PHILOSOPUIQU ES. 45 ARTICLE PREMIER
Etat de la morale de La révélation antérieurement à l'Evangile.
Fout ce qu’on peut entendre par ces mols de morale révélée, est nécessairement pur et saint par soi-mème, comme le Dieu qui en est le principe. Le plus léger sonpçon d'immoralité ou de lois vicieuses oulrageroit ici également et cé Dieu d’[sraël , et les instrumens de sa parole. Les règles de mœurs dictées par Moise et les prophètes seront donc essentiellement pour nous les leçons et les oracles de l'Esprit saint, Mais la Divinité peut ménager ses dons et ses lumières, elle peut avoir des temps marqués pour la distribution de ses richesses; et pour en dispenser la plénitude ; ces leçons consignées dans nos livres saints peuvent être dénaturées par des interprétations pharisaiques ; nous pouvons donc aussi considérer cette morale d’une première révélation, et relativement aux limites qu’il a plu à Dieu de lui donner, et relativement à l’altération qu’elle a pu essuyer de la part des hommes.
Sous ce premier coup-d'œil, la morale de La révélation à pu être incomplète et susceplible d’une perfection, d’une plus grande abondance de lumières réservées à des temps plus heureux. Sous le second rapport, elle a pu être rectifice
et rappelée à sa première pureté. Vous qui les avez lues et méditées ces premières leçons de la révélation, ces oracles da saint législateur d'Israël, des prophètes et de ces personnages à jamais respectables dont les œuvres composent nos livres sapientiaux, je suis loin de vouloir diminuer le respect et l’eslime qu’elles ont dû vous inspirer ; mais si elles conservent la supériorité la plus marquée quand nous les comparons à toutes les leçons de la sagesse humaine, en est-il bien de même quand nous les rapprochons de l’école du Messie? Tout ne montre-1-il pas au contraire dans la révélation primitive les lois et les préceptes proportionnés en quelque sorlé à l’enfance de la sainteté et de l’homme moral, tandis que chez .lésus tout annonce la perfection même, et la consommation de la loi sainte ? Les devoirs, les motifs, les secours, les moyens, les lumières, tout s'agrandit ici. Tout dit à Phomme de l'Evangile : Sois saint comme Dieu même, sois parfait comme Dieu, pour être un jour heureux de son bonheur.
Jusqu'à l’heureux instant où le Fils de Marie s’est fait entendre, le juif, il est vrai, connoît sa destinée, on ne lui cache ni ses droits à l’immortalité , ni le sort qui attend le juste ou le méchant , ni aucune de ces grandes vérités sur lesquelles s’appuient les fondemens de la morale, Mais en montrant à Israël une vie nouvelle, dont le bonheur dépend de ses vertus, tout
semble en quelque sorie l’attacher à une vie passagère, Dans ie: promesses mêmes de la Divinité, c’est la rosée du ciel, la fécondité des champs , la richesse de sa postérité, la durée de ses jours, qu’on annonce au peuple de Jacob comme la récompense de sa fidélité, On lui parle du séjour de la Divinité, mais on fixe ses regards sur Chanaan; el le miel et le lait dont il va se nourrir dans cette terre promise suppléent, pour ainsi dire, aux délices célestes qu’il ne sait pas encore apprécier. Enfans de Evangile! ces bénédiclious de Jacob et d’'Esaü dans la graisse de la terre et dans l'empire même des nations sont trop viles pour vous. Elevez vos regards vers le ciel, l'oracle du Messie ne vous permet plus de les fixer ailleurs. C’est là, c’est dans Dieu seul que vous chercherez désormais un prix digue de vous ; el:vos vertus seront aussi d’un nouvel ordre. I
On ne vous dira plus : Celui-là sera riche:sur la terre qui aura observé mes préceptes ; on:vous fera entendre ces paroles nouvelles : Celui-là ne sait plus observer mes préceples , qui ne sait pas fouler aux pieds tous les biens dela terre. La loi avoit maudit l'avare , lambitieux, le superbe; les riches trembleront à l'école de Jésus ; les bienhenreux de l'Evangile seront les pauvres d'esprit. Le seul grand sera l’humble dé cœur. |
La loi vous avoit dit : Secourez volre frère,
et n’exigez de lui ni retour, ni usure. Jésus ajoutera: Vous êtes freres de tout ce qui est homme; il n’y aura plus d'étrangers à vos yeux; le Dieu qui fait briller son soleil de Poccident à orient sera votre modèle, On a dit aux anciens : Aimez ceux qui vous aiment, etfaites du bien à ceux qui vous en font, On vous dira à vous :
Aimez vos ennemis, et soyez les bienf‘uteurs de ceux qui vous haïssent.
On avoit dit au jnif: La veugeance n’appartient point à l’homme; mais le juif pouvoit la réclamer de Dieu qui se l’est réservée. On dira au chrétien : La vengeance est à Dieu , mais vous prierez Dieu de pardonner à ceux qui vous offensent, de leur faire du bien, et cette prière sera le vœu de tous les jours; si elle n’est sincire, en vain espérez-vous le pardon et les gräées que vous demanderez pour vous-même.
Le prophète avoil dit: @il pour œil, dent pour:dent; on vous dira à vous : Si vous êtes frappé sur une joue, vous présenterez l’autre ; ét'si votre frère demande en jugement voire tunique. abandonnez - lui encore votre manteau, Eu un mot, la charité avoit ses bornes , elle n’en connoît plus à Pécole du Messie. Vous aimez Dieu daus lui-inême; vous l’aimerez dens chacun de vos frères, dans vos ennemis mêmes; car c’est là le précepte de Jésus-Christ.
L'homme auprès de Moïse n'oublie pas qu’il est esprit; mais tout lui dit encore qu’il est péri
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de chair,de boue de limon. Auprès du Christ, la chair est viv.fiéeæt les sens s’eunoblissent par les combats et les victoires. La, je n'avois à redouter que l’excèsdes plaisirs;ici, les privations, les sacrifices élévent l’äme et fortilient son em pires.
: Docile anx leçons de:ses prophètes, Israël proscrira l'adultère, mais il pourra légitimer la double épouse; il me violera pas là couche nuptiale, mais 1l potirra dissoudre une première uvion , et chercher de nouveaux embrassemens dans de nouveaux liens. Ceux dn chrétien seront l’image de la Divinité umie à l'homme juste, de la Divinité unie à son Eglise, et toutes les puissances de la terre ne les dissoudront pas. Des nœuds plas saints encore attacheront les vierges de l'Evangile: au céleste époux: et les sens enchainés ne détourmeront plus un cœur qui ne veut , qui ne sait plus jouir -que de soir Dieu. |
L'homme moral enfin , chez Moise et les prophètes, sera l’homme avec toutes ses affections, avec tous ses penchans , partout où la justice rigoureuse et la nature ne les réprouvent pas ; l'homme moral de l'Evangile sera l’homme partout supérieur à ses passions , .à ‘ses penchans. Le juif n’a pas été dans les ténèbres,- mais la lamière ne.brille pas pour lui d’un éclat que son œil ne supporleroit pas. La carrière est ouverte; mais il n'en verra pas cette étendue que
ses pieds chancelans ne sauroient parcourir. On lui tait jusqu'aux noms de ses vertus, dont son intelligence essayeroit en vain d’atieimdre: la hauteur. C’est l’enfant dont on dirige tous les. pas, sans exiger de lui de grands efforts. Ce n’est pas encore l’homme appelé aux grands combats, destiné aux grandes victoires, 1l sera en un mot le juste de la terre , c’est au Christ à former le héros, le saint des cieux.
Heureux encore le peuple élevé à l’école de ces premiers oracles , s’il n’avoit ajouté le vice mème et l’erreur grossière à son imperfection! Mais plus la loi sembloit proportionnée à sa foiblesse, moins il sèra fidèle à maintenir inlacts ses dogmes primitifs et ses préceptes. Déjà il n’ose plus retrancher de son sein une secte insensée , qui, ne voyant plus rien au-delà du tombeau , sape les fondemens de la vertu sous: prétexte de l’épurer, et prive le juste de son plus doux espoir. Les docteurs de Juda ont en maiu les livres saints, mais ils en ont perdu l’esprit , et n’en connoissent que la lettre. Les proph-tes leur ont montré dans Payenir lempire des passions et du péché detruit par le Messie , el ils ne pensent qu'à secouer par lui le joug des nations. Un conquérant , semblable aux lyrans des-. tucteurs, est l’objet de leurs vœux; le maitre et le modèle de toutes Les vertus n'est que le désiré de Pambition.
Qu'il se montre et qu'il fasse enteudre sa
PIHILOSOPHIQUES. 4j voix ; ce divin Maître, ilest temps que ses léçons confondent le scribe et le pharisien. Les préceptes sont tous dénaturés , et les vertus ne sont devenues par eux que de vains simulacres. Ils chargent les autels de victimes, et tous les sacrifices du cœur sont inconnus! Le sang des taureaux coule dans les temples pour honorerle père commun de tous les hommes , et c’est par ce sang même qu’ils prétendent dispenser les enfans de l'amour filial, du premier sentiment de la nature! Le Dieu d'Israël est le Dieu des nations , et ils ne savent lui prouver leur amour que par la haine du Samarïitain, du Grec et du Romain! Ils ont peur de violer le sabbat , et des miracles de charité les scandalisent ! Hs chantent, ils’ célèbrent sans cesse le Dieu d’ane infinie miséricorde , et la douceur, la bonté de Jésus les révoltent! Ils invoquent la loi contre la pécheresse, et contre la loi même ils se sont persuadés que le lit de l'étranger peut être violé sans manquer au précepte! Ils ont pros= crit celai qui jure pär le don de l’autel, où l'or du temple , et ils pensent absoudre celui qui viola le serment fait par le temple et par l'autel ! Leur visage est méurtri, leur chair est mortiliée, et ils ne savent pas çe que c'est qué réprimer des feux secrets, des désirs adultères! Ils redoutent d’omettre une ablution, et ils i igno— rent que c'est par les penséës’ et les vœux illicites que le cœuf est souillé ! Un vain cercle de
jeünes fastueux , de cérémonies purement légales, de pratiques extérieures , une foule de préceptes qui, réduits à eux-mêmes, ne sauroient conserver à la vertu que son écorce :
voilà ce que l’école pharisaïque donne à Israël pour l’essence de la loi, les leçons des prophètes, la morale de la révélation (1)! Sont-ce là les leçons qui, préparant les voies à l’'Evangile, en auroient diminué le bienfait et nous dispenseroient de la reconnoissance ? ou plutôt le premier mérite du Maître évangélique n’estil pas d’avoir rappelé la morale au véritable objet de ses leçons; d’avoir appris à homme que le siége des vertus est dans le cœur et non pas sur les lèvres; d’avoir humilié les faux docteurs, les corrupieurs de la révélation, les sacriléges interprètes d’une doctrine sainte , quoique encore incomplète ?
Qui , celui qui osa le premier dire aux scribes et aux pharisiens : Malheur à vous qui, par les traditions des hommes, avez dénaturé les tradilions de Dieu ! malheur à vous, esclaves hy-— pocriles , qui lavez l’extérieur du calice, et laissez dans la coupe le poison de tous les vices; qui vous dites les maîtres de la science, et qui , fuyant la vraie justice , en détournez les autres;
(1) Voyez les divers textes de l'Evangile, où cette meralc pbarisaïque est condamnée , et surtout St, Matth. , e, 5, 7 et 19.
PHILOSOPHIQUES. En:
qui, ne montrant au peuple que l’apparence des vertus, lui en cachez l’essence ! Celui qui le premier anathématisa tout lorgueil du Portique sous les dehors d’une vertu austère, celui-là est pour moi le vrai restaurateur de la morale, de la révélation elle - même, de Moïse et des prophètes. Qu’une fausse philosophie, jalouse de sa gloire, ne s'occupe que des moyens de la ternir, il n’en sera pas moins à mes yeux le vrai maître des vertus solides et constantes, il n’en aura pas moins l'hommage de ma reconnoissance ; il ne sera pas moins le bienfaiteur du genre humain.
Mais pour ne me montrer à son école qu’une science triviale et dès long-temps commune à tous les peuples, vous avez exalté celle de la nalure, la morale du sentiment, et les lois de Pinstinct le plus vulgaire. Je verrai donc encore ce qu'éloit celte voix du sentiment, ce qu’elle avoit appris aux peuples ; sielle étoit plus pure, plus intacte que la voix de la révélation. L’histoire nous dira encore quelle force elle avoit conservée auprès des nations qui n’avoient ni Moïse, ni les prophètes ; et nous saurons si l’efficacité de ses leçons rendoïient moins nécessanres
celiés de l'Evangile,