DE CAUSE PERITONEALE (ETUDE CRITIQUE
PERITONITES HEMORRAGIQUES
La Pachypelviperitonite hémorragique de Bernutz.
BERNUTZ assimilant l’hématocèle rétro-utérine à l’hématocèle vaginale soutint en 1880 qu’un certain nombre d’hémorragies intrapelviennes proviennent de néomembranes résultant d’une pelvipéritonite antécédente.
La question vue de l’angle sous laquelle la considérait BERNUTZ est actuellement jugée : les néomembranes sont secondaires à l’hémorragie, elles témoignent d’un processus réactionnel du péritoine qui, ne parvenant à résorber un épanchement, l’enkyste.
L’'Angiomatose péritonéale hémorragique de Parcellier et Chenut.
PARCELLIER et CHENUT en 1932 ont essayé d’individualiser un syndrome anatomo-pathologique nouveau caractérisé par la production d’angiectasies et de néoformations capillaires péritonéales.
Bien que les lésions qu’ils décrivent soient diffuses sur le péritoine pariétal et le péritoine viscéral, elles nous paraissent trouver place dans une étude des hémorragies génitales non
gravidiques de la femme parce que, dans deux observations, elles prédominaient nettement sur le péritoine tubaire et utérin.
Le nombre total des observations rapportées par PARCEL- LIER €t CHENUT est d’ailleurs de quatre.
Ils jugent eux-mêmes la quatrième observation, celle de MARTON, nullement caractéristique; nous ne retiendrons donc que leurs deux observations personnelles et celle de Forp.
Leur observation princeps est la plus typique.
Leur malade, âgée de 39 ans, était venue les consulter pour métrorragies et des ménorragies datant de plusieurs mois. Son utérus, du volume d’un poing d’adulte, était ferme et lisse. Le signe du lacet était positif. Le temps de coagulation de 17 minutes.
L’hémorragie intrapéritonéale fut une découverte opératoire. Le sang, non coagulé, un peu noirâtre, poissait les anses intestinales, et on put recueillir la valeur d’un verre à Bordeaux dans le Douglas.
L’utérus présentait sur sa face postérieure des proliférations péritonéales en plaques souples, très vascularisées, saignant au moindre contact. Descendant jusqu’à l’isthme, elles s’étendaient sur les cornes et même sur la trompe droite. On retrouvait des proliférations semblables sur la face antérieure du sigmoïde et du rectum et au niveau de la bifurcation aortique.
L'hystérectomie totale fut pratiquée et la malade fut revue en parfaite santé deux ans après.
L'examen histologique pratiqué par le Professeur Sabrazès montra la constitution des franges péritonéales : leur armature était constituée par un tissu conjonctif lâche, très vascularisé, avec de nombreuses angiectasies gorgées de sang et des capillaires de néoformation à peine structurés dans leur revêtement endothélial.
La deuxième observation de Parcellier et Chenut est moins caractéristique.
Leur malade, âgée de 47 ans, fut opérée pour un syndrome de subocclusion intestinale attribué à l’évolution d’une péritonite tuberculeuse.
La cavité péritonéale contenait du sang liquide et des caïllots, le péritoine avait un aspect ecchymotique angiomateux par places. Son examen histologique révéla la présence d’an-
giectasies, de néoformations capillaires et de foyers hémorragiques avec réaction du tissu conjonctif.
L’opérée, qui avait fait antérieurement une pleurésie hémorragique, présenta l’année suivante une ascite hémorragique et mourut avec les signes d’une cirrhose maligne.
ForD a fait des constatations anatomiques macroscopiques semblables à celles de Parcellier et Chenut chez une jeune fille de 17 ans qu’il opérait pour appendicite aiguë. L’appendice présentait un exsudat plastique à sa pointe, mais il y avait du sang libre dans la cavité péritonéale qui imposa une laparotomie médiane. Les trompes étaient de taille normale, leur revêtement péritonéal était si puissamment vascularisé que les petits vaisseaux sanguins formaient un fin réseau sur toute sa surface. Près de la corne, sur chaque trompe, il y avait un vaisseau de petit volume, saignant fortement. La guérison survint après hémostase locale.
Si hasardeux qu’il soit de porter un jugement sur des faits qu’il ne vous a pas été donné d’observer, ceux rapportés par Parcellier et Chenut ne nous paraissent pas mériter l’individualisation sous le nom d’angiomatose hémorragique.
Les auteurs eux-mêmes insistent sur les stigmates sanguins de leurs malades et posent la question d’une dyscrasie endothélio-plasmatique localisée au péritoine.
Sans doute il y a des hémogénies localisées, mais il s’agit plutôt de prédominance d’une affection générale que d’une localisation vraie.
La malade de leur observation princeps avait des métrorragies qui indiquaient une extension du processus à la muqueuse utérine. ‘
Il ne nous paraît pas plus judicieux de faire de la manifestation d’une hémogénie sur le péritoine, une maladie locale de cette séreuse (ce que suppose le terme d’angiomatose péritonéale hémorragique) qu’il ne serait logique de faire d’une asystolie rénale ou utérine une maladie du rein ou de l'utérus.
Les cas rapportés par PARCELLIER et CHENUT n’en ont pas moins un gros intérêt, ils nous font voir un aspect particulier et encore inconnu du syndrome viscéral du purpura.
À côté du syndrome abdominal aigu du purpura, bien décrit sous son aspect chirurgical par MM. SÉNÈQUE et JEAN Gos- SET, il y a peut-être place pour un syndrome pelvigénital avec hémorragie intrapéritonéale.