‹ Les hébreux en EgypteChapitre 60 sur 149 · LE NATUREL DES SONGES · texte numérisé non relu

LE NATUREL DES SONGES

Le récit est court, sobre, simple, sans recherche du mervéilleux, sans surcharge inutile. Il a sa couleur locale et égyptienne. Remarquons la manière élégante dont l’auteur passe des raisins mûrs au vin dans la coupe. Entre ces deux états, il y a une longue série d'opérations à faire. Mais quimportent ces opérations à la signification des songes? Poids inutile, elles sont supprimées et du raisin on passe immédiatement au vin coulant dans la coupe royale. Ce détail convient admirablement à une vision prophétique. Un narrateur ordinaire nous aurait montré des pressoirs, des cuves et des bouteilles pour arriver au vin prêt à boire.

Les songes de Pharaon sont de petits chefs-d'œuvre parfumés de poésie. Ils nous mettent sous les veux les bords du Nil et les plaines d'Egypte. Le cadre est à souhait. Le fait est merveilleux, sept vaches maigres dévorant sept vaches grasses, sept épis brûlés par le vent engloutissant sept épis pleins! Mais c'est nécessaire, car c'est un symbole, l'annonce énigmatique de sept années d’abondance et de sept années de sécheresse,

Dans un récit si condensé, relevons ce détail des épis brûlés par le … vent d'Orient (Gen. 41, 6). C'est le fameux £/amassin qui souffle au printemps et qui déverse sur l'Egypte les flammes du désert arabique. | Le nombre sept est essentiel à la signification du songe. Aussi est-il oiseux de chercher des représentations analogues sur les monuments égyptiens. Il y a dans le « Livre des Morts >» une vignette qui montre sept

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vaches et un taureau (). C'est une rencontre fortuite et aucun rapprochement nest à faire. Le « Livre des Morts » n'a rien à voir avec l'Écriture Sainte. Il en est de même du conte des deux frères (*) inventé longtemps . après Joseph pour amuser les princes du Nouvel Empire. La vertu n'était pas le monopole des enfants d'Israël. Les Egyptiens en avaient aussi quelque notion et quelque estime. Ils comprenaient en particulier que ladultère était un crime affreux et ils en voulurent à Abraham d’avoir douté en ce point de leur valeur morale (Gen. 12, 18-20) Pourquoi leur cacher que Sara était sa femme? Ils n'auraient jamais pensé à la lui enlever. Il n’est pas étonnant que leurs écrits reflètent plus ou moins leur droiture naturelle. Laissons-leur donc les qualités et les mérites que Dieu leur a donnés et gardons-nous de mêler leurs romans quelque amusants où moraux qu'ils soient aux récits inspirés, d'une beauté incomparablement plus pure et d'une dignité infiniment plus haute.

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