‹ Les hébreux en EgypteChapitre 97 sur 149 · A) POLIS CRAN OMAN TE MIERO B) AB ERO IN CLVSMA CASTRA M VIII · texte numérisé non relu

A) POLIS CRAN OMAN TE MIERO B) AB ERO IN CLVSMA CASTRA M VIII

Le début de la seconde nomme les /mperatores Maximien et Sévère et les Caesares Maximin et Constantin. D’après Naville, l'inscription est de 306 ou 307 après Jésus-Christ. Comme le remarque justement le même auteur, ces deux pierres furent gravées par les soldats romains qui occupaient ce poste. Nous y lisons deux fois le nom de l'endroit, Ero, d’où les Grecs tirèrent Héroonpolis « la ville des héros ».

La seconde inscription crée une sérieuse difficulté. « D'Ero à Clysma, 9 milles ». Or, Clysma est à Suez (“), à 69 milles d'après l’Itinéraire d'Antonin (voir appendice, III, 3). Naville supprime cette distance et met un second Clysma, un petit Clysma, à 9 milles de Tell el-Maskhouta, près du

> lac Timsah. C'est conforme à sa théorie d'après laquelle, au temps de l'Exode, la Mer Rouge s’avançait jusqu aux plaines de Neficheh, à l'Ouest du lac actuel (p. 24. 25). Une autre opinion soutenue autrefois par Dillmann et Mommsen (p. 22. 25) tient que la pierre a été déplacée, qu'elle avait été érigée à 9 milles à l'Est de Tell el-Maskhouta et qu'elle fut rapportée à la ville pour servir à quelque constructiom. Naville combat énergiquement cette opinion et la déclare sans fondement.

Alan Gardiner propose une solution beaucoup plus élégante (*). Ero était à Tell Artabi, et la pierre, 22 siéu à Tell el-Maskhouta, marquait le %® mille sur la route d'Ero à Clysma. C'est la solution que nous devrions admettre, puisqu'avec Gardiner nous avons localisé Pitoum à Tell Artabi.

(t) ALAN GARDINER a été le premier à différencier Pithom de Thékou et à le localiser au site de Tell Artabi (Delta residence, p. 268 et carte, pl. XXXV). Il y met aussi Héroonpolis que je crois devoir maintenir à Tell el-Maskhouta.

(2) Je garde cette forme qui est celle de tous les auteurs grecs.

() Navizze, 7he Slore-city of Pithom, pl. 11.

(4) Tout près de cette ville, se voit un monticule que les indigènes appellent encore Tell Gismel (ou Kismel). Le mot Gismel est une survivance de Clysma.

(5) The Della residence, p. 269.

130 ETES persécution

Mais à cela s'oppose une insurmontable difficulté. Il n'y eut pas de ville oréco-romaine à lell Artabi.

C'est Petrie qui nous le dit (). Force nous est donc de laisser Ero à lell el-

Maskhouta, quitte à chercher une autre explication de l’énigmatique milliaire.

Celui-ci ne peut prévaloir contre l’ensemble des faits et des documents (°)..

Mais l'identification Pitoum-Héroonpolis ne se retourne-t-elle pas contre nous ? En aucune façon. Héro, disent les savants, était un nom secondaire du dieu Toum. Héroonpolis est donc la traduction de Pi-toum (°).

Une simple comparaison suffira pour mettre les choses au point. Les Grecs appelèrent Héliopolis la ville qui était On pour les Egyptiens, parce que Ra (le Soleil) y était le dieu principal. De même, ils appelèrent Eléropolis (par corruption, Héroonpolis) la ville qui était Thékou pour les Égyptiens, parce que le dieu local était Héro (T'oum). Le nom de temple Pitoum n'entre donc pour rien dans la formation du grec FHéroonpolis (*).

(!) Æyksos and Israelite cities, p. 28.

(2) Même si de nouvelles fouilles venaient à révéler une occupation romaine à Tell Artabi, il faudrait maintenir Héroonpolis à Tell el-Maskhouta. Il se trouvait là une ville gréco romaine et nul autre nom ne lui convient mieux que celui d’Héroonpolis. D’après les géographes, Héroonpolis était le point de départ pour la navigation vers la Mer Rouge, et la première ville importante que rencontraient les bateaux arrivant d'Orient et s’enfonçant dans le golfe arabique. Comment brûler le poste si favorable de Tell el-Maskhouta et aller à quinze kilomètres plus loin en une localité abandonnée déjà sous les Ptolémées ?

La solution de Gardiner offre un autre point faible. Elle fait d’Ero le point de départ, la tête de route pour Clysma. C’est bien pour Tell el-Maskhouta, mais pour Tell Artabi qui

n’était rien alors? Ajoutons que ce milliaire eût été de peu d’utilité s’il n'avait fait qu’indi-

quer la distance parcourue entre deux points assez rapprochés. Ce que le voyageur veut savoir, c’est la distance qu'il lui reste encore à parcourir. Et avouons que, pour nous, sur

cette pierre, l’indication n’est pas claire puisque les savants ne s'accordent pas à la reconnaître. P , P

Je pense qu’on a tort d’attacher une si grande importance à une pierre gravée seule-

ment au IVe siècle alors que depuis longtemps les Grecs et les Romains voyageaient sur ces”

routes. La première inscription est évidemment très négligée. On dirait un amusement de désœuvré (Naville, p. 21). La seconde avait-elle une valeur officielle? Cette petite plaque

sans base était-elle un vrai milliaire ? N'y a-t-il pas erreur dans les chiffres ? D’ailleurs, l’opi-

nion de Naville n’est pas dénuée de valeur et c’est peut-être la vraie. Voir plus loin un texte contemporain de S. Athanase semblant mettre un Clysma sur les bords du lac Timsah.

(8) D’après NAVILLE (Sfore-city, p. 10). Héro est le mot égyptien ‘ar signifiant «sphinx, lion ». Or le lion était l’emblème du dieu Toum. Il fallait assurément que ce nom fût assez communément répandu pour être adopté par les Grecs. La forme régulière et primitive serait donc Héropolis, et ce fut par un jeu de mot qu’on arriva à Héroonpolis « la ville des héros ». On disait aussi couramment Hero, Ero, comme Heliu (pour Héliopolis). Telle est du moins la forme qui se trouve dans les inscriptions citées plus haut, dans l’Itinéraire d’Antonin, dans la peregrinatio Silviae, dans ETIENNE DE BYZANCE, De urbibus et populis, p.298. Voir article Phithom dans Vicouroux, Dict. de la Bible. |

Un dieu “Howv était honoré au Fayoum (LEFEBVRE dans Ann. du Seru. des Ant. 20 (1920), p. 237), mais il ne semble pas que ce fût le dieu Hero (Toum) de Thékou.

(4) La version boheïrique a xedœu là où la version sa‘idique porte EYPHWN THOAIC-

Qu'en conclure? Sinon que le traducteur de la Basse Egypte sait que Héroonpolis signifie. « ville de Héro » qui est Toum? Et comme apparemment il n’aime pas les mots grecs, il.

emploie le nom égyptien qu'il connaît. Au reste, nous l'avons dit, le terme Pitoum a pu s'appliquer aussi à Thékou, à cause du temple de Toum.

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A. Ramsès et Pithom 131

Par ailleurs, aucune confusion entre les deux cités voisines n'était, semble-t-il, possible. Quand Tell Artabi (Pitoum) était quelque chose, les Grecs l’appelaient Ildrouuos (Hérodote, Il, 158). Cette ville s'efface, un nom tout à fait différent est donné à la rivale victorieuse (‘).

Cette longue discussion se résume donc ainsi: à Tell el-Maskhouta, Thékou, puis Héroonpolis ; à Tell Artabi, Pitoum, puis Patoumos. Par extension, Pi-toum -< le temple de Toum » a pu s'appliquer aussi à la ville de Thékou à une époque où Tell Artabi n'était plus habité.

Au point de vue biblique, il importe peu que les Hébreux aient travaillé à l'un ou à l’autre endroit. Dans les deux villes, les inscriptions parlent de greniers ; dans les deux villes, le temple de Toum fut restauré par Ramsès Il, et, de part et d'autre aussi, les prédécesseurs de ce grand roi ont pu entreprendre des constructions. Je crois cependant qu'en plaçant le Pithom de l'Exode (1, 11) à Tell Artabi, nous obtenons une interprétation un peu meilleure. Car, nous évitons ainsi l'inconvénient de faire donner par le même Livre, et à peu de distance, deux noms différents à une seule et même ville (Pithom, Ex. 1,11; Soccoth (*), Ex. 12,37). D'autant que dans la mémoire des Hébreux, les villes de Ramsès et de Pithom étaient inséparablement unies comme emblèmes de servitude. Si donc pour l'auteur sacré, Soccoth avait été Pithom, il aurait dit plutôt : « Les enfants d'Israël partirent de Ramsès pour Pithom » (Ex. 12, 37). Il y avait, en effet, une spéciale satisfaction à chanter la délivrance sur les touches mêmes de l'esclavage.

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