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Les briques et autres corvées

égyptiens ont représentés si souvent sur leurs monuments, un bâton à la main, dirigeant et activant le travail des ouvriers. Les $oferim (du radical b« écrire) sont les scribes qui tiennent les comptes et qui inscrivent le nombre de briques ou autres objets apportés.

Ces deux personnages étaient nécessaires pour ces sortes de travaux. Nous les avons rencontrés en décrivant les greniers en réduction du musée du Caire. La corvée était analogue à celle des briques. Il y avait des comptes à tenir, il y fallait donc des scribes. Quelle scène de vie ouvrière ne les montre-t-elle pas? Le récit biblique est donc empreint de réalité et cest une preuve de plus de son indiscutable authenticité (*).

Les surveillants étaient égyptiens, mais il est évident que les scribes étaient pris parmi les Hébreux eux-mêmes. Ils se compromettent pour adoucir les peines du peuple, au point de s’attirer des châtiments (Ex. 5, 14). Ils intercèdent auprès de Pharaon en faveur des opprimés (15), ils prennent en main leur cause, c'est leur cause à eux aussi, ils s’identifient avec Israël et les paroles du roi ne les en distinguent pas (16-18). Les reproches qu'ils adressent à Moïse et à Aaron mènent aussi à la même conclusion (19-22).

Nous sommes arrivés au dernier épisode de la persécution. Moïse, âgé de 80 ans (Ex. 7, 7), est revenu du Sinaï. Il a apporté à ses frères les ordres de Dieu, il leur a prouvé sa mission en accomplissant devant eux des merveilles qui dépassent les forces humaines. Et le peuple a cru (Ex. 4, 30-31). |

L'annonce de la délivrance prochaine fut une grande joie pour l'immense majorité des Israélites. Ils allaient enfin recouvrer la liberté et revoir le pays de leurs pères! Dès lors à quoi bon tant se fatiguer pour un oppresseur qui trop longtemps les avait humiliés? Et les chantiers furent désertés.

L'émancipation était prématurée. Dès la première audience, Pharaon

se plaignit vivement à Moïse et à Aaron de cet abandon du travail. Ce

fut le signal d'une aggravation du mal. Il le fallait pour achever de détacher les Hébreux et les décider à partir pour de lointaines pérégrinations. Des briques, ils en fourniront la même quantité et, de plus, ils iront eux-mêmes chercher la paille nécessaire.

Depuis les temps les plus anciens jusqu'à nos jours, on fait des bri-

(1) Quelques auteurs insistent sur le caractère de cruauté de la corvée égyptienne et se plaisent à nous montrer ce surveillant barbare avec son bâton, rouant de coups le pauvre manœuvre. En réalité, la corvée n’a jamais été en Egypte plus dure qu’en un autre pays. On cite l’exemple de Méhémet Ali, au dix-neuvième siècle, sacrifiant plusieurs milliers de fellahs pour faire creuser un canal. Mais Méhémet Ali n’était pas Egyptien. Et d’ailleurs dans l’histoire de tout peuple, on trouverait des exceptions pareilles.

Les Egyptiens étaient doux, pacifiques, humains. Ils avaient à un très haut degré le sentiment de la justice. L’esclavage qui est une des ignominies de la Grèce ancienne et de Rome païenne, n’exista jamais dans la vallée du Nil comme institution sociale, Le sacrifice humain y est également inconnu. Le bâton du surveillant des travaux est un fait, et très ancien. Mais de quel peuple antique n'est-il pas le fait? Le bâton remplaçait alors la prison. Et, certes, il était bien plus moral que la prison.

136 VIT, La persécution

ques en Egypte. Quiconque a fait une promenade dans la campagne a pu êtretémoin de l'opération. La pierre est un matériel de luxe dans cette plaine d’alluvion. Il faut aller la tailler dans les montagnes lointaines. Seuls les rois ou les dieux pouvaient se permettre cette dépense. Les anciens réservaient la pierre pour les temples et pour les tombeaux, « demeures éternelles ». Encore beaucoup de ceux-ci, pyramides et mastabas, sont-ils en briques. Pour leurs maisons, hôtelleries d’un jour, même pour leurs palais, la terre séchée au soleil suffisait. Tel était l'élément employé à Héliopolis, à Bubaste, à Tell Artabi, à Tell el-Maskhouta, à Tanis, à Pi- Ramessé. Et c'est pour cela qu'il subsiste si peu de chose de ces villes.

Le mode de fabrication est toujours le même. Il comprend deux opérations, la préparation de la pâte et le moulage. Pour la pâte, deux sortes de terres sont employées, selon les régions. Dans toute la plaine, cest la terre noire d’alluvion qui est sur le bord des canaux. On évite avec soin de prendre de la terre salée. Au soleil, les: sels réagiraient et briserarent la brique. On mélange ce limon de paille hachée en ajoutant de l'eau, et on pétrit longuement avec les pieds. La paille est de blé one barsim (trefle d'Egypte) quand on n'a pas de blé, ou même de riz, à défaut d'autre. Cette paille hachée est nécessaire pour donner de la cohésion à la pâte séchée au soleil, elle fait fonction de ciment.

D ete Si l'argile est seule, elle se désagrève, se fendille ‘et s’effrite.

La seconde espèce de terre employée est celle qui se trouve sur la: lisière des déserts et qui est mélangée de sable. Le sable remplace alors la paille et en tient lieu. Cette terre est rougeâtre.

La brique se fait avec un moule en bois rectangulaire, ouvert en haut et en bas, ayant une poignée pour le manœuvrer.

Après avoir préparé sa pâte, l’ouvrier la dispose en tas allongé sur le terrain où il laissera les briques sécher. Il fait sur le sol un lit de paille (— ou de sable), il prend entre les mains la quantité de pâte nécessaire pour une brique, la roule à terre sur la paille (— ou le sable), l'asperge d'eau avec la main droite, et la jette dans le moule en bois posé devant lui. Il passe la main sur la matière pour l'aplanir, lève le moule de l’autre main, le place à côté de la brique qui reste aïnsi faite sur le sol, et l'opération recommence. Disposées en rangées parallèles, les briques UN au soleil six à sept Jours, sans être touchées. Au bout de ce temps, elles sont prêtes, et, sans plus, on peut les employer à la construction.

Les briquetiers travaillent en général deux ou trois nsetbles Tout compris, sans aucune peine, un Ouvrier ordinaire fait ses mille briques par jour. Certains disent que la brique avec sable est plus solide que la brique avec paille. D’autres prétendent le contraire. Nous avons eu l'occasion

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d'examiner les briques de Tell el-Maskhouta. Voilà plus de trois mille ans qu’elles sont enfouies sous les ruines. Elles furent faites avec sable et elles sont aujourd'hui presqu'aussi résistantes que les briques cuites de nos fours modernes. Le sable n'est employé que sur les bords du désert, partout ailleurs c'est la paille hachée.

De nos jours, le module ordinaire de la brique est de 24 centimètres de longueur, 12 de largeur, 6 d'épaisseur. Le module ancien était à peu près le double, 44 sur 24 et i2 centimètres. Telles sont, à peu de chose près, les dimensions des briques à Tell el-Maskhouta, à Héliopolis, aux pyramides, à Tell Artabi, à Bubaste (°).

Le nombre des ouvriers peut naturellement être augmenté à volonté,

Fig. 36. La fabrication des briques.

Scène de tombeau de Rekhmara à lhèbes (XVITI® dynastie), (D’après LePsius, Denkmäler, 3, 40).

selon l'importance du chantier. On connaît depuis longtemps la fameuse scène du tombeau de Rekhmara {XVIII dyn.) à Thèbes (?). C’est une admirable illustration de tout ce que nous venons de dire (Fig. 30). Elle nous met sous ies yeux l'occupation des Fils d'Israël pendant les longues années

(:) Dans les fouilles exécutées en 1917 à Eléphantine pour le compte de l'Institut Biblique Pontifical, un moule en bois fut trouvé de même forme que ceux de nos jours mais beaucoup plus grand. Ses dimensions sont de 35 centimètres sur 28 et 19. Ce moule est aujourd’hui au musée du Caire.

. (2) Vicouroux, La Bible et les déc. mod., 2, p. 273. — PRISSE D'AVESNES, ist. de l’art égyptien, 11, peinture, pl. 14. — NEewBERRY, 7%e life of Rekhmnara, 1900, pl. XXI. — Virey, Le tombeau de Rekhmara dans Mém. Mission franç., 5, fasc. 1, pl XVII.

Rekhmara était un vizir de Thoutmès III, il inspecte les travaux.

138 V7. La persécution

de la persécution. On y voit tous les détails de l'opération, le bassin entouré de plantes où l’on puise l'eau, l'argile malaxée avec le hoyau, les briques faites rangées en files, et l’ouvrier incliné maniant son moule et ayant son petit seau d’eau à côté de lui, d'autres ouvriers emportant les briques déjà séchées. Deux surveillants armés du bâton fatidique activent le travail. Il nous manque seulement les scribes. Il y a là des Egyptiens et des étrangers, « des captifs amenés par Sa Majesté pour construire le temple de son père Amon à Thèbes », selon la teneur de l'inscription. Ces étrangers portent un pagne spécial qu'on avait pris pour un haïllon rapiécé (— les pagnes à teinte sombre sur la photographie) et qui est en réalité un bon vêtement en cuir avec parties mobiles, lamelles juxtaposées et un grand morceau pour s'asseoir. Un spécimen de ces pagnes est entré récemment au musée .du Caire:

Le détail des Hébreux contraints d’aller chercher eux-mêmes la ie se place aux derniers jours de la persécution, peu de temps avant l'exode. Où travaillaient-ils alors? Il ressort du récit biblique (Ex. 5, 6-23) qu'ils n'étaient pas loin de la résidence royale. C'était donc probablement à Pi- Ramessé, sur les bords du Shihor (branche pélusiaque) (). Malheureusement, la ville a été détruite jusqu'à ses racines par les constructions postérieures et par les injures du temps. Il est impossible de se rendre compte de la nature des briques qui y furent employées.

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