‹ Les Hématozoaires du PaludismeChapitre 55 sur 63 · PROPHYLAXIE INDIVIDUELLE · texte numérisé non relu

PROPHYLAXIE INDIVIDUELLE

A côté de ces moyens généraux, tous assez compliqués et la plupart fort dispendieux, il en est d’autres beaucoup plus simples que chacun peut employer pour se préserver de la piqûre des Anopheles et éviter par conséquent de contracter le paludisme. Avant de les exposer, je dirai quelques mots des expériences poursuivies actuellement par Gnassr dans l'Italie méridionale, au sud de Naples et de Salerne, et dont j'ai été témoin il y a quelques semaines. Elles démontrent d’une manière irréfutable le rôle exclusif des Anopheles dans la propagation du paludisme.

Les expériences de Grass ont lieu sur une partie du personnel de la Compagnie des chemins de fer italiens de la Méditerranée, dans un pays où le paludisme est endémique et revêt des formes souvent très graves. Elles doivent durer du 26 juin au 30 novembre 1900. Grassi surveille tous les employés de la ligne allant de Battipaglia à Pæstum en passant par San Nicola Varco, Albanella et Capaccio-Rocadaspide, sur un parcours d’environ 20 kilomètres. La plus grande partie des maisonnettes, situées le long de la voie et les deux gares de San Nicola Varco et d’Albanella sont protégées contre les Moustiques à l’exception des autres. Il y a done deux zones bien distinctes : une zone protégée et une zone non protégée qui comprend aussi les habitants des fermes environnantes. À partir du 25 mars dernier, on a donné de la quinine à tous les individus soumis à lexpérience qui avaient été malades les années précédentes, afin d’éviter les rechutes. Le 14 juin, Grassi observa les premiers Anopheles infectés et douze jours après (période d’incubation)le26 juin, on conslata le premier cas de fièvre dans la région non pro-

tégée. À partir de cette époque, il n’a plus été donné de quinine aux habitants de la zone protégée. Que s’est-il st dans chacune de ces deux zones?

1° Zone non protégée. — Rien n'ayant été changé dans cette zone, la fièvre y fait les mêmes ravages que les années précédentes. Le spectacle est lamentable; plus de la moitié des habitants sont chaque jour arrêtés dans leurs travaux; les enfants sont chétifs, tristes; ils présentent un abdomen volumineux etune rate énorme. Mais quelques chiffres, mieux que toute description, pourront donner une idée de ce qu’est le paludisme dans la « piana di Pesto ». A la Taverna del Comandante, on trouve 51 malades sur 52 habitants ; à Masseria Anna Grazia, 10 sur 10; à Imbrosta, 29 sur 29; à Verdesca, 6 sur 6; à Torre Corcione, 5 sur 6 ; à Papalione,6 sur 6; à la Taverna nuove, 64 sur 64; à Barrizzo, 33 sur 35; à Grumola, 48 sur 49; à Lisena, 9 sur H ; à Cerro, 16 sur 16; à Fornelle, 7 sur 7, etc. re

2° Zone protégée. — Sur les 113 personnes en expérience, 4 seulement ont eu la fièvre depuis le 26 juin et selon toute vraisemblance, d’après l’examen microscopique du sang, les antécédents, les symptômes cliniques et l’action de [a quinine, il ne s’agit pas d'infections nouvelles, mais bien de rechutes.Il est important de signaler que ces quatreindividus, bien qu'ayant déjà eu des attaques de paludisme, n'avaient pas voulu l’avouéer pour ne pas prendre de quinine du 25 mars au 26 juin. On peut donc affirmer qu'aucun des individus protégés contre la piqûre des Anopheles n'a présenté d’infection récente.

Que faut-il de plus pour prouver l'efficacité des moyens de protection, dont nous allons maintenant parler.

Envisageons d’abord la protection des individus chez eux, c’est-à-dire la manière d'empêcher complètement l’entrée de l'habitation aux Anopheles, puis la protection des individus

au dehors, c’est-à-dire les précautions à prendre à l’air extérieur, pour éviter la piqûre des Anopheles.

1° Protection des habitations. — 11 suffit de fermer toute ouverture, si petite qu’elle soit, avec un grillage en filde fer à mailles assez fines pour que les Moustiques ne puissent passer à travers. Pour les petites ouvertures etles cheminées, un grillage,qui ne sera jamais déplacé, fermera complètement l’'orifice. Il en sera de même pour les fenêtres dont les vitres et les volets s'ouvrent intérieurement. La question est plus difficile, quand il s’agit de protéger une maison déjà construite et dont les volets sont situés à l’extérieur. Grassi a résolu la question de la manière suivante : il a fait placer le grillage entre les vitres et les volets, il est donc facile d’ouvrir les fenêtres; pour les volets, il a imaginé un procédé très simple : à la partie médiane et inférieure du grillage se trouve un orifice étroit habituellement fermé par une petite porte à ressort. Par cet orifice peuvent passer deux cordes attachées chacune à un volet, et il suffit de tirer le volet au moyen de la corde pour le fermer. Pour l'ouvrir, on passe par l’orifice une tige de fer, avec laquelle on pousse le volet contre le mur.

Tout passage faisant communiquer deux chambres entre elles doit être muni de deux portes, l’une en bois, qui reste généralement ouverte, surtout dans la journée, et l’autre grillagée, s’adaptant exactement à l’ouverture et munie d’un ressort, qui la maintient toujours fermée. Ce sont autant de barrières infranchissables qui se présentent au Moustique, qui serait entré accidentellement dans l’habitation. Pour la même raison, on fera bien de se servir d’une moustiquaire pendant la nuit. La porte qui fait communiquer la maison avec l’extérieur doit être organisée sur le même plan que les portes intérieures, mais 1l est indispensable de construire devant la maison une sorte de cage assez vaste, entièrement grillagée,

qui forme vestibule. Cette cage communiquera seulement avec l'extérieur par une porte basse, munie en haut d'une toile fine qui se tend, quand on ouvre, et qui à pour but d'empêcher les Anopheles de pénétrer de haut en bas, ce qu'ils ont habitude de faire. Cette porte sera également à ressort et la serrure sera construite de telle façon qu'aucune ouverturene puisse laisser passage aux Moustiques.

Tel est le moyen de défense employé par Grassi avec tant de succès, tel est celui qui devrait être préconisé et utilisé dans tous les pays palustres. Ces grillages peuvent ne nuire en rien à l'élégance d’une construction, ni à sa commodité; loin d’être gênants, ils présentent beaucoup plus d'avantages que d’inconvénients; sans enlever la moindre lumière, ils protègent aussi contre les Mouches et les Insectes de toutes sortes, toujours fort désagréables, surtout dans les pays chauds.

2° Protection des individus à l'extérieur. — On peut généralement sortir, sans prendre aucune précaution, le matin et dans la journée. C’est surtout le soir, au moment du coucher du soleil et même pendant la nuit qu’on entend bourdonner les Anopheles et qu’il faut se tenir sur ses gardes. Le moyen le plus simple, celui que Grassr emploie et fait employer aux individus de la zone protégée, obligés de sortir le soir, consiste en un voile à mailles fines, assez ample, qui s’adapte au chapeau au moyen d’un ruban élastique et tombe assez bas par derrière et sur la poitrine pour protéger la figure et le cou. On passe l'extrémité inférieure du voile sous son vêtement de façon à ce qu’il n’y ait aucune ouverture communiquant avec l'extérieur. Les mains sont protégées au moyen de gants en fil, en coton ou en laine, suflisamment épais, et garantissant complètement les poignets. Le pantalon devra aussi être fermé en bas, soit par une coulisse, soit au moyen de guûtres.

Ce costume, bien simple et peucoûteux, pourrait être employé non seulement par les colons et les ouvriers, qui habitent des contrées palustres, mais encore par les explorateurs, qui traversent ces régions et surtout. par les soldats, dans nos colonies, soit qu’ils fassent des marches nocturnes, soit qu’ils campent la nuit dans un pays insalubre.

L'efficacité des moyens précédents ne doit cependant pas empêcher ceux qui le peuvent d'éviter les régions malsaines et de prendre toutes les précautions qu’une longue expérience a fait reconnaître utiles et que la découverte du rôle des Moustiques vient de confirmer. ,

On devra habiter de préférence les lieux élevés, rechercher dans une ville malsaine les quartiers situés sur la hauteur et se loger dans les étages supérieurs des maisons; car ona remarqué que les Anopheles s'élèvent peu au-dessus du sol.

À la campagne, il faudra fuir le voisinage des champs cultivés et des jardins, qui contiennent toujours des flaques d’eau, où pullulent des larves d'Anopheles.

Les sorties du soir et les sorties nocturnes devront être évitées, autant que possible, et, en cas d'obligation, on prendra les précautions indiquées plus haut. C’est surtout au moment du coucher du soleil et à la nuit tombante que voltigent les Anopheles.

Enfin, si l’on peut choisir l’époque d’un voyage ou d’une exploration en pays palustres, on fera bien d’adopter le moment de la saison sèche,

La quinine, employée comme médication préventive, a donné de bons résultats. On peut la prendre sous forme de sulfate de quinine à la dose de 0 gr. 20 à 0 gr. 30 par jour. Elle est surtout utile chez les individus, qui ont déjà présenté des atteintes de paludisme; elle Leur évite les rechutes et empêche l’infection de nouveaux Anopheles.

IL est très important d'ajouter que les malades doivent

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