Généralités
en serpent devant Pharaon (7, 8-13). Sceptique, incrédule, le roi fait venir ses magiciens (*). « Eux aussi firent la même chose par leurs enchantements, ils jetèrent chacun leur bâton, et ces bâtons devinrent des serpents. Mais le bâton d'Aaron engloutit leurs bâtons ». Il est clair que le narrateur ne regarde, comme de juste, que l'effet obtenu et l'impression produite sur les esprits. Il ne recherche ni les causes ni les moyens employés. Entre tenir un bâton en main et faire voir un serpent à terre, il y a place pour bien des mouvements qui échappent à un œil inattentif. Un « charmeur » ordinaire, tel qu’il en existe toujours en Egypte, exécutera facilement le tour. Les magiciens de Pharaon apportèrent chacun leur serpent. Au moment voulu, détournant l'attention, ils le lancèrent à terre et firent disparaître la baguette. Mais, résultat imprévu et qui n’est pas du ressort de la prestidigitation, le serpent d’Aaron dévora ceux des magiciens (*). Ainsi, du moins. peut-on comprendre les choses, sans recourir à une intervention des mauvais esprits (°).
({) Sur les magiciens de l’ancienne Egypte, voir CAristus, 1916. p. 646; AL. GARDINER dans les Proceedings of the Soc. of bibl. arch., 39 (1917) p. 31. L'auteur cite plusieurs personnages portant le titre de magicien de Pharaon, à l'Ancien Empire, au Moyen Empire et au Nouvel Empire. Le magicien de profession s'appelait korep Selgif, « le puissant en Selqit >. Selqit semble ainsi être la déesse de la magie, c’est-à-dire celle dont la puissance protégeait contre les malheurs et les morsures des serpents. La magie était encore exercée par le « lecteur » kari-heb, et par le « médecin» sunu ou uwr-sunu « chef médecin, grand médecin ».
() On traduit parfois ici le mot /awnin par « crocodile» (H. GRESSMANN, Mose und seine Zeit (1913) p. 88). Mais ce sens n’est exigé ni par le mot lui-même ni par le contexte. Au contraire, l’analogie demande la signification de « serpent» ou «gros serpent». Au Sinaï (Ex. 4, 1-4), le même prodige s'était opéré et c'était un serpent, zakas. Le changement du bâton en ce reptile est inspiré par la ressemblance des deux objets. Mais si l’on passe au crocodile, l’harmonie est rompue.
(} Je ne nie pas qu'il y ait dans certains pays d’Orient de vrais charmeurs de serpents. Mais ceux qu’on appelle de ce nom en Egypte, ne sont que des jongleurs. Ils ont chez eux des serpents inoffensifs dont ils ont détruit les glandes vénénifiques et ébréché les dents. Quand on les appelle pour une séance, ils apportent avec eux, dans un sac en cuir, trois ou quatre de:ces serpents. Avant de se présenter, ils les mettent chacun à part dans une poche de leur vêtement qu'ils pourront vider facilement. À la séance, tout leur art consiste à amuser par leurs grands gestes et leurs incantations afin de distraire l’attention. « Prenez garde, le reptile arrive, écartez-vous, il est méchant». Un mouvement rapide, et le voilà à terre. Alors, la baguette qui jusque-là était restée en l’air commence à fonctionner. Elle ramène incessament au milieu du chemin, vers les spectateurs émerveillés, la pauvre bête indolente qui cherche une touffe d’herbe, un coin, pour se cacher. Quand on l’a assez vue se tortiller, le charmeur la prend avec précaution et la remet dans son sac en cuir, disant qu’elle pourrait faire du mal. Et tout le monde est ravi d’être débarrassé d’une si vilaine bête ! On invite le prestidigitateur à prendre un autre serpent ailleurs. Et l’opération recommence tant qu’il y a de serpents en réserve. En réalité, ces hommes-là ne charment rien du tout, si ce n’est les spectateurs !
Vicouroux. La Bible et les déc. mod., Il (1896), p. 593, décrit fort bien une de ces séances au Caire. Maïs le charmeur dont il parle avait apporté avec lui ses serpents. Un peu de réflexion le devine. L’individu prend toujours ses reptiles dans un coin, sous des branches, là où le spectateur ne peut plus suivre les gestes; dès que la bête est dehors, elle n’obéit plus à la voix du charmeur, celui-ci la dirige et la maintient en vue au moyen
1 42 VIII Les plaies |