Territoire de Ramscs
poques différentes. Ils étaient construits en briques. Le deuxième et le troisième mur coïncidaient à peu près ou suivaient des lignes parallèles.
Le premier rempart, le plus ancien, était moins étendu que les deu.v autres et entourait une place forte beaucouj) plus petite. Il avait des bastions par endroits, en particulier aux angles. Au commencement des travaux, il était complètement enfoui sous des monceaux de sables et de décombres à une profondeur variant de trois à cinq mètres au-dessous des constructions de la XVIII' et de la X1X° dxnastie. En creusant jusqu'aux fondations, à l'angle sud-ouest, on tomba sur un ouvrage d'un genre nouveau. D'abord une pile de briques ainsi disposées: cinq en bas, puis quatre, puis trois et deux au sommet. Rien sous ces briques, mais tout à côté, vers l'Est, parallèle au mur, parut une petite tombe voûtée contenant le corps d'un petit enfant, étendu en longueur, la tête à l'Orient. Les ossements tombèrent aussitôt en poussière. Il n'y avait aucun autre objet. D'après Flinders Pétrie, cette tombe aurait eu un caractère rituel et annoncerait un sacrifice humain pour inaugurer la construction des murs.
Cette coutume n'existait pas en Egypte. On n'en a trouvé aucune trace ailleurs- Par contre, elle était en vigueur en S\Tie comme il ressort de l'e.xploration récente. Le sacrifice humain fut remplacé pins tare! par une lampe (^u'on éteignait en l'enfouissant.
Le mur ancien fut donc construit, non par des Egyptiens mais par des Orientaux. Pétrie en conclut que cette localité était une place forte des .Asiati(iues qui occupèrent cette région frontière de l'Egypte. Cette occupation aurait eu lieu après la VP dxnastie.
Le second rempart est de Ramsès III. Il lut bâti sans doute après la grande victoire de ce roi sur les peuples ligués des îles et des côtes de la Méditerranée, pour prévenir une invasion des Syriens. Il englobait la ville nouvelle qui débordait l'ancienne. Enfin, le troisième rempart est d'épO(iue bien postérieure et mar(]ue un léger retrait de l'agglomération.
A l'intérieur de ces murs. Pétrie trouva les fondations d'une grande maison qu'il attribue à la X\' IIP dynastie. Il }' ramassa, en efiet, des scarabées de cette époque. <]uelques-uns en particulier au nom d'Aménophis III et de Thoutmès III. Chose curieuse, il y avait là des urnes contenant de l'argent, mais cet argent avait été fondu, il ne portait absolument aucune trace d'empreinte.
.A. peu de distance de cette maison, en face de l'ancienne porte de la ville, la fouille amena à la lumière les débris du temple de Ramsès II- .Sur le |jylone de gauche, on voit Ramsès II dans l'attitude traditionnelle, frappant un Syrien devant le dieu .A.toum. Un fragment au côté droit laisse deviner une scène semblable devant Set. Du même pharaon, la partie inférieure d'une grande stèle en granit rouge (pi. XXVIII. XXXII) et un groupe représentant le roi à côté du dieu Atoum (pi. XXXII) (').
(') Pétrie pense que c'est cette dyade que vit Ethérie, la prenant pour Moïse et Aaron t Peregrinalio Silviae, texte en appendice III, 9). Nous établissons plus loin que la flyade vue par Ethérie se trouvait et se trouve encore à Te/l Basta, l'ancienne Bubastis.
108 VI. La terre de Gessen
Les inscriptions sont très fragmentaires. En dehors du cartouche du roi Khét\' (IX' dvnastie) sur un poids, elles sont toutes du temps de Ramsès II ou de Ramsès 111. Je cite celles qui offrent quelque intérêt pour notre sujet:
1. .Sur le pylône du temple, à côté de la figure à' .\loum: Ahnon. seigneur lie Tliékoji (').
2. .Sur la stèle de Ramsès II, citée plus haut: Le grand en pouvoir s^ puissant en terreurs dans les pays... sur les Barbares au loin, le roi Ramsès Mériamon, doué de vie. Sa terreur est gratide au pays des S/iasou, il s'est emparé de leîirs forteresses, il a massacré leurs chefs, il a construit des vi/les p07ir son nom à jamais.
3. Sur un fragment de montant qui avait appartenu à la porte d'une tombe: Lx chef archer, intendant des greniers fmir sem'it). intendant du palais, Ousir- \Iaat-Ra-nakht-c)i-Thekon. et sur une colonne parallèle: Le clief archer, intendant des greniers de To-Noutir, Ousir-.Haat-Ra-nakht-en-T/ickou. Cette pièce est une des plus suggestives de la fouille. Elle provient du tombeau d'un officier qui commandait la garnison d'archers établie en cette localité. C'était, en effet, un poste garde-frontière. Il vivait au temps de Ramsès il. car il faut évidemment reconnaître son nom dans les derniers .signes identiques des deux colonnes, et ce nom est un composé signifiant Ramsès puissant à Thékon. 11 est intendant des greniers de To-Soutir (.Arabie, Orient), c'était donc là un entrepôt des marchandises, gommes, résines, bois de construction et de menuiserie, venant d'Orient (Phtrie. pi. XXXI).
4. Petit fragment provenant très proliablemtnt du temple: Atoum, seigneur de Thékou (pi. XXXI).
On le voit, le .seul nom qui ressort clairement de ces textes est celui de Thékou, et, à s'en tenir à ces documents, il serait logique de l'attribuer à la très ancienne ville que mar(]ue la ruine de Tell .Artâbi. Il est pourtant admis généralement que Thékou désignait le site voisin de Tell el-Maskhouta ou encore toute cette région du Ouadi Toumilat. Nous reviendrons plus loin sur cette (Question.
L'agglomération de Tell .Artâbi fut-elle jamais api^elée Ramsès, même temporairement, à cause des (juelques travaux (]ue les pharaons de ce nom y firent e.xécuter (restauration du vieux temple d'.Atoum par Ramsès II, remparts de Ramsès III).? C'est possible, mais il n'est pas un seul te.xte (jui le dise explicitement ou même l'insinue. Le fragment de stèle mentionné plus haut chante Ramsès II construisant des villes pour son nom à jamais. Ce n'est pas à dire (lue toutes les villes oii son nom était gravé avaient adopté, même en second, l'appellation de Pi-Ramessé.
Dans une série d'articles richement documentés, .Alan Gardiner a fait une encjuête approfondie et (jui semlile exhaustive au sujet de tous les
(') Le texte a lu, il est manifeste qu'il faut lire Ikii ; le k aura été omis par le graveur.