‹ Les hébreux en EgypteChapitre 87 sur 149 · Territoire de Ramsès BRL · texte numérisé non relu

Territoire de Ramsès BRL

ou pour maintenir sous le joug les peuples déjà soumis. En langage moderne, pour l'Etat égyptien comme pour une Puissance orientale, c'était une tête de pont. De là, les armées pharaoniques, bien équipées, bien ravitaillées, partaient pour exécuter leurs raids en Palestine et en Syrie: là, au retour de leurs expéditions, elles trouvaient un abri rapproché et sûr. Inversement, l’Asiatique qui aurait occupé ce poste, aurait tenu toute l'Egypte sous sa menace.

C'était donc un point stratégique d’exceptionnellé importance. Après en avoir expulsé les Hyksos, les rois de Thèbes ne pouvaient le négliger. Tout les portait à s'y établir fortement et à le retourner contre leurs anciens ennemis (‘).

Pi-Ramessé était aussi un centre commercial. Les richesses de l'Orient, résines, parfums, bois de construction et de menuiserie.

y affluaient par voie de terre et par voie de mer.

De là, par l'artère bubastique, elles parvepaient sans aucune peine au cœurret aux extrémités de l'Egypte.

C'était, par avance, le grand marché de Péluse. Aussi cette cité connut-elle des jours de gloire et de prospérité.

- C'estdansses splen- Rides palais que fut ra- Fig. 30. Séti I offrant à Osiris une statuette de la désse Vérité.

Bas-relief de son temple à Abydos.

tifié le traité — qui doit (D’après BREAsTED, Hisé. d’Ee., fig. 153). donc porter dans l’his-

toire le nom de éaité de Pr-Ramessé — entre Hattuäili, roi des Hittites, et Ramsès II, pharaon d'Egypte. C'était l'an 21 du pharaon. Le texte du - pacte déjà arrêté fut apporté gravé sur une table d'argent par les am- . bassadeurs du roi Hittite. Une traduction en fut faite en égyptien. Après

(1) Une stèle de l’an 35 de Ramsès II, à Abou-Simbel, s'exprime ainsi: /’ai fait pour » doi (2) une belle résidence afin de fortifier la frontière des Deux-Pays, Pi-Ramessé; elle est affermie sur la terre comme les quatre piliers du ciel. GARDINER, P. 181.

La Ya ré } : r Fan 74 VPRACRPA à

lt2 VZ, La terre de (Gessen

de longues annees de guerre, les relations pacifiques étaient rétabhes et.

l'alliance était jurée par tous les dieux du ciel et de la terre (!). Une description poétique et enthousiaste de Pi-Ramessé, composée du vivant même de Ramsès II, nous donnera une idée du développement.

qu'avait pris cette ville et de l'éclat qui l’environnait. C’est une lettre em-

phatique du scribe Pibesa à son maïître Aménemopé. Elle est connue de: puis longtemps, mais à cause de son importance, il ne

vellere rt

Autre motif de joie à mon maître, et c'est que je Sms arrivé à Pi Ramessé Aimé d' Amon, et l'art trouvée extrémement florissante.

(C'est) une belle ville, il n'y en a pas de pareille. El ressemble à Thèbes, c'est | Ra qui l'a fondée| lui-même.

C'est une résidence où la vie est agréable, Ses campa-

Fig. 31. ones sont pleines de bonnes choses, elle est munie d'abon- Tête de Ramsès II. adantes PTOvISIoNS chaque JOUT. S € i i e. L e Re un à Ses eaux sont (pleines) de poissons el ses marais (?)

au musée de Turin,

d'oiseaux. Ses prairies sont verdoyantes d'herbage. La verdure y atteint une coudée et demie (en hauteur), les fruits ont le goût du nuel dans Les champs cultivés (?). Ses greniers sont pleins de froment et dé êpeautre, ils s'élèvent jusqu'au ctel.

Des oignons et des poireaux dans. Des grappes et des fleurs dans les bosquets (). Des grenades (?) des pommes et des olives.

Des figues dans les vergers. Le doux vin de Kenkémeé () qui surbasse le miel. [Ici une énumération de plusieurs sortes de poissons|.

(:) LANGDON and GARDINER, 7reaty between Hattu$ili and Ramesses II

dans le /ournal of egyptlian archaeology, 6 (1920) p. 185-194. Fig. 32. Ramsès II sur son char de guërre. Scène du temple d’Abou Simbel en Basse Nubie,

(2) GARDINER, 7%e Delta residen- :

(D'après PETRIE, À ist. of Eg. 3, fig. 20),

ce, p. 185-186. La traduction de Gardi-

ner est faite sur le papyrus Aunastasi III, avec les variantes d’un duplicata puquii les papyrus Rainer de Vienne et d’un ostracon de Queen’s College, Oxford. Vicouroux (Za Bible et les découvertes modernes, 2, 1896, p. 266-268) donne la traduction de MASPERO (x genre épislolaire chez les anciens Egyptiens, p. 103-106). Il applique cette description à OQuadi Toumilat. On ignorait encore la vraie situation de Pi-Ramessé.

Autres références: HEATH, 7e ÆExodus Papyri, p. 68 et pp. 73-75; CHABAS, Mélanges

égyplologiques, deuxième série, pp. 131-134; GoopwiN dans Æecords of the Past, 1 "série, p. 11-16; BrucscH, Geschichte Aegyplens, 1° édit. 1877, pp. 547-549, — Steininschrift und.

Bibelwort, pp. 189-192; MASsPERO, /isé. Anc. II, pp. 388-389. (#) Kenkémé, un célèbre vignoble dans le voisinage de Pi-Ramessé.

sera pas inutile d'en reproduire ici une traduction nou-.

une ville du

D. Territoire de Ramsès 113

Les « eaux d'Horus » ($i-A{nr) rapportent du sel et du natron. Ses bateaux vont au loin et retournent au port. Il y a abondance de vivres chaque jour. On se réjouit d'y habiter, pas de désir à exprimer. Les petits y sont comme les grands.

Allons, célébrons pour elle ses fêtes du ciel et ses commencements de sarsons. Les marais lui produisent des papyrus et les < eaux d'Horus » des ro- …. seaux. Les plantes Seber (‘) viennent des jardins, les guirlandes des VIQNeS. k On lui apporte (>) des oiseaux de la région des cataractes, ef ils mar- …. chent sur… La mer (est pleine?) de poissons [deux espèces sont nommées]. Les marécages lui offrent leur.

Les jeunes gens de Granden-victoires (*) sont en vêtements de jféêle tous les jours, avec de l'huile parfumée sur leurs têtes el des cheveux frisés de …—. frais. Îl se tiennent à leurs portes, les mains chargées de feutllage, avec des rameaux verts de Pi-Hathor, des bouquets des (eaux de) Peher. | Jour d'entrée d'Ousimara Setpenra (Ramsès 11), Monthou des Deux-Pays, . au matin de la fête de Choiak. Chacun est comme son voisin pour adresser ses requêtes.

Doux breuvage (?) de Granden-victoires [trois espèces sont nommées].

Bière de Cilicie (venant) du port, vin des vignobles, doux onguent des (eaux

de) Segebyn, guirlandes des bosquets (P), doux chanteurs de Grand-en-victoires

| formés à Memphis.

Demeure, sois heureux, et marche librement, ne l'éloignant pas de là, 6 | Ousimara Sethenra, Monthou des Deux-Pays, 6 Ramsès Aimé d'Amon, Ô l Lot dieu.

Le même papyrus contient un panégyrique de Ramsès IT, adapté plus tard à Ménephtah. Un passage fait ressortir l'importance militaire de Pi- Ramessé (*).

Combien heureux est un jour en ton temps, combien douce {a voix quand tu parles, voyant que tu as construit Pi-Ramessé Miamon, la porte de tout pays étranger, l'extrémité de l'Egypte, la (cité) aux beaux balcons, aux salles éblouissantes de lapis-lazuli et de turquoise !

(C'est) la place régulatrice de tes cavaliers, le point de ralliement de les soldats, son port est le refuge de tes marins. On lr apporte des tributs.

Sois loué quand tu arrives au milien des régiments des archers, (hommes) aux airs farouches, aux doigts brûlants, qui avancent (?) quand ils contemplent le Prince debout et combattant, et que les montagnes ne peuvent se tenir devant lut!

Est-il besoin de faire remarquer que ces détails conviennent admira-

ae de robe d'Énd

blement au site de Péluse, base à la fois navale et terrestre pour les expéditions lontaines en Asie?

j ; (t) Une plante indéterminée.

À (@) Epithète de Pi-Ramessé, voir plus haut. .S (8) GARDINER, /. Z. p. 186. 187; CHaBds, Æfudes sur l’ant. hist. p. 219-20; MASPERO,

Genre épistolaire, 717-8; BRUGSCH, Séeininschrift und Bibelwort, 200-1.

LEA 7 La Lerre re Gessen

Citons encore un autre papyrus qui donne de très intéressants détails sur les temples et sur la population de Pi-Ramessé (‘):

Sa Majesté s'est construit une citadelle dont le nom est Grand-en-victotires. Elle est située entre le Zahi et l'Égypte et elle est remplie de vivres et de provisions.

Elle est comme On de Haute Egypte (Erment,), ol sa durée est comme celle de Memplus. Le soleil se lève à son horizon, et se couche en elle. Chacun quitte sa ville et s'établit sur son territoire.

Sa parte occidentale est la maison d'Amon, sa partie méridionale est la maison de Setekh. Astarté est, à son côté Est, et Boulo à son côté Nord.

La mention d'un temple” d'Astarté est significative. Ce temple, à l'Orient de la ville, n'était pas pour les Egyptiens qui avaient. outre les trois temples nommés ici, celui de Phtah et celui de Ra. Il était pour les Orientaux, nombreux dans cette cité limitrophe. Comme les villes maritimes modernes de Port-Saïd et d'Alexandrie, Pi-Ramessé était le rendez-vous des nations. /{ y a en elle des gens de tout pars, s'écrié un poète du temps de Ramsès IT (*). Le plus fort contingent d'étrangers venait assurément de Palestine et de Syrie.

Pi-Ramessé continua à jouir d'une grande prospérité sous la XX° dy-.

nastie. Elle était résidence royale et siège du gouvernement pour le Delta. Thèbes restait la capitale pour la Haute Egypte. Le site était à souhait comme base stratégique et centre commercial, mais comme capitale, il était trop excentrique et trop près de l'ennemi. Aussi la XXI° dynastie transféra-t-elle le siège du gouvernement à Tanis. Dès lors, Pi-Ramessé

commença à décroitre et à disparaître. Elle renaquit, pour ainsi dire, de ses.

cendres à l’époque gréco-romaine, sous le nom de Péluse. Elle se perpétua aux âges coptes. On l’appelait alors IEPERLONIT qui est sûrement une survivance de l'égyptien er-Amoun «maison d'Amon » ().

Enfin ce dernier nom conserve encore une ombre d'existence dans l'arabe 74 Farama.

Ce site de P-Ramessé était habité bien avant les Ramessides. Là, très probablement, s'élevait Avaris, la ville des Hyksos. Un nom plus ancien encore du même endroit est . ou San. On le lit déjà dans les #x%5s des p,ramades comme lieu de provenance d'un bon vin. le vin de Kenkémé, sans doute. Il reparaît dans les Annales d'Assourbanipal où il est parlé d'un certain Sarlüdäri, prince de Sin, soumis avec d'autres chefs du Delta par les Assyriens. Il se retrouve au temps des Ptolémées dans les docu-

(4) GARDINER, /. /. 187; CHaABAs, Mél. égypt., 2° série, p. 151 sqq.: — Æfudes Sur l’ant. hist., 2° éd., p. 277-8; MASPERO, Genre épistolaire, p. 102; BRUGsCH, Sfeiminschrifé, p. 192-4 ; ERMAN, M ér p. 242-3. Cité par Vicouroux, ZLa Bible et les déc. modernes, 2, 1896, p.266:

@) Grand papyrus Harris, 8, 2, GARDINER, Delfa residence, p. 194. à

(5) Dans Per-Amoun, r s'est conservé sans doute parce qu'il était devant une voyelle.

Autres exemples: Hermonthis, (#)er-Monthou, « maison de Monthou Le Popwp per-Hor,

« maison d’Horus »; Pharaon, per-‘aa, « la grande maïson ». GARDINER Z. Z pi: 188

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