Ramsès biblique
à l'arrivée de Jacob, et si fuyante qu'elle n'a laissé aucune trace dans l'histoire ('), avec danger inévitable de confondre cette petite Pi-Ramessé avec la grande Pi-Ramessé du Nord.
Pour compléter sa pensée, il ajoute que cette proprieté était dans la meilleure partie du pays ÿN1 293. Sans doute, ce détail doit être entendu largement et cum grano salis, mais pour les sables et les basfonds du Ouadi loumilat, cet éloge serait vraiment par trop déplacé et friserait le paradoxe. De fait, en considération des services rendus par Joseph, son brillant ministre, Pharaon veut certainement privilégier Jacob
et sa famille, et la concession qu'il leur octroie n’est pas un leurre. Le
souvenir qu'en gardèrent les descendants est celui d’un beau et bon pays où ils étaient heureux.
Or, les précédentes citations nous ont assez décrit la fertilité et les richesses de la campagne de Pi-Ramessé. Pour une petite tribu d'une soixantaine de personnes fuyant les montagnes affamées de Palestine, c était un paradis terrestre. Pourquoi aller chercher plus loin? Pourquoi leur imposer encore des journées de marche vers les lagunes de Pithom ? Le territoire de Pi-Kamessé n avait-il pas une place libre, en bordure des jardins et des vignes. pour cette humble famille d'Orientaux ?
La considération de l'époque nous fournit un indice concordant. Seion toute probabilité, c était alors le règne des Hvyksos, et la ville, restaurée, fortifiée par eux, s'appelait Avaris. Bien plus que Pi-Ramessé plus tard, Avaris était le rendez-vous des Asiatiques. N'y étaient-ils pas chez eux ? Et la famille de Jacob pouvait-elle trouver ailleurs un milieu plus accueillant et plus sympathique? C'était bien là leur place, à eux, éleveurs de troupeaux, loin des centres purement égyptiens, « Vous haôriterez dans le pays de Gessen. car tous les bergers sont en abomination aux EÉgrplens » (Gen. 46, 34). Autour d’Avaris, la ville des étrangers. ces paroles entrent dans une parfaite clarté.
Contrée de pâturages par excellence, régulièrement arrosée par les eaux du Shihor, on ny voyait pas encore les splendeurs, les jardins et les vignes de l'âge ramesside, et les troupeaux s’y inouvaient à l'aise. Le désert lui-même leur fournissait, l'hiver et au printemps, un excellent pacage. Là erraient déjà les troupeaux de Pharaon dont nous parle l’Ecriture (Gen. 47, 0). Aujord hui encore y paissent des troupeaux de chameaux.
Et l'on entrevoit sans peine pourquoi l’auteur sacré ne nomme pas Avaris. Depuis l'expulsion des Hyksos, ce nom sonnait mal en Orient, et, d'ailleurs, il avait été effacé par le rayonnement de Pi-Ramessé Grand-envictoires. Après les merveilles de la métropole pharaonique, qui donc avait encore souvenir de la petite Avaris?
Cette solution est claire et simple. Elle ne se heurte à aucun obstacle. Elle se base sur l'existence historiquement certaine d'une ville de Ramsès
(1) La remarque prend encore plus de valeur si le verset qui nomme Ramsès (Gen.
£ 47, 11), attribué à P per les critiques, est, en effet, d’une source distincte. Ici on veut évi-
a FEU
demment donner une indication plus connue que le Goÿen indéterminé des autres.
118 VZ La terr. ve pu Gessen
en un endroit qui cadre à souhait avec le récit biblique. Les Egyptiens désignaient même parfois cette résidence de leurs rois par le nom de Ramsès, tout court, comme fait le texte hébreu. Nous en avons vu deux exemples plus haut. Le scribe ajoute, il est vrai, le mot 47» « ville », mais c'est une addition par écrit que le parler ordinaire ne connaissait pas.
Depuis longtemps la grande cité qui porta les noms de Sin, Avaris, Pi-Ramessé, a sombré, avec ses monuments et sa couronne de verdure, sous les sables du désert. Et c'est la raison pour laquelle les auteurs modernes n’ont pas pensé à cet endroit dans la question de Ramsès biblique et de la terre de Gessen (‘). Puisqu'aucun document authentique, ni sacré, ni profane, ne nous invite à la placer ailleurs, il est naturel et logique de s'arrêter à cette solution.
La terre de Gessen se trouvait dans la zone d'Avaris, plus tard Pi- Ramessé et Péluse. Pour les géographes grecs, c'était encore l'Arabie. Strabon le dit expressément: « La région qui s'étend entre le Nil et le golfe arabique, c'est l'Arabie et, à son extrémité, est situé Péluse » (°). Le détail topographique des Septante dans ta terre de Gessen d’Arabte (Gen. 45, 10; 46, 34) reçoit donc pleine vérification (°).
Préciser davantage est impossible et serait, d'ailleurs, de peu d'intérêt, car nous savons que les Hébreux ne tardèrent pas à déborder de leur domaine et à se répandre le long du Nil vers les plaines de FPanis (‘).
Reste la question de la ville de Ramsès construite par les Hébreux en même temps que Pithom (Ex. 1,11). À la rigueur, on pourrait admettre
(*) Pourquoi les autres passages de la Bible emploient-ils toujours l’expression si fuyante pour nous de {erre de Goëen ? Il serait superflu de le chercher longuement. Peut-être étaitelle précise pour eux, et s'ils ia maintiennent sans faire allusion ni à Avaris ni à Pi-Ramessé, c’est peut-être par respect pour la tradition qui ne leur livrait pas d’autre nom.
(@) XVII, I, 21, texte entier en appendice III, 4.
(5) Est-il à propos de faire intervenir le Goÿen dont ïil est question dans fe livre de Josué ? Assurément ce n’est pas le même pays, mais le sens du terme pourrait projeter quelque lumière sur la question. Goÿez est employé là deux fois (Jos. 11, 16; 10, 41) pour désigner un pays intermédiaire entre la wontagne et la plaine, donc un pays de cofeaux (cfr. Jos. 12, 8). Dans un troisième passage (Jos. 15, 51), Goÿen est une ville de Juda mais toujours dans la région des cofeaux. Le mot a une fois l’article (Jos. 11, 16). Avaitil une signification primitive de cofeau, versant de montagne ? Il aurait alors été appliqué par les Sémites aux légères ondulations de terrain qui régnaient autour d’Avaris. Simple hypothèse que l'identité des deux termes dans Goÿen de Palestine et Goÿen d'Egypte autorise à hasarder, surtout après avoir établi avec quelque probabilité que dans le second cas, goÿen ne se rattache pas à un radical égyptien.
(4) Une remarque faite depuis longtemps par Vicouroux (Za Bible ef les déc. mod., 2, p. 217-220, notes), trouve ici son application. C’est le souvenir des poissons que les Hébreux avaient à volonté dans leur terre de Gessen. Dans leurs murmures au désert il disaient : « II nous souvient des poissons que nous mangions pour rien en Egypte, des concombres, des « melons, des poireaux, des oignons et de l'ail» (Num. 11, 6). Or, le lac Menzaleh, sur les bords duquel vivaient les Hébreux, a toujours été célèbre par la variété, la qualité et l’abondance de ses poissons. Aujourd’hui, comme autrefois, c’est une des richesses de cette région.