important du problème (•). Je reproduis ici le passage intéressant : ce sont les dernières lignes.
Le poète a achevé de décrire la grande victoire des Egyptiens sur les Libyens et leurs confédérés- Il jette alors un regard sur l'ensemble de l'em-
pire:
Les princes se prosternent pour dire le « salôm >, personne ne hausse la tête parmi les « neuf arcs » ('), depuis que la Libye a été dévastée.
Khéta est en paix,
Canaan est prisonnier en tout ce qtîil a de mauvais (^)
Askalon est transportée,
Gézer est soumise;
Janotiam est co^mne si elle n existait pas (^),
(') HoNTHEisi, Die Chronologie der Richtcrzeit dans la /.eitschrift fiir kath. Théologie, 1913, p. 76; cfr. ibid., 1912, p. 50.
(2^ Cette stèle fut découverte en 1896 par Pétrie dans la plaine de Thèbes, près des colosses dits de Memnon (c'est-à-dire d'Aménophis III). Elle avait été érigée primitivement dans le temple funéraire d'Aménophis III avec un hymne triomphal en l'honneur de ce grand roi. Puis, les sculpteurs et graveurs de Ménephtah s'en emparèrent et utilisèrent le revers pour immortaliser la victoire de leur maître sur les Libyens et leurs alliés.
Ces peuples avaient tenté d'envahir l'Egypte au.t environs de .Memphis.
La stèle est datée de l'an 5 du roi. Elle se trouve actuellement au PERO, Guide du. visiteur, 1914, n. 595.
P) E.xpression ancienne désignant tous les ennemis de l'Egypte.
(<) Cette phrase est ambiguë, je donne la traduction de .M.\si'ero, Hist. anc. II, p. 436.
(■•) Janou'am est une localité d'identification douteuse. On a proposé Janouh près de Tyr, f.xnoun au Nord de Jéru.salem, et Janoum au Sud de Jérusalem.
iMu
Fig. 47. La stèle de Ménephtah du Caire) D'^ipr<-s Breastkd, Hist. d'Eg.,
du Caire. Mas-