‹ Les hemorragies sous-arachnoidiennes et le mecanisme de l'hematolyse en generalChapitre 6 sur 18 · B. — FORME CURABLE · texte numérisé non relu

B. — FORME CURABLE

Nous n'avons recueilli qu'une seule observation d'iiémorragie cérébro-méningée, avec guérison.

Observation (1).

Ch..., journalière, âgée de trente-sept ans, entre, le 9 février 1903, à l'hôpital Cochin, dans le service de M. Chauffard.

La malade nous renseigne très mal sur ses antécédents. Elle nie, en particulier, l'alcoolisme et la syphilis. En réalité, la malade est syphilitique, et une lésion, dont la nature est indiscutable, nous l'a prouve plus tard.

Il y a un an, sans phénomènes prémonitoires, elle aurait été frappée d'un ictus apoplectiforme brusque, caractérisé par une perte de connaissance avec hémiplégie droite et aphasie consécutives. La malade sortit lentement de son coma et conserva pendant sept mois une paralysie complète du bras droit, ainsi qu'un embarras très prononcé de la

parole. . .

Les mouvements revinrent, mais la force musculaire était diminuée, et il existait un peu de raideur articulaire dans le membre supérieur. Depuis ce premier ictus se montre fréquemment de la céphalalgie.

Le 8 février, alors que la malade souflrait depuis quelques jours d'une céphalée plus persistante et plus intense qu'à l'ordinaire, elle est frappée, après un repas, d'un ictus marqué par une perte de connaissance à peu près complète et une paralysie totale des membres droits.

Le 9, jour de son entrée à l'hôpital, la malade est inerte, dans une torpeur cérébrale très marquée ; les traits du visage sont affaissés à droite, et les membres du côté correspondant sont paralysés, avec hémianesthésie du même côté. La pression du crâne est très nettement perçue par la malade et parait très douloureuse, surtout au niveau de la région pétro- squameuse droite. Les réflexes tendineux sont normaux. Le signe de Babinski est en flexion des deux côtés.

Il y a de la rétention d'urine ; pas d'albumine. 11 existe un peu de congestion aux bases des deux poumons. Le cœur est normal. I.a temperature = 37°, 8. Le pouls = 90.

(1) Observation publiée avec MM. A. Chauffard cl L. Boidin, in Presse médicale, juin igoS.

Les jours suivants, la malade resie dans un état de torpeur cérébrale très accentuée ; la température, qui s'était abaissée à 37" le quatrième jour de l'ictus, remonte à 38", 4 le cinquième jour, puis se maintient dans la suite autour de 37°, 5. Le pouls = 86.

11 existe une contracture légère et intermittente des membres du côté droit.

Le lo, au huitième jour de la maladie, la patiente commence à se réveiller, à réagir nettement par des mouvements de défense aux pressions et aux piqûres faites sur les membres et le tronc. On ne trouve pas de signe de Kernig.

Le lendemain, elle comprend ce qu'on lui dit et se plaint surtoutd'une céphalée diffuse. La jambe droite est moins inerte et la malade la soulève légèrement au-dessus du plan du lit ; le bras droit est toujours complètement paralysé. La rétention d'urine disparaît.

Enfin, peu à peu, la parole revient; le bras droit se mobilise et elle peut porter la main sur sa tète. Puis les mouvements augmentent d'amplitude et la force revient graduellement; la malade peut s'asseoir sur le lit.

Le 28, elle se lève. Dans la marche, elle traîne un peu la jambe droite. La malade quitte l'hôpital le d I mars, mais il reste encore une diminution de la force musculaire du côté droit; l'intelligence est paresseuse, la parole rare.

Ponctions lombaires. — On a pratiqué quatre ponctions lombaires : le 10 février, au troisième jour; le 15 février, au huitième jour; le •22 février, au quinzième jour, et le 8 mars, au vingt-neuvième jour de la maladie.

1° Le troisième jour, ponction dans le cinquième espace. Quantité : 15 centimètres cubes, dans trois tubes. Ecoulement en jet continu.

Coloration rouge cerise, uniforme dans les trois tubes.

Centrifugation : culot hématique volumineux, ayant même hauteur dans chaque tube. Au-dessus du culot, liquide légèrement jaune ne présentant pas de coagulum fibrineux. L'examen cytologique n'est pas pratiqué.

2° Le luiilième jour, ponction dans le cinquième espace. Quantité : 15 centimètres cubes, dans trois lubes. Ecoulement en gouttes rapides.

Coloration jaune, uniforme dans les trois tubes.

Centrifugation : petit culot hématique dans les trois tubes. Pas de fibrine.

Cytologie : globules rouges nains, fortement colorés par l'éosine. Les éléments blancs sont assez nombreux. Il y a une lymphocytose moyenne.

des grands éléments uninucléés, de rares polynucléaires, à noyau très altéré, en karyolyse.

3" Le quinzième jour, ponction dans le troisième espace.

Quantité : 15 centimètres cubes, dans trois tubes.

Ecoulement en gouttes lentes.

Coloration légèrement jaunâtre.

Cytologie : globules rouges nains. Lympliocytose abondante. Grands éléments uninucléés, mal colorés.

4" Le vingt-neuvième jour, ponction dans le cinquième espace. Ecoulement en gouttes lentes.

Limpidité normale.

Cytologie : globules rouges, petits et épineux (microcytes). Lymphocytose abondante.

Le 31 août 1903, la malade revient dans le service, pour une perforalion du voile du palais. A ce moment, elle donne des renseignements plus précis sur ses antécédents. Elle a eu six enfants. Le premier et le sixième sont vivants et bien portants, les quatre autres sont morts au moment de la naissance.

La malade souBre de la gorge depuis six semaines et la perforation du voile du palais est apparue peu de temps après. L haleine est très fétide : les gencives et les parois buccales sont tuméfiées. La luette est complètement détruite, ainsi que la moitié postérieure du voile du palais. L'amygdale gauche a presque entièrement disparu, et le pilier antérieur gauche est divisé en deux bandes verticales, l'une interne, très mince, l'autre externe, accolée à la paroi bucco pharyngée. 11 n'y a pas de perforation de la cloison nasale. La voix est nasonnée.

La face interne du tibia gauche est élargie et bosselée sur une longueur delO centimètres environ. Au niveau du crâne, on trouve une dépression osseuse, reSte probable dune ancienne gomme, située au-dessus de la bosse frontale gauche. 11 n'y a pas de chute des cheveux, ni éruption cutanée. Du côté des yeux, on ne trouve pas le signe d'Argyll-Robertson. Les signes de l'ancienne hémiplégie persistent. L'avant-bras est en llexion sur le bras et la jambe un peu contracturée. Elle marche en fauchant. 11 y a de l'exagération des réflexes, de la trépidation épileploïde. Le signe de Babinski se produit en extension, à droite.

Le traitement mercuriel, institué dès l'entrée de la malade (un cenlimètre cube de biiodure en injections pendant trois jours), a provoqué une stomatite mercurielle très intense et de longue durée. La malade sort le 13 novembre, guérie de la stomatite.

Une ponction lombaire, pratiquée le 1«'' septembre, psrmet de re tirer \h centimètres cubes d'un liquide limpide. L'étude cytologique ne montre pas de lymphocy tose.

RÉSUMÉ DE l'observation

Dans cette observation, nous avons une femme qui avait déjà, depuis un an, un passé cérébral : ictus apoplectiforme brusque avec perte de connaissance, hémiplégie droite et aphasie ; réparation incomplète des accidents avec persistance d'un embarras prononcé de la parole, de raideur articulaire dans le membre supérieur droit, de céphalalgie habituelle. C'est dans ces conditions que survient le second ictus, avec l'hémorragie sous-arachnoïdienne constatée par la ponction lombaire. Six mois après, la malade revient à l'hôpital avec une perforation syphilitique du voile du palais.

Nous ne pouvons nous empêcher de considérer tout cela comme une même série morbide, et de rapporter les phénomènes cérébraux à la même cause que la destruction du voile du palais, c'est-à-dire à la syphilis.

Le coma et la torpeur cérébrale qui succédèrent à l'ictus apoplectique ont duré huit jours. Après son réveil, l'intelligence resta toujours paresseuse, et elle conserva une hémiplégie que nous constations encore six mois après, avec des contractures.

La rigidité musculaire a été localisée au côté de l'hémiplégie, avec extension de l'orteil.

C'est la contracture hémiplégique secondaii^e qui nous a soUicité à ranger cette observation dans le groupe des hémorragies cérébro-méningées. On pourrait très bien admettre que la lésion cérébrale a été produite par le raptus sanguin d'une artère péri-encéphalique, en un mot que l'hémorragie a été méningo-cérébrale. Mais nous croyons que ce mécanisme de destruction cérébrale, coïncidant avec la guérison, doit être rare, et nous n'avons voulu faire rentrer dans le groupe des méningo-cérébrales que celles dont les troubles en foyer ont été passagers et dus, sans doute, plutôt à la compression qu'à la destruction.

II - HKMORRAGIES PUREMENT SOUS- ARACHCVOIDIENNES ET SO€S-PIE-MÉRIENNES

Nous avons observé treize cas de cette variété d'hémorragies : trois formes mortelles et dix formes curables.

Page 1