Additions des Septante
Pourquoi le texte grec que nous ont livré les traducteurs Alexandrins diffère-t-il en maints endroits de l'hébreu de nos Bibles, nous n'avons pas à le rechercher ici. Outre les raisons d'ordre général qui concernent toute leur œuvre, dans la question que nous traitons, il y en a une toute spéciale. Il s'agit de géographie égyptienne. La curiosité de l'interprète devait naturellement s'éveiller et le porter à ‘identifier les régions et les villes qu'il rencontrait dans sa version. Ce travail de réflexion personnelle a laissé dans le texte des traces discrètes.
Les deux premières fois que se présente l'expression, /erre de Gessen, il traduit pour situer ce pays dune manière générale: #erre de (Gessen d'Arabre êv yù léoeu ‘Aoafias (Gen. 46, 10); êv yñ l'éseu ’Apafia (Gen. 46, 34), puis il s'en tient au texte sacré.
Il n'était pas besoin de longues études pour inférer de la seule lecture de la Bible que le territoire alloué par Pharaon aux Hébreux se trouvait à la marche orientale du Delta. La tactique de Joseph faisant déclarer à ses frères qu'ils étaient éleveurs de troupeaux, la mention des villes de Ramsès et Pithom, et l'ensemble du récit, tout convergeait vers la même conclusion. C'est tout ce que voulut dire l'interprète Alexandrin par l'expression {erre de Gessen d'Arabte. Car, tel était alors le sens du mot Arabia appliqué à une partie de l'Empire Egyptien. Le témoignage de Strabon ne laisse aucun doute à ce sujet: « La région qui s'étend entre le Nil et le golfe arabique, c'est l'Arabie, ’Agafia uèv êott, et à son extrémité est situé Péluse (XVII, 1, 21) (*).
On voit combien imprécis était le terme. Il désignait en général tout le pays à l'Est de la branche la plus orientale du Nil, de Memphis jusqu'à la Méditerranée, et Péluse lui-même, selon Strabon, était en Arabie. Nos expressions actuelles, chaîne arabique désert arabique, ont un sens analogue. L'appellation était ancienne. Elle se trouve déjà dans Hérodote qui dit que Patoumos (Pitoum) était une ville d'Arabie (?).
Il est vrai, à l'époque gréco-romaine, cette immense région fut divisée en quatre nomes dont l'un reçut le nom spécial d Arabia avec Phacusa comme capitale. Mais les Septante avaient-ils en vue cette division purement administrative, et même celle-ci existait-elle avec ce nom de leur temps? Nous ne sommes pas en droit de l'affirmer. Employant le mot Arabia sans restriction, il est bien plus probable qu'ils lui laissent toute sa portée géographique. En tout cas, rien ne nous autorise à la restreindre. |
Au surplus, Ptolémée énumère ainsi, du Nord au Sud, les quatre nomes situés à l'Orient de la branche pélusiaque: « Ab orientali parte Bubastici fluvii:
(:) Texte complet en appendice III, 4.
(41,158, appéndice III, 1.
96 V7. La terre de Gessen
Sethroites nomus et metropolis Heracleopolis parva, Arabiae nomus et metropolis Phacusa,
Bubastites nomus et metropolis Bubastis, Heliopolites nomus et metropolis On (Heliopolis) » (°).
Cette simple liste montre que le nome d’Arabie-s’étendait beaucoup plus au Nord-Est que le fameux triangle Bubaste-Belbeis-Tell el-kébir, où Naville voulait enfermer la terre de Gessen. |
Une addition, en apparence plus importante, est dans le passage qui décrit l’arrivée de Jacob en Egypte et sa rencontre avec son fils Joseph (Gen. 46, 28-31). Quelle était la teneur de l'original que l'interprète avait sous les yeux? Nous l'ignorons. Les deux textes offrent ici des divergences plus accusées. Voici les deux traductions (?).
Hébreu: /acob avait envoyé Juda devant lui vers Joseph pour préparer son arrivée en Gessen. Et ils vinrent dans la terre de Gessen. Et Joseph fit atteler son char et y monta pour aller en (Gessen à la rencontre d'Israël son père. |
Septante: Æ% 24 envoya Juda devant eux vers Josebh pour vemr à sa rencontre à Aéroonpols dans la terre de Ramessé. Et Joseph ayant attele son char, monta à la rencontre d'Israël, son père, à Héroonpolis.
La version sa‘idique nomme aussi Héroonpolis dans les deux cas
(4) Geogr. IV, 5, 53. Phacusa est la moderne Æagous sur le canal du même nom au N.-E. de 7Zell Basta (Bubaste), GARDINER, /ourn. of. eg. arch. 5 (1919) p. 219 note LL Eau philologie et le texte de Ptolémée sont en parfaite concordarce. Quelques auteurs ont voulu la mettre à Saft el-Henneh en se basant sur Strabon qui dit que le canal de la Mer Rouge se détachait du Nil à Phacusa (XVII, 1, 26, appendice III, 4). Maïs, comme le fait remarquer Gardiner, cette indication où se mêle le village inconnu de Philon est sujette à caution, et elle ne peut prévaloir contre l’identité philologique et l’énumération si précise de Ptolémée. En outre, est-il vraisemblable que deux provinces (Arabia et Bubastique) aient eu leurs capitales si rapprochées (à peine dix kilomètres)?
() La comparaison des deux textes est suggestive. L’hébreu a ici trois fois goÿez, une fois erre de goÿen « et ils vinrent dans la terre de Go$en », et deux fois goÿer tout court, au locatif goëÿnah. Ce sont les deux seuls endroits où ce mot est ainsi employé tout seul, partout ailleurs il se trouve dans la formule /erre de Goëen. Or, ce sont aussi les deux seules fois que les Septante rendent ce mot par Héroonpolis. Partout ailleurs ils ont /erre de Gessen y l'éceu (les deux premières fois, Gen. 46, 10. 34, ils ajoutent ’AoafBia). Dans l’apocope, et is vinrent dans la terre de goëen, ils suppriment le verbe et ils remplacent /erre de go$en par ferre de Ramessé. Il est manifeste qu’ils ont pris goÿnah pour un nom de ville et ils ont pensé que cette ville était l’ancienne Thekou devenue Héroonpolis pour les Grecs: Le fait qu’ils écrivent Héroonpolis qui était pour eux un nom moderne et non pas Thekou qui était le nom ancien, montre assez qu’ils étaient préoccupés de topographie bien plus que de traduction stricte.
Mais comment ont-ils trouvé Héroonpolis dans goÿnah? Auraient:ils cru que Go$en était une appellation ancienne de la célèbre Héroonpolis de leur temps? C’est le plus probable. Une recension grecque portait néanmoins Pithom, puisque ce mot a passé dans la version bohaïrique. Dans l’Exode (1, 11), Pithom se présenta en toutes lettres à l'interprète, et à écrivit simplement Ia. Se demanda t-il si c'était la même ville que celle que la Genèse
avait appelée Héroonpolis? Nous proposons précisément plus loin de les distinguer et de localiser Pithom à 7e// Artabi.
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