‹ Les Hébreux en EgyptChapitre 46 sur 150 · Gtierre de V indépendance · texte numérisé non relu

Gtierre de V indépendance

l'histoire par plusieurs textes égyptiens ('). en particulier par l'inscription d'Ahmosis, hlâ d'Abana, à El-Kâb. Ce général ou amiral nous dit qu'il accomplit sa carrière militaire sous quatre rois. Seqnenra. Nibpahtira (Ahmosis), Djéser-ka-ra (Aménophis I), et Kheper-ka-ra Thoutmès I).

Ce texte rigoureusement authentique fait de Seqnenra le prédécesseur d'Ahmosis, le vainqueur des Hxksos, et l'on admet généralement que c'est son père. Commença-t-il lui-même la guerre que son fils devait si brillamment terminer.' Peut-être ([ue les hostilités étaient déjà ouvertes avant lui. Sa qualité de prince de Thèbes accuse un recul des Septentrionaux et il ne craint pas de s'intituler ■^ roi du Sud et du Nord ».

.Son successeur immédiat serait Nibpahtira Ahmosis d'après le curriailuui z'itae d'El-Kàb. Cependant presque tous les égj'ptologues sont d'accord à intercaler entre deux un roi Kamès connu par plusieurs monuments, en particulier par une inscription de Toshkeh en Basse Nubie ainsi libellée (■) :

Le roi du Siid et du Nord Ouaz-kkopir-ra, Jils de Ra, Kamès.

Le roi du Sud et du Nord Nib-pahti-ra, fils de Ra, Ahmès.

Ce texte et d'autres analogues ont amené certains savants à admettre (juc Kamès était le frère aine d' Ahmès et qu'il porta la couronne avant lui. mais peu longtemps; ce (]ui expliquerait son omission au tombeau d'El-Kâb (').

Ce SN'Stème met en harmonie les monuments et la composition littéraire conservée sur la tablette Carnarvon /. Celle-ci est la description poétique d'une guerre conduite, l'an III de son règne, par « le roi du Sud et du Nord », Kamès, contre les Asiatiques ('Aamou) ('). L'action se passe en Movenne Egvpte autour de Cusae (El-Qousîeh). Les ennemis sont bien

(') Toutes les références et tous les textes dans Weill, La fin du Moyen Empire, 161- 163. 232. 233. Tombeau du roi à Draâ Aboulnegga près de Thèbes. Les te.xtes semblent même révéler trois Seqnenra dont les noms personnels seraient Tiouâ, Tiouâ-â et Tiouâqen. Mais il est plus probable que ces trois formes ne sont que des variantes du même nom et qu'il n'existe qu'un seul roi Seqnenra Tiouâ, père d'Ahmosis, le vainqueur d'Avaris. Weill, La fin du Moyen Empire, 164. 165. 233. On remarquera que les noms solaires de Seqnenra Tiouâ et d'Aaqnenra Apophis sont composés sur le même type et ne difi'èrent que par l'élément du début. C'est une nouvelle preuve qu'ils sont contemporains. C'est aussi un indice de la largeur d'esprit d'Apophis « aimé de Set », puisque à son couronnement il rehaussait son cartouche du nom de Ra.

(2) Weigall, Ant. of Lower Nubia, 1907, pi. LXV ; Gauiitier, Livre des Rots, 11, 1910, p. 167. Weill, La fin du Moyen Empire, 152; autres textes, p. 151-157.

(3) Maspero, Hisi. Ane. II, p. 79. Weill qui est si avare pour Seqnenra se montre ici prodigue et hésite à admettre que le Kamès des monuments soit le même que celui de la planchette Carnarvon {.La fin lu Moyen Empire, 155). En général, on tient pour un seul Kamès, Gardiner, Journ. of eg. arch. V, 1918, p. 47.

(*) Traduction nouvelle et complète par B. Gunn and A. Gardiner, The expulsion of ihe Hyksos dans le fourn. of eg. arch. \ , 1918, p. 45 46. Tout .n fait à la fin, il est fait allusion aux chevaux des Asiatiques C'est apparemment la plus ancienne mention de cet animal dans les documents égyptiens et la preuve qu'il fut amené d'Orient par les Hyksos.

b2 IV. Les conditions politiques en Egypte du Moyen au No7ivel Empire

les Orientaux d'Avaris. Uji prince est dans Avai-is, dit le début, un autre dans Kcnish; je me trouve joint à un Asiatique et à un N'cff're, chacun tient sa poignée de f Egypte. Leur général est un certain Téti, fils de Pépi. un Hyksos évidemment, à nom égyptien. Le roi ennemi n'est pas nommé directement, mais il n'\- a presque pas de doute que c'était le père du général, Pépi. Ce dernier nom est une abréviation d'Apopi, c'était donc Apophis d'Avaris ('). La victoire est aux Méridionaux:

A l'aurore, je suis sur lui, comme un faucon-, au temps de parfumer la bouche, je le renverse, je aétrids son rempart, je massacre ses gens, je fais descendre sa fevtme sur la rive.

Mes soldats sont comme des lions avec leur bidin, avec des esclaves, des troupeaux, de la graisse, du miel, ils partagent leurs biens, leur cœtir est joyeux.

Le district de Nejroîisi est tombé (^).

-Sous ces belles phrases du scribe poète ne se cache-t-il pas un fond de vérité, un lambeau d'histoire? Ces combats en Mo\'enne Eg}-pte servent heureusement d'anneau entre la querelle de Seqnenra Tiouâ avec Apophis et le siège du dernier boulevard des Hyksos à la pointe extrême du Delta oriental. Aucune allusion dans les textes aux batailles qui se livrèrent sûrement en Basse Egypte, à Léontopolis (Tell-el-Iahoudîeh) où Pétrie a reconnu un camp retranché hyksos ('). à Tanis. une de leurs grandes villes.

f) Percy E. Newberrv, Xotes on Ihe Caniarvoii tablety.. 1 dans \e.% Proceedings of t lu- Soc, of Bibl. arch. XXXV, 1913, p 117-122. L'auteur établit que Pepi des scarabées hyksos (Scarabs, pi. XXI) est Apopi (pi. XXIII, 29), donc :iussi Pepi de la tablette Carnarvon.

(2) Nefrousi, localité au Nord de Schmoun Hermopolis).

3) Pétrie, Hyksos and Israélite cities, 1906. Pétrie dit avoir reconnu à Héliopolis un autre camp retranché hyksos de tout point semblable à celui de Tell el-Iahoudieh, remparts en sable et terre battue, forme carrée avec coins arrondis (Heliopolis, Kafr Ammar and Shurafa, 1915, pi. I). Chose étrange, ce camp aurait enveloppé le temple.

Le 8 Avril 1920, je faisais une rapide excursion à Tell el-Iahoudîeh, au Nord d'Héliopolis. Les ruines se divisent en gros en trois parties: la forteresse « hyksos > à l'Ouest, la ville et le temple d'Onias au coin Nord-Est de la forteresse, le cimetière à un demi-mille à l'Est de la ville.

A la forteresse, l'épais rempart en terre battue est par endroits bien conservé, en p;irticulier à l'Est où se voit encore l'entrée en pente douce. Au Nord et au Sud, une moitir est complètement rasée. A l'Ouest, il se reconnaît à peine. Le camp est à peu près caniavec 460 mètres de côté (mesure extérieure). Le remblai d'enceinte avait environ 15 m. à la base et au sommet qui était en plate- forme, il atteignait 6 m. de hauteur. Tout était d'abord en sable' et en terre battue, plus tard on employa la brique et les pierres. A l'intérieur, c'est actuellement un champs de cailloux, de poteries et de décombres que les habitants du village voisin continuent à passer au crible pour en extraire le sebakh si précieux pour engraisser leurs champs.

!. Guerre de l'indépendance 63

Et nous en arrivons à l'épisode final de l'offensive, la prise d'Avaris par le roi Ahmosis. Un des officiers qui }• prit part et s'\- couvrit de gloire, Ahmosis, fils d'Abana. nous en a heureusement conservé une brève description dans une notice biographique qui couvre les murs de sa tombe à El-Kâb, en Haute Egj^pte (').

Lorsque j'eus fonde maisoîi ('), je fus nommé sur- le bateau « Septentrional », parce qtie j'étais brave. J'accompagnais le Souverain à pied dans ses courses sur son char ■') On mit le siège devant Avaris, j'y déplorai de la bravoure, à pied, devant Sa Majesté. Alors je fus promu au bateau « Splendeiir en Memphis >.

On fut à combattre sur l'eau (dic canal?) Pzodkou d' Avaris, j'y fis une capture et pris ummain. Ce fut répété ati héraut ro al, et on 7ne donna l' or de la valeiir.

On combattit de nouveau en cette place, et je Jis une seconde capture, je pris une tnain. Et for de la valeur me fut donné de iwuveati.

On combattit en Egypte, au Sud de cette ville (Avaris), j'amenai prisonnier 2tn ho7nme vivant. Je descendis dans l'eau — il avait été fait prisonnier du côté de la ville — et je fis la traversée avec Jui stir l'eau. Ce put répété au fiéraiit royal, et voici que je reçus une 7wuvelle récompense d'or.

Alors on pilla Avaris et je pris ma part de butin; un honwte, trois femmes, au total quatre têtes. Et Sa .Majesté me les dmna commue esclaves.

On tnit le siège devant Sharouhen (*) pendant trois ans. Et quaiid Sa .\fajesté la pilla., je pris ma part de butin: deux femmes et une main. Et on me donna for de la valeur. Et voici, on me donna les personnes que j'avais prises comme esclaves.

Ayant abattu les .\fentiou d' Asie, Sa .Majesté vogua au sud vers Khenitlien-nefer pour briser les Anou de Nidnc.

Cette brillante victoire libéra définitivement l'Egypte de la domination étrangère. Elle ouvrit aux pharaons le chemin de l'Orient. Ils 3' reviendront. Mis en goût de conquêtes, ils imposeront à leur tour le joug de la dépendance aux peuples de Canaan. Et de proche en proche, de royaume en royaume, ils iront jus(ju'aux bords de l'Euphrate dresser les monuments de leur orgueil.

Au Tell des Juifs, il ne reste plus que le monticule en terre battue qui supportait la ville et le temple.

Au cimetière, on a déblayé des tombeaux de famille creusés dans le sable durci et de tout point semblables à ceux de Palestine. Un escalier mène à une salle commune autour de laquelle sont creusés les loculi, deux ou trois à chaque paroi. On ramasse là des monnaies ptolèmaïques et impériales.

Sur cette colonie juive fondée vers 1,54 av. J.-C, au temps de la persécution d'Antiochus Epiphane, par le général et grand prêtre Onias, voir Josèphe, Guerre des Juifs, VII, X, 3. 4; Antiq. jud. XIV, 8, 1; XIII, 3; Contr. Ap. II, .i.

(') Traduction nouvelle et complète par B. Gunn and A. Gardiner dans le Journ. of eg. arch. V. 1918, p. 48 53.

(*) Expression ordinaire pour dire « .se marier ».

(3) Il a déjà dit plus haut que ce roi est Nibpahtira (Ahmosis).

*) Sharouhen, ville de la tribu de Siméon, dans la Palestine du .Sud, mentionnée dans Josué 19, 6.

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