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Etat actuel, les trois seuils

Dans le cours des siècles, l’isthme de Suez a subi des transformations que révèle l'étude géologique des lieux. La Mer Rouge s’avançait autrefois beaucoup plus au Nord. Ses rivages successifs sont marqués par le lac Timsah et par les Lacs Amers, et son ancien lit est tracé assez exactement par la ligne de coquillages qu'on peut suivre sur le côté asiatique, à quelque distance du canal maritime.

De la Méditerranée à Suez, trois atterrissements coupent de leur bosse la surface unie des sables. Le premier est le seuil d'Z/-Grsr, entre Kantara et Ismaïlia. Il s'élève de 16 mètres au-dessus du niveau de la mer, et ce fut le gros et principal obstacle au creusement du canal. Il est de formation préhistorique. C'est par ce pont naturel qu'aux temps les plus anciens

148 IX. La Mer Rouge au temps de l'Exode

passaient les caravanes qui alimentaient le commerce entre l'Egypte et la e

Palestine. ci Pendant de longs siècles, sans doute, les eaux de la Mer Rouge bät- 4 tirent le rivage où se ee maintenant l'élégante ville d’Ismaïlia. Elles” finirent pourtant par être coupées et isolées de la mer qui fut refoulée ne au Sud, au bassin des Lacs Amers. C'est lé seuil de Sérapéum, constitué peu à peu par les masses de sable que les vents ne cessent de rouler des déserts voisins, et peut-être aussi par quelque soulèvement interne. D'un. lac à l’autre, il mesure 11 kilomètres et demi, et s'élève de 8 mètres audessus de la mer. Il est actuellement coupé en ligne droïte par le canal maritime.

Enfin, dans des tenips plus rapprochés, un troisième barrage a séparé les Lacs Amers et rejeté la Mer Rouge sur les rivages qu'elle baigne de nos jours. C'est le seuil de Chalouf, haut de 5 mètres au-dessus du niveau de la:mer:

Ce recul progressif de la Mer Rouge, avec formation du lac limsah d'abord, puis des Lacs Amers, est un fait géologique incontesté. Le percement de l’isthme en a fourni des preuves tangibles. Dans le grand Lac. Âmer, il fallut tailler un immense banc de sel de 8 à 10 mètres d'épaisseur. Ce dépôt marin fut formé à une époque où les eaux de la mer remplissaient le bassin par intervalles, puis se vaporisaient. Une colonne de ce. banc de sel fut extraite et portée à Ismaïlia où on la voit toujours dans la cour des bureaux de la Compagnie. Elle mesure 2 m. 30 de hauteur. Elle est faite de couches superposées bien visibles, séparées par un lit de sable. Les couches inférieures sont plus minces que les autres, elles ont en moyenne cinq centimètres d'épaisseur et sont assez régulières. Les couches supérieures sont plus épaisses et progressent ainsi en montant:

5° couche Om. 095 4% couche O m. 14 3** couche O0 m. 24 avant-dernière couche O m. 20 dernière couche, au sommet Om. 25.

Cet énorme banc de sel, avec des couches si distinctes, na pu être formé que par des alternances de remplissage et d'évaporation. Au début, quand la barre de Chalouf offrait peu de résistance, les déversements de la mer étaient réguliers et plus fréquents. Dans la suite, le seuil s’élevant… et s'élargissant, les eaux salées arrivèrent à des intervalles plus espacés.

et plus variables. Finalement, elles furent coupées, et, après l’évaporation

du dernier afflux, le rocher de sel resta à nu. Les voyageurs racontent qu'avant l'ouverture du canal maritime, on franchissait à pied sec le bassin des Lacs Amers en marchant sur le sel durci. |

On a peine à s’imaginer ce qu'il a fallu de temps et d’eau pour pro duire un pareil dépôt. Depuis que le travail des hommes a précipité de nouveau la mer dans ce bassin, le bloc se redissout peu à peu.

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