V* PROBLÈME PHILOSOPHIQUE
Quatrième Enigme.
On prouve par le fait que l’idée de la vertu
est, suivant nos sages, toujours invariable ;
Que l’idée de la vertu est invariable.
« Gardons-nous de regarder comme des amis de la sagesse, comme des bienfaiteurs du genre humain , ces imprudens raisonneurs qui quelquefois ont inventé des sophismes ingénieux peur disculper le crime, pour légitmer le désordre , et pour jeter des doutes sur les règles imnruables des mœurs. « ( Dumarsais, Es-
sais sur les préjugés, c. 8.)
« La verlu est une, Jetez les yeux sur toutes les nations; parcourez toutes les histoires... Vous trouverez partout les mêmes idées de
justice et d’honnèteté partout lés mêmes no-
tions du bien et du mal... Quelques usages incertains et bizarres, fondés sur des causes
« locales qui nous sont inconnues, détruiront- « ils induction générale du concours de tous
les peuples opposés sur tout le reste, et d’accord sur ce seul point ? O Montagne ! toi qui te piques de franchise et de vérité, sois sincère et vrai, si un philosophe peut l'être, et dis-moi s’il est quelque pays sur la terre cu
= pt . .
On prouve par le fait que, suivant nos sages,
l'idée de la vertu varie à l'infini.
On demande comment la philosophie ne va-
rie pas elle-même, en soutenant également ces deux opinions ?
Que l’idée de la vertu n'est point invariable.
« Les idées de Justice et d'injustice, de vertu et de vice , de glôiré et d’mfamie , sont purement arbitraires , et dépendantes de Vha-
bitude. ( F'reret. Lett, de Trasib. }*
« Parmi quelques nations sauvagés;'le parricide est inspiré et Commis par le méme principe d'humanité qui nous le fait régardér avec horreur. Le vol, nuisible à tout homme riche.
mais utile à Sparte, devoit y être honoré. Le
libertinage, criminel en France ; puisqu'il blesse les lois du pays , se trouve chez diverses nations aulorisé par la loi, et même consacré par la religion. » De ces exemples, et de tous
ceux que j'ai éu soin de recueillir en trés-grand nombre, je conelus que « les mêmes actions
doivent successivement porter le nom de vertueuses ou de vicieuses , et que c’est au
Que, l idée de la vertu est invariable.
« ce soit un crime, de. garder | sa foi, d'é êlre, clé- « ment, généreux bicufuisant, » (Jean-facg,
Arte, lie. 4 et5. )” 2. 9)11LH198 4
- « En loutes les contrées diverses, les peuples « apercevront . tou jours les mêmes rapports « entre les objets. » (Helvétius, de l'Homme, L1:$2,c. 1, roles). 1 LE LU
54, Jepose pour; principe. incontestable que, « dans l’ordre moral, la nature est une, cons- « tante ; invariable; que les lois ne changent «point... Tout ce qu’on pent alléguer de la va- « riélé des moeurs des peuples sauvages ne prouve « point que la nature varie, Cela moutre tout « au plus que, par des accidens qui lui sont «;étrangers, quelques nations son sorties de «ces règles. Les nalions ; et non ka nature , se .« sont Co ORP RSS » (, Diderot, Code 4 la
Nat.:p.45.)
‘1 Réfléchissez, madame, qu'Helvétins et DiderOb paraissent ici dans chacun des deux côtés. “Relisez le démmier 1exte de la: premiére colonne , “Vous x er1eZ, que l’on. peut aisément en conclure que tous ies accidens qui priveroient le philosophe de ses Yeux, de ses oreilles, , de ses jambes ou:de quelque autre membre , ne feroient jamais varier pour lui lordré moral, Relisez le dernier
PII1ILOSOPHIQUES. 161 Que l’idée de la vertu n'est point invariable.
4 législateur, par. la connoissance qu il a de « l’intérét public, & fixer l'instant où chaque « action cesse d’étre vertueuse, et devient w1i- « cieuse, » ( Helvétius, de PEsprit, disc. 2 et 4.)
La nature est si peu invariable dans l’ordre - moral, que nos idées de vice et de vertu #iennent -de fort près à la conformation de notre corps. Aussi; « que la moralé d’un aveugle est diflé- « rente de la nôtre ! que cellé d’un sourd diffé- « reroit encore de celle d’un aveugle! et qu'un « être qui auroit un sens de plus que nous « léouvatoitinotre morale imparfaite, pour ne « rien dire de pis!» Le Land Lett, sur les Aveugles.} |
ÈS
texte de la seconde colonne, vons verrez que | Von peut en conclure tout aussi aisément qu il sufhroit au philosophe de devenir borgne ou manchot , pour voir changer à son égard toutes les lois de la, morale ; qu'il est même fort sur-
prenant que nos deu el nos boiteux aient les mêmes idées sur la vertu. Cela suffira bien pour vous montrer combien l’ordre moral est fixe ;
et combien il varie sous la plume de M. Diderot et de nos autres sages. Je né cherche donc pas à multiplier les textes, ceux-là sont assez clairs, tout autre deviendroit superflu ; et voici d’ailleurs une nouvelle énigme, dont les ouz et les non bien autrement variés exigeront de votre part une attention toute particuliere.
Je ne recourrai pas à nos colonnes pour rendre l’opposition sensible; je n’opposerai pas un sage à l’autre; je crois qu’il suflira que nous küssions parler deux ou trois fois de suite le
même philosophe.
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