‹ Les hemorragies sous-arachnoidiennes et le mecanisme de l'hematolyse en generalChapitre 5 sur 18 · RÉSUMÉ DES DOUZE OBSERVATIONS PRÉCÉDENTES · texte numérisé non relu

RÉSUMÉ DES DOUZE OBSERVATIONS PRÉCÉDENTES

Causes. — Ces formes mortelles d'hémorragie cérébro-méningée ne se distinguent pas, au point de vue étiologique, des

faits classiques.

Il s'agit de malades d'âge mùrou de vieillards, atteints d'artério-sclérose plus ou moins généralisée, avec athérome des grosses artères et principalement de celles de l'encéphale. Les reins sont le plus souvent scléreux.

■ L'attaque apoplectique initiale est survenue ordinairement sans cause appréciable.

Lésions. — Une seule fois (Obs. 1) l'inondation sanguine s'est faite simultanément dans les ventricules et les espaces sous-arachnoïdiens, souvrant directement dans ces derniers, par la convexité du cerveau. Dans les 9 observations sui-

vantes, le foyer cérébral s'ouvre seulement dans les ventricules et, néanmoins, il y a eu toujours dissémination des globules rouges jusque dans le sac spinal. Mais alors les caillots sont intra-cérébraux ou intra-ventriculaires et ils y retiennent généralement la majeure partie des globules rouges.

Quand le foyer cérébral, même volumineux, présente un orifice de communication très étroit avec les ventricules, la dissémination des globules rouges est au minimum, et, dans ces cas, le. liquide céphalo-rachidien, rétiré par ponction lombaire, n'a pas toujours l'aspect sanguinolent (Obs. V et VI).

Symptômes. — L'ensemble clinique ressortit à un syndrome cérébro-méningé très complexe, dans lequel' il est difficile de spécifier rigoureusement ce qui revient, d une part, aux lésions encéphaliques, et, d'autre part, à la réaction méningée. Cependant, il est de grands symptômes, indices précieux, les uns d'une destruction cérébrale, les autres d'une inondation sous-aràchiioïdienne, que nous voulons surtout mettre en évidencè dans cette vue d'ensemble sur les 12 observations qui précèdent.

Nous indiquerons aussi les caractères fondamentaux du liquide céphalo-rachidien retiré par ponction lombaire. ' Coma et. délire. — Dans toutes ces formes mortelles, l'état comateux, plus ou moins profond, a persisté jusqu'à la mort. Dans quelques cas, il y a eu une légère reprise des facultés intellectuelles suivie rapidement d'une rechute dans la perte absolue de l'intelligence, de la sensibilité et de la motilité.

Il n'y a aucun rapport entre le coma et la diffusion plus ou moins grande du sang dans les espaces sous-arachnoïdiens. C'est avant tout un phénomène cérébral, influencé par l'étendue du foyer de destruction portant sur la substance nerveuse et surtout par sa localisation dans- certains points à allôration particulièrement nocive. Ainsi, dans, ^..hémorragies de la couche optique avec inondation ventriculaire (Ohs. VII, Vlll, IX, X), le coma a été profond et persistant, n.r-inn avec

une lésion cérébrale minime. Dans un cas (Obs. VIII), la survie à, l'ictus apoplectique dura un mois et le coma alternait fréquemment avec du délire, de l'agitation et de la loquacité. Pendant ce temps, le malade présentait également des signes très acicen-tués d'irritation méningée;

Hémiplégie. — Le grand signe de l'hémorragie cérébrale, l'hémiplégie, est nettement signalé dans presque toutes les observations. Dans les k hémorragies de la couche optique, la capsule interne n'a pas présenté de lésions macroscopique?, et, cependant, les malades ont eu soit de la flaccidité, soit une atténuation de la rigidité musculaire dans les membres opposés à la lésion cérébrale. Il est vrai que si le foyer hémorragique n"a pas sectionné le faisceau pyramidal il a pu entraîner, à son niveau, de la compression ou une irrigation défectueuse.

Aux troubles de la motilité se rattache le réflexe de l'extension de l'orteil ou signe de Babinski.

Signe de Babinski. — Sa rechercke a été faite méthodiquement, dans 8 cas, que nous diviserons en deux séries.

Dans la première (Obs. T, V, VI, XI), la destruction cérébrale était considérable et le faisceau pyramidal détruit sur une plus ou moins grande étendue (exception faite pour l'Obs. XL dans laquelle il n'a pas été pratiqué d'autopsie) : l'extension de l'orteil est constatée très tôt, aux 3% 5', 2» et 1- jours après le début de rictus, sur le membre hémiplégié, du côté opposé à la lésion cérébrale.

La seconde série, au contraire, se caractérise par l'existence, de l'extension de l'prteil du même côté que la source de l'hémorragie. Elle comprend les U hémorragies de la couche optique, dans lesquelles le signe de Babinski, les mouvements automatiques et le maximum des contractures se sont moi^trés du côté correspondant à la couche optique lésée (Obs. VII, VIII, IX, X).

. Déviation conjuguée de la. lèle et des yeux. — Nous avons

noté quatre fois ce symptôme. Les malades regardaient leur lésion, dans deux cas d'hémorragie de la couche optique n'atteignant pas le faisceau pyramidal correspondant (Obs. VII et IX). La déviation existait du côté opposé à la lésion, dans deux autres hémorragies de la couche optique, s'étendant jusqu'au faisceau pyramidal correspondant (Obs. VI et X). Les yeux de ces malades présentaient en général une immobilité assez remarquable des globes oculaires et dos paupières. ' Mouvements automatiques. — Ils étaient très marqués chez 5 malades (Obs. V, VII, VIII, IX, X), particulièrement du côté commandé par l'hémisphère intact, et quelquefois incessants, surtout aux membres supérieurs. Ils ont souvent les caractères des mouvements carphologiques : il semble que le malade veuille saisir un objet imaginaire. Parfois, ce sont des mouvements d'émiettement continuels qui peuvent faire craindre l'usure de la pulpe des doigts (Obs. Xj.

Convulsions. — Des crises épileptiformes, plus ou moins généralisées, ont été constatées dans k cas (Obs. I, II, X et XI). Si l'on élimine celui qui présentait des phénomènes urémiques (Obs. II) et celui qui n'a pu être autopsié (Obs. XI), on voit que les crises convulsives ont débuté et prédominé en général du côté commandé par l'hémisphère sain.

Contractures. — Chez 8 malades, existaient des contractures caractérisées par une raideur plus ou moins générahsée. Dans les observations IV, XI, XII, le coma était très profond et en même temps la résolution musculaire complète, malgré une diffusion assez abondante des globules rouges dans les espaces sous-arachnoïdiens : ainsi, l'une d'elles montrait 82.000 hématies par millimètre cube de liquide céphalo-rachidien.

Chez 5 malades, présentant une lésion de la capsule interne (Obs. I et III) ou bien une hémorragie de la couche optique respectant le faisceau fjyramidal (Obs. VIII', IX, X), les contrac-

tures ont été plus marquées du côté commandé par le faisceau pyramidal dépendant de l'hémisphère intact.

Signe de Kernig. — Le signe de Kernig, recherché chez h malades, n'a été constaté que chez un seul (Obs. VIII). Il s'agissait d'une petite lésion de la couche optique avec inondation sanguine péri-médullaire assez abondante, et c'est après être sorti du coma profond dans lequel il était plongé, au moment où la poaction lombaire nous révélait une grande activité des processus hématolytiques dans la cavité rachidienne, que nous avons constaté le signe de Kernig dans toute son intensité. Dans la suite, il a été retrouvé à plusieurs reprises et une rigidité musculaire très prononcée coexistait avec lui. C'est le cas le plus intéressant et le plus complet de ceux qui nous occupent, car la note cérébrale a persisté sous forme de torpeur pendant vingt-huit jours, et le syndrome méningé a pu se révéler par ses manifestations les plus caractérisées : les contractures et le signe de Kernig.

Symptômes généraux. — La température, que nous avons rarement observée aussitôt après l'ictu?, évoluait, en général, autour de 37° ou de 38° et s'est toujours élevée, plus ou moins, dans les derniers jours de la maladie.

La respiration stertoreuse a été notée dans les Obs. I, II, IX,

Une albuminurie abondante a été trouvée 3 fois (Obs. I, II et VI). Dans le premier cas, elle a été transitoire ; dans le second, il s'agissait d'un albuminurique d'ancienne date. La malade de l'observation VI présentait des reins scléreux.

La glycosurie a été constatée dans l'observation XI (le malade était atteint de cirrhose hépatique).

Le myosis existait chez 5 malades (Obs. I, V, VIII, XI, X), avec paresse pupillaire (Obs. I, VIII, X).

Durée. — La durée de la maladie a été généralement très courte et n'a pas été toujours en rapport avec l'étendue du foyer

l- ROIN . 4

de destruction cérébrale : ainsi, dans l'observation V, avec un foyer considérable, la malade a vécn sept jours après 1 ictus. Mais dans les inondations venlriculaires massives, les denouementsontété ordinairement plus rapides, sans doute parce que les phénomènes de compression de lencéphale sont plus e.endus et plus généralisés.

Liquide céphalo-rachidien. - Pression. - Quand la mor été rapide, l'issue du liquide céphalo-rachidien s est faite ea o-outtes, que la position soit assise ou couchée, ma.s les deux Llades qui ont survécu le plus longtemps ont présente a un nioment donné, Vissue en jet du liqmde. L un (Obs. VIII) est mort un mois après Tictus apoplectique : une assez grande quantité de globules rouges était tombée dans la cavité spinale, et le processus hématolytique qui s^ensuivit s'accompagna d une hyperpressionconsidérable qui disparut au fur et àmesure de la résorption sanguine. Dans l'autre cas, dont la maladie dura neuf jours, on constata également l'issue en jet du liqmde ; 1 hemorrao-ie sous-arachnoïdienne n'était p^s très abondante, il est vrii, mais il y avait encore, à ce moment, une hématolyse très

active (Obs. X). , , • j-

Abondance de lliémorragie. - Le liquide céphalo-rachidien retiré du cône durai avait, dans 10 observations, un aspect sanguinolent très net. Dans 2 cas seulement, il paraissait clair à l'émission, mais la centrifugation nous a montré une quantité égale de globules rouges dans les différents tubes. Après un examen attentif, nous avons constaté une teinte un peu jaunâtre du liquide (Obs. V), avec une très légère réaction cellulaire.

Absence de coagidum fibrineux. — Il ne s'est jamais formé de coagulum fibrineux dans les tubes où avait été recueilli le liquide.

Processus hémaloUjtiqiies. —D-Ans deux observations ils se sont montrés très intenses.

Dans l'observation YIII, le liquide est devenu rose jaunâtre, le 6® jour, après une diminution considérable du nombre des globules rouges (15/|.000 à 2/i.562) (lîg. 2). Cependant, le 11« jour, avec 8.120 globules rouges seulement par millimètre cube,

G même. aei.

FiG. 2.

roxyhémoglobine est dissoute en plus grande abondance dans le liquide. Les achromatocytes sont très nombreux. Remarquons les réactions cellulaires : lymphocytose initiale assez marquée ; neutrophilie progressive correspondant à l'augmentation de l'hémoglobine dissoute, et après que la courbe des neutrophiles s'est considérablement abaissée, disparition de la teinte rosée

et des raies de Toxyliémoglobine. Alors le liquide reprend une teinte jaune ; enfin, il redevient incolore et cependant il reste quelques hématies dans le liquide céphalo-rachidien, mais elles sont accompagnées seulement de lymphocytes. Ces hématies se rapetissent, se dissocient, se fragmentent et prennent cepen-

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dant très vivement Téosine. Les grands éléments uninucléés sont moins nombreux lorsque le liquide est rosé. Pendant toute l'hématolyse le point cryoscopique s'est maintenu au voisinage de — 0,60.

Lliématolyse était en pleine activité dans l'observation X, au 3" jour et au 5'^ jour de la maladie (fig. 3). On voit une neutrophilie prédominante et une amorce d'éosinophilie, cette dernière constatée aussi chez le malade précédent au mo-

raent de l'hématolyse maxima. Le 7" jour, avec la lym phocytose prédominante, des globules fragmentés et fortement colorés apparaissent sur les lames.

La réaction cellulaire peut ôtre très rapide, à la suite de l'ictus apoplectique. Deux heures après la production d'une hémorragie, elle était manifeste (Obs. XII), avec lymphocytose initiale prédominante.

Observation XIII.

Méningite fibrineuse et hémorragie du mésocéphale et de l'espace soiis-arachnnoïdien (1).

F..., âgé de quatorze ans, est apporté, à l'hôpital Cochin, le 11 octobre 1903, dans le service de M. Widal.

Sa mère nous dit qu'elle a une bonne santé et a eu deux entants ; l'un est bien portant, et celui qu'elle nous amène n'avait jamais été malade. Mais, il y a une quinzaine de jours, il fut pris d'une céphalée progressivement croissante et d'une torpeur de plus en plus accentuée avec fièvre continue. On pense à une fièvre typhoïde. Bientôt, le malade ne s'alimente plus, maigrit considérablement. L'état comateux existe depuis la veille de l'entrée à l'hôpital ; l'insensibilité est presque complète quand nous 4'examinons.

C'est un adolescent de taille proportionnée à son âge, ne présentant pas de déformation osseuse, ni stigmate de dégénérescence. Il est émacié ; le ventre fortement rétracté. La respiration est superficielle et embarrassée. De temps en temps, il a des secousses de toux qui s'accompagnent de rejet, par la bouche, de mucosités et de salive. La langue est humide.

Les membres sont flasques. Il n'y a pas de signe de Kernig, ni raideur de la nuque. Les réflexes rotuliens sont un peu diminués.

Les réflexes crémastéricu et abdominal sont abolis. Le signe de Babinski se produit en extension des deux côtés.

On note de l'insensibilité cornéenne et l'abolition du réflexe pupillaire à la lumirre. Les pupilles sont inégales, la pupille droite ayant à peu près les dimensions normales, tandis que la gauche présente de la mydriase.

• La pointe du cœur bat dans le cinquième espace, un peu en dedans de la ligne mamelonnaire et l'impulsion précordiale est forte. On sent, à la

(i) Observation publiée dans la Gazette des liôpitaux,\c 12 novembre 1908.

pointe, un frémissement cataire, et on entend un claquement prononcé du premier bruit. Il existe un soufOe diastolique très fort, en jet de vapeur, qui se prolonge tout le long du sternum.

A l'auscultation des poumons, on n'entend aucun bruit anormal.

Le pouls = 84. La température = 39»,1.

Les urines ne contiennent ni albumine, ni sucre.

Le malade meurt une heure après son arrivée à l'hôpital. La température — 38° après le décès et 37°,7, deux heures après.

Ponctions lombaires. — Une première ponclion est pratiquée dans le cinquième espace.

Position assise.

Quantité : dO centimètres cubes, dans trois tubes. Ecoulement en gouttes lentes.

Coloration rouge cerise, à peu près uniforme dans les trois tubes.

Nous pratiquons immédiatement une seconde ponclion lombaire dans le quatrième espace.

Quantité : 10 centimètres cubes, dans trois tubes.

Ecoulement en jet, puis en gouttes rapides.

Coloratioa rouge cerise, uniforme dans les trois tubes.

Coagulums fibrineux. — Après plus de vingt minutes, nous constatons dans les six tubes sanglants de petits coagulums; ayant englobé des hématies. Outre leur apparition tardive, il est indiscutable que le volume de ces coagulums librineux n'est pas en rapport avec la quantité de sang mélangé au liquide céphalo-rachidien.

Centrifugation : culot hématique assez volumineux. Liquide légèrement jaune.

Numération : dans le quatrième espace : globules rouges = 45.100; éléments blancs = 6(10. Dans le cinquième espace : globules rouges — 48.000; éléments blancs = 300. Beaucoup de globules rouges sont épineux ou sphériques et opaques.

Cytologie : les grands éléments uninucléés sont extrêmement nombreux. 11 y a aussi une lymphocytose abondante. Les polynucléaires sont rares.

On ne décèle aucun microbe.

Albumines : globuline et serine en quantité très abondante. Sucre : la liqueur de Fehling ne donne aucune réduction. Cryoscopie : A = — 0,50.

Spectroscopie : les raies de l'oxyhémoglobine sont absentes.

Urobiline : la fluorescence par le chlorure de zinc ammoniacal, négative dans le liquide céphalo-rachidien, est positive dans l'urine.

Inoculations : une souris, injectée avec I centimètre cube du liquide céphalo-rachidien, n'est pas morte.

Deux cobayes ont reçu I centimètre cube dans le péritoine; lun des <leux, tué le 7 novembre, ne présentait aucune lésion de tuberculose; l'autre, tué le 17 novembre, présentait des lésions tuberculeuses très étendues (bacilles de Koch constatés).

Ensemencements : l'ensemencement de 4 centimètres cubes de sang pris au pli du coude, dans 400 centimètres cubes d'eau peptonée, a été négatif. L'ensemencement de quelques gouttes de sang défibriné na donné également aucune culture.

AuTOPsie. — Le cœur pèse 2u0 gramr"es. Avant son ouverture, ou constate une insuffisance aorlique très nette, par l'épreuve de l'eau. Les trois valvules de l'aorte sont raccourcies, rétractées, et ont un bord libre extrêmement épaissi, dur au toucher. Les autres orifices sont normaux. Les poumons ne présentent rien de particulier, mais il existe un paquet de ganglions trachéo-bronchiques volumineux, présentant a la coupe de très nombreux noyaux blanchâtres, à aspect caséeux.

La foie pèse 1.-230 grammes et parait normal, ainsi que la rate, qui pèse !)2 grammes, et les reins : rein gauche, 143 grammes; rein droit, •1-23 grammes.

Après ouverture du crâne, la dure-mère et la convexité des hémisphères ont un aspect normal. La base de l'encéphale est recouverte et cachée par une plaque de sang, véritable caillot membraniforme, qui s'épaissit au niveau de la moitié inférieure de la protubérance et du sillon bulbo-protubérantiel.

L'imbibilion hémorragique se prolonge en avant sur les lobes frontaux ; de chaque côté, elle fuse dans la scissure de Sylvius et dans la fente cérébrale de Bichat.

Le cervelet présente une plaque jaune verdàtre sur le vermis supérieur, ressemblant à l'exsudat fibrino-purulent, si fréquent dans cette région, des méningites tuberculeuses.

Le sang coagulé, adhérent à la base de l'encéphale, est enlevé, et dissocié en certains points; on constate qu'il enrobe des vaisseaux de moyen et de petit calibre, complètement thrombosés. 11 y a des strates fibrineux sous la pie-mère : l'hémorragie est non seulement sous-arachnoidienne, mais encore sous-pie- mérienne.

Les coupes pratiquées sur les hémisphères cérébraux montrent un aspect normal. Mais la protubérance, dont la face antérieure est comme tachetée de sang, présente dans toute sa masse de nombreux foyers hémorragiques. Parmi ces foyers, il en est deux, plus volumineux, qui affieurent le plancher du quatrième ventricule et l'aqueduc de Sylvius. Enfin, les coupes permettent de constater la présence d'un placard blanchâtre, dur, épais de 1 à 2 millimètres environ, sur toute l'étendue de la moitié supérieure de la face antérieure de la protubérance.

La mo3lle est extrêmement congestionnée : tous les vaisseaux piemériens sont fortement injectés. Les coupes de l'organe n'y montrent pas d'épanchement sanguin.

Coupes iiistolosiques. — M. Letulle a eu l'extrême obligeance de voir quelques coupes hislologiques pratiquées sur la protubérance, le vermis supérieur et les valvules aortiques. Voici ce qu'il a constaté :

Sur la protubérance, la méninge est très épaissie et infiltrée d'éléments nucléaires. Dans toute l'épaisseur de la substance nerveuse, des hémorragies ont dissocié les fibres. En plusieurs points, au voisinage de la surface de la méninge, on voit comme des placards de nécrose aiguë, colorés en rose vif par l éosine, présentant des parties mortifiées constituées par des globules rouge jaunâtre, enfermés dans une gangue conjonctive qui est rose en certains points. Certains troncs vascuiaires sont atteints d'endopblébite et d endartérile; quelques-uns sont tbrombosés. On voit des cellules géantes dont la périphérie est nécrosée.

Au niveau du vermis supérieur, 'a méninge et les prolongements qu'elle pousse entre les circonvolutions cérébelleuses sont gorgés d'éléments cellulaires, tout petits, extrêmement serrés. Dans ces replis méningés, il y a de nombreuses gommes miiiaires caséeuses. Leur centre est ramolli; il y flotte un petit nombre de noyaux, dans une substance coagulée. Quelques éléments n'ont plus de noyau. Dans quelques espaces, on trouve, au voisinage de ces gommes miliaires, des cellules géantes peu volumineuses. Plusieurs coupes colorées par le Ziehl n'ont pas montré de bacille de Koch.

Les valvules sigmoïdes ont un bord libre très épais, constitué par un bourrelet fibreux, dense, dépourvu d'éléments cellulaires et peu vasculaire. 11 n'y a pas de calcification. De place en place, sur le bord de la valvule, il y a des Ilots fibreux qui s'enfoncent assez profondément dans son épaisseur.

Une plaque d'aortite montre un épaississement de la paroi artérielle, avec de nombreux capillaires occupant au moins le tiers externe de la mésartère.

Les coupes des ganglions Irachéo-bronchiques montrent des tubercules caséeux, avec des bacilles de Koch.

L'inoculation positive, chez un cobaye, avec le liquide céphalo-rachidien, nous engage à considérer ce cas comme une méningite tuberculeuse. Les lésions ont frappé d'une façon intensive tous les éléments de la membrane: endothélium, tissu conjonctif et vaisseaux. De là, hémorragies multiples.

RÉSUMÉ DE l'oBSEKVATION Xlll

Liquide céphalo-rachidien. — Le liquide céphalo-rachidien de ce malade n'a pas montré les caractères constants des liquides sanglants par ruptures vasculaires, dues à un traumatisme ou à l'artéi'ite simple.

11 existait en même temps une méningite, et le liquide céphalorachidien est venu nous le prouver, avant la mort.

Présence de coagiilum fibrineux. — Les six tubes dans lesquels nous avons recueilli du liquide céphalo-rachidien ont présenté un coagulum librineux. Cela ne se voit jamais dans les hémorragies vulgaires, dues, par exemple, aù traumatisme, à l'athérome ou à Tartérite syphiHtique. L'absence de fibrine, dans ces c is-là, constitue un caractère de haute valeur : il ne nous a jamais manqué dans nos observations d'hémorragies méningées^ succédant aux causes que nous venons d'énumérer.

On pouvait supposer qu'il ferait défaut si l'hémorragie venait se superposer à une méningite avec réaction fibrineuse. Qu'une hémorragie se produise dans cet état morbide, et l'on devait voir s'unir deux symptômes ordinairement opposés : un liquide sanglant et une précipitation de fibrine. C'est ce qui a dù arriver chez notre malade. Nous pensons qu'il avait une méningite à réaction fibrineuse, ayant abouti, la veille de son entrée à l'hôpital, à l'hémorragie.

Les constatations faites à l'autopsie nous ont aidé pour faire la démonstration de cette succession morbide, en nous montrant les deux lésions, méningitique et hémorragique : la première sous forme d'épaississement et d'induration de la pie-mère, la seconde constituée par des plaques fibrineuses rougeâtres étendues sur la base de l'encéphale.

Le sang s'est donc comporté dans ce cas, comme dans l'hémorragie sous-arachnoïdienne la plus banale, et nous n'avons pas

constaté un coagulum fibrineux en rapport avec l'abondance de l'hémorragie. Celle-ci, en elTet, avait]collecté sa fibrine dans le sac sous-arachnoïdien, et nous n'avions recueilli dans nos tubes que la fibrine, appelée dans la séreuse par l'acte inflammatoire. Or, la réaction fibrineuse n'a point été postérieure à l'hémorragie; l'hémorragie méningée simple n'a jamais créé par elle-même ■cette réaction, dans les cas que nous avons observés.

En dehors de la fibrine, nous signalerons aussi d'autres caractères moins importants, qui plaidaient en faveur de la méningite €t que nous allons rapidement passer en revue.

Abondance des globules blancs. — Les globules blancs sont en très grande proportion par rapport aux globules rouges. Ainsi, nous trouvons dans le quatrième espace 600 globules blancs pour Ziô.lOO globules rouges. C'est là un rapport absolument exceptionnel dans une hémorragie méningée vulgaire, surtout dans un cas comme celui-ci, où l'état comateux récent €t la xantochromie légère nous indiquaient que l'hémorragie venait de se produire. ^Pour citer un exemple et bien montrer l'opposition, nous avons vu, dans l'observation VIII, au troisième jour, 700 globules blancs pour 130.000 globules rouges.

Cette abondance des globules blancs était également manifeste sur nos préparations et incompatible avec une hémorragie récente simple.

Cryoscopie. — Le point de congélation, dans ce cas, était à — 0,50. C'est là un fait absolument exceptionnel dans les hémorragies, sans méningite. Nous avons vu qu'elles ne donnent pas un semblable abaissement du point crj'oscopique.

Nous avons recherché des microbes par l'examen direct ou par la culture, et ensemencé le sang et le liquide céphalo-rachidien. L'inoculation au cobaye a seule été positive (tuberculose expérimentale). Enfin, les ganglions trachéo-bronchiques du malade renfermaient le bacille de Koch.

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