Heterophrys myriopocla
dont il manquerait un des côtés, ou en étoile à trois l)ranclies dont une branche serait devemie plus longue (pie les autres, et ces tihuiieiits, l)ien ipie lilires et ne formant pas un réseau spongieu.x continu, sont intercalés les uns dans les autres eu un fouillis inextricable. d"où s'élancent à la périphérie les filaments radiaires droits et longs qui seuls sont visibles sur
HETEROPHRYS ^HTRIOPODA 151
le vivant. Ces longs filaments alors, vus ini h un (fig. 2, .3), se montrent sous la forme d'une aiguille à tricoter, pas toujours bien droite, on bien aussi sont fourchus à leur base, représentant alors une étoile à tntis rayons dont l'un serait tout ])nrticHliérriuein développé en longueur'.
Ces s])icules, ajoutons-le. (pii suivant Archer seraient de nature i)rotoplasnii(iue. et que Hertwig et Lksser considèrent comme siliceux, doivent sans doute être foi-més d'une su])staiice cliitiiioïde. car l'acide sulfurique bouillant les dissout innnédiatement.
A Fintérieur de cette envelo])pe, nous trou\<ins Tectoplasme, tout rempli de grains verts représentant des algues symbiotiques (Chlordla nilfiaris Beyerixk) à divers états de développement, et souvent aussi de corpuscules chlorophylliens qui semblent n'être que des fragments capturés de côté et dauti'e. On y voit aussi des granulations extrêmement fines, rondes, puis des grains d'excrétion ; toujours aussi, comme c'est le cas d'une manière très générale dans les héliozoaires que la symbiose colore en vert, on remarque une masse considérable de grains d'amylum. De plus, il s'y trouve fréquemment des corps arrondis, d'un bleu pâle et mat, qui se colorent facilement en rouge par le carmin, et sont susceptibles, lorsque grâce à une forte compression l'animal s'étale largement sur ses bords, de s'étirer comme des larmes de pâte molle.
Il est extrêmement rai'e, bien que le cas se rencontre parfois, dans V Heferophrys myriopoda adulte et bien verte, de cimstater la présence d'une vésicule contractile quelconque ; et cela ne doit pas être attribué au fait que les zoochlorelles et les grains de toute sorte cacheraient cette vésicule, mais à une absence réelle, et qui du reste se constate très habituellement dans les espèces à symbiose {Raphidiophrys viridis, Acantliocystis tiofacea, etc.), connue si la chlorophylle fournissait à l'animal une quantité suffisante d'oxygène jiour lui permettre de se passer, en partie au moins, de vésicules contractiles. Et cette supposition semble être rendue assez vraisemblable par le fait, dont j'ai pu m'assurer et que j'ai contrôlé sur V Accwthocystis turfacea, que dans les individus jeunes, toujours plus vifs et dans la règle moins colorés, et dans les individus « albinos », c'est-
' Nou.s ne possédons encore sur la striicliire de l'enveloppe dans les Hfli'iriphnjx qne des données très values, et «généralement fautives: l'expliriitlon qui vient d'en être donnée est très proelie de celle de Heutvvig i'I Lesser (voir diap. I. piif^'. 2'n. (|ui <w seinlilent élre les seuls à avoir vu i\ peu prés juste.
à-flire dépourvus de chloropliyllc. la vrsicnle contractile se montre d'une luanicre jiarfaitenient normale.
L"endoplasme, quand il n"est pas trop obscurci par la chlorophylle, apparaît nettement à la vue, avec des contours francs et généralement un peu irréguliei's, siimeux; (piand on soumet l'animal à laction de la glycérine, on voit cet endo])lasme se détacher très nettement du reste du cor])s. cduimc une houle d"ai)])ar('nce cireuse sur ses hords, et (pie le carmin rougit assez vite.
Cet endoplasme, grisâtre, peu granulé, montre ' dans son intérieui' un grain central admirablement net, de 2 y. de diamètre, sous la foiiue d'une petite jierle ronde, souvent
avec lumière centrale, entourée d'un halo clair et de stries radiaires bien distinctes (tig. 4); ce grain rougit facilement par le carmin, mais d'une manière au premier moment beaucoup moins intense que le noyau. Ce dernier, assez gros, très excentrique, possède une membrane fine et un suc nucléaire très peu abondant, lecpiel renferme à son tour un nucléole de très fort volume, gris, pâle, finement pointillé. Le noyau tout entier, sphérique en principe, peut également se montrer conique ou lol)é, ou déchiqueté, déformé par les fils axiaux (voir pag. 39).
Il faut remarquer que dans cette espèce le noyau, très pâle et caché par l'ectoplasme, n'a presque jamais été vu ; Archer et Greeff ne l'ont pas trouvé, et Hertwk; et Lesser semblent avoir été les premiers à constater sa présence; Leidv, qui l'indique
' Apivs ooiiiiiri'ssiiin |iniili'iili'. ou sur le \i\iiiil djins 1rs individus alliiiKis nu ni' rcuriTiiiiUil que |i('ii di' i-hloro|jliyH('.
2. Enveloppe vue à sec. — 3. Un des spicules, détaché. — 4. Partie centrale de l'endoplasme, avec grain central, auréole claire, et rayonnement des fils axiaux ; à droite le noyau. — 5. Grain central, après carmin (autre individu).
ITETEROPITRYS MYrJOPODA 1 Ô3
coiiiiiR' ceiilial, n'a vu sans doute (jue la tache claire produite par reudoplasiiie. De plus, il est bon d'observer qu'après l'action du carmin cet héliozoaire pourrait facilement passei', connue du reste d'autres espèces à chlorophylle, pour polynucléé. par le fait ipu' rmi trouve alors fort généralement une quantité de globules rouges, (pii i-eprésentent les corps originairement bleuâtres dont il a été (piestion ])lus haut, et qui après coloration se distinguent à peine du noyau véritable.
Les pseudopodes présentent dans cette espèce des traits ])articuliers : très nombreux, extrêmement allongés, ils sont relativement fort larges, et à partir de leur base, où parfois on peut voir le fil axial interne, ils s'amincissent très graduellement jusqu'à leur sommet. Ils sont finement granulés, souvent presque lisses, parfois quelque peu renflés par places, et montrent en somme plus d'analogie avec les pseudo])odes de Y Actinophrys sol qu'avec ceux des Acanthocystides en général.
La locomotion dans V Heterophrys ini/riopoda est rapide ; l'animal parcourt facilement riô y. en 30 secondes, chiffre élevé pour un héliozoaire ; ce faisant, il roule lentement sur lui-même connue une bille sur le sol.
Telle est la structure de notre Heterophrys, considérée à l'état adulte et sous sa forme générale. Cet héliozoaire se uiontre cependant assez variable dans les détails de son enveloppe mucilagineuse, (pii peut être plus ou moins large, plus ou moins poussiéreuse, et on les spicules sont plus ou moins longs et distincts ; peut-être n'y a-t-il pas là seulement des différences individuelles ou dues à l'habitat, mais des variétés réelles; c'est ainsi «pi'à Rouelbeau j'ai fait une récolte où tous les individus, de faible taille, possédaient une vésicule contractile, peu de chlorophylle, une enveloppe toute pénétrée de petits grains, et des spicules presque toujours invisibles sur le vivant. Les jeunes individus, également, présentent une apparence un peu spéciale : peu colorés, pourvus de vésicules contractiles, ils peuvent être à première vue facilement 'confoiulus avec V Heterophrys Fockei. De temps à autre aussi l'on rencontre des albinos, ou exemplaires dépourvus de chlorophylle, et qui, comme il a été dit plus haut, montrent des trait particuliers.
Mais il faut dire encore quelques mots d'une habitude curieuse que possède cette espèce, et qui consiste dans la capture d'aiguilles siliceuses enlevées à d'auti'es héliozoaires. et en particulier à V Acanthocystis turfacea. V Heterophrys myrlopoda, counne si elle se sentait trop i)eu en sûreté sous son enveloppe naturelle, s'empare (probablement lors-
([u'ellf trouve des squelettes vides?) des spicules de VAcanfliori/stis. qui tigureiit une aruie défensive bien plus efficace, et dispose ces aiguilles autour de son enveloppe dans un ordre régulier, les implantant par leur base dans la gélatine (voir cliap. I, pag. 70), mais sans abandonner pour cela ses propres spicules. Comme ces derniers sont parfois à i)eine visibles sur le vivant, V Heterophri/s finit (|uelquefois par ressembler si bien à VAcanthoci/stis tmfacea qu'on ne l'en distingue guère que i)ar l'absence de l'enveloppe siliceuse tangente, par sa rapidité de marche, et par ses pseudopodes d'un type spécial. A défaut de V Acantliocystis turfacca, V Heterophrjis myriopoda se contente des spicules de la Raphl- (Jiophrys riridis, très forts aussi quoique moins effectifs sans doute comme arme défensive.
Il Heterophrys myriopoda^ bien qu'assez variable de taille, est un des plus grands héliozoaires que nous connaissions; dans l'adulte, le diamètre du corps proprement dit est en moj'enne de 53 y. environ, et avec l'enveloppe mucilagineuse. mais sans les spicules, il arrive à 72 y.: le plus grand individu que j'aie examiné avait, sans enveloppe. 64 y., et avec le mucilage 90 u. de diamètre.
J'ai trouvé cette espèce aux marais de Bernex et de Rouelbeau, puis à Pinchat (fossés), à Onex (étang), et à la Pointe à la Bise (rivages du lac) '.
Hettrophvys myriopoda var. holochlora \'ar. nov.
Au marais de Bernex se trouve en abondance une Reterophrys que pendant assez longtemps j'ai regardée comme une simple forme de V Heterophrys myriopoda, mais à laquelle, après une étude prolongée, je ne puis aujourd'hui faire autrement que de reconnaître une véritable autonomie, suffisante dans ses caractères pour faire considérer cet organisme comme représentant une variété particulière.
Dans cet héliozoaire, de même taille en général que l'espèce précédente, le plasma
' Hehtwig et Lesser ont décrit une HHerojihri/s miiriiw. (|iii (liiït'Teniit de la i)ircé(|pnte par une taille plus faible, des pseudopodes plus longs, et par son habitat marin. Je suis cependant pnrtr à croire, coniuie ScHAL'DiNX. qu'il n'y a là qu'une seule et même espèce.
IlEl'EliOl'llKYS MÏKIuroDA
est coloré d'une teinte verte plus uniforme et plus foncée, grâce à une accumulation encore plus grande de zoochlorelles. lesquelles occupent, mêlées à des grains bleus, pour ainsi dire toute la place, laissant ])ourtant libre l'endoplasme à peine visible mais normal. Jamais on ne voit trace de vésicule contractile, mais, counne dans res])èce précédente, une foi'te compression fait toujours apparaître quelques petites vacuoles rondes. Jamais non plus je n'ai ti'ouvé dans le i)lasma de nourriture figurée, liien ((ue de rares petits grains jaunes laissent supposer une digestion terminée. Le noyau n'est mis en évidence que par la compression; après l'action du carmin, on trouve un certain nombre de taches rouges, provenant de boulettes pâles (pii se sont fortement colorées et ne se distinguent plus du noyau.
Heterophrys mi/iiopoda var. holochlom. — 1. L'animal étalé; à droite on voit des pseudopodes rétractés. — 2. Squelette à sec. — 3. Quelques-uns des spécicules. — 4. Spicules en place (à demi schématique).
L'enveloppe mucilagineuse, dans la règle fortement granulée, et où les petits grains, (jui semblent être des produits différenciés de la matière même qui forme le mucilage
156 LES IIÉLIOZUAlKEïS l)"EAr DOUCE
(mêlés d'ailleurs à roccasion de microbes véritables), sont fréqueimneiit disposés avec un certain ordre, comiiie des chapelets radiaires s'allongeant entre les tilanients chitineux, est remarquable par la possession d'une éeorce interne, visible comme un anneau courant tout autour du corps mais séparé cependant de lui pai' une petite bande claire et dont tout plasma est absent (fig. 1). Cet anneau, qui à un faible grossissement simule une membrane spéciale, très nette, se montre, examiné de plus près, formé non dune substance continue, mais de perles bleuâtres, pâles, serrées à la suite les unes des autres en une seule couche, et tigurant ainsi à la vue un collier, de 2 y. environ d'épaisseur. La substance dont est composé l'anneau est protoplasmique. et semble résulter d'une condensation locale de plasma ou de mucilage; lorsque l'on comprime l'individu, cet anneau se fond rapidement et disparîiit à la vue.
(^)uant aux spicules (fig. 2, 3, 4), chitineux ici encore, ils sont dans la règle beaucoup moins visibles que dans l'espèce type, plus fins et plus courts, et lorsque ce revêtement filamenteux est examiné à sec, on constate que ces spicules sont moins forts, plus courts, et prennent naissance sur un feutrage beaucoup plus serré, par ci par là réticulé d'une infinité de petits triangles, lesquels arrangés avec un certain ordre forment, pris en groupes, des dessins vaguement hexagonaux, etc. Cette a])parence spéciale provient de ce (pie les sjjicules fourchus ou en étoile à trois rayons sont ici plus réguliers, plus nets, que dans le type. A ce propos je mentionnerai un fait intéressant, ([ue j"ai souvent observé dans cette variété: c'est que, au moment où avec une pipette on a transporté un animal sur un verre de montre, les spicules radiaires peuvent se rabattre tous à la fois, se coucher à moitié sur la surface mucilagineuse, et le revêtement rappellerait alors une fourrure exposée à la pluie ; mais peu à peu les spicules se redressent et repreiment leur jjlace normale. A cette occasion également, j'ajouterai que, sur de jeunes individus au moins, dans cette variété comme dans l'espèce type, lorsque les pseudopodes viennent pour une raison ou une autre à se rétracter complètement, le retrait s'arrête quelquefois au niveau de la surface mucilagineuse ; l'on peut voir alors ces pseudopodes dessiner dans l'épaisseur de cette enveloppe des bandes radiaires, rentlées à leur sonnnet en une perle allongée, étalée, et qui résulte sans doute d'une accumulation du i)lasma pseudopodique rétracté (fig. 1 ). Parfois même, du sommet de cette pei-le on voit s'élancer un fil axial, sur leiiuel le plasma va bientôt recommencer à grimper.
IIETERUl'UKYS FOCKEI loi
Les caractères principaux qui distinguent la variété Jioiochloiv de l'espèce type sont donc les suivants :
1. Teinte verte plus foncée et plus unie: endoplasuie indistinct.