NOUVELLE OBSERVATION
D'un Provincial sur la lettre précédente.
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Digression essentielle , relative à la prétendue omission du dogme de l'immortalité dans les livres de Moïse.
LORSQUE je me suis occupé dans mes observations à démontrer combien la morale se trouve dépourvue de toute base solide quand dn fait abstraction d’un Dieu vengeur et rémunérateur, du dogme de l’immortalité, l'abondance de mon sujet ne m'a pas permis de discuter l’objection que notre adepte éloit si fâché d’avoir oubliée , et dont il a fait la matière de son Post-Scriptum. Quelque peu d'impression qu’elle ait faite sur notre correspondante, je sens très-bien, lecteur , qu’elle peut vous paroïître sérieuse et im— portante ; que vous la regardez comme invincible, si vous ne connoissez nos livres saints que par Voltaire, cet éternel écho de Bolimbrocke, ou bien par nos petits philosophes du jour , ces éternels échos de Voltaire. Bien plus expressément encore que notre adepte, vous allez me dire ce que j’ai lu cent fois dans nos productions moder nes , ce que j’ai cent fois entendu répéter
dans nos sociétés : si la morale porte essentiellement sur la base de l'immortalité, pourquoi le plus célébre et le plus saint de nos législateurs humains, pourquoi ce Moïse, envoyé par Dieu même aux lIsraélites pour lenr dicter ses lois , ne fait-il nulle part mention de ce dogme essenliel ? Pourquoi Israël l’a-t-il même ignoré, ce dogme précieux, pendant bien des siècles , et n’a-t-il appris à le cormoitre que pendant sa caplivité à Babylone ?
Bien d’autres avant moi ont déjà répondu à toules ces questions ; fatigué de les entendre encore; j'essayerai enfin de les approfondir, de ne plus laisser lieu aux moindres difficultés, et de me délivrer de ceux qui les rebattent sans cesse à mes oreilles.
Supposons d’abord qu’elles ont toutes leur vrai fondement dans un silence réel et absolu de la part de Moïse sur le dogme d’une vie future, de F immortalité. Je veux vous laisser croire un instant que ee législateur n’appuie en effet tous ces préceptes que sur des récompenses et des châtimens purement temporels; dussiezvous lancer contre moi autant de sarcasmes que le philosophe de Ferney en a lancé contre des hommes qu’il n ’entendoit pas , ou qu’il affectoit de ne pas entendre, je dirai sans détour : Si Moïse ne parle point aux Juifs de l’immorta- Jité, c’est qu’il est sûr du Dieu qu’il prèche aux Juifs, et de la providence spéciale qui veillesur ses
lois ; c'est qu’il peut se passer des promesses et des menaces d’une vie à venir, auprès d’un peuple toujours sous les regards et l’action immédiate d’un Dieu prêt à punir dans ce monde même les prévaricateurs, et à récompenser dès cette vie la fidélité d'Israël ; c’est que Moïse enfin est le législateur le plus évidemment inspiré par son Dieu , et le plus assuré de ses promesses. Ce prétendu silence du prophète, au lieu de m’étonner sous une providence aussi bien marquée et aussi spéciale que celle sous laquelle ont vécu les enfans de Jacob, ne devient donc pour moi qu'une nouvelle preuve de la divinité de sa mission,
Celui-là sûrement est l’envoyé de Dieu, qu peut me dire avec autant de confiance que Moïse, avec celle assurance que l’histoire de plus de trente siècles n’a pas encore démentie une seule fois : Voici les préceptes du Seigneur votre Dieu; si vous les observez fidèlement, vous serez sur la terre une nation bénie dans ses champs , bénie dans ses villes, bénie dans ses foyers. D’abondantes moissons rempliront vos greniers, et vos arbres seront couverts de fruits. Vos ennemis fuiront devant vous; un seul de vos guerriers suffira pour en dissiper mille, et toutes les nations apprendront à connoître le Dieu qui vous protége. Si vous abandonnez au contraire mon culte et mes préceples , vous serez un peuple maudit dans ses champs, dans ses villes ,
dans ses foyers; vous sèmerez et né cueillerez point, le ciel sera d’airain pour vos campagnes. Vous deviendrez la fable des nations, leur risée , leurs esclaves. Des régions lointaines il viendra un peuple dont vous n’enlendrez pas la langue, et il n’aura pitié ni de vos enfans , ni de vos vieillards ; 1l vous assiégera au milieu de vos murs, il les renversera. La guerre, la famine , la peste, s’altacheront à vous, et la misère , la malédiction, le mépris vous poursuivront partout, ( Pentateuqgue; voyez surtout le Deutéronome, c, 29 , et le Lévitique , c. 26.)
Oni, je le dirai, celui-là est l’envoyé de Dieu, qui peut tenir un semblable langage; el c’est à Moïse seul qu’il a été donné de voir des promesses, des menaces si expresses , confirmées en tout temps et dans toutes Îles circonstances par l’histoire de son peuple. En tout temps Israël , fidèle à ses préceptes, a été une nation heureuse et lriomphante ; en tout temps Israël , abandonnant le culte, les cérémonies, les préceptes de Moïse, a été une mation humiliée par ses ennemis. Ces ennemis eux-mêmes avoient appris de l'expérience à juger, par les vertus ou par les crimes de Juda, de l'instant propice à leurs diverses entreprises. « Ce penple n’a qu’un « Dieu , et c’est celui du ciel. « ( Prenez garde à ces paroles , lecteur , elles sorteut de la bouche d’un ennemi; il les adresse au chef d’une armée mombreuse; qui se dispose à assiéger les Juifs
BHILOSOPHIQUES,. 277 dans: Béthulié. ) « Ce peuple n'a qu'un Dieu, et « ce Dieu ne les! jamais abandonnés, à moins « qu’ils n’eussent péché en sa présence. Derniè- « rement encoré il les a délivrés de la captivité, « parce qu'ils avoient expié leurs crimes par la « pénitence. Si la prospérité les a de nouveau « rendus coupables , s’il est en ce moment quel- « que iniquilé dans leur cœur, venez , assié- « geons-les; leur Dieu les Livrera entre vos mains, « et ilssubiront votre joug. Mais s’il r#y a point « chez eux de prévarication à expier, gardons- « nous de combattre contre eux , leur Dieu les « défendroit et nous rendroit l’opprobre de Pu- « nivers. » (1).
Dans l’histoire de toutes es nations, cherchez, je vous prie, un second exemple d’une législation appuyée, comme celle de ce peuple, sur des promesses et des menaces si expresses et siexactement juslifiées par ses fastes. L’Egyptien , le Grec, le Romain , le Perse auront leurs triomphes et leurs défaites; mais dans toutes ces nations diverses, quelle est celle dont les victoires annoncent constamment la sainteté de
(1) Nunc ergo , mè Domine , perquire si est aliquu iniquilas eorum in conspectu Dei eorum : Ascendamus ad illos , quoniam tradens tratlet illos Deus eorum , et subjugati erunt sub jugo potentiæ luæ. Si vero non est offensio populi hujus coram Deo suo , non poterimus resistere illis ; quoniam Deus eorum deffendet illos ; etierimus in opprobrium universæ terrcæ, (Judith, cb. 5, v. 24, ete.)
son culte, et.sa fidélité. aux préceptes.de son 1é gislateur ? Le.ciel sé-montre nukpour. elles. Le plus fort, füt-il le plus méchantet.le plus corrompu , fera subir le joug au plus foible. In’en est pas ainsi du peuple juif. Sous Moïse même , il revient à Baal, il murmure , il jalouse Aaron, et il tombe sous le glaive de Lévi , sous celui d’Amalec; les serpens le dévorent, le feu du ciel punit Coré, Dathan et Abiron , et la terre dévore leurs complices. De six cent mille combattans, pas un seul des rebelles à la voix de Moïse n’est entré dans la terre promise. Fidèle sous Josué , Israël en a fait la conquête. De nouvelles prévarications sont punies sous ses juges par autant de défaites et par des servitudes, dont jamais il ne sort qu’en revenant à la loi de Moïse, De plus grandes défaites, de plus grandes victoires et des captivilés plus signalées encore, et de plus grands triomphes sous ses rois, ses prophètes et sous les Macchabées , se succèdent sous lemême rapport ; et dans tout ce long intervalle de siècles, Israël el Juda ne succombent qu'après avoir péché contre Dieu et Moïse ; jamais le ciel ne se montre apaisé que par la pénitence qui les ramène à Dieu et à Moïse. Il a donc son appui dans le ciel, ce saint législatenr , et dès ce monde même il a un Dieu vengeur et rémunérateur qui veille sur ses lois. Dès-lors, je leconçois, il peut se dispenser d’insister sur une vie future. Avec un Dieu toujours présent, et qui toujours se
moutre sous les pas des prévaricateurs , il peut se dispenser de nous parler du Dieu qui temporise , et qui se cache pour ne pas faire éclater sa justice que dans un autre monde.
Mais dès - lors aussi, quel avantage tireront nos faux sages du prétendu silence de Moïse ? Le Dieu toujours armé pour soutenir dès cette vie mème la loi de son prophète me dit-il pour cela que ses vengeances ne s’étendront jamais au-delà du tombeau ? Ces promesses et ces menaces faites au corps de la nation ne laissent-elles rien à redouter pour les prévarications particulières , ni rien à espérer pour le juste qui n’a point consenti au péché de son peuple ? Et ce Dieu qui punit aux yeux de l’univers une nation coupable me dit-il quelque part chez Moïse que mes crimes ,impunis dans ce monde, le seront aussi dans l’autre ? Le disoit-il aux Juifs? Vous ne trouverez pas dans tout le Pentateuque un seul mot qui rassure tant soit peu le pécheur contre celte autre espèce de vengcance. Celles dont il vous parle sont terribles , et lonjours présentes pour prévenir les crimes d’une nation environnée de dangers toujours présens ; celles dont il auroit affecté de ne pas nous parler seroient elles moins effrayantes parce qu’elles supposent la constance et la mort dans le crime ?
Qu'est-ce donc que ce vain argument que nos sophistes vont chercher dans le silence de
Moïse? Tout réel qu’il auroit pu être, il ne me montre rien ee le rapproche d'eux. Je ne pourrois ÿ voir qu’un prophète assuré que son Dieu attache à sa mission un caractère distincüf et une providence unique, que ce Dieu punira assez les infracteurs dès cetle vie pour n’avoir pas besoin de leur parler d’une vie à venir.
Revenu parmi nous, ce même prophète seroit assurément bien étonné d’un reproche qui retombe sur l’auteur de sa mission bien moins que sur lui-même. Il seroit indigné que son si- Jence eùt pu être cité en faveur de limpie, 'Faisez-vous donc, faux sages, taisez-vous, Bolimbroke et Voltaire, et rougissez d’avoir voula trouver la sagesse de Dieu en défaut dans un silence qui, s’4 éloit réel, ne devoit vous montrer que la sanction même des lois de son prophète. |
Opposons cependant à nos faux sages une réponse plus directe, une solution plus positive. Il nous ont dit que Moïse se tait sur l’immortalité, qu'il ignoroit ce dogme, ou qu’il voulut le laisser ignorer à son peuple : je prends en main les livres de Moïse, et je prétendrai , moi, que le dogme de l’immortahité $y trouve expressément et très-formellement enseigné ; j'irai plus loin encore, et je démontrerai que sans ce dogme , les écrits de Moïse sont à chaque imstant RARE pan qu'il n’a pu donner ses lois, son culte et ses préceptes. qu’à un peuple
PHILOSOPHIQUES, 261 auquel le dogme de l’immortalité étoit très-familier. Cette double assertion vous fait déjà prévoir, lecteurs, ce que j'aurai ensuite à rérl à cette assertion de Voltaire, que les Juifs n’ont appris à connoître Pimmor talité de l'âme que plus de huit siècles après Moïse , et lors de leur captivité à Babylone, Nous tete minerons cette étrange assertion, et nous ver- Fons qu'en fait de mensonge historique , iln'en fat } jamais de plus extravagant, ni de 4 facile
à démentir.
Répondez-moi d’abord, je vons prie, lecteur , ce que vons peuseriez d’un homme qui vous auroit appris à former celte pritre si expressive, et ce vœu si formel : « Que moniâme meure « de la mort des justes , et que la fin de ma vie « ressemble à leurs derniers instans. « Moriatur anima mea morte Justorum à et fiant novissima mea horum similia. (Num. ch. 25, v. 10.) Dites-moi encore ce que vous penseriez d’un sage que vous entendriez nous faire ce reproche si vif, et former pour nous ce vœu si ardent: « Vous êtes une nation insensée, sans con- « seil , sans prudence. Plüt à Dieu que vous « eussiez la sagesse, l'intelligence de pourvoir à «vos dernières fins! » Gens absque concilio est , etsine prudentia. Utinam saperent et intelligerent ; ac novissima providerent ! (Deuter, c. 52, v. 28 et 29.) Pourrions-nous reprochér à ce sage de nous avoir laissé ignorer que la
fin da juste est bien difiérente de celle du méchant; qu’il est pour nous de la dernière i impor tance de prévoir le sort qui nous attend , et qui doit être décidé à à l'instant de la mort ? Estil une leçon tout à la’foiset plus pressante et plus expressive sur le dogme de l’immortalité , et nos prophètes pouvoient-ils nous annoncer plus positivement combien il importe à notre bonheur que celie immortalité soit l’objet de nos méditations ? Eh bien ,; ouvrons les livres de Moise, les Nombres et le Deutéronome ; nous verrons le saint législateur annonçant ce dogme en ces mêmes termes, dans les deux occasions les plus propres à faire impression sur son peuple. Dans l’une ;il lui rappelle cette fameuse prophétie qui est le fondement de son espoir ; il annonce Pétoile qui sortira de Jacob, le juste qui viendra. racheler Israël, dental: prévoit-d’avanee ‘toutes les victoires et loule Poppression. Dans l’autre, c’est ce contique. même que tout: [sraël doit apprendré par cœur, qu'il doit sans cesse avoir présent à sa mémoire, répétér.et chanter dans toutesses fétessque par un ordreexprès, de Dieu, tous les pères doivent apprendre à leurs enfans; que ceux-ci doivent transmetire à la postérité la plus reeulée. C’est-à-dive que ; loin de laisser les juifs dans Pignorance de Pimmortalité , Moïse a exactement pris le moyen le plus sûr, le plus imfaiible dé le rendre-sans cesse, présent à leur esprit ; eest-à-dire- qu'il à
affecté de les mettre dans une vraie impossibilité de l'oublier. Croyez ensuite à Bolimbrocke et à Voltaire. | Croyez surtout à ces vains sages , quand vous lirez celte autre prophétie de Jacob , qu’assuré- «ment pas un Juif n’ignoroit, celle qui assuroît le sceptre dans Juda jusqu’à la naissance du Messie; quand vous verrez le saint patriarche bénissant ses enfans, leur annonçant sa mort prochaine, et leur disant formellement qu’il va se réumir à ses ancêtres, et attendre avec son peuple le Sauveur, le Rédempteur du monde.
Ecce ego congregor ad populum.…. Salutare tuum expeclabo, Domine. (Genes. c. #9, vers.
18 et 29.) | Faudra-t-il insister sur ces paroles pour faire concevoir à mes lecteurs combien évideriment Moïse énonce ici le dogme d’ane nouvelle vie, comment il nous le monire formellement uni à la révélation, à cette. foi des Juifs qui leur fait voir les âmes des patriarches, des justes, réunies après la mort dans un lieu destiné à les recevoir toutes, jusqu’à ce que le ciel leur soit ouvert par le Messie? Fandra--il encore leur faire remarquer que dans cette leçon, et dans celles que j’ai citées plus haut, Moïse ne prend point le ton , les précautions d’un homme qui révèle une vérilé inconnue jusqu’à lui; qu’à la manière seule dont il s'exprime, on sent évidem-— ment qu'il parloit à un peuple pour lequel cette
284 LES PROVINCIAELES vérilé n’avoit rien de nouveau , rien qui ne füt déjà très-familier aux enfans de Jacob ?
- Îlen sera de même quand il leur parlera de ce Diéu qui juge l'univers, et dont il leur rappelle si souvent le souvenir ( Genes. chap. 18,
vers. 25; Deut.c. 10, vers. 18; c. 52, vers. #|
56, etc. etc. ); quand il peindra ce feu allumé dans sa colère, et qui brüle jusqu’au fond des enfers (1). (Deut. c. 22°, vers. 22. ) Il en sera de même quand il annoncera aux justes ce Dieu qui leur promet d’être lui-même leur récompense (2); quand , mélant aux bénédiclions et sux malédiclions temporelles les promesses et les menaces éternelles , il répétera aux Israélites que, pour engager à suivre le Seigneur , il leur a proposé la vie et le bonheur, ou la mort et le malheur ; non pas simplement cette vie temporelle, qu'ils savoient ne devoir pas être prolon-. gée au-delà des siècles, mais cette vie qui est en
Dieu , et qui ne finit point; non pas cette mort naturelle, qui, au lieu d’être un mal par ellenième, ne séroit, sans l’immortalité de l’âme, que la cessation de tout mal comme de tout bien , mais cette mort que suit un malheur réel quand elle n’est pas précédée de Ja péniterice (3).
(1) Ignis succensus est in furore meo , et ardebit usque ad inferni novissima. ( Deui. ©. 32, v. 22.)
(2) Ego ero merces tua magna nimis, (Gen.)
(3) Considera quod kodie proposuerim in conspectu suo
A ces preuves, que j'appelle directes, et qui le sont, je pense, puisqu’elles montrent dans Moïse et dans son peuple la foi la plus directe à limmortalité , nos vains sages opposent sans doute l’objection tant de fois répélée par Voltaire. Ils demandent pourquoi les Juifs n’avoient pas seulement dans leur langue un mot qui répondit à notre enfer, où à nos limbes , au tartare, à l’aades des Latins et des Grecs, à l’amenthès des Egyptiens ? Maïs c’est précisément dans l'obstiné mensonge que cette objection suppose chez Voltaire que je verrai la preuve la plus directe de la foi de Moïse et de son peuple.
Voltaire, hébraïsant, trouve le mot scheol, qui signifie notre enfer et nos limbes. IL voit que c’est dans ce scheol que les patriarches annonçent en mourant qu'ils vont descendre. Il
trouve ce scheol à chaque inslant chez Moïse et
les prophètes; dans toutes nos traductions et grecques et latines , il le voit traduit comme chez nous , par le mot qui répond à otre enfer ou.à nos limbes. Cette preuve frappante Pembarrasse ; que fait-il ? Il prétend que nul des 1ninterprètes avant lui n’a entendu lPhébreu, et qu’il falloit traduire par tombeau , par sépulere ce que nous traduisons par limbes, ou par en
fer; on lui dit que les Juifs ont un mot bien
vilam et bonum , et è contrario mortem et malum , ut diligas Dominum Deum tuum, ( Deut, c. 30, v. 15,)
différent pour rendre ce tombeau , ce sépulcre ; que ce mol est Leber, el que jamais les Juifs ni les interprètes ne prirent l’un pour l’autre; on
lui cite vingt exemples divers, dans lesquels il
<st tout aussi impossible de confondre ce scheol
<t ce Leber, que nos limbes et le tombeau: on
Jui dit que Jacob, croyant Joseph dévoré par nne bête féroce , n’espère pas sans doute revoir ce fils dans le /ornbeau , et que cependant il veut descendre chiez Joseph dans le scheol. ( Genes. <. 56 , vers. 55.) On lui cite ce sublime tableau da prophète Isaïe, qui nous peint le roi de Ba bylone tué dans un combat, descendant au scheol. « À cette nouvelle, les profondeurs de
« l’abime sont émues; les rephaë:n , les morts
« autrefois puissans sur la terre, princes rois, « conquérans , se lèvent. Ils vont à sa rencontre, « et le recevant dans leur sombre séjour : Te « voilà, lui disent-ils, astre brillant , fils de
« l'aurore, qui disois dans ton cœur: Je mon-
« teraï au ciel; je placerai mon trône au-dessus « des éloiless je serai semblable au Très-Haut. « Te voilà descendu parmi nous , f appé comme « nous. Ton orgueil à été abaissé jusqu'aux en- « fers; te voilà dans le fond de l’abime (1), » Cu
(1) Infernus conturbatus est in oceursum adventis tui ; suscilavit tibi gigantes. Omnes principes terræ surrexerunt de soliis suis, omnes principes naïionum umiversi respondebunt tibi, et dicent tibi : ettu vulneratus es sicut et nos, nostri similis effectus es. Detracta est ad énferos
demanñde à Voltaire si ce lac, cet abime ce scheol dépeint ici par le. prophète, peut être simplement le sépulcre où reposent des cendres glacées, des cadavres muets ? IL se tait sur ces preuves, et continue à dire que les Juifs n’avoient pas la moindre idée de l’enfer. Il aime mieux dénaturer leur langue que de cesser de calomnier Moïse et les prophètes, et il fait des disciples; et ses adeptes nous répètent sans cesse que les Juifs, Moïse et les prophètes ignoroient le dogme d’un enfer et d’une vie future, de l’im— mortalité
J'ai promis de démontrer que non-seulement Moïse l’annonçoit, celte immortalité, mais que sa foi est nulle sans ce dogme, comme toutes ses lois; je ne l'ai pas promis témérairement , car les preuves se présentent en foule.
Dés le premier chapitre de Moïse, qu'est-ce en effet que cet homme formé à l’image de Dieu ? S'il n’y a rien dans lui qui ne doive périr avec son corps, comment sera-t-il donc l’image de l'esprit éternel? Quest-ceencore que cet empire qu'il reçoit en naissant? S'il n’y a rien dans
superbia tua..... Quomodo cecidisti de cœlo Lucifer , qui mane oriebaris..... Dicebas in corde tuo ‘; in cœlum ascendam ; super astra Dei exaltabo solèum meuri..... Similis ero Altissimo. Verumtamen detraheris in profundum laci. (Isaïe , c. 14, v. 9 et suite. Voyez aussi l’admirable , l'excellent ouvrage de M. Pabbé Guené, AA CRRRe : Leitres de quelques Juifs portugais ; etc. )
Jui qui le distingue des amimaux, et s’il doit mourir tout 'entier comme eux, de quel droit sont-ils sacrifiés à son entretien, à son existence? De quel droit régne-t-il sur toute la nature ? | | ur 4
Que sera- ce surtout que cette tache spirituelle transmise à ses enfans , ‘et dont ils doivent tous se laver comme lui, pour se réconcilier avec les cieux ? Je croirai que son crime a pu se transmeltre de généralion en génération jusqu’à la fin dessiècles, et je ne croirai pas qu’il puisse exister encore lui-même, et survivre à son crime! Je croirait qu'une mort spirituelle est la peine de sa rébellion, et je ne croirai pas que, son crime expié , il recouvre ses droits à l’immortalbté! Je croirai que cecrime ne sera effacé, que la tête du serpent ne sera écrasée , que le grand ouvrage de la rédemption ne sera accompli qu'après une longue suite de siècles , et je ne croirai pas que . le coupable qui doit êlre racheté survive à la rédemption !
Nous reviendrons sur ce dogme important ; je ne veux en ce moment que vous faire observer combien loutes ces vérités énoncées dés les premières pages de Moïse tendent directement à limmortalité. Vous y voyez cetie âme spirituelle, grande prérogative de l’homme, et qui. seule vous montre en sa nature quelque chose qui peut survivre à la matière; vous y voyez cet êlre qui doit son empire à son intelligence , à la
FHILOSOPHIQUES. 289
durée et à la supériorité de ses destinées. Tout, jusque dans sa chute, vous montre dans l’homme l'être immortel.
Continuez à lire ces premieres leçons de la Genèse, vous verrez ce même être assuré de régner sur son cœur et ses passions, quand il voudra exercer cet empire ; counoissant et le bien et Je mal, maître de suivre l’un et l'autre, s’applaudissant, se condamnant lui-même, et attendant sa récompense ou redoutant sa punition. (Genèse c. 2, vers. 2 et 3.) Vous y verrez enfin tous ces dogmes que nous sommes sans cesse obligés de défendre contre l'ennemi de l’immortalité, ceux qu’il combat sans cesse , parce qu’il sent très-bien où ils doivent nous conduire, parce qu’il sait très-bien que , l’existence de la Divinité prouvée, la spiritualité de l’homme, sa liberté et sa moralité admises, nous n’avons plus qu’un pas à faire pour démonirer que l’homme sous l’empire d’un Dieu est immortel. Trouvez donc une école qui admeite ces dogmes de Moïse sur l’essence et la nature de l’homme, en rejetant celui de l’immortalité, ou souffrez que je ne les sépare pas à la sienne.
L’historien sacré ne se contente pas de me les mettre si souvent sous les yeux, ces vérités si étroitement liées à l'immortalité, il me parle sans cesse d’esprits immortels. C’est l’ange ten— tateur qui séduit l’homme ; ce sont les anges du
790 / LES PROVINCIALES Seigneur qui lui portent ses ordres : comment peut- il les voir ou les entendre sans penser qu'il pourra partager leur séjour? qu’esprit aussibien qu'eux. il waura pas besoin de la matière pour exister ? L’historien sacré fait plus encore, il me montre l’homme qui ne meurt point dans le pieux Hénoch, enlevé par son Dieu. Si Hénoch nest pas mort; si, par une tradition constante dans Juda, il n’est encore vivant avec Elie que pour vénir un jour nous préparer au Jugement universel, comment le Juif peut:l se croire destiné à mourir pour toujours? Et sil a pu le croire, que sera-ce donc pour lui que ce Dieu d'Abraham, Isaac et Jacob, dont Moïse nous parle si souvent? Abraham, Isaac et Jacob ne sont plus sur la terre; ils vivent donc encore dans le séjour des saints, puisque le Dieu du ciel se plaît à se dire leur Dieu, puisque leur nom suffit pour le fléchir, puisqu'il se plaît à conserver leur mémoire, et à la fine respecter parmi nous. Îlne veut pas sans doute’ être le Dieu des mortels , qui ie peuvent l'armer ni le connoître : Moïse est donc pour moi une énigme perpétuelle, ou ce sont les patriarches toujours vivans au-delà du tombeau qu’il me montre, en invoquant leur Dieu, et en cherchant à le fléchir par eux.
Je l’entendrai bien moins encore chaque fois qu’il m’annonce la mort de ces grands et célèbres personnages. Il ne Jui suffit pas deme dire
PHILOSOPHIQUES. 291 qû’Abraham, [smoël et Aaron sont morts; 1l a un soin extrême d'ajouter qu'ils sont morts, et qu’ils sont alésse réunir à leur peuple (1). Vous ne voyez ici que l'expression du lieu et du tombeau dé leurs ancêtres , dans lequel vous croyez qu’ils sont ensevelis! L'erreur est évidente, et l'historien sacré la dément hautement en vous mouilrant tous ces palriarches ensevelis loin de leur patrie ét du tombeau de leurs ancêtres. Il vous dit de lui-même qu’il mourra , qu’il ira se réuuir à son peuple , et cependant il sait que son tombean restera inconnu à tout Israël (2). Voltaire et Bolimbrocke, el toute Pécole de la philosophie , ne aa donc jamais nous montrer dans celle expression si commune, si fréquente dans les livres de Moïse, qu’une énigme inexplicable . s'ils n’admettent avec nous, ce qui la rend si simple et si intelligible, que dans la foi du saint législateur, l'instant qui envoie notre ET. an tombeau est celui qui Lansporte les âmes des justes dans un lieu destiné à les réunir toutes. d
Si Moïse n’a pas admis ce dogme , ou s’il n’a
(1) Congregatus est at populum suuim.... Obiit appo-
| situsque est ad populum sum. (Gen. c. nb. v. 8 et 17; C. 49, v. 32; ©. 13, V. 19, etc. )
(2) Vide terram Canaan. ... et morere in monte isto ,
uem conscendens jungeris populis tuis , sicut morluus
| est Aaron fratér tuus in monte Hor , et appositus est po-
| pulis suis, (Deut. c, 32, v. 49 et 50.)
pas voulu que son peuple l’admit , pourquoi , voyant ce peuple entouré de nations qui recouroient sans cesse aux devins, aux pythonisses, à l'évocation des âmes, défendit-il de consulter les moris, et le défend:il même sous les peines les plus rigoureuses, sous celle de la mort ? Pourquoi annonce-t-1l que ce crime ést affreux aux yeux du Seigneur, sans ajouter alors que
les morts ne sont rien, et que l’âme qui ne subsiste plus ne sauroit exaucer ni entendre nos vœux? (Voy.Lévitique, c, 20; Deutér., c. 18.) C’étoit là le moment d’étaler sa doctrine , s’il avoit eu celle de nos faux sages. C’étoit la l’occasion où jones d’ apprendre à Israël que l'âme n’est qu’un souflle qui finit avec nos jours; de dissuader son peuple sur la permanènce des esprits, et d'appuyer la loi sur la raison plus que sur des menaces. Cependant il n’a garde d'attaquer celte foi d’Israël; 1] conserve le dogme, il Vautorise par cela een qu il ne le combat pas; il se contente de proscrire l'abus, et sa conduite est pleine de sagesse. Elle devient inexplicable si je veux supposer avec vous qu'il ne croit pas à limmortalité,
Que sera - ceencore que toute la morale et tout le culte du saint législateur, s’il a cru que Ja mort rend tout l’homme au néant? Si je ne suis plus rien quand mes sens né sont plus ,Je youdrois bien savoir ce que c’est que ce Dieu dont ilme menacé, et qui ne fait acception. de .
personne ; qui. juge les actions, les désirs; les pensées.même, qui pénètre les it Qu’ai-je à craindre de sa sévérité, de sa pénétration, de lous ses jugemens quand je. n'existe plus ? Je voudrois bien savoir à quoi tendent ces ablu= tions fréquentes, ces. lois si multipliées , qui “ppslens. sans cesse la pür eté du cœur par lattenlion même à purifier les corps ; et tous ces sacrifices expiatoires qui doivent effacer jo qu'aux crimes secrets ; et préparer les âmes à paroître sans crainte en présence du Dieu de l'innocence. Jé voudrois bien que vous me montrassiez à l’école d’Epicure, ou de tout autre ennemi de l’immorialité, des lois si rigoureuses et contre l’adultère , et contre toute espèce de fornication , et contre tant de crimes qui ne font que se changer en jouissances dès qu’il n’est plus pour nous ni rien à espérer, ni rien à craindre après la mort. | | Convenez que ces lois qui donnent tant à ’âme et à sa pureté , à l’expiation des fautes les plus secrètes, à la santification de l'esprit et du cœur, ne s'accordent guère avec ces écoles qui ne montrent que le néant au - delà du tombeau. Convenez encore qu’un culte religieux , des autels , des sacrifices et dés expiations ont annoncé partout des hommes qui craindroient de mourir dans le crime, des hommes qui redoutent la mort moins que ce Dieu vengeur qui les attend à Pheure de la mort. Convencz que Moïse uni-
quement occupé de son Dieu , du culte de ce Dieu , de son amour, de sa crainte, de ses préceplés ; de sa religion , de ses cér dre fon— dant sur ce Dieu seul toutes ses lois , et Moïse ignorant ou laissant ignorer à son peuple qu’il est un ciel pour les bons , un enfer pour. les méchans, devient un CORRE) unique dans Phistoire des nations, un prodige en morale ; plus étrange eñtore et bien plus élonnant que Moïse disposant à son gré de tous les élémens, des flots de Pocéan; de la manne céleste et de la foudre même. Non, je ne sais plus rien de ce qu’il veut, je ne vois plus d'objet à à iout ce qu’il m'or de pour élever mon cœur yers un Dieu que je ne verrai pas, pour expier des crimes que la mort effacéra , 3 Pour si sanctifier une âme qu’elle anéantira.
Que veut-il surtout avec ce désiré des na-
lions, dont il parle sang Césse son peuple ,
que sans cesse il m’annonce comme le grand législateur, le vrai libérateur d'Israël, l’objet À tous ses vœux? C’est ici surtout, c’est ici que Moïse est pour moi une énigme inexplicable, si l’immortalité n’est pas dans Israël un de ces dogmes familiers , qu’il ne ne nous vient pas seulement dans l'esprit de révoquer en doute ; c’est ici que l’opiniätreté de Voltaire, layeuglement. de ses adeptes vont être hdi pl
Vous le savez, lecteur, toute la foi d'Israël porte sur le Messie; c’est lui qui chez Moise
est l'objet des promesses éternelles, le voeu des patriarches , la gloire de Juda. C’est sur lui que Moïse établit sa amission, c’est ide lui qu’il a fait l’objet fondamental du symbole :de son peuple. Effaçons à présent de ce symbole la perinanence des esprits, ou le dogme de l’immortalité ; que verrons - nous dans tout ce que Moïse annonce du Messie ? Pourrons - nous ÿ trouver: autre chose qu’un tissu mal ourdi d’inconséquences, de contradictions et d’imprudences ?
Dans quelle occasion annonce-t-il pour la première fois ce Messie tant attendu ; et la destinée qu’il lui donne? C’est en nous racontant, dès les premiers chapitres, cette première faute de l’homme qui introduit le crime sur la terre , qui le bannit du ciel , et lui et ses enfans. Quelle autre fonction lui donne-t-il alors que celle d’écraser la tête du serpent, d'effacer cette tache odieuse à la Divinité, de réparer le crime et de rétabiir homme dans ses droits ? Celte promesse est faite au premier homme, et elle le console; elle est renouvelée aux patriarches , et leurs vœux se tournent vers linstant qui la doit accomplir. Elle est faite pour des temps éloignés dans l'avenir; bien des siècles s’écouleront encore ayant qu’elle soit remplie. Cependant les patriarches meurent et se succédent , et leur derniers soupirs se porlent en mourant
vers le libérateur qu’ils vont attendre dans la
région des morts. C’est dans l’instant même où Jacob se prépare à descendre au tombeau , c’est en fixant l’époque encore si éloignée du Messie que Moise met dans la bouche du saint patriarche ces paroles si remarquables : Seigneur, je vais attendre le salut d'Israël : Salutare tuum expectabo Domine. (Genès, chap. ; 49 ; vers. 18.) C’est encore au milieu d’une prophétie tout aussi étonnante, c’est dans Pinstant où le fils de Béor annonce les victoires de Juda, et les révolutions qui pendant une longue suite de siècles doivent précéder l'étoile de Jacob, que Moïse nous représente le prophète s’écriant: Je le verrai cel envoyé du ciel, mais non pas à présent ; je le verrai, mais il est encore loin. V’idebo eumn , sed non modd; intuebor illum , sed non propè. (Numer. chap. 24, vers. 17.) Je le demande ici : Comment Moïse a-t-il pu se flatter de persuader à son peuple que les patriarches et les prophètes attendroient et verroient le Messie après leur mort, sice peuple n’étoit pas persuadé comme nous que l’âme ne meurt point? Je Je demande encore : si le Messie est attendu dans la région des morts , quel est donc le grand intérêt qui l’appelle au milieu d'eux, s’il ne vient leur apprendre que le grand crime du genre humain est expié, que les portes du ciel sont ouvertes, que leurs vœux sont remplis ?
Je le sais, les Juifs charnels ont cru que ce
Messie viendroit faire régner Israël sur les peuples et les rois de ce monde ; mais les Juifs, tout charnels qu’ils étoient, ne pouvoient ignorer que les anciens patriarches attendoient aussi ce libérateur dans uu autre monde ; ils croyoient donc aussi , ils apprenoïent au moins dans les livres de Moïse, que l’homme ne meurt pas tout en— tier, que l’âme des patriarches et des anciens Justes étoit encore vivante.
Ce Messie d’ailleurs qu’ils se représentoient comme venant leur assurer l’empire de la terre , comme nos conquérans et nos triomphateurs ’ éloit-ce sous ces traits que Moïse le leur avoit prédit? Etoit-ce là l’objet de la mission qu’il lui donnoit? Non, la gloire du Christ sera d’avoir vaincu l’enfer et le péché, d’avoir réconcilié la terre avec les cieux. C’est là ce que Moïse se hâte d'annoncer dans lPinstant où il vient de m’apprendre quelle faute a introduit le péché dans ce monde. Il me montre le ciel fermé à l’homme par: sa rébellion , et aussitôt il prophétise le Messie qui doit rouvrir le ciel en réparant la chute: et la rébellion de l’homme.
Pour prévenir l’erreur qui me feroit confondre ce Messie et son empire avec l'empire de Juda sur les rois de la terre, il m’annonce au contraire qu’il naïtra des enfans de Juda; que l'instant de sa naissance sera précisément celui où le sceptre sortira de Juda. (Genès:, chap. 49, vers. 10 ). Il me le dit bien plus distinctement
encore par la bouche da propliète qui voit sorür Pétoile de Jacob. Crainte qu'Israël ne voie dans cette éloile l’augure d’un empire terrestre : Hélas ! s’écrie-t-il, quels sont ceux qui viyront dans ces temps ? Des trirèmes armées en Italie porteront sur les flots une nation lointaine , elle triomphera des Assyriens ; elle ravagera Israël , el finira par périr elle-méme (1). Je ne puis m'empêcher de lobserver ici en passant : toute celte philosophie ennemie de la révélation, tous les argumens des Freret, des Voltaire, des Diderot, des Jean-Jacques viennent se briser contre ce seul verset de Moïse, contre une prophétie que l’ignorance la plus crasse de l’histoire et de nos livres saints peut seul supposer ajoutée après coup, et qui cependant , plus de quatorze sitcles avant l’événement , et lorsque Rome encore n’exisloil pas, et lorsque PItalie n’étoit encore qu’un point ignoré sur le globe, monire déjà les flottes des Romains , annonce les victoires des Césars, voit l’Assyrie domptée par les Italiens , la Judée cédant à leur puissance , et ces triomphateurs superbes disparoïissant euxmêmes.
Mais notre objet doit être en ce moment de réfléchir combien Moïse a soin d'annoncer à
(1) Heu, qui victurus est, quando ista factet Deus !
* Venient in trieribus de Lialiä, superabunt Assyrios, vas-
tabuntque Hæbreos, et ad extremum ciiam ipsi peribunt. Num. 23, v. 23 et 24.)
Juda la fin de son empire terrestre, de la fixer précisément aux jours où le Messie paroïlra. Le règne du Messie sera done un règne spirituel : c’est donc sur les enfers qu’il remportera ses grandes victoires; c’est en ouvrant les cieux qu'il deviendra le Sauveur des patriarches , et dès-lors qu'est-ce encore que la foi de Moïse sans le dogme de l’immortalité ?
Voyez enfin , lecieur, sous quels traits il an nonce le Messie. C’est un nouveau prophète, nous dit-il , que Dieu suscitera dans Israël ; nul appareil ne le distingniera des simples mortels. Ce n’est pas à des triomphes qu’il faut vous préparer, mais à écouter ses paroles, à suivre ses préceptes. Il parlera au nom de Dieu , et Dieu se chargera de le venger de ceux qui l’auront méprisé (1). Les voilà donc les vrais caractères du Messie exprimés par Moïse. Il instruira les hommes dans les voies du salut, et Dieu nous donnera par sa bouche de nouveaux préceptes , de nouveaux moyens de sanctification. Ce sont toujours des saints et non des rois qu’on lui donne à former, ce sont toujours les cieux à conquérir. Cette foi d'Abraham , Isaac et Jacob, cet article fondamental des dogmes de Moïse
(1) Prophetam suscitabo eis de medio fratrum suorum similem tibi. Ponam verba mea in ore ejus , loqueturque ad eos omnia quæ præcepero illi. Qui autem verba ejus; quæ loquetur in nomine meo , audire noluerit, ego ullor caistam, (Deut, c. 18, v. 18 et 19.)
transportent donc toujours Israël dans un monde nouveau, dans la région des justes. Cette foi ,
cette loi de Moïse est donc nulle sans l’immor- : talité, Celte immortalité, loin d’être inconnue aux [sraélites, est donc toujours présente à leur esprit, puisque toujours Moise leur rappelle des objets qui la supposent, et qui sans elle ne sauroient exister.
Je ne sais plus, lecteur, ce que vous appellerez démonslralion , si votre esprit hésite encore sur une vérité que tant de preuves nous rendent évidente. Cependant supposons à présent que les livres du saint législateur d'Israël ne nous fournissent aucune de ces preuves, cn sera-t-il plus vrai que les Juifs n’ont appris à connoître le dogme de l’immortalité que dans le temps de leur captivité à Babylone? Je ne puis m’empécher de le dire, malgré toute la modéralion que peuvent inspirer les égards dus peut-être à un homme trop fameux : de tous les mensonges que l’histoire pourra reprocher à Voltaire, il n’en est pas un seul dont la fausseté soit plus révoltaute et plus mal combinée.
Personne encore, per sonne que je sache, ne s’est avisé de nous dire que l’immortalité fut un dogme inconnu à l'Egypte. Elle lui doit, suivant Voltaire même, les plus antiques et les plus étonnans de tous ses monumens; elle lui doit cet art ignoré de nos jours de préserver de la corruption jusques à la dépouille de l'homme,
PrHILOSOPHIQUES. 501
de rendre des cadavres aussi durables que des pyramides ; il seroit même certain, suivant ce : sage, que {ous les mystères Egyptiens annonçoient une vie future. ( Essai sur les mœurs et l'esprit des Nations, tom. 1, préf. art. de l'Egypte, etc.) Et nous pourrions croire qu’um peuple dont l'Egypte a été le berceau , un peuple dont le chef avoit été lui-même initié à tous les mystères, élevé dans toutes les sciences de l'Egypte, un peuple qui depuis Jacob jusqu’à Moïse , c’est-à-dire au moins pendant plus de deux siècles, n’avoit habité que Egypte; nous pourrions croire, dis-je, que ce peuple avoit quitté l'Egypte en ignorant encore le dogme le plus cher et le plus général, le plus commun parmi les Egy ptiens ? Quelques années d’oppression et de captivité à Babylone auroient suffi pour le faire adopter, ce même dogme des Israélites , qui haïssoient , qui détestoient et les Dieux et les prêtres de Babylone; et ces mêmes Israélites, long-temps honorés à la cour des Pharaon, en mémoire de Joseph, et Joseph lui-mêmé, et ses enfans élevés dans cette cour, et tout ce peuple enfin qui témoigne si haute- : ment ses regrets pour les Dieux de l'Egypte, n’auroient pas même entendu parler en Egypte du ciel et des enfers, ou de l’amenthées des Egypliens! Aulant vaudroit nous dire qu’au milieu des chrétiens mêmes ils ignorent encore qu’il est pour nous une vie fulure,
502 LES PROVINCIALÉS
Quelle preuve aurons-nous donc pour les Egyptiens , que l’histoire ne nous fonrnisse pour les Israélites? C’est le même respect pour les morts ; c’est le même empressement dans Jacob et Joseph pour être déposés dans le tombeau de leurs pères; de la part des enfans, c’est le même art , le même soin pour préserver de la corruption les dépouilles de leurs saints patriarches , qu’ils transportent avec eux dans la terre promise. Mais s’il est impossible qu’ils l’ignorent, ce dogme, tandis qu'ils vivent en Egypte, comment l’oublieront-ils, et combien de nouveaux moyens n’auront-ils pas de le connoître quand ils habiteront les champs de Canaan ? Ils seront entourés de Moab, d’Amalee, de’Tyr et de Sidon, de nations qui toutes croient, aussi - bien que l'Egypte, à une vie future; qui ont pour la plupart leurs devins, ou ces hommes qui évoquent les âmes, et se disent en commerce avec elles. Nous dirons davantage, nous défierons Voltaire et ses adeptes de montrer, dans ces temps reculés, une seule nation sur la terre, un seul homme qui eüt encore pensé à révoquer en doute cette immortalités par quel étrange privilége le peuple d'Israël l’auroit-il ignorée ?
Je n’aurois pas d’autre réponse à faire à vos prétentions, qu'elles seroient pour moi «bsurdes, incroyables. Mais de toutes les preuves que nous pourrions vous opposer encore, choisissons la plus simple; elle est en même temps la plus
frappante et la plus invineible.. Vous me dites que la captivité de Babylone ; postérieure à Moïse de plus de huit cents ans, est l’époque où les Juifs, pour la première fois, apprirent à connoître Le dogme de l’immortalilé : je consulte et les faits eu les livres des Juifs , qui précédèrent incontestablement de plusieurs siècles cetie captivité, et je vous montrevai ce même dogme nonseulement connu, mais soutenu chez eux, nourri, entretenu , développé par la tradition ka plussuivie , la plus constante; je vous déficrai de montrer sur la terre une seule nation qui-en ait des notions plus claires, plus distinctes , plus nobles, plus sublimes.
Moïse n’étoit, plus, mais Israël étoit encore gouvernée par ses juges. et Samuel venoit de nailre environ €inq cents ans avant l’époque assignée par Voltaire, comme celle des premières idées d’une vie à venir chez les Israélites; et cependant lisons le cantique de Jonanges et d’aelions de grâces par lequel la mère de Samuel célébre la naissance de son fils, Nous y verrons un Dieu vengenr des saints, un Dieu qui tonnera un jour dans les cieux, pour appeler la terreau jugement, el assurer l’empire de son Christ (1). Etuous prierons Voltaire
(1) Pedes sanctorum suorum servabit , el ämpii in tenebris conticescent... Dominum fvrmidabunt adversarii ejus , et super ipsos in cœlis tonabit Dominus : qudicabit
de nous dire comment l’idée d’un jugement universel se trouve chez un peuple qui n’auroit pas eu celle de limmortalité. A la mort de ce même Samuel, nous verrons le premier roi des Juifs évoquer l’âme de ce prophète, et ce sera encore au sage de Ferney à nous apprendre comment ceux qui ignorent que Îles âmes subsistent au-delà du tombeau peuvent les-évoquer ét les interroger sur Pavenir. ( Livre des Rois, 1,c. 26.)
Nous prendrons ensuite ce livre dés cantiques que les Israélites avoient sans cesse dans la bouche, ces psaumes qu’ils tenoient de David, le second de leurs rois , antérieur encore de quatre siècles à la captivité de Babylone, ces psaimes que les Juifs répétoïent dans leurs chœurs , dans toutes les fêtes de Juda. Dès le premier cantique, nous verrons le prophète célébrer le bonheur de celui qui ne marcha jamais dans la voie de l’impie, lui annoncer qu’un jour il ressuscitera dans l’assemblée des justes, et que l’impie ne partagera point la gloire de sa résurrection (1). Ici nous apprendrons de lui quel est l’homme
fines terræ ; et dabit imperium regi suo , et sublimabnt cornu Christ sur. ( Lib. reg. 1,€. 2,v. 9 et 10.)
(1) Non sic impii ; non Sic..., ideo non resurgent impii in judicio : neque peccatores in concilio justorwm. . et iler peccatorum peribit. ( Ps. 1.) Notez que le prophète ne veut pas dire ici que l’impie ne ressuscitera pas; mais que sa résurrection ne le mettra pas dans l’assemblée des justes ; ce qui se voit par bien d’autres textes des psaurnes,
qui sera un jour admis dans les tabernacles de la Térusalem céleste (ps. 14); là il soupirera après l’instant qui doit l’unir à Dieu , comme le cerf soupire après la source qui étanche sa soif. (ps. 41.) Ailleurs vous l’entendrez s’écrier : O! qu’elle est précieuse devant le Seigneur , la mort des saints! (ps. 115.) Ailleurs nous apprendrons de lui à expier nos antiques erreurs par la méditation assidue des années éternelles. (ps. 76). Tantôt nous les verrons envisager la mort et ses ravages; mais assuré qu’un Dieu ne le laissera pas dans les enfers ; mais ne connoissant point d'autre bonheur, et 7er voudant point d’autre que celui d'habiter avec Dieu. Tantôt il vous dira que les vrais malheurs de l’impie l’attendent à la mort; que les justes au contraire ne mourront que pour aller jouir de la présence de leur Dieu ; qu’il est lui-méme atéendu par ces justes , pour être le témoin et le compagnon de leur gloire, de leur bonheur; et que le plus ardent de ses vœux est que son âme sorte de la prison de son corps pour jouir de la liberté des justes (1). Et ce sera encore à
(1) Pretiosa in conspectu Domini mors sanctorum ejus, (Ps. 115.) Cogitavi dies antiquos, et annos æternos in mente habui. (Ps. 56.) Quoniam non derelinques animam meam in inferno. (Ps. 15.) Unam petii à Domino ; hanc requiram, ut inhabitem in domo Domini..... Credo videre bona Domini in terra viwentium. (Ps. 26.) Virum injusitum mala capient in interitu..... et habitabunt recti cum vullu tuo. (Ps. 139.) Educ de custodia anima
Voltaire à nous «expliquer comment on peut ainsi célébrer la mort et la résurrection des justes, soupirer après l'instant qui délivre notre âme de sa captivité, et la réunit à Dieus comment on peut voir les vrais maux de lPimpie et el le honheur du juste commencer à la mort; comment on s’accoulume à méditer les années éternelles, sans avoir une idée de ces mêmes années, de cetie vie nouvelle, de ce bonheur des saints : comment les Juifs ont pu avoir sans cesse dans la bouche ces mêmes vœux et ces mêmes camiques, sans apprendre qu’il est une : autre vie pour les bons, et une autre vie pour Jes méchans; ou plutôt nous vous demanderons : comment il est possible que celui qui les a étudiés, ces cantiqnes , qui les avoit chantés avec nous dans nos temples , qui les relit, les juge, les commente, pousse l’effronterie jasqu’à vousoir qu'ün peuyle de ani nous les tenons ; qui les chantoïit deux mnlle sept cents ans avant nous, et quatre siècles avant cette captivité de Bäbylone, ait ignoré un dogme dont ses chants nous retracent sans cesse la mémoire.
Des leçons de David, si je viens à celles de Salémon , qui lui succède sur le trône de Juda, ce même dogme se retrouve , et souvent et lonjours fortement exprimé dans ses proverbes , et
meam...... me expeclant justi donec retribuas mihi.
(Ps. 141.)
dans,ce livre de l’Ecclésiaste dont Voltaire luimême le reconnoît auteur. C’est un Dieu ixrité qui, attend les impies à Pheure de la mort pour en faire le jouet de ses dérisions et de ses terribles sarcasmes ; © est cette heure,de la mort au contraire qui délivre les justes de toute crainte, qui Le faut reposer dans le sein de l'Eternel,
et les met en RoOssession | de l'abondance et du bonheur. C'est encore l'impie à qui ioutes ces richesses deviennent inutiles au jour des yengeances, | et qui meurt sans espoir , tandis que la mort même est remplie d'espérance pour le Jusle. C’est ce roi si célèbre par la splendeur de son trône, qui m’exhorle à penser à ce temps où nous serons forcés de reconnoitre enfin la vanité de toute chose , et qui me dit: Apprends que Dieu un jour nelloné devant son tribunal pour juger < de tes: œuvres sans exception ;
soit bonnes » soil mauvaises. Apprends que Ja poussière reviendra à la terre d’où elleétoit sortie, et que ton. esprit retournera au Dieu qui te l’avoit donné (1).
(1) In interitu vestro ridebo vos et subsannabo vos....
Qui autemme audierit absque timore requiescet, et abun-
dantia perfruetur, tièmore malorum sublato. (Prov. €. 1; v. 26 et 8t+)
Non proderunt divitiæ in die ultionis.… .. Mortuo homine impio , nulla erit ultra spes..... Sperat justus in morie sua. ( Prov. ©. 11, y, 14 et 28.)
. Scito quod pro omnibus his adducet te Deus in judicium..….,. Revertatur pulvis in terram suam ; unde erat,
Ces leçons ne sont pas équivoques ; elles, né seront pas renouvelées avec moins de force par ce prophète si célèbre sous Ozias, Achas , Ezéchias ét Manassès. Les inorts vivront encore, dira-t-il à Juda, au nom de son Dieu ; les morts vivront encore, el mes saints dont fu as versé lesang ressusciteront. Au nom du même Dieu, il m’apprendra que le ver des méchans ne mourra pas , que le feu qui les brûle ne s’éteindra jamais. Il me demandera si j’ose me flatter de pouvoir supporter ces flammes dévorantés , et habiter ces brasiers éternels (1).
O vous qui accusez les rois et les prophètes , et le peuple d'Israël d'ignorer le sort du juste dans le ciel , et celui du méchant dans les enfers, et l'existence du méchant et du juste après la mort, montrez -nous donc ailleurs, et chez les nations les plus célèbres de la terre, des notions plus claires, plus distinctes de cet esprit qui vole vers son Dieu quand le corps est rendu à Ja terre ; de cette réunion nouvelle du corps et de l'esprit, aû grand jour du Seigneur et de ses jugemens ; de ce séjour céleste où un Dieu fait LEE TRE BR La LEP SRE LE RARE: à: 2 15
et spiritus ad Deum ; qui dedit illum..... Cuncta quæ fient adducet Deus in judiciwm ; pro omnè errato , sive bonum ; sive malum illud sit. (Eccles. c. 11 et 12.)
(1) Wivent mortui tui, et interfecti mei resurgent. ( Isaïe, c. 26, v. 19.) Vermis eorum non moritur, et igrès eorum non extinguetur. (Id. ©. 56, v. 24.) Quis ex vobis poterit habilare cüm igne devorante. Quis habitabit ex vobis cùm ardoribus sempiternis, (Id. c. 33, v. 14.)
lui-même le bonheur de ses saints ; de ce lieu de ténèbres et d'horreur , où le méchant expie ses forfaits dans des feux dévorans. Non, les champs élysiens n’approchent pas des cieux, ni, le Tartare de l’enfer des prophètes; ni vos transmigralions indiennes , grecques ou égyptien— nés, de la résurrection des saints el des pécheurs, Ce ne sont pas ici vos sages qui disputent , qui contestent, qui hésitent sans cesse; ce ne sont pas vos prêtres d’Isis ou d’Eleusine , qui ne dévoilent qu’en tremblant leurs mystères: c’est en face de tout Israël que ces grandes vérités sont annoncées; c’est dans ses chants qu'il les célé-— brera; cest dans ses fastes, dans ses livres nationaux qu’elles sont consignées. On ne craint pas de les lui révéler, son vrai crime seroit de ne pas les méditer et de les oublier.
L'histoire de ses prophètes les lui retracera , comme leurs chants et leurs préceptes. Pourrat-il bien douter de cette vie future, dont vous pré!endez qu’il n’avoit point d’idée, quand il verra Elie s’enlever dans les cieux, pour ne retourner auprès des mortels que lorsqu'il faudra les préparer au plus solennel et au plus terrible des jugemens ? Quand il verra les morts sur le tombeau d’EZchiel éprouver encore le poux oir du prophète et recouvrer la vie, ces résurrections particulières ne seront - elles pas pour lui autant d’images d’une résurreclion universelle ? Pourra-t:1l bien douter que ses justes , ses patriar-
510 LES PROVINCIALES ches ne vivent au-dela du tombeau , quand il. saur qu leur nom seul'ou Jeurs prières suffisent pour apaiser lâ colère de Dien, et que ses plus térribles menäces sont de ne!se laisser toucher ni par Moïse, ni par Samuël G)?
Les preuves s’accumtilent , vous le voyeZ, lecteur ; celles qué je vous cite sont toutes antériéures à l’époque choisie par V oltairés elles vous montrent dans Jüda la tradition constante d’un dogme qu’il prétend ignoré dans Juda ; illes vit comme nous dans les livres de ce peuple; mais quelle preave péut fairé rétracter à Voltaire le mensonge lié avec Pinpiété? et quel abus extrême né fait-il pas de‘son esprit lorsc ‘sque la vérité le présse trop vivemeñt? Il a bien osé dire que les livres de Job, ces livrés si'anciens dans le canon des Juifs, et dont l’antiquité l’ embarrasse, il à bien osé dire que ces livres de Job ne faisoient pas mention de Pimmortalité. l'a vu ces paroles si expressives’, si formelles: « Oh ! qui me don- « nera que’ més discours soient gravés sur la « pierre ou suÿ l’airain ? Je sais que mon Ké- « dempteur vit, et qu’au dernier jour je ressus- « citérais qué jé sérai encore entouré dé mra « peau, el qué dans cette chäirje verrai mon
(x) Protegam urbem hanc propter me , et propier Da-
vid servum neunt. ( 4 lib. reg: €. 19, v. 54: item ,. 3 lib. cr, ele.) Sésterérint Moyÿses et Samuél'coräm me, non
est animarmeæ ad populune istuin ; ejèce idlos à facie. med , et egrediantur. (Jér. c. 15, V. 1.)
« Dieu; que je le verrai, moi , de mes propres « yeux et non des yeux d’un autre. Cet espoir « repose dans mon sein(1). » Il a lu ces pa— roles , et qu’a-t-il répondu ? Que Job ne pensoit pas à la résurrection , à l’immortalité, en écrivant ces mots ; que tout ce qu’il veut dire c’est qu’il espère se relever un jour de son fumier , et guérir de sa lèpre. ( Voyez Dictionn. plulosop. , artie. Job.) Vous êtes révolté, vous montrez aux faux sages une foule de textes auxquels cet insipide subterfuge ne sauroit s’appliquer ; vous voulez au moins le forcer à lire encore ce texte : « Croyez- vous bien que « l’homme une fois mort puisse revivre ? De- « puis que je respire , c’est là mon espérances J'attends mon changement. Vous m’appel- « lerez, ô mon Dieu! et je vous répondrai ; vous « tendrez alors une main propice à celui qui est « votre ouvrage. » (Job, c. 14, vers. 14 et15:) Voltaire a la comme vous cette profession de:foi, et il a continué à publier que n1 Job ni les Juifs ne croyoient à l’immortalité avant la captivité de Babylone,