CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES
Il n'entre pas dans mes intentions de faire ici Tliistoire des héliozoaires, ni de décrire ces organismes dans tous leurs détails; aussi bien aurait-il mieux vaJu pour cela traduire, en le remaniant quelque peu. l'ouvrage de BûTSCHLi' (8), qui d'une main sûre et avec une précision remarquable a reproduit tout ce que l'on savait en 1882 de ces organismes. Cette œuvre capitale se trouve dans toutes les bibliothèques, et de longtemps encore sera consultée avec fruit; Delage et Hérouard (24) également ont décrit ces animaux avec une grande compétence, mais d'une manière plus condensée; Blochmann (4) enfin, puis les traités généraux de zoologie, nous renseignent assez exactement sur ces organismes. Mais mon but est différent: j'ai cherché à donner au lecteur pour ainsi dire une suite de courtes monographies où dans chaque espèce les détails systématiques, morphologiques ou physiologiques, seraient brièvement examinés.
Mais il n'en est pas moins vrai que de l'examen des espèces ressortent des conclusions générales; celles que j'ai pu tirer ont alors tantôt confirmé et tantôt infirmé les opinions courantes ; fréquemment elles ont donné lieu à des idées personnelles ou montré des faits nouveaux ; et il m'a semblé qu'il y aurait avantage à condenser tous les faits généraux en un premier chapitre où la structure, la morphologie, la physiologie, les conditions d'existence des héliozoaires seraient examinées dans leur ensemble.
' Dans tout le cours de cet onvran-e, les chilTres entre parenthèses placés après le nom d'auteur, se rapportent au numéro de la table bibliograpiiicpic donnée k la lin du volume, et indiquant le titre complet de l'œuvre à laquelle il est fait allusion.
10 T.ES ItKLID/OAHiES D KAT IIOITH
Ce premier chapitre aura ddiic. si l'on veut. (|nel(|ues rapports avec un traité général, maison certains paragraphes se trouveraient siuuuliereinent écourtés, l'auteur ayant passé troj) vite sur les points ([u'il n"a i)as examinés de ses propres yeux. Tel (|u"il est en tout cas. ce chapitre ])eut rendre des services en tant que destiné à groui)er les observations isolées: mais le lecteur ne devra pas oublier (|ue dans bien des cas, lorsqu'un renseignement est donné concernant telle ou telle espèce citée jiar son nom. en parcourant les lignes consacrées à cette espèce, on trouvera des détails plus jtrécis.
IlftCOLTE ET ÉTUDE
Les Héliozoaires se rencontrent à peu près partout dans les marécages, les étangs, les fossés; ils aiment à s'élever sur les lieri)es iunnergées, et à parcourir la couche feutrée qui recouvre le fond des eaux tranquilles. Ou les trouve partout où se montrent les rhizopodes proprement dits, amibes ou thécamœbiens : plus vifs et légers, ils grimpent facilement sur les plantes aquatiques ; ils paraissent affectionner surtout les eaux claires et bien aérées, les tapis de mousses inondées, et se font rares dans la boue noire où les ain(ebiens se trouvent encore nonil)reux. Les tourbières à spliagnum cependant, toujours si riches en l'iiizopodes, ne possèdent que peu d'héliozoaires. à moins que les sphaignes n'y soient constamment recouvertes d'eau; et (piant aux mousses des bois, elles n'en montrent l)our ainsi dire jias, ces animaux exigeant sans doute un milieu toujiuiis humide.
La récolte des héliozoaires ne présente pas de difficulté : cependant, comme il importe de ne rapporter chez soi qu'un uuitériel i)our ainsi dire jiur et trié, et d'éviter la boue inerte gênante pour les observations, il ne sera pas inutile d'indiquer les procédés (|ui m'ont donné les uu'illeurs résultats: Muni de grandes bottes de chasse, j'entre droit dans le marécage,et tenant à la main une éprouvette sur l'ouverture de laquelle est placé mon doigt, je plonge le bras tout entier dans l'eau jusqu'à ce (jue le réci])iciit vienne à effleurer le fond; puis levant le doigt (pii oblitérait l'éijrouvette. j'oblige l'eau à se ])récipiter dans le
KÉCOLTK KT ETUDK 11
tube, ii'entrainaut avec elle, si l'opération a été bien coniluite. que les ]);n-ticules légères'. Cette éprouvette est vidée dans un récipient plus grand, et je recoiunience à puiser. Le grand récipient une ibis rempli, je le laisse reposer (juelques uiimites. puis jiar décantation tout le résidu est transporté à nouveau dans les éprouvettes plus portatives. Il ne reste plus qu";! transvaser à la maison la récolte dans des verres plus grands. Il est avantageux alors de faire i)asser tout le sédiment obtenu à travers un tamis, (pii retiendra les gros débris. Je fais usage d'une toile métalliipie très fine, à mailles de '/j uiilliuiètre environ d'ouverture.
Dans les lacs profonds, la récolte est un peu plus compliquée, et le succès plus aléatoire. Je me sers pour cela d'un récipient de tide. allongé, attaché à un lil solide. A 1 ' ., mètre environ en avant de l'appareil est un poids destiné <à traîner sur le fond et à éviter au récipient de nager au-dessus du limon.
Une fois l'appareil descendu au fond de l'eau, et après avoir déroulé une longueur de corde de un tiers supérieure à la profondeur même, il suftit de ramer quelques instants très lentement. L'ap])areil est ainsi doucement promené sur le feutre organique qui tapisse la vase, et ramené au jour il renferme la plupart du temps une proportion plus ou moins considérable de limon. L'expérience m'a appris qu'un récipient de coupe rectangulaire, c'est-à-dire à côtés j^lats, est préférable à une cuve cj'lindrique ; cette dernière pénètre trop en plein dans la vase, et le feutre brunâtre caractéristique des lacs profonds, seul riche en organismes, entre pour ti'op peu de chose dans la masse de la récolte ; cette dernière est plus abondante, mais moins riche.
Les récoltes rapportées à la maison et tamisées dans des bocaux doivent autant que possible être examinées de suite, car il peut s'y trouver des espèces délicates qui disparaissent rapidement. Le fait est cependant assez rare, et ce n'est en général qu'à partir du deuxième jour, quelquefois plus tard, que les organismes se montrent nombreux ; ils ont alors traversé la vase à laquelle ils étaient mêlés pour venir ramper à la surface. C'est également surtout contre le verre du bocal, et à fleur du dépôt organi(iue, que les
' Ziirliariiis a lout (Icniirrciiii'iit ili'i-i'it un MpiiaiTil (juj |irnn(i iruhliMiir (k' liuiis rt'sultiits dans une lir-dlnniliMir plus ;;i-aii(ii' : c'i^st im Nin^' Uibe. ihivitI aii\ ileiix l)(iii(s l't à roxtivmilé iiiffM-ieiii'o clinincl esj iiiliiiLluito une rondelle de eaoulelidue : au moyen d'une lleelle luf^ée dans le Inlie et que lient le pécheur, on tire la rondelle et l'appareil fcuietinnue eomnie pompe aspirante.
12 LES HÉLIOZOAIIîES i/EAU DOUCE
jndividus sont en plus grand nombre; en errant dans tous les sens, ils ont fini par rencontrer la paroi, et ne l'ont plus quittée. Bien souvent aussi, ils se mettent à grimper le long du verre, et dans certaines récoltes privilégiées, on peut voir au moyen d'une lentille, à travers la paroi ilu ])ocal, les grosses espèces, comme Acfinospluoinm E}chhor}ii ou les colonies des Rivphkliophryf^, qui piquent le verre de petits points blancs.
Pour une boinie observation, il est absolument nécessaire d'e.xaminer l'individu sur le vivant, et l'on jjeut même dire plus : il faut l'examiner isolé, seul dans une goutte d'eau recouverte d'une lamelle ; les détails apparaissent ainsi toujours plus nets, et l'on peut se livrera toutes sortes d'expériences, par exemple comprimer, colorer, ou garder de longues heures l'animal sans craindre de le perdre. Ce triage n'est pas toujours facile, et pour les espèces de taille très faible demande parfois une ceilaine dose de persévérance, car bien des essais infructueux peuvent être faits avant un cas de réussite: mais on arrive assez rapidement à une adresse suffisante, et isoler une espèce de taille moyenne, connue par exemple Heteroplirys mi/nojwda, de l'enchevêtrement de débris qui l'entourent, n'est plus ((u'un jeu d'enfant'.
La plupart des héliozoaires étant recouverts dune envelo])pe dont les éléments sont solides et souvent disparaissent presque entièrement à la vue dans un milieu liquide, il est toujours avantageux, après l'étude sur le vivant, de laisser sécher complètement la lamelle ]xiui- examiner l'animal à sec; enfin l'acide sulfurique bouillant, puis le chalumeau, peuvent également rendre de grands services.
On ne peut trop recommander non plus la confection de préparations microscopiques, lies héliozoaires, il est vrai, se prêtent en généi-al mal à ces préparations : beaucoup de détails apparents dans l'eau disparaissent à la vue dans le baume du Canada; mais il n'en est pas toujours ainsi, et il i)eut se faire (pi'au contraire le baume fasse ressortir certains détails restés inaperçus. Dans tous les cas une collection microscopique pourra rendre de grands services pour la rédaction d'un mémoire; elle conserve les types et permet de contrôler en toute occasion leur structure.
' Itiiiis iiiiiti iiiiM-iiiii' sur les <■ liliizo|)(jili's ilii Hiissiii ilii Lriii.'iii ». j'iii iii(lii|ur. |iiig-. oH(i à 58i). l('s procédés (|ui iii'niil ddinir li's nicillciirs rrsiill:ils |Miiir risdlciiii'iil des iiidixidiis.