L'HÉMATOZOAIRE EST D'ABORD CONFONDU AVEC LES GLOBULES DU SANG ALTÉRÉS
Les premiers auteurs qui essayèrent de retrouver Le parasite, en particulier Marcnrarava et CELL, pensaient qu’il s’agissait simplement de globules du sang en voie de dégénérescence. En 1884, Marcararava écrivait à Lavera : « Pour nous, les seuls éléments pouvant être soupçonnés d’être des parasites sont des corpuscules privés de pigment, analogues à des Microcoques, qui se trouvent souvent en grand nombre dans les globules rouges et qui sont seulement visibles sur les préparations de sang desséché et coloré par le bleu de méthylène. Nous croyons que les formes pigmentées que vous avez décrites ne sont autres que des globules rouges dégénérés et pigmentés. »
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Laveran réfuta cette objection, après avoir étudié d’une façon très approfondie les transformations que peuvent subir les globules sous différentes influences : l’air produit non seulement la coagulation du sang, mais donne aux hémalies un aspect crénelé (fig. 2, c); la dessiccation lente agglomère les hématies qui forment un amas compact, où il est impossible de retrouver le contour des globules; la dessiccation rapide, au contraire, conserve aux hématies leur forme, mais il n’est pas rare de voir se produire dans leur intérieur de petites vacuoles (fig. 2, a, 6, c) prises biensouvent pour des formes du parasite. La chaleur, à une température au-dessus de 56° ou 51° altère profondément les globules ; son action a été bien étudiée par Max Scnucrze et Ranvirr. On voit apparaître sur le bord des hématies de petites boules sarcodiques qui deviennent de plus en plus saillantes et qui, refoulées par d’autres semblables, finissent par former des prolongements animés de mouvement oscillatoire (fig. 2, j, 4). Tazamoxa donné à ces altérations le nom de déformations flagellaires. On trouve aussi en liberté dans le sang, soit ces prolongements formés de granulations en chaînette, soit les granulations isolées (fig. 2, /). La chaleur, agissant sur une préparation
Fig. 2. — Différentes déformations des globules rouges (d'aprés LAvERAN et BLANcmArp). a—i, sang normal desséché; a, b, c, hématies avec lacune centrale ; c, hématie crénelée; d, e, f, h, hématies avec lacune centrale, au milieu de la lacune, débris de l’hématie; g, hématie avec ROGUE petites lacunes ; :, hématie déformée avec lacune centrale ; j, k, l, altération des hématies par la chaleur (51°).
préalablement desséchée, est au contraire un excellent fixatif
des éléments figurés du sang. Sous l’action de l’eau et de la congélation, l’hémoglobine se dissout dans le sérum et les hématies deviennent de plus en plus pâles. La sueur produit le même effet, mais les hématies prennent en plus l’aspect crénelé signalé plus haut.
Toutes les'altérations précédentes s’observent dans le sang provenant d'individus sains, mais sousl’influence de certaines maladies, du paludisme entre autres, les hématies peuvent subir d’autres modifications. Dans l’anémie grave, par exemple, les globules rouges sont peu nombreux, de coloration pâle et d’une vulnérabilité très grande ; de plus, sous l’action de la dessiccation, on voit apparaître des vacuoles dues, soit à la rétraction de l’hémoglobine, soit à une déchirure de l’hématie. Hayeu (1) a fort bienétudié cette question et rattache aux quatre types suivants les déformations globulaires :
1° Certains globules rouges volumineux peuvent changer de forme sur place (contractilité amiboïde).
2° Certains globules rouges montrent des prolongements en doigt de gantimmobiles ou mobiles ; ces mouvements sont le plus souvent de simples oscillations ; parfois il se produit un prolongement tentaculaire très délié.
3° Les globules nains en suspension dans le plasma ont un mouvement oscillatoire.
4° On trouve des éléments ayant la forme de bâtonnets noueux, étroits, et de longueur variable qui se déplacent dans la préparation (pseudo-parasites).
« Ces pseudo-parasiles sont animés d’un mouvement d’oscillation continue autour de leur axe vertical et, de plus, demouvements d’inflexion suivant leurs faces. Il résulte de ce double mouvement et de lirrégularité de leur contour que chacun d’eux considéré individuellement change constamment de
(1) Haven, Bull, de la Soc. méd. des hôpitaux, P: 119, 1800.
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forme, particularité qui, à elle seule, suffirait pour distinguer ces corps mobiles des parasites avec lesquels on pourrait les confondre. Tel élément qui, à certain moment, a l’apparence d’un bâtonnet, prend tout à coup celle d’une petite masse arrondie portant une sorte de flagellum. D’autres fois, le bàtonnet simulant une Bactérie s’incurve pour prendre la forme d’un V ou d’un petit triangle. Dans d’autres cas encore l’élément prend l’aspect d’un Diplocoque. Quelle que soit leur forme, tous ces petits corps se déplacent activement dans la préparation. »
Mosso prétendait qu’en injectant du sang de Chien dans la cavité péritonéale d’un Oiseau, on observait quelques jours après l'injection des déformations des hématies du sang injecté ressemblant aux organismes décrits comme étant les parasites du paludisme. Mais tous les observateurs qui ont reproduit cette expérience, en particulier A. Catraneo et Monri, puis Marciarava et CEcut, démontrèrent l’inexactitude de cette assertion.
Autant il est difficile pour des personnes qui n’ont jamais Yu ou qui ont vu peu d’'Hématozoaires de distinguer certaines formes de parasite des globules altérés, autant cela est simple pour ceux qui ont un peu d’expérience. Il est alors impossible de se tromper. Les vacuoles sont très distinctes, bien limitées et transparentes ; elles ne présentent ni mouvements amiboïdes, ni pigment, enfin elles ne se colorent pas. Les formes jeunes du parasite, les seules qui peuvent être prises pour des vacuoles, ont un contour moins bien défini, sont moins transparentes ; elles ont des mouvements amiboïdes et quand elles ont acquis une certaine taille, elles contiennent quelques grains de pigment ; enfin, elles prennent bien la coloration. Les autres déformations des hématies ne peuvent guère être confondues avec les parasites ; 1l n’en est pas de même des leucocytes, surtout quand ceux-ci sont mélanifères,
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Ils ressemblent alors à des corps sphériques pigmentés, mais les leucocytes sont généralement plus grands, rarement tout à fait sphériques, ont un protoplasma plus granuleux et enfin un noyau de forme irrégulière que la coloration au bleu de méthylène met parfaitement en évidence.
CONFIRMATION DE LA DÉCOUVERTE DE LAVERAN ; L’HÉMATOZOAIRE EST RETROUVÉ DANS TOUS LES PAYS PALUSTRES
En 1882, Laveran se rendit à Romeet retrouva des parasites identiques à ceux qu’il avait observés en Algérie, dans le sang des palustres de la campagne romaine. Il eut l’occasion de les montrer à MarGnrAFAvA, quicroyaitencore à l’existence du Bacillus malariæ, et parvint à convaincre les médecins italiens, qui retrouvèrent l’Hématozoaire chez leurs malades et publièrent dès lors une série de fructueuses observations sur ce sujet. LavErAN observa aussi des malades ayant contracté le paludisme en Corse, à Rochefort, dans la Loire-Inférieure et dans le Morbihan et retrouva toujours son Hématozoaire. E. CaLMETTE constata aussi son existence dans le sang de malades des environs de Quimper.
Depuis cette époque, tous ceux qui eurent l’occasion d'observer du sang de paludique reconnurent le ‘parasite, pour lequel Marcnrarava et Ceru proposèrent, en 1885, le nom de Plasmodium malaric.
Le Plasmodium fut retrouvé en Angleterre par Curnow et Cayzey ; en Allemagne et en Autriche par PLenx, Quncxe, Preurrer, E. Grawirz, G. Ben, Pazraur et Kaucer, Jaxsc, Baweercer, HocusiNGer, Mannagerc et KereszrzEGny GyuLa ; en Russie par Mersanixov, Barrosuevrrscn, DaniLEevskY, SAkHARov, Cnexzinsky, Romanovski, Korozko, Tirov, Oinrsemrz et E. Gaunier ; en Espagne par R. Marusaze et G. Tu.
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