Etat de la question
L'hypothèse est simple, vraisemblable, harmonieuse. Au surplus, elle s'étaie sur plusieurs autres indices.
On identifie le Goëen biblique (l'éssu des Septante, yecese copte) avec la région ou ville égyptienne qu'on lit Oosem et qui est à localiser
- À Saft el-Henneh ou dans le voisinage. Ce point est singulièrement appuyé par l'addition des Septante ëv y l'éeu ’Aoafias (Gen. 45, 10). Le nome gréco-romain d Arabie (ancien 20° nome égyptien de la Basse Egypte) était, en effet, situé à l'Est de la branche bubastique du Nil, au Sud du nome tanite (19°). En outre, ce nome avait pour capitale Phacusa Paxovoa mot qu'on dit composé de l'ancien égyptien Oes, variante, d'après Naville, de Oosem. Et l'on place Phacusa à Saft (*). |
| C'était, ajoute-t-on, l'opinion des Septante. Outre l'importante indica-
- tion d'Arabia que nous venons de mentionner, ils disent que Joseph alla à la rencontre de son père Jacob à Héroonpolis dans le pays de Ramessé (Gen. 46, 28), et l'historien Josèphe rapporte la même tradition (?). Or. Héroonpolis est Pithom. La terre de Gessen était donc dans cette vallée ou dans le voisinage.
Enfin, la combinaison cadre à merveille avec le récit de l'Exode. Le point de départ, Ramsès, il est vrai, est encore à trouver (s'il n'est pas encore à Tell Artabi)}, mais ensuite tout est simple et clair. Le premier campement a lieu à Soccoth qui est Thekou, à Tell el-Maskhouta, et de à les Hébreux se dirigent vers la Mer Rouge. Dès lors, la terre de Gessen est naturellement à chercher dans le Ouadi Toumilat ou à son entrée. |
Telle est, à grands traits la position prise de nos jours par le plus grand nombre des auteurs. Il est juste de remarquer que cette théorie ne dépasse pas les limites d'une opinion et n’atteint aucun degré de certitude. Avant de la soumettre à un examen détaillé, indiquons les éléments d'une autre tradition qui semble plus ancienne. En histoire et géographie biblique, nous sommes si pressés et si avides de trancher toutes les questions que nous courons parfois après n'importe quel mirage de preuve et nous nous donnons à nous-mêmes lillusion d'une démonstration solide. La loyauté exige que nous ne négligions aucune lumière.
Quand Joseph veut faire attribuer à ses frères le pays de Gessen, il leur demande de diré à Pharaon qu'ils sont pasteurs. « De cette manière vous habiterez dans la terre de Gessen, car tous les bergers sont en abomination aux Égyptiens » (Gen. 46, 34). Cette dernière phrase nous amène à conclure que la terre de Gessen n'était pas dans l'Egypte proprement dite, mais plutôt à la frontière, en une région peu fréquentée des Egyptiens et où dominaient les étrangers. Or, ce n'était certainement pas le cas pour les belles plaines de Bubaste si enfoncées dans le Delta et si bien arrosées par les eaux de la branche pélusiaque.
(4) NaAvizEe, 7e Shrine of Saft el-Henneh, 1888, p. 14-20. Ant Jud If, 7, 5 (éd. N1esx, Il, 184).
94 VI. La terre de Gessen
Le psaume 78, 12, décrivant les merveilles opérées en Egypte dit:
« Devant leurs pères, il avait fait des prodiges,
Au pays d'Egypte, dans les campagnes de Tams ».
Et le même détail se retrouve au verset 43. Ces prodiges sont ceux qu'opérèrent Moïse et Aaron devant Pharaon et dans le pays quil hab tait. Il n’est pas dit, il est vrai, que c'était en terre de Gessen, mais nous voyons par l'histoire de Moïse enfant, exposé sur le Nil, que les Hébreux se trouvaient dans la région voisine de la résidence royale.
Enfin le Targum de Palestine ou Pseudo-Jonathan traduit ainsi le passage de la Genèse 47, 11: « Et il leur donna une propriété dans le pays d'Egypte, dans la meilleure partie du pays, dans le territoire de Pilousin », et Exode 1, 11: «Ils construisirent des villes fortes pour être les magasins de Pharaon, Tanis et Pilousin ». On voit que Pilousin-Péluse remplace Ramsès de l'Hébreu. Le Targum de Jérusalem a la même interprétation (*).
D'après ces indices, la terre de Gessen serait plus vers les abords du lac Menzaleh. Nous n'attribuons pas à cette hypothèse plus d'autorité qu'elle n'en a. Pour le moment, nous nous contentons de la signaler.
Parmi les auteurs modernes, elle a été peu en faveur. Et la raison principale en est qu'elle fut fâcheusement compromise par son plus célebre protagoniste, l'égyptologue allemand Heinrich Brugsch. D'après lui, Ramsès était à l'anis et la terre de Gessen, le long de la branche pélusiaque, au /ägous actuel et vers le Nord. Brugsch tomba manifestement dans l'erreur quand, voulant déterminer la route de l'Exode, il fit marcher les Hébreux vers le Nord-Est et les fit passer entre les lagunes du lac Sirbonis et la Méditerranée. Il sacrifait ainsi toute la tradition biblique qui met le passage miraculeux à la Mer Rouge (?).
Il n'y a pourtant pas connexion entre les deux parties. Les Fébreux ont pu habiter les plaines de Tanis et de Péluse et sortir de l'empire égyptien par la Mer Rouge. D'autant que Dieu les conduisait au Sinaï. La direction à prendre était donc, dans tous les cas, le Sud et le golfe arabique, et, pour le miracle, peu importe le point de départ. Un fait semble acquis, c'est qu'ils campèrent à Thekou-Soccoth (Tell el-Maskhouta), mais qu'ils vinssent de l'Ouest ou du Nord, cette localité était sur leur chemin et constituait un rendez-vous tout indiqué avant de s'engager dans les lagunes et les déserts.
Avant d'aborder de front le problème, il faut l’alléger de quelques surcharges qui, dans le cours des siècles, l'ont malencontreusement alourdi.
(4)-Dans”les”"passages Ex, 12, 37,-et Num. 35,36, le targum pales teint remplace aussi Ramsès par Pilousin.
(2) Sur le système de BRUGSCH, voir un exposé détaiilé et une longue réfutation dans ViGourOUX, Za Bible et les déc. mod., II, 1896, p. 370-382. On trouvera là aussi toutes les références,
a DR. à
2, Additions des Septante 95