XI. L'époque et les Pharaons
Israël est détruit, il na plus de semences,,
La Palestine est comme wie veuve d' Egypte {'■).
Tous les pars sont rétmis dans la paix car tout ce qui mène vie nomade a été soumis par le roi du Sud et du Nord, Binra Miamon, le fils de Ra, Ménephtah Hotephirmât, à lui vie comme à Ra, à jamais!
A lire ces lignes sans parti pris, sans idée préconçue, une seule méthode s'impose, et c'est qu'il faut appliquer une mesure commune à tous les noms propres cités et laisser Israël là où le place le poète, parmi les principautés de Palestine et de S3Tie. Toute autre explication serait un accroc manifeste à la saine critique historique et il ne faudrait l'adopter que sur des preuves irréfutables (^. Aussi bien, finalement, l'accord s'est fait, semble-t-il, sur ce point parmi les historiens (').
(') Jeu de mots célèbre, Hor ou Har «Palestine», Harit «veuve».
(-) On connaît l'ancienne explication de Naville \Rec. de travaux, 1898, XX, p. 37). Il voulait y voir une allusion à l'e.xode et à la disparition d'Israël dans le désert. Est-il vraisemblable que le panégyriste ait fait allusion à un fait qui ne pouvait qu'être désagréable à Pharaon? Et pourquoi l'intercaler dans une description de la Palestine et de la Syrie? Naville semble avoir changé d'opinion. Il dit, en effet, dans le Florilègium Melcbior de Vogue, Paris 1909, p. 461 : «Je reviens à la stèle; après Inuamma, il est dit qu'Israël est anéanti. On suppose donc Israël arrivé dans le midi de la Palestine».
(•^) L'expression elle-même est un indice. « Israël est détruit, il n'a plus de semences «. Ces mots expriment une action dévastatrice sur le peuple et sur le pays, elles veulent dire que dans ce pays il n'y a plus ni grains ni moissons. C'est ce qui ressort des endroits parallèles. On dit du pays des Mashaouashas : « ses villages sont réduits en cendres, ruinés, dévastés, il n'y a plus de semences» (mêmes mots que pour Israël); et encore: «Le pays de Mashaouashas est ruiné en une seule fois, les Libyens et les Sopdou sont détruits, ils n'ont plus de semences». (Cfr. Spiegelberg, Zeitschrift fiir aegypttsche Sprache, 34, p. 23; Breasted, Aticieiit Records of Egypl, Hist. Doc. 3, 604. 605. Cinq exemples de la même expression, toujours au sens propre.
Ménephtah dirigea-t-il une expédition militaire en Palestine et Syrie? La question est assez discutée parmi les égyptologues. La majorité est plutôt pour l'affirmative (Maspero. Breasted). Les paroles de l'hymne forment un appui assez faible car elles sont trop générales et trop imprécises. Mais il existe en faveur de la campagne des indices plus fermes.
Dans les larges fouilles exécutées à Gézer, Macalister a trouvé un pectoral en ivoire portant les cartouches de Ménephtah. Ce petit objet montre d'un côté le roi en adoration devant le dieu Thot, avec le nom propre au-dessus, et de l'autre, des lignes rayonnantes (Macalister, The Excavation of Gezer, 1912, 1, p. \^\ II, p. 331). La gravure est grossière el semble être l'œuvre d'uii ouvrier du pays.
De plus, une inscription du temple d'Amada en Nubie donne à Ménephtah le titre extraordinairement suggestif de Dompteur de Gézer {Rec. de trav., XVIII, p. 159). Or, pour qu'on ait ainsi modifié le protocole des pharaons qui porte le titre général de dompteur des nations, pour qu'on l'ait spécialisé à Gézer, il faut une raison qui ne peut être qu'une action militaire dans cette ville. Ménephtah dirigeait-il luiiiiême l'opération? C'est peu probable, vu son grand âge, mais peu importe. C'était son armée. L'affaire ne fut peut-être pas considérable. Un soulèvement se sera produit en Canaan contre l'autorité de Pharaon, il se sera développé surtout à Gé-ier. Les troupes égyptiennes en garnison dans le pays auront pris les armes et soumis les rebelles. C'est alors qu'elles seront entrées en contact avec une tribu connue sous le nom d'Israël et qu'elles auront parcouru son territoire en le ravageant. Gézer aura été le point central de l'affaire, d'où le titre de dompteur de Gézer.
A la lumière de cette explication qui semble sérieusement fondée, le passage palesti-