‹ Les hébreux en EgypteChapitre 73 sur 149 · L'administration de Joseph · texte numérisé non relu

L'administration de Joseph

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ouverture est pratiquée, correspondant à chaque chambre. Les ouvriers représentés ici par des figurines en bois, montent par la rampe, portant sur leur épaule gauche le couffin de blé qu'ils versent dans le grenier. Un scribe accroupi compte les couffins. Dans la cour, un surveillant, bâton en main, active les travaux (‘). Le Maître est assis contre le mur. À chaque chambre, une porte en guillotine s'ouvre au ras du sol pour extraire le grain. À Dans un modèle. il y a les portes et au-dessus de chaque porte une fenêtre figurée d'un trait rouge. Dans les autres modèles on ne voit que cette baie figurée à une légère hauteur au-dessus du sol. Elle est parfois arrondie en cintre, généralement rectangulaire avec une barre transversale.

Deux modèles trouvés à Saqqaara offrent une variante. La porte d’entrée est au milieu du petit côté de la construction. Les greniers sont à droite et à gauche, laissant un couloir au milieu, avec l'escalier au côté opposé à la porte.

Sans doute, ces petits greniers à l'usage des morts, nous offrent une image fidèle de ce qu'étaient les grands greniers d'Egypte.

Dans les textes, il est souvent fait mention des greniers (fezxt) et des préposés aux greniers (#27 Senat). Une inscription funéraire de la XII° dynastie dit: « Le dévot qu? donne des offrandes sacrées aux dieux et qui compte le lé des deux greniers, le grand majordome Renenutet (?) ».

La famine n'atteignit pas seulement l'Egypte, elle s’appesantit sur tout le pays de Canaan. La,Bible nous en donne deux descriptions séparées par le long récit des voyages des frères de Joseph et de l'établissement de Jacob et de sa famille en Gessen.

Ces descriptions sont attribuées par les critiques à deux documents différents, la première (Gen. 41, 52-57) à l'Elohiste, la seconde (Gen. 47, 13-26) au Tahviste. Elles ne sont pourtant pas des doublets. La première, courte et sobre, parallèle au tableau de l'abondance (Gen. 41, 47-50), est nécessaire à la marche de l'histoire, elle indique la cause qui amena les fils de Jacob, puis le patriarche lui-même en Egypte.

La seconde est, pour ainsi dire, un hors-d'œuvre. Elle est encastrée dans l’histoire d'Israël et n'y ajoute rien. On pourrait la supprimer, le récit général n'en souffrirait pas. Cependant. elle n'est pas dépourvue d'intérêt, c'est un éloge de l'administration de Joseph pendant la disette. Ce passage, simple et naïf, avec ces dialogues si énergiques entre Joseph et la foule,

-est empreint d'une suavité populaire et primitive. Joseph fit assurément autre chose que d’att:ndre à son palais les Egyptiens à bout de ressources. Comme Améni. le sage administrateur de la Moyenne Egypte, il parcourut

(1) Nous avons là les deux chefs de corvée dont parle la Bible (Ex. 5, 6) les rogesim, « surveillants, exacteurs », et les Soferim « scribes ».

) K. P1EHL, /nscriptions hiéroglyphiques, WI, pl. XVI, S. Commentaire, p. 13. Le titre « préposé aux greniers » dans PETRIE. Memphis I, pl. XIX (XVIIIe dynastie).

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le pays, ouvrant de nouveaux canaux, développant l'irrigation-et prenant

tous les moyens pour obtenir de bonnes récoltes. Et nous avons vu quon pouvait toujours y arriver, au moins en partie. Le texte dit quil acquit tous les troupeaux (Gen. 47, 17), mais il les rendit aussitôt. Car, outre qu'il n'eût su qu'en faire, ils étaient nécessaires à la vie même de la nation et le premier devoir du souverain est de sauver la nation.

L'auteur veut en venir à la conclusion que tout le pays devint La « propriété de Pharaon » (Gen. 47, 20). Il est évident quil ne faut pas

entendre ces mots au sens du droit et des législations modernes. En ces

temps anciens, l'Egypte n'avait pas son code écrit, Sésostris ou Aménemhat. Les relations sociales en matière de justice étaient déterminées par la tradition, les usages, et surtout par la loi imprescriptible de la conscience. Nul autre peuple de l'antiquité, semble-t-il, n'eut un sentiment plus vif de la justice et ne porta plus loin le respect du bien d'autrui. La terre était aux habitants et chacun, plus ou moins, en avait sa part. Cette propriété

privée n'empêchait pas dans le souverain une sorte de domrmium altum..

qui n'est plus connu dans nos sociétés démocratiques. Ce droit existait chez tous les peuples anciens, et plus, peut-être, en Egypte qu'ailleurs. II est incontestable que tout le pays était aux mains de Pharaon, «le dieu bon, le fils de Ra ». Comme le remarque justement Vigouroux, ce que fit Joseph était moins «une innovation qu'une sanction légale des faits existants (*) ».

Au reste, nous aimons à le noter avec le même auteur (?), « l'écrivain sacré ne dit point que le Pharaon eut la propriété effective et absolue des terres des Égyptiens; il les laissa à leurs anciens propriétaires en exigeant seulement qu'ils lui payassent comme impôt la cinquième partie du revenu. Cette mesure équivalait donc seulement à une élévation de tribut ».

Et c'est le fond de la pensée de l’auteur. Elle se ramène à deux points: les terres sacerdotales étaient exemptes d'impôt, les autres payaient le cinquième.

La première affirmation dénote chez l'auteur une connaissance sérieuse des affaires d'Egypte, elle est, en effet, nettement établie par les documents hiéroglyphiques (*). Par terres sacerdotales, il faut entendre les domaines affectés aux temples des dieux et aux temples funéraires des Pharaons. Ces immenses propriétés constituaient l'apanage des prêtres qui, en retour, avaient la charge d'assurer l'exercice du culte. Or, nous savons que ces domaines sacrés, serfs et terres, étaient exempts de toute sorte d'impôt, corvée ou contribution à titre quelconque. Il en était ainsi déjà à l'Ancien Empire. On en a la preuve dans quelques chartes d’immunités qui avaient

4) Vicouroux, Za Bible et les déc. mod.,-Il, p. 188.

(#) Les critiques disent que l’Elohiste est le mieux informé des choses d'Egypte. C’est possible. On lui attribue les songes et le passage des noms propres (Gen. 41, 45-47). Des détails si précis et si savants prouvent que l’auteur avait séjourné en Egypte. Le lahviste, on le voit, connaissait aussi le pays qu’il décrivait.

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