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I. — LES SYMPTOMES MÉNINGÉS DOMINENT

Hémorragies purement sous-arachnoïdiennes de Chauffard et Froin

Choisissons ici pour illustrer en quelque sorte cette description, deux observations publiées récemment, l'une des malades ayant guéri, l’autre ayant succombé.

OBSERVATION I (Abrégée)

Gaillard et Boyé (1909)

Marie G..., vingt-deux ans, modiste, n’a pas eu de maladie sérieuse dans l'enfance. Une fausse couche à l’âge de dix-huit ans ; un accouchement normal à dix-neuf ans, mais l’enfant est mort à l’âge de onze mois.

En mai 1908, la malade a été opérée pour une salpingite : castration double supprimant complètement la menstruation Pas de maladie infectieuse, pas de traumatisme récent.

Lelundi matin, 26 avril, Marie G... était à sa toilette, lors-

qi qu’elle éprouva brusquement un grand malaise: après un vomissement elle pâlit et tomba, la face pâle, les dents serrées, inconsciente. Vers le soir elle reprit connaïssance et commença à répondre à quelques questions.

Le lendemain matt, elle est couchée sur le dos, immobile dans son lit, indifférente et prostrée, comprenant les questions quand'on parle à haute voix (un peu de surdité), capable de prononcer quelques paroles. Pas de délire de paroles ni d'actions. Langue peu saburrale. Elle se plaint surtout de mal de tête. Nous constatons une raideur légère de la nuque, ainsi que le signe de Kernig. Il n’y a ni raie méningitique, ni strabisme, ni inégalité des pupilles, ni arythmie. :

Pouls lent, température 37%. Réflexe rotulien un peu exagéré ;ipas de raidèur des membres; pas de paralysie ; pas d’anesthésie.|Constipation ; incontinence d'urine, ni sucré, ni albumine.

Le lendemain, 28avril, 37°2, Pouls 76. Même état cérébral ; la malade demeure immobile, les yeux fermés, ne répondant ‘que par monosyllabes. Toujours le mal dé tête.

La ponction lombaire fournit 10 centimètres cubes d’un iquide légèrement louche, en hypertension, contenant un peu de sang et quelques polynucléaires, aucun microbe,

29 avril, — 38° Pouls 80, Le soir 38°8.

30 avril (cinquième jour). — 38° 6. Pouls 88. Le pouls est régulier ; la céphalalgie,'le Kernig, la ‘raideur du cou persistent ; raie méningitique,

La stupeur est moindre, la parole moins pénible, Encore un peu de’surdité, somnolence toute la :journéé, . Le soir

(30 avril) 39°9.

A Es 1e mai, — 38°9 et 39*6, Les signes méningitiques ont peu varié.

2 mai. — 3804 et 39°7. Céphalalgie et somnolence persistent. La constipation nécessite des lavements purgatifs.

3 mai (huitième jour). — 38°6 et 388. Le réflexe rotulien est plus marqué à gauche qu’à droite. On note aussi une différence de température entre les deux mbtabres inférieurs, le gauche étant plus chaud que le droit. L'incontinence d’urine persiste.

Seconde ponction lombaire fournissant 15 centimètres eubes de liquide ambré, un peu louche. On trouve après centrifugation un grand nombre de globules rouges et des polynucléaires ; pas delymphocytes, pas de microbes. Culture négative. |

4 mai. — 38°2 et 383. Amélioration notable ; la contracture de la nuque, le signe de Kernig, la céphalalgie s’atténuent. On note l'inégalité des pupilles et quelques faux-pas du cœur. Rien d'anormal dans l'urine. :

5 mai, — 38°r et 38%. Pouls 92. La surdité a disparu, la somnolence diminue.

6 mai. — 375 et 37°8. Pouls 96. L'incontinence d’urine persiste, mais les autres symptômes tendent à disparaître.

10 mai. — 37°%4. Pouls 88. Encore del’incontinence d'urine.

11 mai(seizième jour). — La raideur dela nuque et le signe de Kernig existent encore mais faiblèment,.

Troisième ponction lombaire. Le liquide, encore citrin, s'écoule goutte à goutte; il contient des globules rouges moins nombreux qu’à la seconde ponction et quelques lymphocytes ; pas de polynucléaires, pas de microbes.

Culture négative sur gélose et gélose-sang.

16 mai. — Apyrexie, pouls régulier ; encore de l'inégalité des pupilles, mais la vision est normale ; la contracture a totalement disparu; l'état général est excellent, l'appétit normal.

22 mai. — La malade demande à se lever ; pupilles encore inôpales,

4 juin.— La malade part pour le Vésineten convalescence, On ne constate plus rien d’anormal. Aucun désordre de la sensibilité ni de la motilité.

La guérison doit être considérée comme complète.

OBSERVATION II (Résumée)

(Étienne, septembre 1909.)

Me B... âgée de soixante-douze ans, Aucun renseignement sur les antécédents. Entrée à l’hospice Saint-Julien de Nancy en août 1908, elle présentait un certain degré de gâtisme. Elle avait des pertes de mémoire, causait très simplement avec ses compagnes et était incapable de soutenir une conversation suivie ; elle se levait, mangeait seule, et allait assez régulièrement à la selle.

29 avril 1909, — Elle ne peut se lever. Elle est couchée en chien de fusil sur le côté gauche.

Elle présente très nettement le signe de Kernig, de la raideur de la nuque: la tête est immobilisée dans cette position en opistothonos très marqué, La malade semble indifférente à ce qui l’entoure et répond à peine. Les traits sont légère-

ment tirés, le teint mat, il existe un peu de photophobie,

Mn

Aucune déviation de la face, aucune inégalité pupillaire; pas de céphalée. Il n’a pas été constaté d'ictus apoplectiforme.

Aux membres supérieurs, pas de troubles sensitifs ni moteurs. Du côté des membres inférieurs, position dite en chien de fusil, contracture au niveau de toutes les articulations; en conséquence recherche du réflexe rotulien très difficile. Le réflexe du tendon d'Achille, le réflexe plantaire, la trépidation épileptoïde, le signe de Babinski sont négatifs. Atrophie musculaire par cachexie sénile; léger retard des perceptions tactiles. |

A la partie interne du pied gauche, sous la malléole, phlyetène volumineuse de la grosseur d’une pièce de 5 francs. Dans la région sacrée escarre de la grandeur de la main, entourée d’une zone inflammatoire. Langue rôtie, saburrale, rouge sur les bords, pas de vomissements ni de constipation, mais incontinence des matières. Pas de raie méningitique,

Le lendemain température et pouls s'élèvent, la raideur de la nuque et le Kernig persistent.

1° mai.— La ponction lombaire donne 20 centimètres cubes d’un liquide franchement hémorragique couleur cerise foncé, identique dans les deux tubes employés. Le liquide sort à flot par le trocart,

Deux heures aprés, l'amélioration est sensible: mouvements de la tête plus libres, la malade est un peu moins somnolente et parle volontiers.

La température et le pouls baissent et l'amélioration persiste quelques jours. Mais le 6 mai l’état s'aggrave un peu, la raideur de la nuque s’accentue.

8 mai. — L’escarre fessière s’est beaucoup agrandie. La

ponction retire encore 30 centimètres cubes d'un liquide

hémorragique, s'écoulant à flot, couleur sirop de groseilles à l'eau, identique dans les tubes employés. L'état général devient meilleur, la raideur diminue.

Du 9 au 14 mai la température et le pouls montent. Congestion hypostatique très marquée. Mort.

Autopsie. — Rien au cerveau ni aux méninges cérébrales. Caïllots au niveau de la sixième lombaire et parmi les branches nerveuses de la queue de cheval. Aorte athéroma-

teuse.

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