Habitat des Hébreux
On le voit, dans ces divers endroits, le sens du mot en question concorde admirablement avec l'égyptien ('). Et il est extrêmement intéressant de constater que dans les deux passages historiciues, la Terre Promise s'étend jusqu'à la ligne orientale du Delta. Au temps de Josué, ce n'est (]u'un projet, mais sous le règne de David, il semble qu'en réalité il y avait des Juifs au-delà de Bersabée et jusqu'à Péluse. C'était ainsi la jonction entre la patrie palestinienne et l'ancienne patrie égyptienne.
Avec le psaume 78, 12. 43, nous franchissons le Nil et nous assistons aux prodiges opérés dans les campagnes de Tanis frï Hira , au moment de l'exode (-). Ce témoignage est précieux. C'est le plus ferme et le seul franchement indiscutable. Bien qu'il soit de beaucoup postérieur aux faits, il se présente comme l'écho fidèle de la tradition. Le poète aurait-il nommé au hasard les campagnes de Tanis, alors qu'il connaissait tant d'autres villes du Delta .-
Nous l'avons vu plus haut, les Hébreux habitaient dans le voisinage de la résidence royale, où Moïse et Aaron accomplirent les merveilles chantées par l'auteur inspiré. Ils avaient donc pénétré dans les campagnes de Tanis. Ce n'est pas à dire que le palais de Pharaon fût à Tanis elle-même. Cette ville avait été un des centres des H3'k;sos, mais au temps de Moïse, les Ha'Usos n'étaient qu'un souvenir abhorré. Les nouveaux Pharaons de la XVIP et de la XVIII° d\nastie avaient rétabli la capitale à Thèbes. Nous savons pourtant qu'ils menèrent de longues guerres en Pa'estine et en S\Tie, ils passèrent donc très souvent par le Delta oriental et nul doute qu'ils y avaient un pied-à-terre.
Nous verrons bientôt que les Ramessides (,X1X' dvn.) avaient créé une splendide résidence à Avaris qui dès lors prit le nom de Pi-Ramessc. Les pourparlers entre Moïse et Pharaon eurent donc lieu dans cette région,- soit à Pi-Ramessé elle-même soit dans les environs. Or, champs de Tanis, était une expression égyptienne (}ui désignait ce (]u'on appelait le peho7i ou hinterland du nome sethroïte (]ui eut pour capitale ancienne Fhel (Sile) et pour nou\"elle Heracleopolis parva sur le Nil pélusiaque- Les plaines ainsi nommées se trouvaient donc à l'Est de Tanis, sur les bords du fleuve, dans la direction de Pi-Ramessé, peut-être aussi près d'une ville (jue de l'autre. Et nous savons que les prodiges ne furent pas limités à une ville mais s'étendirent au loin. C'est donc sur les deux rives de la branche pélusiaque, du Sihor, que les Hébreux s'étaient répandus, et c'est là <]ue Dieu fit éclater sa puissance pour les libérer de la servitude pharaoni(]ue.
(') On ne voit pas quel rapport il y a entre le sihor d'Egypte et sihor libnal de la tribu dAzer (Jos. 19, 26).
(-) Septante, èv ^isôtcp Tcivemç, copte sa'idique gîî TCa»Joe fixXA.A.ne, bohaïrique |>6It TKOI irx.ô<nH- H s'agit donc bien de Tanis. Il est extrêmement intéressant de retrouver la même expression « champs de Tanis », sokhet da'anet et sokhel da', dans les textes égyptiens. Ces textes, il est vrai, sont d'époque tardive (IV« s. av. J.-C. et époque gréco-romaine), mais l'expression devait être ancienne. Alan Gardiner, The Delta résidence of the Ramessides dans le Joiirn. of eg. arch. 5 (1918) p. 199. 200. 247.