Additions des Septante
(KATA 2Ypwwn Troc), la version bohaïrique remplace Héroonpolis par Pithom (2a neewss <FBakr Den nkagr passeccH).
Une autre addition des Septante est dans l’Exode 1, 11: Æ% 2/5 consérursirent des villes fortes à Pharaon, Pithom, Ramessé et On qui est Héliopolis, wv te [ado xai Rauecoù xai ”Qv # êotuv “Hiiov xéi. L'hébreu porte: 17 bâtit des villes pour servir de magasins à Pharaon, Pithom el Ramsès.
On a dit souvent que ces variantes ou additions représentent une tradition recueillie par les Septante et discrètement introduite dans lé texte sacré. Rien n'est plus contestable. La construction d'Héliopolis par les Hébreux n'a aucune chance d’avoir jamais fait l'objet d'une tradition. Si cette ville est mentionnée ici, c'est sans doute sous l'influence du souvenir de Joseph qui reçut en mariage Aseneth, la fille du grand prêtre d'Héliopolis.
L'indication d'Héroonpolis doit s'expliquer d’une manière analogue. par le désir d’une plus grande précision topographique. Cette ville était pour l'auteur un point de repère. Située dans l'extrême enfoncement du golfe arabique, selon l'expression de tous les auteurs êv t@ uvy® toù ’Apafiov xékxov, elle communiquait avec la Mer Rouge par le canal de Darius. C'était le grand port de l'Egypte pour ses relations commerciales avec les Indes, et le centre le plus important de cette région qu'avec les géographes de l'époque, l'auteur vient d'appeler Arabia, dans la formule lerre de (ressen d'Arabra. Rencontrant (Goÿen tout court, il aura pris ce mot pour un nom de ville, le nom de la grande cité commerciale du Delta oriental, Héroonpolis. Après cela, il ne pouvait écrire, comme portait son original, dans la terre de Gessen, ce qui eût été une tautologrie, il remplaça donc cette péricope par son équivalent, #rre de Ramsès (Gen. 47, 11).
En fait, où se rencontrèrent Jacob et Joseph, nous ne pouvons le précisér. Mais, ni le texte hébreu, ni la géographie des anciennes routes ne nous mènent à Héroonpolis. Jacob était déjà en Gessen quand Joseph le rejoignit. Or, assurément, les sables du Ouadi Toumilat ne ressemblent guère à la belle et fertile propriété concédée aux Hébreux + dans la meilleure partie du pays » (Gen. 47, 11). On prétend que c'était alors une riche contrée, arrosée par le Nil et couverte de végétation (‘). Mais rien n'est moins sûr. Les textes qu'on apporte au sujet de la ville de Ramsès ne concernent pas ces parages. Quant au fameux canal, nous l’exposons longuement plus loin, aucun document n'en établit l'existence avant Nékao et Darius. Allons plus loin, ce canal y füût-l au temps de Jacob comme il y est aujourd hui, il ne pouvait transformer en prairies ces contrées arides. La dépression est trop profonde, les eaux sont trop basses, elles ne peuvent
(4) Vicouroux, Za Pible et les déc. mod. 11 (1896), 225-234. On peut alléguer en ce sens le papyrus Anastasi VI, cité plus haut, où des tribus édomites pénètrent avec leurs troupeaux dans le Ouadi Toumilat, au temps de Ménephtah. Mais les conditions sont-elles les mêmes? Est-il dit qu’on donna à ces tribus /a meilleure partie de l'Egypte? Est-il établi surtout que ces tribus restèrent et séjournèrent dans ce pays et qu’elles s’y multiplièrent et s’enrichirent? Le texte dit plutôt qu’elles passèrent à Thekou qui est Tell el-Maskhouta, se
dirigeant vers les marais de Pitoum. Elles allaient donc vers l’Ouest et nous ne savons pas où elles se fixèrent ni où se trouvait ce domaine de Pharaon dont il est question.
98 V7. La terre de Gessen
se répandre sur de grandes pleines, elles sont ramenées par la pente dans
les bas-fonds et dans le canal. Aussi, la culture dans le Ouadi Toumilat est pauvre et maigre. Ce n'est qu'un mince rubar de verdure entre deux déserts. Ce pays ne convient nullement à des éleveurs de troupeaux, comme étaient les Hébreux. De quoi auraient vécu ces brebis et ces chèvres amenées de Canaan ? (Gen: 46,6. 52):
Ajoutons qu'au Moyen et au Nouvel Empire, il y avait dans lé Ouadi Toumilat deux villes égyptiennes assez importantes, l'une à 74/7 €/-Waskhouta, Vautre à Tell Artabi. Dans l’une et l’autre, Ramsès II restaura. à grands frais, en granit Ge Syène, le temple dédié au dieu Atoum. Ces travaux supposent une population égyptienne assez nombreuse. Dès lors, où trouver de la place pour les [sraélites?
Aussi bien, n'est-ce pas là que Naville et les auteurs modernes situent la terre de Gessen, mais beaucoup plus à l'Ouest, dans les riches plaines de Saft el-Henneh. Mais alors intervient la difficulté des routes. Celle qui venait de Palestine et descendait vers Bubaste n'allait pas faire le tour par Thekou-Heroonpolis Au sortir du désert. elle aboutissait au site de Peluse, alors Avaris, ou à Thel (Sile), près du Kantara actuel. À Avaris. on trouvait une branche du Nil, et, par eau ou par la chaussée, on pénètrait au cœur de l'Egypte. À Thel, un canal rejoignait le Nil vers Dapanae ( Ze/7 Defenneh). C'est le chemin, qu’en sens inverse suivit Ethérie lorsqu'après avoir traversé le Ouadi Toumilat d'Orient en Occident, elle se rendit à Péluse, et elle ne tarit pas sur la richesse des plaines qui bordent ce bras du Nil (*). Un vrai paradis terrestre, et, pour elle, c'est la terre de Gessen.
Héroonpolis n'était donc pas sur la route de Jacob. Il est vrai, une voie secondaire fait aujourd'hui ce détour. Elle se détache de l’autre un peu avant 7 el Abou-Séfeh, se dirige vers le Sud, passe à ElGisr et pénètre dans le Ouadi Toumilat (?). Mais rien ne prouve que cette voie était alors ouverte et pratiquée. En outre, elle est beaucoup plus longue et plus pénible, elle n'est suivie de nos Jours que par les caravanes qui vont directement au Caire et qui veulent éviter les chemins trop fréquentés. Ce n'était pas le cas de Jacob et de sa famille,
Ainsi, la mention d'Héroonpolis par les Septante ne peut être regardée comme l'indice d'une tradition. Il en est de même pour l'historien Josèphe qui dépend des Septante. |
3. Le nom hébreu de Goëen et son prétendu prototype égyptien.
Un autre élément parasite bien plus nocif à la question qui nous oc «
cupe que l’Héroonpolis des Septante, est le terme géographique égyptien lu Oosem, et quon donne comme l'équivalent de l’hébreu Goÿer. Le grec l'éseu vient à propos former l'anneau intermédiaire. Cette forme nominale
(};Fextel:èn appendice, II, :9, (?) Autrefois par le milieu du seuil; depuis le creusage du canal, à bac, à la pointe Nord du lac Timsah.
3. Le nom hébreu de Go$en et son prétendu prototype égyptien 99
ne fut-elle pas adoptée par les interprètes alexandrins uniquement parce qu’elle était plus ressemblante à l'original ?
Ces idées furent émises pour la première fois par l'égyptologue Heinrich Brugsch (‘), et reprises plus tard avec beaucoup de conviction par Ed. Naville (?). On les a regardées depuis, en général, comme l'expression de la vérité et un acquêt de la science (*). Elles ne sont pourtant pas basées sur l'évidence, et le fondement qui les soutient est loin d’être sans fissure. Il est même d'une étonnante fragilité.
Quelle est la lecture et la signification du mot égyptien qui sert de point de départ à toute la théorie? Un des maîtres de la philologie égyptienne, Alan Gardiner, a fort bien traité cette double question dans un
. article de la grande revue anglaise d'égyptologie (“). Je ne fais que résumer son étude.
À lire le mot, il n’y a d'hésitation possible que dans la première lettre. ‘Elle provient d'une confusion ancienne entre le signe # $s et le signe très voisin & 9. Les hiéroglyphes des premiers temps distinguaient ces deux signes, mais l'écriture hiératique les confondit et finalement la Goucle % fut seule retenue. Il faut remarquer cependant que le signe X était beaucoup plus fréquent que l’autre, et qu'ayant par lui-même la valeur bilitteraie &, toutes les fois qu'il est accompagné de $ compiémentaire, il est normalement à lire $s. Et c’est le cas du groupe discuté qui régulièrement doit se transcrire $syz{ (Sesmeft). Toute autre lecture demande une preuve ferme, et ne peut se contenter de conjectures (°). |
Le terme se rencontre dans les listes géographiques de l'époque grécoromaine. Un tableau du temple d'Edfou montre Ptolémée XI offrant à Horus le nome de Sopd, comme l'explique la légende : 77 f'apporte le nome de Sopd avec ce qu'il produit, et Sesmet avec ce qui est en elle. Une scène analogue se voit au temple de Dendéra avec ces paroles: 77 apporte Sesmet d'Orient. à Dans le premier cas, Sesmel est accompagné du déterminatit de ville, —… C'était donc apparemment la capitale de la province offerte à Horus par
le roi. Cette métropole était généralement appelée ?PzSopd « la demeure de Sopd ». Ce dernier nom lui-même subsiste encore dans l’arabe Saft
at er, ©
(4) Dictionnaire géogr. p. 427. 876. 1348. Geogr, Inschrifien, 1 (1857), p. 129. 140. Die Gôtter des Nomos Arabia dans la Zeitschrift für aeg. Sprache, 19 (1881), p. 15-18.
(2) The Shrine of Saft el-Henneh and the Land of Goshen 1888.
(8) Ces idées sont enregistrées dans les trois dictionnaires bibliques de Vicouroux, HASTINGS et CHEYNE.
© (4) The supposed egyptian equivalent of the name of Goshen dans le /ourn. of eg. arch.,
(5) ALAN GARDINER (/oc. cit, p. 221, note 3) ne connaît que deux exemples où le signe lé“ en question g est suivi de s, le nom de la ville de Cusae et celui d’une place non identifiée, mentionnée dans les Zexfes des Pyramides. Pour le groupe s, comparer les deux mots hémubreux WU «lin», de l’ég. $es, copte genc « lin», et W% « albâtre », de l’ég. es avec le
… déterminatif de pierre.
100 VI. La terre de Gessen
(el-Henneh), à l'Est de Bubaste, qui marque l'emplacement de l'ancienne ville. Les fouilles qu'y a exécutées Naville ‘en 1885 montrent bien que c'était la cité du dieu Sopd et le centre de son culte (*). Le plus bel objet exhumé est un splendide naos dédié au temple per le dernier pharaon égyptien, Nectanébo (358-341). On y lit ces phrases qui contiennent l’ancien nom de l'endroit: Quand Sa Majesté vint à Sesmet pour propictier ce noble dieu Sopa, seigneur de l'Orient (pl. VI, 2), et, plus loin: Ce fut ce dieu lui-même qui fit graver les figures des dieux de Sesmet sur ce na0$ (PL VI or Un dernier exemple nous offre le même mot au masculin avec un sens
un peu différent, dans un hymne à Sésostris III (XII dyn.). Parmi beaucoup d'autres comparaisons dont quelques-unes sont pleines de charme, le poète emploie celle-ci :
Grand est le seigneur de sa ville,
12 est rempart comme un mur de cuivre de Sesem (ai.
Sesem désigne donc ici le pays d’où provenait le cuivre, le Sinaï très probablement. Le déterminatif éranger qui suit le mot confirme cette interprétation.
Voici maintenant une seconde série de textes où se lit, en toutes lettres cette fois, un mot Seswef qui est évidemment le même que le précédent. C'est d'abord une stèle de la XIT° dynastie provenant de Ouadi Gasous sur la Mer Rouge (). On y voit le dieu Sopd — toujours celui de Saft el- Henneh — couronné des deux hautes plumes d’Amon, avec cette légende : Sopa, sergneur de Sesmel, seigneur de l'Orient.
Les /extes des Pyramides contiennent plusieurs fois le terme Seswe. En deux passages (456, 1784), c'est un nom de pays sans autre indication; ailleurs (567), c'est un minerai vert associé à la turquoise, #afkat. La même
association se trouve d’ailleurs dans des textes plus récents (°), toujours en
relation avec Sopd, seigneur de l'Orient, seigneur des pays étrangers.
En outre, les £extes des pyramides donnent nombre de fois à Horus
l'épithète Sesemitz « celui de Sesmet ». C'est une des quatre formes de ce dieu appelé: //orus des dieux, Horus de l'horizon, Horus de L Orient, Horus
de Sesmet (9).
(t) Ep. Navizre, 7he Shrine of Saft el-Henneh 1888. Sesmet était un nom très ancien. Les textes ptolémaïques d’Edfou l’emploient comme beaucoup d’autres, par archaïsme. () Naville lisait le nom de la ville, Xe5. ALAN GARDINER (/oc. cit. p. 219) démontre que
le dernier signe n’est pas un déterminatif mais le phonétique bilittéral 4, "7, et que le“
groupe est donc à lire $smef (Sesmet) comme à Edfou et à Dendéra.
(5) GRIFFITH, Æieratic papiri from Kahun and Gurob, 1898, pl. Il, ligne 14. Je donne la traduction d'ALAN GARDINER (/oc. cit. p. 219). La comparaison est forte. Il paraît ROIS
tant que c'était un lieu commun en littérature égyptienne.
(#) Bircx, Cafalogue of the. Egyptian Antiquities at Alnwick Castle, pl. IN, p. 269.
(5) SETHE, Urkunden, IV, 875-6.
(5) Les mêmes textes appellent aussi Horus, sopd « le prêt, le prompt » (330. 632. 1636), à de sorte que le dieu Sopd ne semble être autre qu'Horus de Sesmer. Tous les deux sont dits seigneurs de l'Orient. Sopd, « le prêt, le pions », est une variante d’Horus.
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3. Le nom hébreu de Goÿen et son prétendu prototype égyptien 101
De cette poussière de citations (‘), il se dégage que Sesmet était un nom ancien du Sinaï et d’un minerai vert exploité dans ce pays en même temps que la turquoise. Or, Saft el-Henneh était le point de départ des caravanes pour le Sinaï. Le dieu Sopd, seigneur de l'Ortent, seigneur de Sesmet, était honoré au Sinaï, sa patrie d'origine, et à ?7-Sopd, sa demeure d'adoption, capitale du nome qui lui était consacré. C'était toujours ce/us de Sesmet (Sesemti). Le nom finit par s'appliquer à la ville elle-même (*).
Sans atteindre la certitude ni être indiscutables, ces conclusions se présentent avec les marques d'une sérieuse probabilité. Pour le mot qui nous occupe, elles établissent avec solidité la lecture Seswer. Dès lors, il ne semble pas possible de retrouver dans ce mot ni l'hébreu gofez ni le grec l'éceu. D'abord le prototype supposé est au féminin (une seule fois au masculin, dans l'hymne à Sésostris II), et l’on sait que, même après la chute du 4, la terminaison féminine se manifeste toujours par la présence dune voyelle finale (ex. %0/r2/, copte <f--noqpr). De plus, l'hébreu gosen diffèrerait en deux lettres de l'original. Le grec l'éceu en serait moins éloigné, mais il ne faut pas oublier que les Septante rencontrant go$ez tout court, l'ont traduit par Héroonpolis (Gen. 46, 28). Dans le composé yñ l'éceu qu'ils ont gardé partout, ils n'avaient donc pas en vue un nom ancien de Pi-Sopd, Saféf el-Fenne.
Quelle est donc l'origine du mot l'éceu? À mon avis, ce n'est autre chose que la transcription de l'hébreu goÿer. Mais pourquoi l'éceu et non l'écev? De même. on peut se demander pourquoi ils ont transcrit Sa/fnat pa'aneh Wouÿou Pavñyx. Passant dans une autre langue, il est si facile qu'un nom propre peu connu soit déformé. On en trouverait bien d'autres exemples.
Quant à go$en, le DIRE simple est d'en faire un nom sémitique, d'autant que le terme existe en hébreu, désignant une région (Jos. 10, 41; 11, 16) et une ville (Jos. 15, 51). On objectera peut-être que l'appellation lerre de go$en était égyptienne puisqu'elle est connue de Joseph et de
Pharaon et quelle s’attache à une partie de l'empire. Mais remarquons
aussi que c'était une région frontière, peu ou pas du tout habitée par les Egyptiens de race, exploitée donc par les Orientaux. Les Hyksos étaient alors maîtres du Delta, sinon de toute la vallée du Nil. Les hommes de leur race et de leur langue formaient, de beaucoup, la majorité de la population à la marche égypto-syrienne. Il est tout à fait plausible que le nom de go$en ait été donné par les Asiatiques eux-mêmes à une partie de cette région mitoyenne.
(1) Pour être complet, mentionnons encore la déesse à tête de lion, Sesemtit « celle de Sesmet », et une sorte de tablier ou pagne, Seset, que portaient sans doute les naturels du Sinaï, et dont est revêtu le dieu Sopd sur la stèle de Ouadi Gasous.
@) De même, PBehdet, nom d’une petite localité du Delta, berceau du culte d’'Horus, passa à Edfou où ce dieu toujours appelé celui de Behdet (behedti) était spécialement honoré.
102 VI. La terre de Gessen.
4, Habitat des Hébreux.
Après avoir éliminé du problème les éléments parasites, nous nous trouvons, pour arriver à une solution, en face du seul texte primitif. La . lumière qui sen dégage sufhra-t-elle pour éclairer notre marche et nous préserver de tout écart?
Disons de suite que la question à assez peu d'importance, car les Hé . breux ne tardèrent pas à déborder du pavs où Pharaon avait voulu d'abord les cantonner, et à se répandre au loin dans les riches plaines du Delta. Evolution normale. Au début, étrangers, nomades, suivis de nombreux troupeaux, il leur fallait une région écartée, analogue à leurs montagnes de Palestine; mais dès qu'ils eurent pris racine et se furent multipliés, ils ne pouvaient manquer de se livrer au commerce et à l'industrie et d'aller s'enrichir dans les villes égyptiennes.
Ce mouvement d'expansion se réflète clairement dans let texte biblique. Des critiques ont même prétendu y retrouver les indices de deux manières de voir contradictoires (*). Certains passages confinent les Hébreux dans la terre de Gessen, terre isolée où la famille de Jacob (70 personnes, Gen. 40, 27) gardera ses usages de vie pastorale sans incommoder les Égyptiens (Gen. 46, 34; 47, 6. 27). Au moment des plaies, quand les sca- … rabées infestent les maisons des Égyptiens, le pays de Gessen où habitent les Israélites en est exempt (Ex. 8, 22). Egalement, quand la grêle tomba sur {out le pars d'Egrpte, seule la terre de Gessen échappa au fléau (Re 09 20
D'autres textes montrent, au contraire, les Hébreux mêlés aux Egyptiens. Tel le récit de Moïse enfant exposé sur le Nil et sauvé par la“ñlle de Pharaon (Ex.-2, 1-10). La sœur de l'enfant dit à la noble Egyptienne: « Veux-tu que j'aille te chercher une nourrice parmi les femmes des Hébreux pour allaiter cet enfant ? ». Les fils de Jacob s'étaient donc établis dans la ville de la résidence royale et ils y étaient nombreux. Devenu grand, Moïse sortit du palais vers ses frères, il tua un Egvyptien qui frappait un Hébreu. Le lendemain, il sorfif encore et chercha à mettre la paix entre deux Hébreux qui se querellaient (Ex. 7, 11-14). Tout cela se passe dans le voisinage du palais.
À la peste du bétail, les troupeaux d'Israël et les troupeaux des Esyp tiens semblent être dans le même pays (Ex. 9, 4-7). Mais le mélange des deux peuples est surtout manifeste à la dixième plaie et à la manducation de l'agneau. Hébreux et Egyptiens sont voisins et habitent porte à porte (Ex. 11, 2-9). Les premiers marquent leur maison du sang de l'agneau et
(1) DRIVER sur le passage Ex. 8, 22, dans Cambridge Bible for schools. On attribue la première manière de voir (Hébreux isolés) au Iahviste, et la seconde (Hébreux mêlés aux Egyptiens) à l’Elohiste. Cependant les versets Ex. 12, 22-23 qui affirment le mélange sont généralement attribués au Iahviste per les critiques.
À. Habitat des Hébreux | | 103
quand le Destructeur passe, il respecte les portes marquées et ne frappe que les Egvyptiens (Ex. 12, 7-15. 23-25). Le lendemain, ceux-ci pressent les Israélites de partir sans retard et leur abandonnent même leurs objets d'argent et d’or (Ex. 12, 32-37).
Il est facile de remarquer que le mélange s'affirme surtout pour les
! derniers temps du séjour en Egypte, au moment de la plus grande ex-
pansion des Hébreux. Au reste, même en ces dernières années, un noyau de la descendance de Jacob était resté au berceau primitif de la nation, dans cette belle propriété qu'avait concédée Pharaon en terre de Gessen, ce qui explique les deux alternatives constatées pour les fléaux. Il est donc hors de propos de parler de contradiction. Des Hébreux, il y en avait isolés en Gessen, il y en avait mêlés aux Egyptiens dans les villes. C'est ce que nous dit expressément le livre de l’'Exode (1, 7):
« Les enfants d'Israël furent féconds et multiplierent; ils devinrent nombreux et très puissants, et le pays en fut rempli ».
Le mouvement d’expansion suivit vraisemblablement la branche pélusiaque du Nil, en la remontant, depuis Avaris sur la mer, jusque peut-être vers Bubaste, en poussant une pointe à Tanis, une des métropoles du Delta. Fig. 28. Aux bords du Nil. Avaris, la ville des Hyksos, ne pouvait qu'attirer les nouveaux venus d'Orient. Ils y trouvaient des hommes de leur langue, des amis, des frères. À Migdol (7e//el- Her), un peu au sud, à l'aphnis (7/7 Defenneh), les Juifs reviendront plus tard, au temps des rois et des prophètes (Jer. 44, 1: 46, 14). Ezéchiel connaît Bubaste nD25 (30, 17) (°).
Le Nil pélusiaque sur les bords duquel les enfants de Jacob avaient vécu des jours heureux, resta dans les souvenirs du peuple. Il en retint le nom précis SzZor MY qu'avaient si souvent prononcé les ancêtres. Car
ainsi s appelait en égyptien ce bras célèbre du grand fleuve (zar-a, copte
(1) C’est l’exacte transcription de l’égyptien Pi-ba(r)set qui fut une des appellations de la ville nommée plus généralement Pi-bastif, d’où Bubastis. Je cite ce nom uniquement comme point de repère pour fixer de manière approximative les limites possibles de l’habitat des Israélites. Au même passage, Ezéchiel cite encore On (Héliopolis), il est évident que les Hébreux ont pu s’avancer jusqu’à cette ville.
104 V7. La terre de Gessen
1äpo). Ce n'était d'ailleurs qu'un des noms de son long cours (‘). Dans la région de Bubaste, les textes l’appellent /#y; aux plaines de Phacusa et de Daphnae qu'il arrosait, c'était «les eaux de Ra » (pa-mou en pa-Ra); enfin dans son cours inférieur, vers Heracleopolis parva et jusqu à la mer, c'était «les eaux d'Horus » (Sz-Æor). Ÿ | L'hébreu a admirablement conservé le mot, MM. Les divers pas-
sages où il se trouve, convergent aussi au même sens :
Josué 13, 2-3: « Tous les districts des Philistins et tout le territoire des Gessuriens, depuis le Sihor qui coule à l'Orient de l'Egypte jusqu'à la frontière d’Accaron, vers le Nord » (?).
Isaïe 23, 2-3: « Le marchand de Sidon, qui parcourt la mer, dont les | messagers sont sur les crandes eaux, le grain de Sihor, la moisson du Nil, sont son revenu » (°).
Jérémie 24187408 maintenant, qu'as-tu à faire. ‘avec lé ennemie d'Egypte, pour aller boire l'eau du Sihor? ».
En venant de Pa:
lestine, les: prenuères eaux qu'on rencontrait étaient bien celles du Nil pélusiaque.
1 Chroniques 15, 53 « David assembla tout Israël, depuis Sihor d'Egypte jusqu'à l'entrée de Hamath ».
Fig. .29: Barques sur le Nik
(1) Textes et références dans GARDINER, 7%e Della residence of the Ramessides dans le
Journ. of eg. arch. 5 (1918), p. 258 pour Zy,. p. 257 pour «les eaux de Ra», p. 251, 252.
pour «les eaux d’Horus » (Si-Hor). Ce dernier nom se trouve au pap. Awastasi III (Nouvel Empire) et dans les documents d’époque gréco-romaine. « Les eaux d’Horus » (Si-Hor) sont toujours mises en relation avec le XIVe nome (Sethroïte) qui était le dernier au Nord-Est du Delta. Pour comprendre l’expression « eaux d'Horus >» ou « fleuve d’Horus », il faut se rappeler qu'Horus est souvent appelé seigneur de l'Orient, et que c’est au Delta oriental que, selon la légende, il poursuivit Set, le meurtrier de son père. La route de Palestine portait aussi le nom significatif de « chemins d’Horus ».
(?) C’est le seul endroit où ce mot a l’article. En égyptien, il se trouve aussi avec et sans l’article, pa $i- Hor et $i-Hor.
(8) On le voit, il n’y a aucune raison de retrancher 107 « le fleuve, le Nil», comme le voudraient certains critiques (cfr. A. CONDAMIN, Le livre d’Isaïe, sur ce passage). Les deux mots Si%or et 107 n’ont pas le même sens. Par l’expression grain de $ihor, il faut sans doute entendre les blés d'Egypte que des bateaux apportaient sur les eaux de la branche pélusiaque à la Méditerranée et de là à Sidon. k
ct udf à 2 #7
À. Habitat des Hébreux 105
On le voit, dans ces divers endroits, le sens du mot en question concorde admirablement avec l'égyptien (‘). Et il est extrêmement intéressant de constater que dans les deux passages historiques, la Terre Promise s'étend jusqu à la ligne orientale du Delta. Au temps de Josué, ce n'est qu'un projet, mais sous le règne de David, il semble qu'en réalité il y avait des Juifs au-delà de Bersabée et jusqu'à Péluse. C'était ainsi la jonction entre la patrie palestinienne et l’ancienne patrie égyptienne.
Avec le psaume 78, 12. 43, nous franchissons le Nil et nous assistons aux prodiges opérés dans les campagnes de T'anis jp$ 11w2, au moment
de l'exode (*). Ce témoignage est précieux. C’est le plus ferme et le seul franchement indiscutable. Bien qu'il soit de beaucoup postérieur aux faits, il se présente comme l’écho fidèle de la tradition. Le poète aurait-il nommé au hasard es campagnes de Tams, alors qu'il connaissait tant d’autres villes du Delta ?
Nous l'avons vu plus haut, les Hébreux habitaient dans le voisinage de la résidence royale, où Moïse et Aaron accomplirent les merveilles chantées par l’auteur inspiré. Ils avaient donc pénétré dans les campagnes de T'anis. Ce n'est pas à dire que le palais de Pharaon fût à Tanis elle-même. Cette ville avait été un des centres des Hyksos, mais au temps de Moïse, les Hyksos n'étaient qu'un souvenir abhorré. Les nouveaux Pharaons de la XVII et de la XVII dynastie avaient rétabli la capitale à Thèbes. Nous savons pourtant qu'ils menèrent de longues guerres en Pa'estine et en Syrie, ils passèrent donc très souvent par le Delta oriental ét nul doute qu'ils y avaient un pied-à-terre.
Nous verrons bientôt que les Ramessides (XIX° dyn.) avaient créé une splendide résidence à Avaris qui dès lors prit le nom de ?7-*amesse. Les pourparlers entre Moïse et Pharaon eurent donc lieu dans cette région, soit à Pi-Ramessé elle-même soit dans les environs. Or, camps de 7 anis, était une expression égyptienne qui désignait ce qu'on appelait le pehou ou hinterland du nome sethroïte qui eut pour capitale ancienne Thel (Sile) et pour nouvelle Heracleopolis parva sur le Nil pélusiaque. Les plaines ainsi nommées se trouvaient donc à l'Est de Tanis, sur les bords du fleuve, dans la direction de Pi-Ramessé, peut-être aussi près d’une ville que de l’autre. Et nous savons que les prodiges ne furent pas limités à une ville mais s'étendirent au loin. C’est donc sur les deux rives de la branche pélusiaque, du Sihor, que les Hébreux s'étaient répandus, et c’est là que
…. Dieu fit éclater sa puissance pour les libérer de la servitude pharaonique.
(1) On ne voit pas quel rapport il y a entre le $:kor d'Egypte et Szkor libnat de la tribu DrAzer (Jos.,19, 26).
(?) Septante, ëv aediw Tavewc, copte sa‘idiqué pt Towge nTrxaaste, bohaïrique best TKO1I Axa. Il s’agit donc bien de Tanis. Il ést extrêmement intéressant de retrouver la même expression « champs de Tanis », sokhet da‘anet et sokhet da’, dans les textes égyptiens. Ces textes, il est vrai, sont d'époque tardive (IVe s. av. J.-C. et époque gréco-romaine), mais l'expression devait être ancienne. ALAN GARDINER, The Delta residence of the Ramessides dans le /ourn. of eg. arch. 5 (1918) p. 199. 200. 247.
106 V7. La terre de Gessen