‹ Les hébreux en EgypteChapitre 96 sur 149 · Ramsès et Pithom · texte numérisé non relu

Ramsès et Pithom

pharaon à la ville, ses libéralités envers le grand dieu Toum et son temple, et quelques’ autres belles actions accomplies dans cette région. La formule stéréotypée 7'oum, dieu grand et vivant de T'hékou s'y répète avec une fatiguante uniformité. Je recueille quelques passages un peu plus expressifs pour notre but. //s voguèrent, vinrent à T'hékou et s'y reposèrent (|. 14). Les dieux rapportés de Perse vinrent devant les dieux du pr-loum [de\ T'hékou (!), leurs statues s'y reposèrent pour toujours (1. 13). À la ligne 10, on énumère les dons offerts au Pz-loum. Dans ces deux derniers cas,le mot fz-/oum est suivi du déterminatif de ville et Naville veut y voir le nom religieux de Thékou. Il paraît bien étonnant que sur une même stèle, la même localité reçoive deux noms différents. D'ailleurs, en prenant le composé dans son sens ordinaire, demeure de T'oum, on obtient un sens bien préférable. Quant aux déterminatifs, l'inscription est trop négligée pour qu'on y attache une sérieuse importance (*).

3. Textes géographiques des temples de Dendéra. Edfou et Philae (°),. Tous ces temples furent construits au temps des Ptolémées. On y figura sur les parois, de manière symbolique, toutes les provinces d'Egvpte. C’est une procession qui s’avance vers le roi. chaque personnage représente une province, il en porte sur la tête le signe hiéroglyphique avec le nom de la capitale. Il est censé l’offrir au pharaon avec tous ses produits. Une légende accompagne le tableau et l'explique. Nous avons déjà fait remarquer avec Gardiner, en parlant du prétendu prototype égyptien du mot go$en, que ces textes gravés à cette époque tardive sont assez défectueux et qu'ils contiennent souvent des noms rares et très anciens qui n'étaient certainement plus en usage, tel Seswef, nom ancien de Pi-Sopd.

D'après ces représentations, le Ouadi loumilat formait alors le huitième nome de la Basse Egypte avec Thékou comme capitale (‘). Il y est question aussi de 7-7 oum dans Ro-1ebt « la porte de l'Orient » (°), et, au moins deux fois, de /7/a-Toum + la demeure de Toum » (°). Mais rien n'in-

S (1) A. GARDINER, (7%e Della residence, p. 268) traduit : /es dieux de Pithom et Thékou, “comme s’il s'agissait de deux localités différentes. Il ne semble pas que‘ce soit nécessaire, Car, dans les inscriptions de Tell el-Maskhouta, le signe du génitif # est souvent omis (pl.7 A. pl. 5 À, pl. 8 fronton de la stèle). Au reste, il faut traduire‘ici : Ze femple de Toum de Thékou.

(©) Le déterminatif de ville est employé au fronton de la stèle (pl. 8), après ro-1eb « porte de l’Orient », avec le déterminatif des pays étrangers, après Pi-kerehet avec l’uraeus, après le nom du nome « le harpon oriental » (ligne 1, pl. 9 et ailleurs). Il est donc manifeste que sur cette stèle, il n’est pas restreint à l’idée de ville, mais qu'il s’étend à l’idée générale de pays, endroit, lieu, localité. Dès lors, comment peut-on assurer que pi-foum suivi de ce signe veut dire « ville de Pitoum ? ».

(8) J. DÜMICHEN, Geographische Inschriften allägyptischer Denkmäler. Leipzig 1865-1866, 4 vol. — MARIETTE, Dendésah. Paris 1870-1874. — DE ROUGÉ, /»scriptions et notices recueillies à ÆEdfou.

(4) DÜMICHEN, I, pl. 62; III, 19, 34. DE RouGé, pl. 145.

(5) DÜMICHEN, I, pl. 98, ligne 12. — MartETTE, Dendérah, IV, 75, 12 ; avec le déterminatif de ville.

4 (6) DÜMicHEN, I, pl. 64: III, pl. 46: « Dit par Toum, dieu grand, habitant dans Ha- | Doum'». Je dois toutes ces références à M. Henri Munier.

128 V’71. La persécution

dique que ces termes désignaient Thékou. et il est bien plus logique de les entendre d'une autre care de la même province (°).

Après cette rapide énumération des documents, la conclusion se dégage indiscutable sur certains points, hésitante sur d’autres. lhékou était le nom ordinaire de la ville égyptienne située à Tell el-Maskhouta. Pitoum est un composé signifiant « le temple de Toum » aussi bien à Tell Artabi que dans la cité voisine, et il est naturel d'admettre que, par extension, ce terme religieux s'est appliqué à l'une et à l’autre des deux villes: Avec une différence, pourtant. À Tell el-Maskhouta, l’appellation sacrée de Pitoum est secondaire et accidentelle, elle s’efface devant le nom ancien de Thékou. À Tell Artabi, elle est unique, donc commune et ordinaire, autant du moins qu'on peut en juger à la lumière si faible des documents. C’est, en effet, une énigme que cette ville. Elle est beaucoup plus ancienne que sa voisine, sa rivale peut-être, Thékou. Elle plonge ses racines dans l'Ancien Empire, elle voit les gloires de la XI! et de la XVII dynastie, elle brille au temps de Ramsès IT qui restaure son grand temple, elle s'entoure de murs avec Ramsès III, elle se maintient encore quelques siècles, puis elle sombre dans l'oubli. Aucune trace ni des Ptolémées, ni des Grecs, ni des Romains n'y a été retrouvée. Elle n'était donc plus rien au temps d'Alexandre. Elle avait disparu devant Thékou toujours grandissante (?).

Quel nom lui donner ? Nous n’en voyons d'autre que Pitoum: Relisons le passage cité du papyrus Anastast V7: Nous avons fini de faire passer les tribus bédouines d'Edom par la fortesse de T'hékou vers les marais de Pitoum de Thékou (ou qur est de T'hékou). Malgré l'obscurité du sens, il est naturel de placer la seconde localité à l'Ouest de la première, donc à: Tell Artabi. Et l'expression, Proum qui est de T'hékou, s'éclaire singuliè” rement à la lumière des inscriptions qui, à Tell Artabi, appellent Toum, seioneur de Thékou. C'est nous dire qu’à cette époque, le nom de Thékow

(1) Les textes” géographiques et la stèle de Ptolémée Philadelphe, qui sont d’ailleurs de même époque, donnent à peu près les mêmes termes. Outre Thékou, le doublet Pitoum=. Hatoum, et le nom du nome «Île harpon oriental », on trouve des deux côtés Æo-iebt et Pi-kerehet. Ro-iebt « la porte de l'Orient » est une qualification géographique de la région, qu'il. est facile de comprendre. Quant à Pi-kerehet, on ne sait trop qu’en faire ni où le prendre. La stèle dit (pl. 8): « Osiris, seigneur de XLo-1ebf, habitant Pi-£erehet », et plus loin (ligne 2 « Sa Majesté vint au temple de Pi-kerehet (hat nil Pi-kerehet) ». Ce mot est toujours suivi de l’uraeus, c’est donc «le temple du serpent ». A la ligne 27, on énumère les offrandes faites. à ce temple et ici le mot est suivi du déterminatif de ville, Où était ce temple? A l'Orient ou à l'Occident de Thékou? Le même terme.désignait-il une localité de quelque importance ? NAVILLE, (Siore-city, p. 24. 25) pense que Pi-kerehet était le nom égyptien de la ville do nt on voit les ruines au pied du Gebel Mariam, près d’Ismaïlia, et que c’est aussi le P#ihahira de la Bible (p. 30), ainsi que le Serapiu de l’/#inéraire d'Antonin. Nous traitons plus loi cette question.

() C’est, sans doute, l’ouverture du canal du Nil à la Mer Rouge, au temps de Darius qui assura la prépondérance à Thékou plus rapproché de l’embouchure et qui devint ut grand port commercial sous le nom de Héroonpolis.

4, Ramsès et Pithom | 129

dominait celui de la bourgade occidentale et rayonnait déjà dans toute cette vallée ;(*).

Jusqu'ici nous avons tablé sur les documents égyptiens. À l’époque gréco-romaine, un nom nouveau paraît qui éclipse tous les autres, c’est Héroonpolis, “Hogoowv xéliç (*). Nous l'avons déjà dit, tous les géographes placent cette ville dans l'extrême enfoncement du golfe arabique, ’ev t@ uvy® toù ’Aoafiou xékrou. Il n'y a pas de doute que c’est Tell el-Maskhouta. Un peu au Nord du temple de Toum, tout près du canal actuel, Naville a retrouvé des constructions beaucoup plus récentes qui sont les ruines dune petite cité gréco-romaine. C’est ce que prouvent, entr'autres, les monnaies ptolémaïques et impériales qu'on y a ramassées en grand nombre, et, mieux encore, les inscriptions lapidaires découvertes par Naville. En voici la partie essentielle : (°)

Page 1